Abraham ben David de Posquières

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Abraham ben David de Posquières, plus connu dans le judaïsme comme Rabad III (acronyme de Rabbenou Abraham ben David), fut un rabbin, kabbaliste et philosophe provençal du XIIe siècle, né à Narbonne en 1120, décédé à Posquières (France) en 1197.

Biographie[modifier | modifier le code]

Talmudiste et halakhiste, il étudia sous la tutelle des Rabbanim Moshe ben Yossef Ha-Levi, Mechoulam ben Yaaqov de Lunel et Rabad II qui devint son beau-père et lui prodigua un enseignement mystique. Il suivit d'abord leur ligne de pensée, avant de s'en écarter, avec la maturité, et de rédiger ses propres commentaires sur des traités mishniques et talmudiques. Ceux-ci furent si brillants que certains placèrent leur auteur sur le même pied que d'éminents commentateurs comme Rachi ou le Rif.

Il est également célèbre pour ses objections (Hassagot) sur les positions halakhiques et les articles de foi de Maïmonide. Son but n'était cependant pas de porter atteinte à l'homme ou à son œuvre, ni d'exposer ses opinions personnelles en la matière, mais de montrer qu'une opinion contraire à celle de Maïmonide restait possible et que l'esprit critique de l'étudiant devait subsister malgré l'envergure du Maître, appelé l'Aigle de la Synagogue, qui pourrait arrêter là sa réflexion.

Il écrivit également des traités halakhiques, notamment:

  • Torat Ha-Bayit sur les lois diététiques
  • Tamim Deim sur tous les aspects pratiques et affaires religieuses
  • Tshouvot ouPsaqim LaRabad, décisions et responsa[Quoi ?]
  • Drashah LeRosh HaShana, écrits halakhiques sur les fêtes de Roch Hachana et Yom Kippour.

Il devint une sommité rabbinique de Lunel et dirigea une yeshiva à Posquières, qui devint la plus importante de Provence.

Parmi ses disciples se trouvent Rabbi Ytzhaq Ha-Kohen de Narbonne, Rabbi Avraham HaYar'hi, Rabbi Meir de Carcassonne et R' Asher de Lunel. Il enseigna également la Kabbale à son fils Itzhak Sagi Naor.

Sa richesse fut l'objet de convoitises. En 1172, le seigneur Elzéar II de Posquières obtint son arrestation et son emprisonnement, heureusement cassé par Roger II, vicomte de Carcassonne, qui fit bannir à Carcassonne le Seigneur de Posquières.

Vers la fin de sa vie, il écrivit Baalei Ha-Nefesh, sur les lois de pureté familiale, et la construction d'un Mikvé.

Abraham ben David et Maïmonide[modifier | modifier le code]

Contemporain de Maïmonide, Abraham ben David fut l'un de ses plus farouches adversaires. Son but n'était pas de déconstruire l'œuvre du Maître mais simplement de montrer aux étudiants éblouis, tant par la stature historique de l'Aigle de la Synagogue que par son œuvre, que la parole de notre Maître Moïse n'est pas celle de Moïse notre Maître, qu'une opinion alternative peut et doit exister.

Si cette opposition se manifeste tout naturellement sur le Code de Maïmonide, le RABaD est encore plus opposé à la construction d'un système de principes de lois (qui pourraient trop facilement devenir des dogmes, sacralisés et figés), en particulier suivant la méthode préconisée par Maïmonide. En effet, celui-ci a une tendance trop prononcée à faire passer des concepts aristotéliciens pour de la théologie juive.

Par exemple, Maïmonide, conformément à ses convictions philosophiques, et en accord total avec ce que professe le Judaïsme, déclare que l'incorporéalité de Dieu est un principe de foi du Judaïsme, ou, tel qu'il le formule, « quiconque conçoit que Dieu serait un être corporel est un apostat » (Yad ha-Hazaqah, Teshuvah, iii. 7).

RABaD, auquel une certaine conception mystique anthropomorphique de Dieu n'est pas étrangère, ne peut que réagir à cet énoncé. Il annote donc cette formule d'une critique brève, mais emphatique : « Pourquoi appelle-t-il de telles personnes apostats ? Des hommes meilleurs et plus valables que lui ont professé cette opinion, pour laquelle ils pensent avoir trouvé confirmation dans les Écritures et dans une interprétation confuse de l'Aggada. » Cette dernière phrase laisse entendre toute la méfiance qu'a le RABaD lui-même pour cette vision anthropomorphique. Il veut simplement faire entendre que cette opinion de Maïmonide, toute louable qu'elle soit, n'est pas à ériger en dogme, car « pour Abraham ben David, le Judaïsme est une religion se basant sur des faits, et non des dogmes ». C'est cette même pondération qu'on retrouve dans ces autres critiques : bien que les vues de Maïmonide sur l'éternité du monde et la vie future lui paraissent aussi hérétiques que la corporéalité divine semblait hérétique à Maïmonide, il se contente d'indiquer sa divergence d'opinion, sans s'en prendre à l'auteur (op.cit. viii. 2, 8).

En revanche, Abraham ben David est moins mesuré lorsqu'il s'agit de dénoncer la tendance de Maïmonide à faire passer ses idées philosophiques propres sous le couvert de passages du Talmud.

La sorcellerie est par exemple, tant dans la littérature rabbinique que dans le Tanakh, dans certaines conditions, une offense passible de mort. Quant à déterminer quels actes tombent sous ces conditions, les opinions du Talmud varient fortement : certains de ses Sages n'échappent pas toujours à certaines pratiques superstitieuses alors que d'autres s'en défont complètement. Pour Maïmonide le philosophe, sorcellerie, astrologie, augures, sont autant d'absurdités, purement et simplement. Il estime que même les actions d'Éliezer (Genèse 24:14) et Jonathan (I Sam. 14:8-10) rapportées dans les Écritures sont à considérer comme tombant dans ces catégories.

Ici, RABaD ne se contente pas de corriger l'assertion de Maïmonide ; il déclare expressément que de son point de vue, Maïmonide mériterait d'être retranché de son peuple pour les propos calomnieux exprimés à propos de ces personnages bibliques[1].

Cet exemple suffit à expliquer le principe moteur de l'attitude d'Abraham ben David envers le Yad ha'Hazaka, qu'il estimait par ailleurs lui-même une grande œuvre (Kilayim, 4:2).

Par ailleurs, Abraham ben David de Posquières, d'un naturel pieux et porté à l'ascèse, fut l'un des pères de la forme moderne de la Kabbale. Il relatait fréquemment les visites de « l'esprit saint (d'Élie) lui délivrant les secrets de Dieu au cours de ses études » [2], de grands mystères connus seulement des initiés[3].

Abraham ben David de Posquières n'était néanmoins pas l'ennemi des sciences. On retrouve dans ses écrits une forte empreinte d'études de la philologie hébraïque. Il encouragea la traduction et la diffusion des Devoirs du Cœur de Bahya ibn Paquda, ouvrage franchement orienté vers la philosophie néoplatonicienne, et qui, à l'instar de Maïmonide, condamnait vertement les conceptions anthropomorphistes de la Déité (ce qui prouve encore une fois qu'il ne les agréait pas lui-même). Plus encore, son commentaire à la dernière note du cinquième chapitre des Hilkhot Teshouvah est une citation littérale du Musre ha-Philosophim de Honein ben Isaac (p. 11, 12) ou Loewenthal (p. 39) lequel ne donne que la traduction d'Al-Gharizi.

Abraham ben David et Posquières[modifier | modifier le code]

Abraham ben David de Posquières a enseigné et a réalisé son œuvre à Posquières, aujourd'hui Vauvert, un village du département du Gard situé entre Nîmes et la mer. Il a eu des contacts étroits et suivis avec les talmudistes de Lunel comme avec ceux des villes de la Provence et de la Catalogne juives de son époque. Il est donc faux de désigner Posquières comme étant Lunel et davantage encore comme étant Nîmes.

Fondé au IXe siècle par la dynastie des Rostains vassaux des comtes de Toulouse, Posquières hébergea une communauté juive estimée à 40 chefs de famille (soit 200 à 300 individus) par Benjamin de Tudèle lors de son voyage en 1165[4].

Plusieurs vestiges de la vie de la communauté juive de Posquières et de sa célèbre école rabbinique subsistent encore aujourd'hui à Vauvert. Parmi les plus emblématiques, on peut noter la rue des Juifs, la rue des Bonnets carrés, une colonne de la synagogue, une inscription tumulaire hébraïque, etc. Une place Rabad de Posquières a été inaugurée à Vauvert pour le 800e anniversaire de sa mort.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yad. 'Akoum, 11:4
  2. Voir ses commentaires à Yad ha'Hazakah, Loulav, 8:5; Bet ha-Be'hira, 8:11
  3. Yesodei haTorah, 1:10
  4. Gallia Judaica, édition d'Henri Gross de 1897, p. 445-455

Bibliographie[modifier | modifier le code]