Abbaye Saint-Martial de Limoges

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Abbaye
Saint-Martial de Limoges
Image illustrative de l'article Abbaye Saint-Martial de Limoges
Présentation
Culte Catholique romain
Type Abbatiale
Rattachement Saint-Siège
Début de la construction 848 sur un site cultuel gallo-romain
Style dominant Roman
Protection Logo monument historique Classé MH (1966)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Nouvelle-Aquitaine
Département Haute-Vienne
Ville Limoges
Coordonnées 45° 51′ 00″ nord, 1° 15′ 00″ est

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Abbaye Saint-Martial de Limoges

L’abbaye Saint-Martial est une ancienne abbaye bénédictine de la ville de Limoges, dans le département français de la Haute-Vienne en région Nouvelle-Aquitaine.

Elle fut un important foyer d'art, de droit, de science et de technologie au Moyen Âge.

Située à Limoges, dans le Limousin historique, le département de la Haute-Vienne et la région Nouvelle-Aquitaine, elle naît en 848, sur ordre de Charles Le Chauve, de la transformation d'un chapitre de chanoines desservant le tombeau de saint Martial de Limoges et ses sanctuaires annexes en un établissement bénédictin. En 1062, la communauté adopte la réforme clunisienne. Après avoir été un centre culturel important au XIIe siècle, l'abbaye est transformée en collégiale en 1535, puis végète jusqu'à la Révolution. Dissoute en 1791, alors qu'elle est déjà à l'abandon, elle est physiquement démantelée à partir de 1794.

Sa crypte, qui contient les tombeaux de saint Martial et de sainte Valérie est redécouverte en 1960. Elle est désormais ouverte à la visite. À la suite de sondages archéologiques réalisés en 2014, en particulier sur l'emplacement de la basilique du Sauveur, des fouilles de longues durées devraient être entreprises à partir de 2015.

Situation géographique[modifier | modifier le code]

L'abbaye Saint-Martial était située dans la partie ancienne de la ville de Limoges, sur la rive droite de la Vienne. Elle occupait l'espace actuellement compris entre la rue de la Terrasse, au nord, la rue de la Courtine, au sud, la rue Jean-Jaurès, à l'ouest, et la place de la République, à l'est, qui appartenait dans son ensemble à l'abbaye. L'église abbatiale, au centre de cet espace, se trouvait à l'actuel emplacement de la rue Saint-Martial et de la partie ouest de la place de la République[1].

Histoire de l'abbaye[modifier | modifier le code]

Les débuts de la communauté[modifier | modifier le code]

La présence d'un culte sur le tombeau de saint Martial est attestée dès le VIe siècle, dans les œuvres de Grégoire de Tours. Vers 680, ce sanctuaire est témoin d'un épisode politique : un homme de guerre, peut-être un brigand, nommé Loup, se révolte contre le pouvoir des rois francs et tente un coup de force dans la ville, qui a une importance stratégique pour le contrôle de l'Aquitaine. Ce coup de force échoue, d'après les textes, du fait d'un miracle du saint, ou bien par l'opposition des habitants de Limoges[1].

Transformation en abbaye bénédictine et construction d'une première abbatiale[modifier | modifier le code]

Une basilique consacrée au Sauveur est construite à proximité immédiate, mais à côté, du tombeau de saint Martial au IXe siècle, à une date qui fait débat. L'hypothèse traditionnelle considère les datations d'Adémar de Chabannes comme sujettes à caution, car il a développé un véritable dossier de falsification pour faire considérer saint Martial comme un apôtre et non plus comme un confesseur. Elle refuse donc la chronologie qu'il avance, lorsqu'il indique que la basilique aurait été consacrée en 832 et aurait accueilli le sacre de Charles l'Enfant en 855 : la construction de cette église n'aurait guère eu de sens quelques années avant la transformation de la communauté qui desservait le sanctuaire en abbaye bénédictine, en 848. Cependant, une autre hypothèse, plus récente, pourrait valider la chronologie d'Adémar de Chabannes : la basilique aurait été construite en 832 dans le cadre d'un ensemble palatial, qui aurait donc naturellement accueilli le sacre de Charles l'Enfant. Saint-Martial de Limoges paraît jouer alors un rôle politique et mémoriel important pour les rois et ducs d'Aquitaine[1].

Pour répondre à une épidémie d'ergotisme, en 994, l'évêque de Limoges Hilduin et son frère Geoffroy, abbé de Saint-Martial, organisent une procession avec les reliques de plusieurs saints limousins, et en premier lieu saint Martial. Ses reliques, tirées de son tombeau, sont placées dans une châsse d'or et transportées en procession jusqu'au Mont Jovis le 12 novembre 994. Là, elles sont présentées à la vénération des fidèles avec celles d'autres saints limousins. Elles y demeurent jusqu'au 4 décembre, puis sont rapportées à l'abbatiale. A cette date, l'épidémie s'est interrompue. Le clergé et le duc Guillaume IV d'Aquitaine profitent de ce rassemblement, et de la joie liée à la fin de l'épidémie, pour instaurer la Paix de Dieu.

La pratique de la procession et de la présentation des reliques à la vénération des fidèles est ensuite reprise ponctuellement pendant plusieurs siècles, puis une périodicité septennale est instaurée au cours du XVIe siècle. Elle reçoit au XIIIe siècle le nom d'ostensions.

La campagne pour l'apostolicité de saint Martial[modifier | modifier le code]

Adémar de Chabannes, promoteur de l'apostolicité de saint Martial

Au début du XIe siècle, les moines de Saint-Martial de Limoges se lancent dans une entreprise de falsification historique de grande ampleur, pour obtenir que saint Martial soit considéré non plus comme un confesseur de la foi, mais comme un apôtre, au sommet de la hiérarchie des saints. L'histoire recomposée fait donc de Martial le jeune garçon ayant apporté les cinq pains et les deux poissons pour la multiplication des pains. Il aurait ensuite servi les Apôtres à table lors de la Cène, avant d'être envoyé par saint Pierre évangéliser la Gaule, à la demande du Christ lui-même. En 1023, cette campagne de promotion aboutit à la requalification du saint, de confesseur à apôtre, dans les offices liturgiques célébrés à l'abbaye. L'évêque de Limoges s'y opposant, le duc convoque un concile provincial, réunissant les évêques d'Aquitaine. L'assemblée porte saint Martial au rang des apôtres, ce qui couronne les efforts des moines. L'opposition de l'évêque et des chanoines conduit à plusieurs nouveaux conciles, mais l'opinion des moines prévaut à chaque fois. L'un d'entre eux, Adémar de Chabannes, rédige pour l'un de ces conciles une vie de saint Martial[2].

Un chantier de reconstruction complète de l'église abbatiale, consacrée au Sauveur est lancé vers 1017-1018, pour accompagner cette entreprise de réécriture de l'histoire. Le chantier a pour objectif de promouvoir le pèlerinage, notamment par des locaux plus adaptés. Le chevet de la nouvelle église est dédicacé par l'évêque de Limoges, à la demande de l'abbé Odolric, en 1028. En 1043, un incendie détruit une partie des bâtiments conventuels et endommage le chantier en cours[3].

L'époque clunisienne[modifier | modifier le code]

L'abbaye est donnée à l'ordre de Cluny en 1062 par le vicomte de Limoges, Adémar. Les moines de Saint-Martial refusent de reconnaître l'autorité de Cluny, et, après la mort de l'abbé Mainard, l'installation du nouvel abbé, Adémar de Laurière, désigné par Hugues de Semur, abbé de Cluny, est difficile. Il faut une intervention d'un légat pontifical, Pierre Damien, pour que l'ordre soit rétabli[2].

Le premier abbé clunisien, Adémar de Laurière, poursuit et achève les travaux de l'abbatiale : il installe notamment la table d'autel en marbre blanc commandée quelques décennies plus tôt par l'abbé Odolric, et construit les trois dernières travées de la nef de l'abbatiale, à l'ouest. L'église, probablement achevée, est finalement consacrée par le pape Urbain II en 1095, toujours sous l'abbatiat d'Adémar. Il fait également reconstruire une partie des bâtiments conventuels et y ajoute une infirmerie. Il développe également le rayonnement culturel de l'abbaye en y faisant produire des manuscrits richement enluminés[3].

Sous le deuxième successeur d'Adémar, Amblard, un incendie endommage les bâtiments conventuels en 1123, conduisant à une nouvelle reconstruction. Ces travaux, comme ceux d'Adémar, sont financés par l'accroissement du temporel de l'abbaye. A la fin du XIIe siècle, l'abbaye, comme la ville de Limoges, est prise dans les troubles causés par l'opposition entre Henri le Jeune, son père, le roi d'Angleterre Henri II Plantagenêt, et son frère cadet Richard Cœur de Lion. Pour financer ses campagnes militaires, Henri le Jeune pille le trésor de Saint-Martial. Ces événements, ainsi qu'un conflit lors d'une élection abbatiale en 1214, mettent l'abbaye dans une situation financière difficile[2].

L'abbé Hugues de Brosse (1198-1214) est à l'origine de la reconstruction de l'ensemble des bâtiments conventuels situés autour du grand cloître. Le projet, inscrit dans le cadre d'une émancipation progressive vis-à-vis de Cluny, est extrêmement ambitieux et s'inspire des grands monuments gothiques de la France du nord. L'aile orientale, avec la salle capitulaire, le dortoir et la chapelle Saint-Benoît, sont sans doute achevées en 1224. Les galeries du cloître sont achevées en 1249, après le réfectoire sur lequel elles s'appuient[4].

L'abbé Raymond Gaucelm, élu en 1226, rétablit la situation financière de l'abbaye, puis lance de nouveaux travaux de grande ampleur sur les bâtiments conventuels. Il enrichit également le trésor[2]. Sous son abbatiat, l'abbaye se détache progressivement de l'ordre de Cluny. Cette séparation est achevée par un accord en 1246[4].

Déclin et disparition de l'abbaye[modifier | modifier le code]

En 1535, sous l'impulsion de l'abbé Matthieu de Jovion, l'abbaye bénédictine de Saint-Martial de Limoges est sécularisée et devient une collégiale de chanoines. Elle décline tout au long de la période moderne, et ses bâtiments se dégradent. Les chanoines manquent régulièrement d'argent ; en 1730, ils vendent une partie de la bibliothèque au roi de France, Louis XV[5]. Dès 1745, une partie des bâtiments conventuels est démolie. L'abbatiale est à son tour détruite lors de la Révolution française, entre 1791 et 1807[3].

Architecture[modifier | modifier le code]

La première basilique du Sauveur[modifier | modifier le code]

Divers éléments subsistent de la première basilique du Sauveur, et peut-être de l'éventuel palais carolingien dont elle aurait fait partie : une statuette d'empereur à cheval qui surmontait la fontaine du Chevalet[6] ; des fragments de dalles gravées, provenant peut-être d'un chancel, retrouvés au XIXe siècle sur le site de Saint-Martial et aux abords, et aujourd'hui conservés au musée des Beaux-Arts de Limoges. L'autel principal était probablement orné d'un devant d'autel en or, peut-être offert par Charles le Chauve[1].

L'abbatiale romane[modifier | modifier le code]

Chevet de l'abbatiale Saint-Martial de Limoges, en 1726.
Coupe longitudinale de l'abbatiale de Saint-Martial de Limoges
Coupe longitudinale de l'abbatiale de Saint-Martial de Limoges

L'église romane était orientée à l'est. L'entrée se faisait par une tour-porche placée à l'ouest. De là, on entrait dans une nef à trois vaisseaux, voûtée en berceau sur doubleaux et croisée par un transept débordant aux bras inégaux : le bras nord était plus court que le bras sud et s'achevait en biais, car il était limité par l'église Saint-Pierre-du-Sépulcre où se trouvait le tombeau de Martial. Un portail permettait un accès direct à chaque bras. Le chevet était composé de deux travées droites, puis d'un hémicycle à huit colonnes, où se trouvait l'autel matutinal. Autour de ce chœur, un déambulatoire donnait accès à cinq chapelles rayonnantes semi-circulaires, auxquelles s'ajoutaient deux chapelles orientées ouvrant dans le transept.

Dans la nef, de grandes arcades permettaient le passage aux bas-côtés et retombaient, comme les arcs doubleaux de la voûte, sur des piles composées ; au-dessus, des tribunes contrebutaient la voûte. Dans le chevet, au-dessus de la série d'arcades ouvrant sur le déambulatoire, un niveau de petites ouvertures sous combles s'intercalait au-dessous d'une série de fenêtres hautes.

Le plan et l'élévation de Saint-Martial de Limoges sont très proches de ceux de l'abbatiale de Sainte-Foy de Conques, et plus largement d'un groupe d'églises sensiblement contemporaines qui compte aussi les basiliques Saint-Martin de Tours et Saint-Sernin de Toulouse et la cathédrale Saint-Jacques de Compostelle. Ces églises ont été regroupées par Emile Mâle et Elie Lambert sous le vocable d' « églises de pèlerinage », mais ce concept et les hypothèses qui l'accompagnaient est remis en cause par la recherche plus récente, notamment les fouilles archéologiques menées à Tours et à Limoges depuis le début des années 2010[3].

L'église Saint-Pierre du Sépulcre[modifier | modifier le code]

L'église Saint-Pierre du Sépulcre abritait le tombeau de saint Martial. Ce dernier avait été inhumé au IVe siècle dans une nécropole périurbaine, près de laquelle une église en petits moellons réguliers est construite à la fin du Ve siècle ou au début du VIe siècle, sans doute par l'évêque Rurice. On en sait peu de choses : elle s'achevait à l'est par un chevet rectangulaire, dont le mur oriental accueillait un sarcophage à toit en bâtière contenant les reliques d'un saint non identifié. Le tombeau de saint Martial était, lui, dans une petite chapelle, un peu à l'est de l'église. Le mur oriental est ensuite transformé en abside, peut-être dès le VIIe siècle, puis cette abside est reconstruite, à une date mal connue : à l'époque de l'abbé Guigues (974-991) ou un peu plus tard, au début de l'époque romane. Un incendie amena la création d'un décor peint : un enduit blanc à faux joints rouges. A la fin du Moyen Âge, l'église est un peu remaniée, notamment par l'ouverture de grandes fenêtres à réseau et l'ajout de contreforts aux angles du chevet, peut-être rendus nécessaires par l'ajout ou la réfection d'une voûte. Six portes donnaient accès à la chapelle Saint-Benoît, à l'abbatiale Saint-Martial et au cloître, dont certaines avaient été murées. L'église Saint-Pierre-du-Sépulcre est ensuite détruite à la Révolution française. L'ensemble, redécouvert en 1960 lors de fouilles, a été présenté au public dans la crypte archéologique créée à la suite de ces travaux. Depuis 2006, le site fait l'objet d'une nouvelle campagne de fouilles[7].

Les bâtiments conventuels[modifier | modifier le code]

L'abbaye Saint-Martial sur un plan ancien de la ville de Limoges

L'abbaye Saint-Martial comportait de nombreux bâtiments conventuels. La plupart d'entre eux étaient répartie autour de deux cloîtres. S'y ajoutaient trois chapelles, appelées chapelle Saint-Michel, Sainte-Marie de la Courtine et Saint-Nicolas, ainsi qu'une église, Saint-Pierre-du-Sépulcre, qui accueillait les reliques de saint Martial, mais également une bibliothèque, une hôtellerie, un hôpital, ainsi que la maison de l'abbé. L'ensemble était fermé par une enceinte[4].

Autour du grand cloître[modifier | modifier le code]

Le grand cloître se trouvait sur le côté nord de l'abbatiale, dont il était séparé par un espace. Le bâtiment à l'est de ce cloître accueillait, du sud au nord, un passage vers la chapelle Saint-Benoît, puis la salle capitulaire carrée, voûtée d'ogives reposant sur un pilier central. Ensuite venait le parloir et l'escalier montant à l'étage ; enfin la salle des moines occupait les quatre travées nord du bâtiment. A l'étage se trouvait le dortoir des moines, transformé en grand grenier à grain après la sécularisation de 1535. Un réfectoire grandiose fermait le cloître au nord. Il faisait l'admiration des visiteurs jusqu'à l'époque moderne. Une file de six colonnes fines séparait la salle en deux vaisseaux et sept travées et portait les voûtes d'ogives qui couvraient le bâtiment, sans doute construit sur le modèle des grands réfectoires gothiques du XIIIe siècle, dont le plus célèbre est celui de Saint-Martin des Champs, à Paris. Une cuisine, située à l'extrémité occidentale du réfectoire, le desservait. Un cellier occupait l'aile ouest du cloître. Une cave construite à partir de 1220, peut-être au sous-sol de ce bâtiment; permettait la conservation du vin. Cette aile occidentale, rapidement abandonné puis détruit après la sécularisation de l'abbaye, est mal connue. Des galeries probablement voûtées couraient le long du pourtour du cloître. Le tympan des baies qui ouvraient sur le centre du cloître accueillait des vitraux. Vingt-deux statues de pierre complétaient le décor de cette partie du monastère[4].

Le cloître de l'infirmerie[modifier | modifier le code]

De l'autre côté du bâtiment oriental se trouvait l'infirmerie avec son petit cloître. La chapelle Saint-Benoît communiquait avec l'église Saint-Pierre du Sépulcre, la salle capitulaire et le cloître de l'infirmerie : elle servait sans doute de chapelle à ces deux lieux du monastère. Elle avait la forme d'un vaisseau unique, long de trois travées ; à l'est, elle était fermée par une abside polygonale, dont la clef de voûte, représentant le Christ bénissant, est conservée au Musée des Beaux-Arts de Limoges[4].

Les autres bâtiments[modifier | modifier le code]

Une chapelle, appelée Sainte-Marie de la Courtine, se trouvait à l'emplacement actuelle du 1, rue de la Courtine. Cette parcelle a fait l'objet de fouilles en 2012, suite à une découverte fortuite dans le cadre de la construction d'un magasin Eurodif. Ces fouilles ont permis la découverte d'une nécropole gallo-romaine, comprenant environ deux cent sépultures. Parmi elles, un mausolée daté du IVe siècle, qu'une première transformation, peut-être au Ve ou VIe siècle, dota d'un plan tréflé, avec trois absides au nord, au sud et à l'ouest. L'édifice a alors deux niveaux : des salles supérieures et deux pièces semi-enterrées en partie ouest, séparées par une arcade. Ces deux pièces subsistent presque entièrement ; la plus occidentale a même conservé sa voûte et les trois baies qui servaient à l'éclairage. Une bonne partie des matériaux de constructions étaient des remplois de l'époque antique. La salle orientale présente des restes de plusieurs décors peints successifs, dont le plus récent date de la fin du Moyen Âge. Les salles supérieures sont quant à elles entièrement perdues. Au VIIe ou VIIIe siècles, les absides sont abandonnées, et l'édifice est agrandi à l'est, par un prolongement de sept mètres et une nouvelle abside. Probablement s'agit-il de transformer l'ancien mausolée en une véritable église funéraire. Cette dernière est donc sans doute l'une des églises de l'ensemble religieux primitif de ce qui deviendra l'abbaye. Le bâtiment, qui existait encore au début du XVIIIe siècle, tombait en ruines. Il est détruit en 1742 par l'intendant Louis-Urbain-Aubert de Tourny, dans le cadre d'un projet de rénovation de la voirie[8].

Deux autres chapelles étaient dédiées à Saint-Michel et Saint-Nicolas. S'y ajoutaient une bibliothèque, une hôtellerie, la maison abbatiale, le tout entouré par l'enceinte, ainsi qu'un hôpital.

Rayonnement culturel[modifier | modifier le code]

L'Abbaye Saint-Martial de Limoges fait de Limoges et sa région un important foyer de création artistique. Ces foyers sont connus sous l'appellation générique d'« œuvre de Limoges » pour l'émail, mais la région comptait également des foyers littéraires et musicaux. Un répertoire para-liturgique, poétique et musical s'y développe également, qui voit la composition de tropes et le développement de l'organum, une forme de polyphonie.

La bibliothèque et le scriptorium de Saint-Martial[modifier | modifier le code]

Seconde Bible de Saint-Martial, BnF, ms. lat. 8
Seconde Bible de Saint-Martial, BnF, ms. lat. 8

Le scriptorium[modifier | modifier le code]

Le scriptorium de l'abbaye Saint-Martial se développe à partir du Xe siècle. Un manuscrit des Evangiles décoré à Tours à l'époque d'Alcuin (796-804), aujourd'hui conservé à la BnF (ms. latin 260), influence considérablement ces commencements. Les premières productions connues du scriptorium sont une Bible monumentale, dite Première Bible de Saint-Martial de Limoges et un Lectionnaire-passionnaire, tous deux créés vers le milieu ou dans le troisième quart du Xe siècle. Le style de ces manuscrits est caractérisé par l'importance et l'ampleur des motifs décoratifs végétaux. Il évolue ensuite progressivement. Dans le second quart du XIe siècle, le décor végétal s'enrichit d'un nouveau motif, la palmette dite aquitaine, partagée par les scriptoria du sud-ouest de la France, comme Moissac : le lobe majeur de la palmette donne naissance à une nouvelle palmette, et ainsi de suite. Cette époque voit la production de plusieurs Tropaires-prosaires (BnF, ms. lat. 1121 et 1119).

En 1062, l'affiliation de l'abbaye à l'ordre de Cluny entraîne une influence de l'enluminure clunisienne sur le scriptorium limougeaud. Les enlumineurs gardent cependant une grande fidélité à leurs motifs traditionnels. L'apogée de l'abbaye est la production de la Seconde Bible de Saint-Martial (BnF, ms. lat. 8), réalisée vers 1100[5].

La bibliothèque de l'abbaye[modifier | modifier le code]

L'abbaye Saint-Martial, contrairement à d'autres établissements religieux, dispose dès le XIIIe siècle d'un lieu spécifique pour regrouper les livres. La libraria est située dans la chapelle Saint-Michel, construite par Pierre de Verteuil, bibliothécaire de l'abbaye mort en 1211. Au XVIe siècle, elle y est encore installée. Cette chapelle était probablement située dans l'abbatiale, près des orgues. Elle donne dans le bas-côté nord, et un passage la relie à l'église Saint-Pierre-du-Sépulcre[5].

Les plus anciens bibliothécaires sont mal connus, bien qu'on dispose de quelques noms. Pierre de Verteuil fait réaliser le premier inventaire connu des livres de la bibliothèque. Son successeur, Bernard Ithier, est sans doute le bibliothécaire le le mieux connu. Il devient sous-bibliothécaire en 1195, puis bibliothécaire en 1204. Il meurt en 1225. Il cumulait sa fonction avec celle de chantre, et a réalisé de nombreuses tables de pièces liturgiques. Il a également réalisé plusieurs inventaires des livres de la bibliothèque. On connait les noms de ses successeurs jusqu'à la fin du XIIIe siècle, mais après Bernard Ithier, nous ne disposons plus d'inventaires de la bibliothèque, qui semble péricliter[5].

De cette bibliothèque médiévale, quelque deux cent manuscrits sont vendus au roi de France en 1730. Ils sont aujourd'hui conservés à la BnF et constituent l'essentiel de ce qui subsiste aujourd'hui de la bibliothèque de l'abbaye. Quelques autres manuscrits sont dispersés dans diverses bibliothèques, dont la Médiathèque Francophone Multimedia de Limoges[5].

La musique et la liturgie à Saint-Martial[modifier | modifier le code]

Tropaire-prosaire de Saint-Martial de Limoges
Article détaillé : École de Saint-Martial.

L'abbaye Saint-Martial de Limoges est l'un des principaux acteurs d'un courant de la musique médiévale, entre le XIe et le début du XIIIe siècles, auquel elle a donné son nom : l'école de Saint-Martial. Ce courant regroupe la production musicale de toute l'Aquitaine, jusqu'à Moissac et Narbonne. Cependant, c'est l'abbaye de Limoges qui en est le plus important centre.

Pour soutenir le développement de la légende de saint Martial, Adémar de Chabannes lance un mouvement de production de musique liturgique innovante. Les nombreux manuscrits liturgiques issus de la bibliothèque de l'abbaye, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France, sont la principale source qui permet aux musicologues d'étudier cette production. Ils ont donné à ce courant son nom d'école de Saint-Martial, bien que la plupart n'aient pas été produits à l'abbaye.

Ce courant musical aquitain joue un rôle particulier dans le développement de la musique liturgique, en inventant de nouvelles formes, comme les tropes et séquences, et en développant la pratique du chant polyphonique, avec l'organum[5].

La production d'émaux : l'Œuvre de Limoges[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Émail de Limoges.
Reliquaire de saint Thomas Beckett, 1180-1190, Londres, Victoria and Albert Museum

L'abbaye Saint-Martial occupe également un rôle de premier plan dans la production d'émaux champlevés qui se développe en Aquitaine à partir du XIe siècle. Cette production se développe dans un premier temps autour de l'abbaye de Conques, mais à partir du milieu du XIIe siècle, les lieux de production se diversifient : on trouve des ateliers à Angers, Le Mans ou Limoges.

Dans la deuxième moitié du XIIe siècle, cependant, la ville de Limoges prend un grand essor, au point que la production émaillée est désormais connue sous le nom d'opus lemovicense, ou Œuvre de Limoges. Les objets produits sont surtout des objets liturgiques, destinés au culte ; à partir du milieu du XIIIe siècle, on trouve également des plaques funéraires, comme celles des enfants de saint Louis. A partir de la fin du XIIIe siècle, la production diminue et devient plus locale. Les ateliers disparaissent progressivement au cours du XIVe siècle, puis s'éteignent tout à fait lorsque les armées du Prince Noir saccagent la ville en 1370.

Les ateliers étaient sans doute tenus par des laïcs, mais l'abbaye joue un rôle très important dans la production : elle fournit les commandes et les thèmes d'objets liturgiques, à la fois pour elle-même et pour ses quelque quatre-vingts prieurés. Elle est également un centre de pèlerinage important et un point d'étape vers Compostelle, ce qui provoque un flux de pèlerins qui sont autant de clients potentiels.[9]

La crypte Saint-Martial[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, la création d'un parc de stationnement souterrain place de la République entraîne la réalisation de fouilles archéologiques par la société archéologique et historique du Limousin (SAHL).

Celles-ci ont permis la redécouverte des anciennes églises Saint-Pierre-du-Sépulcre et Saint-Benoît, d'une petite partie du cloître, mais surtout du tombeau de saint Martial, avec les sarcophages de ses compagnons Austriclinien et Alpinien et le réceptacle des reliques de sainte Valérie de Limoges. Ces vestiges ont été préservés dans une crypte, la première crypte archéologique en France[10].

Différents éléments lapidaires, dont un ensemble de chapiteaux du XIe siècle et l'original de la mosaïque du Xe siècle, qui marquait le tombeau de saint Martial, sont conservés au musée de l'Évêché.

La crypte, située sous la place de la République, manquait de visibilité au début des années 2000 ; le circuit de visite était peu fluide du fait de culs-de-sac ; l'appareil documentaire était fort limité. Par conséquent, le nombre de visiteurs était faible, 3900 visiteurs en 2004[5]. Depuis 2006, la crypte fait l'objet de nouvelles campagnes de fouilles archéologiques et n'est plus visitable[11].

Ce lieu est desservi par les lignes de trolleybus et de bus de la TCL 2 (stations Carrefour Tourny et Place Wilson), 4 et D4 (station Saint-Pierre), 5 D5 8 10 D10 12 18 20 21 22 et 34 (station Carrefour Tourny).

Les abbés de Saint-Martial[modifier | modifier le code]

Possessions de l'abbaye Saint-Martial de Limoges[modifier | modifier le code]

L'abbaye Saint-Martial de Limoges possède de nombreux prieurés, dispersés dans tout le sud-ouest de la France, de l'actuel Aveyron jusqu'en Charente. On y trouve notamment :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Jean-François Boyer, « Limoges, ville ducale et royale dans l'Aquitaine du haut Moyen Âge », Congrès archéologique de France « Haute-Vienne romane et gothique : l'âge d'or de son architecture »,‎ , p. 21-28
  2. a, b, c et d Charles de Lasteyrie du Saillant, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges, Paris, Picard,
  3. a, b, c et d Eliane Vergnolle, « Limoges, Saint-Martial : L'abbatiale du Sauveur et les "églises de pèlerinage" », Congrès archéologique de France « Haute-Vienne romane et gothique : l'âge d'or de son architecture »,‎ , p. 115-140
  4. a, b, c, d et e Xavier Lhermitte, « Limoges, Saint-Martial. Les bâtiments conventuels », Congrès archéologique de France « Haute-Vienne romane et gothique. L'âge d'or de son architecture »,‎ , p. 141-153
  5. a, b, c, d, e, f et g Claude Andrault-Schmitt (dir.), Saint-Martial de Limoges. Ambition politique et production culturelle (Xe-XIIIe siècles), Limoges, Presses universitaires de Limoges, (ISBN 2-84287-400-5)
  6. Tomasz Orlowski, Cahiers de civilisation médiévale : La statue équestre de Limoges et le sacre de Charles l’Enfant, vol. 30, , 144 p. (lire en ligne), p. 131,144
  7. Xavier Lhermitte, « Abbaye Saint-Martial de Limoges. Recherches en cours sur l'église Saint-Pierre-du-Sépulcre », Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin,‎ , p. 1-19
  8. Xavier Lhermitte, « Limoges. Découverte d'un mausolée de l'Antiquité tardive au sein de la nécropole de Saint-Martial, 1, rue de la Courtine », Bulletin monumental,‎ , p. 160-162 (lire en ligne)
  9. Musée du Louvre. et Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.), L'Œuvre de Limoges : emaux limousins du Moyen Age : [exposition] Paris, Musée du Louvre, 23 octobre 1995-22 janvier 1996, New-York, the Metropolitan Museum of Art, 4 mars-16 juin 1996., Réunion des musées nationaux, (ISBN 2711833054, OCLC 34040550, lire en ligne)
  10. Bulletin de la Société Archéologique et Historique du Limousin, 1961 et suivant, passim.
  11. « Recherche programmée dans la crypte Saint-Martial (Limoges) » (consulté le 9 septembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Splendeurs de St-Martial de Limoges au temps d'Adémar de Chabannes, Limoges, Musée municipal de l'évêché,
  • Claude Andrault-Schmitt (dir.), Saint-Martial de Limoges, Ambition politique et production culturelle (Xe-XIIIe) siècles, Limoges, 2006.
  • Jacques Chailley, L'école musicale de Saint-Martial de Limoges jusqu'à la fin du XIe siècle, Paris, Les Livres essentiels, 1960.
  • Danielle Gaborit-Chopin, La décoration des manuscrits à Saint-Martial de Limoges et en Limousin du IXe au XIIe siècle, Genève, Paris, coll. « Mémoires et documents publiés par la Société de l'Ecole des Chartes »,
  • Jean-Michel Desbordes et Jean Perrier, Limoges. Crypte Saint-Martial, Paris, Ministère de la Culture/Imprimerie nationale, (ISBN 2-11-081068-8)
  • Marguerite-Marie Ippolito, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges. Mille ans d'histoire, Paris, L'Harmattan,
  • Charles de Lasteyrie du Saillant, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges, Paris, 1901.
  • Jean-Loup Lemaître, Mourir à Saint-Martial : la commémoration des morts et les obituaires à Saint-Martial de Limoges, du XIe au XIIIe siècle, Paris, de Boccard, (ISBN 2-7018-0050-1)
  • Jean-Loup Lemaître, Le Limousin monastique : autour de quelques textes, Ussel, Musée du Pays d'Ussel,
  • Jean-Loup Lemaître, La bibliothèque de Saint-Martial aux XIIe et XIIIe siècles, Limoges, Pulim,
  • Xavier Lhermite, Limoges. Abbaye Saint-Martial, église abbatiale du Sauveur : sondages 2014, p. 62-67, Bulletin monumental, 2015, Tome 173-1 (ISBN 978-2-901837-54-1)
  • Eliane Vergnolle, Haute-Vienne romane et gothique. L'âge d'or de son architecture. Congrès archéologique de France, 172e session, Paris, Société Française d'Archéologie, (ISBN 978-2-901837-61-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]