Qanûn (Avicenne)

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Première page avec enluminure d'une copie en arabe du Qanûn, XVe siècle, NLM.

Le Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (Le Livre de la Loi concernant la médecine - كتب ا لقا نون في ا لطب), connu plus simplement en Occident sous le nom de Qanûn (prononcé Qaanoune) ou Canon, est un ouvrage encyclopédique de médecine médiévale rédigé en arabe par Avicenne médecin et scientifique iranien au Xe siècle. Cet ouvrage est considéré comme l'un des plus importants ouvrages écrits en médecine.

Il servira de livre de base de l'enseignement de la médecine en Europe jusqu'au XVIIe siècle. Il a été traduit en latin par Gérard de Crémone (1150 et 1187) sous le titre Canon medicinae et il ne sera plus connu par la suite que par le nom de Canon. La traduction est entièrement refaite au début du XVIe siècle par Andrea Alpago. Il est l'un des premiers livres à être imprimé en langue arabe, en 1593, à Rome, par Giambattista Raimondi.

Certains enseignements contenus dans le Qanûn ne seront remis en cause que tardivement, par Léonard de Vinci d'abord, qui rejette l'anatomie d'Avicenne à la suite de ses propres observations, et à Bâle, où Paracelse brûle l'ouvrage. La découverte de la circulation générale par William Harvey en 1628 termine de mettre définitivement certains enseignements du Qanûn au rang de la science ancienne.

Le plus ancien exemplaire connu du Qanûn rédigé en langue arabe date de 1052 et est détenu par le musée de l'Aga Khan à Toronto[1].

Circonstances de la rédaction[modifier | modifier le code]

Avicenne (Ibnou Sina en arabe) souhaite en entamant la rédaction de cet ouvrage, consigner en un ouvrage unique les théories de Galien et d'Hippocrate, jusqu'alors auteurs de référence en médecine. Il inclut aussi les écrits de ses prédécesseurs plus proches, ainsi que le relate son secrétaire et biographe Al-Juzjani. Parmi ceux-ci, le médecin perse juif de la fin du IXe siècle Masarjawayh[2] de Bassorah en Mésopotamie[3] qui fut le premier à traduire en arabe les 30 volumes des pandectae medicinae de l'archidiacre d'Alexandrie Ahron à partir du syriaque[4]. Il reprend aussi les écrits de Rhazes, en particulier son Kitab el-Ḥawi fi al-Tibb.

Avicenne consignera aussi son expérience personnelle des patients et de leurs maladies dans le Qanûn.

La composition du Qanûn prit beaucoup de temps et fut menée de front avec les autres travaux philosophiques d'Avicenne. Débuté à Gorgan (nord de l'Iran), continué à Rayy, il est achevé à Hamadan.

Contenu du Qanûn[modifier | modifier le code]

Canon édition de Gentile da Foligno, Venise 1520.

Le Quanûn est divisé en cinq livres homogènes, totalisant environ un million de mots. Ces livres se divisent en funûn ou fen (chapitres), tractatus, summa, et caput.

Livre I[modifier | modifier le code]

Ce livre appelé al-kulliyat contient des généralités sur l'anatomie du corps humain, la santé, la maladie ainsi que sur les traitements généraux, le style de vie à adopter, le régime alimentaire...

Livre II[modifier | modifier le code]

Ce livre traite de la pharmacologie des médicaments simples, minéraux, végétaux et animaux. On peut y trouver environ 800 monographies. Ce livre contient en outre la description de méthodes d'analyse qui sont habituellement considérées comme de la science "moderne".

Livre III[modifier | modifier le code]

Ce livre traite des pathologies, qui sont regroupées par organes et/ou systèmes.

Livre IV[modifier | modifier le code]

Ce livre contient le traité sur les fièvres, suivi du traité sur les symptômes, diagnostics et pronostics, la petite chirurgie, les tumeurs, blessures, fractures, morsures ainsi qu'une partie traitant des poisons.

Le livre V[modifier | modifier le code]

Il est nommé Aqrabadin, c’est-à-dire pharmacopée. Il traite des médicaments composés, pommades, onguents, suppositoires, cataplasmes, sirops.... On y trouve environ 600 formules réparties en deux volumes.

Influence du Qanûn sur la médecine[modifier | modifier le code]

Traduction latine du Qanûn datant d'environ 1500.

Œuvre monumentale de par son exhaustivité et sa vision alors nouvelle de la médecine, le Qanûn d'Avicenne est toujours enseigné au XXIe siècle dans le cadre de l'histoire de la médecine. Il sera enseigné dans les facultés de médecine de Montpellier et de Louvain jusqu'en 1650. La découverte de l'anatomie et le début des dissections de cadavres vont permettre à la médecine de prendre le nouvel essor qui deviendra la médecine contemporaine.

Paradoxalement, les travaux d'Avicenne auront plus d'impact en Europe chrétienne qu'en Andalousie musulmane, où l'influence d'Averroès, critique d'Avicenne, est déterminante.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Site du musée de l'Aga Khan
  2. lire l'article sur Masarjawayh sur Wikipédia en anglais
  3. Article MASARJAWAIH sur Jewish Encyclopedia
  4. Aucun des écrits de Masarjawayh ne nous est parvenu

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Al-Qânûn fî al-tibb (Canon de médecine), copie du XIVe siècle, Paris. BnF, Manuscrits (Latin 14023).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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