Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem
| Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem | |
| Institut de droit pontifical | |
|---|---|
| Approbation pontificale | 1255 par Alexandre IV |
| Type | Ordre hospitalier à composante militaire |
| Spiritualité | Règle de saint Augustin |
| Structure et histoire | |
| Fondation | XIe ou XIIe siècle |
| Fondateur | Inconnu |
| Fin | début XIXe siècle |
| Liste des ordres religieux | |
L'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem est un ordre hospitalier chrétien apparu en Terre sainte au cours des XIe ou XIIe siècle, spécialisé dans l’accueil et le soin des personnes atteintes de la lèpre.
Il se distingue des autres ordres issus du contexte des croisades par le fait que ses membres étaient initialement eux-mêmes atteints de la maladie. À partir du XIIe siècle, certains d’entre eux participent également à des actions militaires, conférant à l’ordre une dimension mixte, bien que sa vocation demeure principalement hospitalière.
Après la perte des États latins d'Orient à la fin du XIIIe siècle, l’ordre se replie en Europe occidentale, notamment en France, où il subsiste jusqu’à la Révolution française. Les historiens considèrent généralement qu’il disparaît en tant qu’institution organisée au début du XIXe siècle[1].
Plusieurs organisations contemporaines revendiquent aujourd’hui son héritage, sans qu’il existe de continuité juridique établie avec l’ordre médiéval.
Origines et première mention
[modifier | modifier le code]Les conditions de fondation de l’ordre ne sont pas connues avec certitude. La première mention documentaire attestée date de 1142, lorsque le roi Foulques V d'Anjou (Fulk), roi de Jérusalem, accorde des terres à l’établissement des lépreux de Saint-Lazare à Jérusalem[2].
Des traditions postérieures évoquent l’existence d’une léproserie plus ancienne, éventuellement liée à des communautés religieuses orientales suivant la règle de Basile de Césarée. Ces éléments ne sont toutefois pas confirmés par des sources contemporaines et relèvent d’une construction historiographique tardive.
Le nom de l’ordre dérive de Lazare de Béthanie, figure évangélique associée aux malades. Par extension, le terme « lazaret » désigne les établissements destinés à accueillir les lépreux.
La lèpre au Moyen Âge
[modifier | modifier le code]Au Moyen Âge, la lèpre constitue une maladie à la fois médicale, sociale et religieuse. Redoutée pour son caractère supposé contagieux, elle entraîne souvent l’exclusion des malades de la société.
Les léproseries sont généralement établies en dehors des villes et fonctionnent selon des règles proches de la vie monastique. Les malades y sont soumis à une discipline religieuse et vivent en communauté.
L’ordre de Saint-Lazare se distingue en intégrant ces malades comme membres à part entière, ce qui constitue une singularité parmi les ordres religieux-militaires[1].
L’ordre en Terre sainte
[modifier | modifier le code]L’ordre développe plusieurs établissements hospitaliers en Terre sainte, notamment à Acre, qui devient l’un de ses centres principaux à la fin des croisades.
Il accueille également des chevaliers atteints de la lèpre provenant d’autres ordres, tels que les Hospitaliers ou les Templiers, ce qui renforce son rôle spécialisé dans la prise en charge de cette maladie.
Participation militaire
[modifier | modifier le code]Bien que principalement hospitalier, l’ordre participe à certaines opérations militaires, notamment :
Ces engagements restent secondaires par rapport à sa vocation médicale, et l’ordre perdit notamment l’ensemble de ses chevaliers présents à La Forbie en 1244, selon le patriarche Robert de Nantes et les chroniqueurs médiévaux[3].
L’ordre adopte la Règle de saint Augustin et est reconnu officiellement par une bulle du pape Alexandre IV le .
Organisation et fonctionnement
[modifier | modifier le code]L’ordre est structuré autour de commanderies, chacune disposant de ressources foncières destinées à financer ses activités hospitalières.
Ses membres se répartissent entre :
- frères lépreux (majoritaires dans les premiers temps) ;
- frères valides ;
- clercs.
Cette organisation permet d’assurer à la fois les soins, la gestion matérielle et l’encadrement religieux.
Implantation en Occident
[modifier | modifier le code]Après la chute d’Acre en 1291, l’ordre se replie en Europe.
Le roi Louis VII le Jeune lui avait auparavant accordé, vers 1154, le domaine de Boigny-sur-Bionne près d’Orléans, qui devient la commanderie magistrale de l’ordre en Europe.
Durant les XIIIe et XIVe siècles, l’ordre développe un réseau de commanderies dans de nombreuses régions d’Europe, notamment en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne et en Espagne. Ces établissements assurent le financement des activités hospitalières et l’accueil des malades.
En 1308, Philippe IV le Bel place l’ordre sous la protection de la monarchie française, renforçant son ancrage dans le royaume.
Évolution et déclin
[modifier | modifier le code]À partir du XVe siècle, l’ordre connaît un déclin progressif. La diminution des cas de lèpre en Europe réduit sa fonction initiale, tandis que les transformations politiques et religieuses affectent ses ressources.
Il perd une partie importante de ses biens :
- en Angleterre, sous Henri VIII ;
- en Europe centrale, lors de la Réforme protestante.
Dans certaines régions, ses établissements sont intégrés à d’autres institutions hospitalières.
Réorganisations et unions
[modifier | modifier le code]Branche italienne
[modifier | modifier le code]En 1572, le pape Grégoire XIII unit l’ordre de Saint-Lazare à l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, placé sous l’autorité des ducs de Savoie.
Cette branche devient un ordre dynastique, puis un ordre de mérite lié à la maison de Savoie.
Branche française
[modifier | modifier le code]En 1607, le roi Henri IV fonde l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel, qui est uni à l’ordre de Saint-Lazare en 1608. Cette union est confirmée ultérieurement au cours du XVIIe siècle, dans le cadre du renforcement du contrôle royal.
L’ensemble forme l’ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, qui évolue progressivement vers un ordre honorifique, davantage soumis à la monarchie qu’à l’autorité pontificale.
Sous Louis XIV, l’ordre est notamment utilisé pour intégrer dans la noblesse des officiers et des serviteurs de l’État.
Disparition
[modifier | modifier le code]La Révolution française entraîne la confiscation des biens de l’ordre en 1791, marquant une rupture décisive.
Bien que Louis XVIII maintienne un rôle nominal de protecteur après la Restauration, l’ordre ne retrouve pas d’activité institutionnelle significative et disparaît en tant qu’institution organisée au début du XIXe siècle.
Héritage et organisations contemporaines
[modifier | modifier le code]À partir du XIXe siècle, plusieurs organisations distinctes revendiquent l’héritage de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem.
Ces organisations se présentent comme héritières de la tradition lazariste, en mettant en avant des activités caritatives et hospitalières. Toutefois, leur lien avec l’ordre médiéval fait l’objet de débats historiographiques.
Organisation de 1910 et évolutions
[modifier | modifier le code]Une structure moderne apparaît en 1910 et se présente comme une restauration de l’ordre. Cette revendication repose sur une filiation spirituelle et symbolique plutôt que sur une continuité institutionnelle démontrée.
Au cours du XXe siècle, cette organisation connaît plusieurs évolutions et scissions internes, donnant naissance à différentes branches ou obédiences.
Multiplicité des obédiences
[modifier | modifier le code]Aujourd’hui, plusieurs organisations distinctes utilisent le nom de Saint-Lazare de Jérusalem à l’échelle internationale.
Ces entités se différencient par :
- leur gouvernance ;
- leurs autorités religieuses de référence ;
- leurs interprétations de la continuité historique ;
- leurs activités caritatives.
Aucune de ces organisations n’est reconnue comme ordre religieux par le Saint-Siège.
Listes contemporaines de grands maîtres
[modifier | modifier le code]Certaines de ces organisations publient des listes de grands maîtres qu’elles considèrent comme les successeurs de l’ordre historique.
Ces listes incluent notamment des figures issues de familles nobles européennes ou de structures internes aux différentes obédiences. Toutefois, ces successions ne font pas l’objet d’un consensus historiographique et sont généralement considérées comme des reconstructions propres à chaque organisation.
Liste des grands maîtres
[modifier | modifier le code]L’établissement d’une liste complète des grands maîtres de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem se heurte à des difficultés historiographiques, en raison du manque de sources pour les premiers siècles et des débats relatifs à la continuité de l’ordre après le XVIIIe siècle.
Les historiens distinguent généralement les dirigeants de l’ordre médiéval et moderne (jusqu’au début du XIXe siècle) des listes publiées par certaines organisations contemporaines, qui relèvent de reconstructions ou de revendications propres à chaque obédience.
Supérieurs en Terre sainte
[modifier | modifier le code]- Raynaud de Flory (1234-1254)
- Jean de Meaux (1254-1277)
- Thomas de Sainville (1277-1312)
Supérieurs en Occident
[modifier | modifier le code]- Adam de Veau (1312-1342)
- Jean de Paris (1342-1349)
- Jean de Coaraze (1349-1354/55)
- Jean Le Conte (1354/55-1368)
- Jacques de Besnes (1368-1384)
Grands maîtres en France
[modifier | modifier le code]- François d'Amboise de Chaumont (1493-1500)
- Aignan de Mareuil (1500 - ?)
- Jean de Levis (1557-1564)
- Michel de Sèvre (1564-1578)
- François Salviati (1578-1586)
- Michel de Sèvre (1586-1593)
- Aymar de Chaste (1593-1603)
- Charles de Gayand de Monterolles (1603-1604)
- Philibert de Nérestang (1604-1620)
- Claude de Nérestang (1620-1639)
- Charles de Nérestang (1639-1644)
- Charles-Achille de Nérestang (1645-1673)
- François Michel Le Tellier de Louvois (1673-1691)
- Philippe de Courcillon de Dangeau (1693-1720)
- Louis d'Orléans (1720-1752)
- Louis de France (1757-1773)
- Louis de France (1773-1814)
Direction résiduelle et survivances (XIXe siècle)
[modifier | modifier le code]Après la Révolution française, l’ordre subsiste sous des formes résiduelles. La direction est assurée par un conseil d’officiers ou des personnalités nommées :
- Claude-Louis de La Châtre (1814-1824), administrateur général
- Jean-Louis de Beaumont d'Autichamp (1824-1831), président du conseil
- Conseil des officiers (1831-1841)
Par la suite, certains patriarches de l’Église grecque-melkite catholique sont associés à la protection ou à l’administration symbolique de l’ordre :
- Maximos III Mazloum (1841-1855)
- Clément Bahous (en) (1856-1864)
- Grégoire II Joseph Sayyour (1864-1897)
- Pierre IV Geraigiri (en) (1898-1902)
- Cyrille VIII Géha (it) (1902-1910)
Listes contemporaines revendiquées
[modifier | modifier le code]À partir du XXe siècle, plusieurs organisations se présentant comme héritières de l’ordre publient leurs propres listes de grands maîtres. Ces listes varient selon les obédiences et ne font pas l’objet d’un consensus historiographique.
Parmi les personnalités mentionnées dans ces listes figurent notamment :
- Francisco de Paula de Borbón y de la Torre (1935-1952)
- Francisco Enrique de Borbón (1956-1967)
- Charles-Philippe d'Orléans (1967-1969)
- Pierre de Cossé, duc de Brissac (1969-1986)
- François de Cossé, duc de Brissac (1986-2004)
- Charles-Philippe d'Orléans (2004-2010)
- Jan, comte Dobrzenský de Dobrzenicz (2010-2023)
- François d'Orléans (depuis 2023)
- Conseil du grand magistère (2010-2015)
- Sixte-Henri de Bourbon-Parme (depuis 2015)
Ces successions sont généralement considérées par les historiens comme des reconstructions ou des traditions propres aux organisations contemporaines, sans continuité institutionnelle juridiquement établie avec l’ordre médiéval.
Héraldique
[modifier | modifier le code]
Notes et références
[modifier | modifier le code]- 1 2 Demurger 2002.
- ↑ Marcombe 2003, p. 11.
- ↑ Marcombe 2003.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Alain Demurger, Chevaliers du Christ, Seuil,
- David Marcombe, Leper Knights, Boydell Press,
- Desmond Seward, Les Chevaliers de Dieu, Perrin,
- Malcolm Barber, The Crusader States, Yale University Press,
- Jonathan Riley-Smith, The Crusades: A History, Yale University Press,
- Rafael Hyacinthe, L’Ordre de Saint-Lazare de Jérusalem au Moyen Âge, Études et Communications,