Néoplatonisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le néoplatonisme est une doctrine philosophique, élaborée à Rome à partir de 232 par Ammonios Saccas et surtout par Plotin, dont le dernier représentant est Damascios, en 544. Le néoplatonisme ou platonisme de l'Antiquité tardive tentait de concilier la philosophie de Platon avec certains courants de la spiritualité orientale.

Le mot "néoplatonisme" a été inventé par Thomas Taylor, dans sa traduction des Ennéades de Plotin (1787), ou par Heinrich Friedrich Karl vom Stein en 1864 dans Sieben Bücher zur Geschichte des Platonismus. Les néoplatoniciens se disent, eux-mêmes, simplement platoniciens.

Le néoplatonisme se caractérise par l'insistance donnée au premier Principe (l'Un, en général) et par des expériences spirituelles.

Origines[modifier | modifier le code]

Il est possible de voir un précurseur du néoplatonisme en la personne de Philon d'Alexandrie qui, vers 40, traduisit le Judaïsme en termes d'éléments stoïciens, platoniciens et néopythagoriciens et soutint que Dieu est "supra-rationnel" et ne peut être atteint qu'à travers l'extase et que les Oracles de Dieu fournissent le matériel moral et les connaissances religieuses. C'est Philon qui fait circuler l'idée que Platon admet deux mondes, dont un monde intelligible (κόσμος νοητός)[1]. Platon, pourtant, n'admet que deux niveaux, deux lieux, l'intelligible, le sensible, en participation. Platon n'admet qu'un Tout, un Univers (en deux niveaux, en deux lieux qui participent), pas deux mondes séparés : il parle de "lieu intelligible" et de "lieu visible", en rapport d'analogie, de ressemblance (La République, VI, 508b).

Les plus importants précurseurs du néoplatonisme, sont les Moyen-platonistes, tel que Plutarque (vers 80) et les Néopythagoriciens, surtout Numénios d'Apamée (vers 150).

Les premiers philosophes chrétiens, tels que Justin de Naplouse (vers 135) et Athénagoras d'Athènes, ont essayé de relier le néoplatonisme au christianisme. Les chrétiens Gnostiques d'Alexandrie, surtout Valentin (vers 150) et les disciples de Basilide, ont aussi représenté des éléments du néoplatonisme, mais sans sa rigoureuse cohérence.

Il n'y a cependant pas de preuves d'une quelconque influence de philosophies juives ou chrétiennes chez Plotin, et sans aucun doute Alexandrie, d'où le néoplatonisme est originaire, fut baignée dans des pratiques religieuses orientales accessibles à tout un chacun. C'est uniquement le néoplatonisme tardif, à partir de Jamblique, qui propose un parallèle profond et évident entre Platon et les Gnostiques.

Écoles[modifier | modifier le code]

Les écoles du platonisme les plus anciennes, depuis la fondation de l'Académie de Platon en -388, sont :

  1. l’école paléoplatonicienne ou platonisme ancien. Elle comprend les disciples immédiats de Platon : Speusippe (premier scolarque, recteur, de l'Académie de Platon en -348), Philippe d'Oponte, Eudoxe de Cnide, Héraclide du Pont, Xénocrate (deuxième scolarque en -339). Suivent Philon de Larissa (douzième scolarque en -129), etc. Speusippe et Xénocrate tirent du côté de Pythagore, du Nombre[2]. Mais quand Pythagore met les nombres dans les choses, Platon sépare Nombres et réalités sensibles[3].
  2. l’école médioplatonicienne ou moyen-platonisme[4] ou platonisme éclectique : Eudore d'Alexandrie (40 av. J.-C.), Ammonios d'Athènes (maître de Plutarque en 66), le fameux Plutarque de Chéronée (46-125), Théon de Smyrne (vers 130 ?), Atticos, Alcinoos le Philosophe, auteur du Didaskalikos. Enseignement des doctrines de Platon, vers 150), Apulée de Madaure (125-180), Maxime de Tyr (IIe siècle), Numénios d'Apamée (vers 155). À partir de Numénios, la distinction entre néopythagorisme et néoplatonisme se brouille. Parmi les lettres attribuées à Platon, les n° II, VI, IX, XII et XIII viennent d'un "milieu pythagoricien fin du IIe ou début du Ier s. av. J.-C."[5] ; la IIe relève peut-être de la pensée d'Eudore d'Alexandrie[6].

Le néoplatonisme s'est développé en plusieurs écoles[7], depuis Ammonios Saccas en 232 jusqu'à la fermeture de l'école néoplatonicienne d'Athènes par Justinien en 529 ou jusqu'au milieu du VIIe siècle pour l'école néoplatonicienne d'Alexandrie :

  1. l’école néoplatonicienne de Rome : Ammonios Saccas (fondateur du néoplatonisme en 232, maître de Plotin), Plotin (244, maître de Porphyre, Amelius, Roghatianus, premier scolarque en 244), Porphyre de Tyr (264, secrétaire et éditeur de Plotin, second scolarque en 270), Jamblique (305, élève de Porphyre), Cornelius Labeo[8] (IIIe siècle). Ammonios Saccas, poursuivant le moyen-platonisme, affirme le concordisme Platon/Aristote : « Ce fut Ammonios d’Alexandrie, l’inspiré de Dieu, qui le premier, s’attachant avec enthousiasme à ce qu’il y a de vrai dans la philosophie et s’élevant au-dessus des opinions vulgaires qui rendaient la philosophie un objet de mépris, comprit bien la doctrine de Platon et d’Aristote, les réunit en un seul et même esprit, et livra ainsi la philosophie en paix à ses disciples Plotin, Origène [le Platonicien] et leurs successeurs » (Hiéroclès d'Alexandrie, cité par Photios). Plotin se présente comme un exégète des enseignements de Platon : "Cette doctrine n'est pas nouvelle. Elle fut professée dès les temps les plus anciens, mais sans être développée explicitement; nous ne voulons ici qu'être les interprètes des premiers sages et montrer par le témoignage même de Platon qu'ils avaient les mêmes dogmes que nous" (Ennéades V.1.8).
  2. l’école néoplatonicienne d'Apamée (en Syrie), théurgique : Amelius (268 ; disciple de Plotin en 246, maître de Jamblique), Jamblique[9] (313), Sopatros d'Apamée (325, successeur de Jamblique), Édésios de Cappadoce (parti à Pergame), Eustathe de Cappadoce ;
  3. l’école néoplatonicienne de Pergame, première ramification de l'école syrienne, d'orientation magique : Édésios de Cappadoce (disciple de Jamblique, fondateur de l'école de Pergame vers 330), Maxime d'Éphèse (disciple d'Édésios de Cappadoce, et maître du futur Julien l'Empereur dès 351)[10], Chrysanthe, Julien l'empereur (350), Priscus (385, vivant à Athènes), Eunape de Sardes (historien de l'école avec sa Vie des sophistes, 395)[11] ; la production littéraire de l'école néoplatonicienne de Pergame est suspendue vers 332 lorsque l'édit de Constantin pour la destruction des temples païens entre en vigueur
  4. l’école néoplatonicienne d'Athènes, deuxième ramification de l'école syrienne, d'orientation mystique : Nestorios le Hiérophante (hiérophante à Éleusis de 355 à 380), Plutarque d'Athènes (premier scolarque de l'école d'Athènes, vers 400), Syrianos (deuxième scolarque, en 435), Proclos (disciple de Plutarque d'Athènes et de Syrianos, troisième scolarque en 438), Ammonios, fils d'Hermias (maître de Jean Philopon, d'Athènes comme élève, d'Alexandrie comme maître), Marinos (quatrième scolarque, biographe de Proclos, 485), Hégias, Isidore de Gaza (maître de Damascios, sixième scolarque en 490), Zénodote (495), Damascios (huitième et dernier scolarque de l'école d'Athènes en 520, maître de Simplicios à Athènes), Simplicios de Cilicie ("dernier représentant", de retour à Athènes en 533). L'école naît donc à Athènes vers 400, avec Plutarque d'Athènes, Syrianos, puis elle émigre à Alexandrie vers 430, avec Hiéroclès d'Alexandrie, Hermias, Ammonios, fils d'Hermias. En 529, l'empereur romain d'Orient Justinien Ier fait fermer l'école d'Athènes[12], aussi sept philosophes néoplatoniciens (Damascius le Diadoque, Simplicios de Cilicie, Priscien de Lydie, Eulamios de Phrygie, Hermias de Phénicie, Diogène de Phénicie, et Isidore de Gaza) durent quitter Athènes et se réfugièrent en Perse, chez le roi de Perse Khosrô Ier, puis à Harrân, en Mésopotamie ; après le traité de paix signé en 532 entre Khosrô Ier et Justinien Ier, les philosophes retournèrent, malgré les instances du roi de Perse, dans l’empire byzantin.
  5. l’école néoplatonicienne d'Alexandrie, troisième ramification de l'école syrienne, d'orientation exégétique : Hypatie (tuée en 415), Synésios de Cyrène (élève d'Hypathie, évêque de Ptolémaïs en 410), Hiéroclès d'Alexandrie (peut-être vers 430), Hermias, Ammonios, fils d'Hermias (vers 500), Jean Philopon (disciple et assistant d'Ammonios, fils d'Hermias ; 517), les Prolégomènes à la philosophie de Platon (début du VIe s.), Olympiodore le Jeune (scolarque en 541), Étienne d'Alexandrie (vers 620). Jean Philopon s'est converti au christianisme vers 529, sans doute à cause de la mesure de Justinien Ier. Pour Ilsetraut Hadot, « il n'y a pas d'école néoplatonicienne d'Alexandrie dont les tendances doctrinales différeraient des tendances propres à l'école d'Athènes » (Le problème du néoplatonisme alexandrin. Hiéroclès et Simplicius, 1978).

Après Damascios (470-544), les penseurs sont moins philosophes, davantage compilateurs ou alchimistes. Certains sont considérés comme commentateurs en alchimie : Synésios peut-être identique à Synésios de Cyrène), Olympiodore l'Alchimiste peut-être identique à Olympiodore le Jeune, Étienne d'Alexandrie (Stephanos d'Alexandrie (v. 620)[13]. Olympiodore le Jeune oppose contemplatifs et théurgistes : "Beaucoup, comme Porphyre et Plotin, préfèrent la philosophie, d'autres, comme Jamblique, Syrianos et Proclos, préfèrent la théurgie (ιερατική)."[14]

Le platonisme a continué en créant :

Philosophie[modifier | modifier le code]

La philosophie néoplatonicienne a pour but la résolution d'un des problèmes au cœur de la pensée grecque antique, à savoir le problème de l'Un et du multiple. Plus particulièrement, il s'agit de comprendre comment articuler l'Un au Multiple. Nous constatons le Multiple dans la nature, or l'Un est le fondement de l'intelligibilité. Cette philosophie est rattachée au platonisme de par sa volonté de résoudre les apories de la pensée de Platon, et en particulier celles d'un des dialogues les plus difficiles : le Parménide, où Platon envisage trois hypothèses principales sur l'Un (l'Un absolu inconnaissable et ineffable qui exclut tout multiple ; l'Un qui est être et admet donc tous les contraires ; l'Un qui est et qui n'est pas, et qui donc est changement, instant)[20].

Il y a quatre principes qui commandent la solution du problème Un/Multiple :

  • "Toute multiplicité suppose une unité qui lui donne sa structure" : principe d'unité systématisante
  • "Toute unité transcende la multiplicité qu'elle unifie" : principe de transcendance
  • "Toute multiplicité est contenue en quelque manière dans l'unité qui la transcende" : principe d'immanence
  • "Toute réalité qui, pour se réaliser, doit sortir de l'unité où elle était contenue, ne peut se réaliser pleinement que par un retour à l'unité dont elle émane" : principe de conversion.

Quelques traits du néoplatonisme. 1) Le livre le plus commenté est le Parménide de Platon, car ce livre porte sur les premiers principes, sur l'Un. Les néoplatoniciens voient dans le dialogue de Platon une théologie, alors que les savants d'aujourd'hui y voient plutôt un jeu intellectuel. 2) Le néoplatonisme retient surtout l'idée de l'absolue transcendance du Bien et néglige la philosophie politique. 3) La philosophie tend vers la mystique, elle se donne pour fin morale l'union avec le Principe originel, divin : Plotin avait des extases (Porphyre, Vie de Plotin), Jamblique cherchait à "suivre Dieu" (Vie de Pythagore, 86). 4) On repère beaucoup de triades : trois dieux chez Numénios d'Apamée, trois hypostases chez Plotin, les triades être/pensée/vie, repos/procession/conversion, substance/activité/puissance... 5) Les hypostases, c'est-à-dire les principes divins (Un, Second Un, Être, Vie, Intellect...) se multiplient. 6) La philosophie orientale est plus ou moins présente (Égyptiens, Chaldéens, judaïsme...). Les néoplatoniciens veulent systématiser et unifier la mythologie grecque, l'orphisme, le pythagorisme, le platonisme, les Oracles chaldaïques.

Les néoplatoniciens identifient les dieux avec les Idées platoniciennes. Mais Plotin et Porphyre considèrent la pratique religieuse comme indigne du sage, parce qu'il est capable d'atteindre Dieu directement par l'élévation spirituelle de sa pensée, tandis que Jamblique, Proclos et l'école néoplatonicienne d'Athènes s'efforcent d'observer le plus religieusement possible les rites traditionnels[21]. La théologie néoplatonicienne se complexifie. Selon Proclos (Commentaire du Parménide, VI, 1061-1063), Syrianos aurait décomposé la seconde hypothèse du Parménide de Platon en quatorze parties correspondant à la procession de tous les degrés de l'être après l'Un : les trois triades des dieux intelligibles (= l'être), les trois triades des dieux intelligibles-intellectifs (= la vie), les deux triades des dieux intellectifs (= l'intellect), la septième divinité (= la séparation des dieux supérieurs avec les dieux du monde) ; les dieux hypercosmiques (= les chefs), les dieux hypercosmiques-encosmiques (= les dieux détachés du monde), les dieux encosmiques (= les dieux célestes et sublunaires), les âmes universelles, enfin les êtres supérieurs (anges, démons et héros) (R. L. Cardullo). Dans son Commentaire sur le Timée, Proclos admet neuf niveaux de réalité : Un, être, vie, esprit, raison, animaux, plantes, êtres animés, matière première. Il pose une hiérarchie des dieux en neuf degrés : 1) l'Un, premier dieu ; 2) les hénades ; 3) les dieux intelligibles ; 4) les dieux intelligibles-intellectifs ; 5) les dieux intellectifs ; 6) les dieux hypercosmiques ; 7) les dieux encosmiques ; 8) les âmes universelles ; 9) les anges, démons, héros (Pierre Hadot).

Expériences spirituelles[modifier | modifier le code]

Les néoplatoniciens connaissent contemplations, extases, pratiques de théurgie...

De Plotin : "Souvent lorsque je m'éveille à moi-même en sortant de mon corps [extase mystique], et qu'à l'écart des autres choses, je rentre en moi, je vois une beauté d'une force admirable" (Plotin, Ennéades, traité IV,8).
Sur Proclos : "Nuit et jour, il se livrait à des rites apotropaïques [qui protègent contre les sortilèges et les maléfices], à des ablutions et à d'autres pratiques de purification, soit orphiques soit chaldaïques [des Oracles chaldaïques], et chaque mois il entrait sans hésiter dans la mer, quelque fois même deux ou trois fois le même mois... De fait, il ne s'alimentait que fort peu. Le plus souvent il s'abstenait de la chair des êtres animés... Chaque mois, il passait dans la pureté les fêtes de la Mère des dieux [Cybèle] en usage chez les Romains ou antérieurement même chez les Phrygiens ; il observait les jours fastes des Égyptiens... Il jeûnait certains jours à la suite d'une apparition divine..." (Marinus, Vie de Proclus, § 19).

Liens entre le néoplatonisme et le christianisme[modifier | modifier le code]

Le Dieu unique et la philosophie[modifier | modifier le code]

L'idée d'un Dieu unique est une valeur qui devient prégnante au moment du développement des premiers christianismes[22]. Ainsi, chez Plotin, l'Un indicible, principe suprême, est au-delà de l'Être et origine de l'Être tout à la fois. Puis vient l'Être lui-même, dont le premier degré est l'Intellect - ou l'Esprit : en grec νοῦς (noûs) - et, dernier ordre de réalité avant la Matière, l'Âme universelle. Avec les néoplatoniciens postérieurs, le système se complexifie : on assiste à une multiplication des hypostases ontologiques. Jamblique, par exemple, place en deçà de l'Un les dieux, puis les archanges, puis les anges, puis les démons, puis les héros, hiérarchie - étymologiquement : « gouvernement des saints » - qu'on retrouve par la suite dans la hiérarchie angéologique du Pseudo-Denys. Proclus, pour sa part, introduit toute une série de subdivisions parmi les dieux[Note 1].

Porphyre et Plotin, enluminure d'un manuscrit médiéval

Les œuvres de Plotin ont été éditées par son disciple Porphyre de Tyr, un Phénicien. Ce dernier attribue des titres aux différents traités de Plotin et les ordonne en Ennéades. Le traité 10, suivant l'ordre chronologique donné par Porphyre, correspond à l'Ennéade V, 1, et porte le titre : Sur les trois « hypostases » qui ont rang de principe. Le mot « hypostase » est un terme grec pour désigner les différents ordres ontologiques du système néoplatonicien. Ce terme n'apparaît pas chez Plotin mais fait florès chez Athanase d'Alexandrie lors de l'élaboration de la trinité. Son usage dans ce contexte introduit une question : « Peut-on dire de l'Un qu'il est une hypostase, puisque la réalité c'est l'être, et que l'Un étant au-delà de l'être donc de la réalité, il paraît difficile d'en faire un ordre de réalité ? » Cela dit, le mot hypostase a fait son apparition en théologie trinitaire dès la première moitié du troisième siècle (Origène, dans le Commentaire sur l'évangile de Jean et déjà dans le traité des Principes, œuvre de jeunesse), époque à laquelle il ne doit rien au système néoplatonicien en cours d'élaboration. Il est donc employé dans la tradition chrétienne, le plus souvent, dans un sens assez différent et moins technique que l'emploi plotino-porphyrien, c'est-à-dire dans le sens de subsistance ou d'existence, sans préjuger d'un niveau d'être spécifique, donc d'une subordination d'une hypostase à une autre. Le mot avait d'abord un sens antimodaliste, pour exprimer l'altérité réelle de ceux que désignent les trois noms divins.

Il existe donc une différence sémantique assez radicale entre les hypostases dans l'école Alexandrine néo-platonicienne et les hypostases telles que les chrétiens de l'école Alexandrine les utilisent[Quoi ?]. La version d'Arius semble la plus proche de la version de Plotin relu par Porphyre, vu son système de subordination, celui-là même qui conduira certains de ses contemporains à l'accuser de di-théisme. Les néoplatoniciens considèrent que les hypostases sont hermétiques : il y a bien communication entre les différents ordres ontologiques, mais ces ordres sont bien distincts. L'Incarnation pose dès lors problème aux néoplatoniciens puisqu'elle se définit comme l'interpénétration de deux mondes, Ciel et Terre, divinité et humanité. Pour un néoplatonicien, chaque chose doit demeurer à sa place : un dieu n'est pas à sa place dans notre monde, sinon sous la forme du symbole. Cela signifie que si Dieu apparaît, ce n'est pas lui-même, tel qu'il est en lui-même, qui apparaît, mais lui en tant qu'il se révèle, donc qu'il revêt des formes de plus en plus grossières, de moins en moins divines. L’Un ne peut venir ici-bas. En revanche, il peut y avoir des symboles ou des messagers des dieux. L'impulsion divine vers le bas doit traverser toutes les hypostases ; au cours de ce voyage[Note 2] et s'altère de ce fait. Donc, pour un néo-platonicien, Dieu dans le ciel ne peut être le même que Dieu ici-bas.

Si « hypostase » est un terme employé pour parler des trois personnes de la Trinité chrétienne, il faut se souvenir que l'idée de triade est très présente chez les platoniciens - notamment par l'influence des Oracles chaldaïques. Il est vraisemblable que cette idée ait fait l'objet d'une relecture chrétienne[Note 3],[23].

À partir des trois hypostases de la trinité alexandrine - l'unité absolue engendre l'intelligence, l'intelligence à son tour engendre l'âme et toutes trois constituent un Dieu unique - la relecture chrétienne construit une trinité dont les trois hypostases sont égales entre elles et s'interpénètrent ontologiquement. Elles sont aussi distinctes, ce qui soulève des problèmes philosophiques chez les opposants. Toutefois, sur ce dernier point, il faut aussi se souvenir que l'hypostase (grecque) comme la personne (latin : persona) désignent aussi le masque revêtu par l'acteur du théâtre antique pour signifier son rôle. Dès lors, on comprend mieux les interprétations dissidentes telles que le modalisme.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Porphyre de Tyr, Vie de Plotin (vers 301), trad., Vrin, 2 t. [2] Vie de Plotin
  • Eunape de Sardes, Vie des philosophes et des sophistes (vers 395) [3] : trad. an. Lives of the Philosophers and Sophists, Harvard University Press, 1921, p. 342-565 (sur Jamblique, Maxime d'Éphèse, etc.). Trad. fr. S. de Rouville, 1879[4]
  • Marinus, Proclus ou Sur le bonheur (486), texte établi, traduit et annoté par Henri Dominique Saffrey et Alain Philippe Segonds, avec la collaboration de Concetta Luna. Paris, Les Belles lettres, 2001. (Collection des Universités de France), ISBN 2-251-00496-3
  • Damascios, Vie d'Isidore [de Gaza] (495), fragments in Photius, Bibliothèque, Codex 242. Trad. : La vie d'Isidore ou Histoire de la philosophie, traduit par Anthelme-Édouard Chaignet, in Commentaire sur le Parménide. Proclus le Philosophe. Suivi d'une traduction de La Vie d'Isidore ou Histoire de la philosophie de Damascius, Paris : E. Leroux. 3 vol. : 1900-1903, x-340, 407, xv-374 p. Réimpr. : Francfort-sur-le-Main : Minerva Journals, 1962, 2007, t. III, p. 241-371.

Textes néoplatoniciens par ordre chronologique[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

  • Achard, Martin (éd.), Perspectives sur le néoplatonisme, International Society of Neoplatonic Studies - Actes du colloque de 2006, Presses de l'Université Laval, 2009 ISBN 9782763787022
  • (en) Armstrong A. H., (éditeur), Cambridge History of Later Greek and Early Medieval Philosophy, Cambridge University Press, 1970.
  • Brun, Jean, Le néoplatonisme, Paris, PUF, coll. "Que sais-je ?", 1988.
  • Dörrie, H., "L'âme dans le néo-platonisme", Revue de théologie et de philosophie, Lausanne, 1973, p. 42-60.
  • Festugière, André-Jean, Études de religion grecque et hellénistique, Paris, J. Vrin, Bibliothèque d'histoire de la philosophie, 1972. ISBN 2-7116-0244-3.
  • Flamant, J., Macrobe et le néoplatonisme latin à la fin du IVe siècle, Leyde, Brill, 1977.
  • Gertz, Sebastian R. P.: Death and Immortality in Late Neoplatonism: Studies on the Ancient Commentaries on Plato's Phaedo, Leiden: Brill, 2011. ISBN 9789004207172
  • Hadot, Ilsetraut, Le problème du néoplatonisme alexandrin. Hiéroclès et Simplicius, 1978.
  • Hadot, Ilsetraut, Simplicius, sa vie, son oeuvre, sa survie, Berlin, de Gruyter, 1987.
  • Hadot, Pierre, Plotin et la simplicité du regard, Études augustiniennes, 1989.
  • (en) Lloyd A. C., The Anatomy of Neoplatonism, Oxford, Clarendon Press, 1990.
  • Paolo Mastandrea, Un neoplatonico latino Cornelio Labeone. Testimonianze e frammenti), Leyde, éd. Brill, 1979. Cornelius Labeo est un néoplatonicien du IIIe s.
  • Le néoplatonisme (Royaumont, juin 1969), 1971.
  • Proclus et la Théologie platonicienne, Actes du colloque international de Louvain, Paris, Les Belles Lettres, 1998 ISBN 2-251-18000-1 ISBN 978-2-251-18000-7
  • Saffrey, Henri-Dominique, Recherches sur le néoplatonisme après Plotin, Paris, Vrin, 1990, 317 p.
  • Saffrey, Henri-Dominique, Recherches sur la tradition platonicienne au Moyen Âge et à la Renaissance, Paris, Vrin, 1987, 255 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir sa Théologie platonicienne en 6 volumes
  2. Cf. la théologie de l'abaissement divin qui commente souvent le récit évangélique du lavement des pieds
  3. Pierre Hadot, Porphyre et Victorinus. Marius Victorinus était un néoplatonicien imprégné de la pensée porphyrienne et converti au christianisme

Références[modifier | modifier le code]

  1. Philon d'Alexandrie, De opificio mundi (De la fabrication du monde) (vers 40), trad. du grec Roger Arnaldez, Cerf, 1961, p. 151-153.
  2. W. Burkert, Lore and Science in Ancient Pythagoreanism, trad. de l'all. en an., Cambridge (Mass.), 1972.
  3. Aristote, Métaphysique, M, 6, 1080b ; M, 7, 1083b10 ; N, 2, 1090a23.
  4. P. Merla,; From Platonism to Neoplatonism, La Haye, 1960. J. M. Dillon, The Middle Platonists, Londres, 1977.
  5. Luc Brisson, Platon, Lettres, Garnier-Flammarion, 1987.
  6. P. T. Keyser, "Orreries, the Date of Letter II, and Eudorus of Alexandria", Archiv für Geschichte der Philosophie, 80, 1998, p. 241-267
  7. Jean-Paul Dumont, Éléments d'histoire de la philosophie antique, Nathan Université, 1993, p. 681.
  8. Paolo Mastandrea, Un neoplatonico latino Cornelio Labeone. Testimonianze e frammenti, Leyde, éd. Brill, 1979.
  9. J. Bidez, « Le philosophe Jamblique et son école », Revue des études grecques, 32 (1919), p. 29-40.
  10. [1]
  11. Eunape de Sardes, Vies de philosophes et de sophistes (395), trad., Manucius, 2009, p. 21 sq.
  12. H. J. Blumenthal, "529 and its sequel. What happended to the Academy", Byzantion, 48 (1978), p. 369-385.
  13. Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis, Les Belles Lettres, 1995, p. XIX. Textes d'Étienne (Stephanos) d'Alexandrie : F. Sherwood Taylor, The alchemical works of Stephanos of Alexandria, Ambix, I, 1937, p. 116-139, II, 1938, p. 39-49. Pour les autres : Collection des anciens alchimistes grecs (CAAG).
  14. Olympiodore d'Alexandrie le Jeune, In Platonis Phaedonem, édi. par W. Norvin, 123.3. Eric Robertson Dodds, Les Grecs et l'irrationnel (1959), Flammarion, coll. "Champs, 1977, p. 301, en grec.
  15. M. Tardieu et J.-D. Dubois, Introduction à la littérature gnostique, t. I, Cerf, 1986, p. 27.
  16. Ruth Majercik, "The Existence-Life-Intellect Triad in Gnosticism and Neoplatonism", Classical Quaterly, 42.2 (1992), p. 475-488.
  17. François Masai, Pléthon et le platonisme de Mistra, Les Belles Lettres, 1956.
  18. Jean pic de la Mirandole, Discours de la dignité de l'homme (1486), in Œuvres philosophiques, éd. et trad. Olivier Boulnois, Giuseppe Tognon, Paris, PUF, coll. "Épiméthée", 1993, éd. bilingue latin-français pour 2 des textes : Sur la dignité de l'homme ; L'Être et l'Un) ; De la dignité de l'homme, Oratio de hominis dignitate, prés. et trad. Yves Hersant, Paris, L'Éclat, "Philosophie imaginaire", 1993.
  19. Serge Hutin, Henry More, Hildesheim, G. Olms, 1966.
  20. Platon, Parménide, hypothèse 1 : 137c-142b ; hypothèse 2 : 142b-156e ; hypothèse 3 : 156e-157b.
  21. Pierre Hadot, Études de philosophie ancienne, 1998, p. 353-354.
  22. François Blanchetière, Les Premiers Chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135), éd. Cerf, 2002
  23. Dominique Doucet, Augustin: l'expérience du verbe, éd. Vrin, 2004,p. 96, extrait en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]