Simonie

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Dante parlant à Nicolas III, envoyé en enfer pour simonie ; gravure sur bois de Gustave Doré pour la Divine Comédie, 1861.

Les simonies furent des dérives, des dévoiements des charges spirituelles, missions ecclésiastiques, traditionnellement situées pendant la période de l'ancien régime et celles antérieures. Ce sont les fautes concernant l’achat, la vente de biens spirituels, sacrements, postes hiérarchiques, charges ecclésiastiques, etc. Elle concerne principalement les clercs, prêtres assez rarement, mais surtout pour les postes supérieurs de prélatures, les charges d'évêques, celles au sein des monastères de père abbé qui pouvaient-être parfois imbriquées avec une charge temporelle de seigneur locale. La tentation du pouvoir, comme des grandes familles, d'influencer, de faire pression, d'ordonner, d'exiger, d'imposer, de nommer soi-même un individu à un poste précis est intemporel. Si elle a donné par exemple le gallicanisme, l'anglicanisme, elle continue d'avoir de très nombreuses formes d'interventionnisme ou de lobbying qui continuent de sourdre. La cession de bien d'église indûment contre des biens temporels est aussi une simonie. La non monétisation de la simonie, par échanges de "services", rend parfois sa caractérisation plus délicate.

La simonie doit son nom à un personnage des Actes des Apôtres, Simon le Magicien qui voulut acheter à saint Pierre son pouvoir de faire des miracles (Actes, VIII.9-21), ce qui lui valut la condamnation de l’apôtre : « Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s’acquérait à prix d’argent ! ».

La simonie fut très souvent combattue, mais les collusions permanentes avec le pouvoir temporel rendaient les tentations de soudoiement très pressantes et même presque irrésistibles. Il y eut des lieux et des périodes ou ces pratiques furent très développées. Un exemple emblématique des difficultés posées par les pressions temporelles pour obtenir des assentiments ecclésiastiques fut la résistance au pouvoir de Thomas More. Il refusa à Henri VII (roi d'Angleterre) l'annulation religieuse de son mariage, ce qui lui valut d'être emprisonné et décapité. Sa canonisation tardive, en 1935, a bien sûr posé des problèmes diplomatiques complexes. Statistiquement, des questions de masse critique de la population des charges spirituelles indûment occupées se sont souvent posées.

Un procédé favorisé par la mainmise des laïcs[modifier | modifier le code]

Dès le IXe siècle, de nombreux abbés et évêques entrèrent dans le système féodo-vassalique. Les seigneurs considéraient alors les églises et leurs biens comme leur propre patrimoine. Les princes donnaient l’investiture épiscopale, les seigneurs celle des desservants des paroisses rurales. Ainsi, prirent-ils l’habitude de nommer les curés dans les paroisses et de s’attribuer une partie de plus en plus importante des dîmes et denrées agricoles livrées par les paysans pour la subsistance du clergé.

Le système fut confirmé en 962, lorsque l’empereur Otton le Grand obtint du pape pornocrate Jean XII la prérogative de désigner le pape. L’empereur Henri IV fut le protecteur et le grand bénéficiaire de ces pratiques. Les rois et les princes territoriaux (comtes et ducs) exigèrent aussi des prélats, le service armé. Ainsi certains prélats devinrent eux-mêmes des seigneurs, tirant des profits de la frappe de la monnaie et exerçant le droit de ban.

Dans ce contexte, on pouvait exploiter tous les moyens pour accroître sa puissance : spéculation sur la peur de l’enfer, extorsion de dons, et vente de sacrements. Les charges épiscopales et cléricales furent ainsi l’objet d’un véritable trafic.

Un pape excommunié pour simonie[modifier | modifier le code]

Le pape Benoît IX, convaincu d'avoir vendu sa charge à Grégoire VI fut excommunié pour simonie le . Grégoire VI lui-même avait été contraint de démissionner deux jours plus tôt lors du synode de Sutri, car s'il affirmait que la famille de Benoît avait vendu sa charge (elle fut indemnisée), c'est que le parti de Grégoire avait acheté la charge (le parti avait payé les indemnités).

Boniface VIII fut accusé de simonie, entre autres nombreux crimes constitutifs d'hérésie, par le roi de France Philippe le Bel et en particulier par son conseiller Guillaume de Nogaret en 1303.

Condamnation de la simonie[modifier | modifier le code]

Abbé pratiquant la simonie (France, XIIe siècle).

La simonie fait l’objet de plusieurs tentatives de condamnation plus ou moins formelle :

  • Entre 1008 et 1048, eurent lieu huit conciles régionaux, en Angleterre, en France et en Italie pour préconiser des réformes contre les abus et les dysfonctionnements du système.
  • Le pape Nicolas II (1058-1061), défendit aux clercs de recevoir une église des mains d’un laïc et d’obtenir des charges ecclésiastiques contre de l’argent.
  • Le pape Grégoire VII (1072-1085) établit une importante réforme monastique (la réforme clunisienne) et pontificale (la réforme grégorienne)
  • Elle fut aussi condamnée lors du deuxième concile du Latran en 1139.
  • Le , par la bulle Cum tam divino, le pape Jules II crée un crime de simonie puni d'excommunication et de perte de tout titre et charges (y compris cardinalice). Il ajoute que ce délit est imprescriptible et qu'une élection entachée de simonie ne peut être confirmée a posteriori. Il souhaitait éliminer définitivement le clan Borgia dont était issu Alexandre VI.
  • Par la constitution apostolique Sede Apostolica Vacante de Pie X, promulguée le , le crime est confirmé mais seulement pour les électeurs, car il souhaitait que l'élection du pontife romain soit définitive et incontestable.

La simonie est l'un des principaux reproches adressés par la Réforme à l’Église catholique.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

  • Les citations de la Bible sont issues de la traduction de Louis Segond (non reconnue par l'Église catholique, mais libre de droits).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]