Heinrich Graetz

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Heinrich Graetz

Description de l'image  Heinrich Graetz.jpg.
Nom de naissance Tzvi Hirsh Graetz
Naissance
Décès (à 73 ans)
Nationalité Drapeau d'Allemagne Allemand
Profession historien

Heinrich Graetz, né le et décédé le , a été l'un des premiers historiens à écrire une histoire complète du peuple juif dans une perspective juive.

Tzvi Hirsch Graetz naquit dans une famille de bouchers à Xions (aujourd'hui Książ-Wielkopolski) en Posnanie allemande (aujourd'hui en Pologne), il obtint son doctorat de l'université d'Iéna. Après 1845 il fut directeur de l'école orthodoxe juive de la communauté de Breslau (aujourd'hui Wrocław, Pologne) et enseigna par la suite l'histoire au Séminaire théologique juif de Breslau, à l'origine du mouvement Massorti, dont Graetz fut donc un des fondateurs. Son magnum opus, L'histoire des juifs, fut vite traduit dans d'autres langues et éveilla dans le monde entier l'intérêt pour l'histoire juive. En 1869 l'université de Breslau lui accorda le titre de professeur honoraire et en 1888 il fut nommé membre honoraire de l'Académie royale des sciences d'Espagne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Graetz reçut sa première éducation à Zerkov, où ses parents s'étaient installés et en 1831 il fut envoyé à Wöllstein, où il fréquenta la yeshivah jusqu'en 1836, acquérant des connaissances profanes par ses études privées. Les Neunzehn Briefe von Ben Uziel (voir Samson Raphael Hirsch) firent sur lui une impression puissante et il résolut de se préparer à des études théoriques pour se faire le champion de la cause du judaïsme orthodoxe. Son intention première était d'aller à Prague, où l'attirait la réputation de sa vénérable yeshibah et les possibilités d'étude offertes par l'université. Ayant été refusé par les fonctionnaires de l'immigration, il revint à Zerkov et écrivit à S. R. Hirsch, alors rabbin d'Oldenburg, en lui faisant savoir son désir. Hirsch lui offrit de l'héberger chez lui. Graetz y arriva le 8 mai 1837 et passa trois ans auprès de son patron comme élève, compagnon et copiste. En 1840 il accepta un préceptorat dans une famille à Ostrowo et, en octobre 1842, il entra à l'université de Breslau.

En ce temps-là la controverse entre le judaïsme réformateur et l'orthodoxie était à son comble et Graetz, fidèle aux principes de Hirsch dont il était imbu, commença sa carrière littéraire par ses contributions à Orient, dirigé par Julius Fürst, où il critiqua sévèrement le parti de la Réforme, aussi bien que l'édition de la Mishnah par Geiger (Orient, 1844). Ces contributions et sa défense de la cause conservatrice à l'occasion des conférences rabbiniques le rendirent populaire parmi le parti orthodoxe. Ce fut surtout le cas quand il fit campagne pour qu'on donnât un vote de confiance à Zacharias Frankel après qu'il eut quitté la conférence de Francfort à cause de la position qu'avait prise la majorité sur la question de la langue hébraïque. Après que Graetz eut obtenu son doctorat à l'Université d'Iéna (avec la thèse De Auctoritate et Vi Quam Gnosis in Judaismum Habuerit 1845, publiée un an plus tard sous le titre Gnosticismus und Judenthum), il fut nommé directeur d'une école religieuse fondé par les conservateurs. La même année il fut invité à prêcher un sermon d'essai devant la congrégation de Gleiwitz, en Silésie, mais échoua complètement.

Il resta à Breslau jusqu'en 1848, année où, sur le conseil d'un ami, il alla à Vienne, se proposant de suivre une carrière de journaliste. En chemin il s'arrêta à Nikolsburg, où Samson Raphael Hirsch résidait comme rabbin en chef de Moravie. Hirsch, qui envisageait alors de créer un séminaire rabbinique, employa Graetz à titre temporaire comme enseignant à Nikolsburg et lui donna ensuite une position comme directeur de l'école juive dans la ville voisine de Lundenburg (1850). En octobre 1850, Graetz se maria avec Marie Monasch, de Krotoschin. Il semble que le départ de Hirsch de Nikolsburg eut une influence sur la position de Graetz ; car en 1852 ce dernier quitta Lundenburg et alla à Berlin, où il fit une série de conférences sur l'histoire juive devant les étudiants futurs rabbins, avec peu de succès, semble-t-il. Pendant ce temps son apologie du cours de Frankel l'avait mis en relation étroite avec ce dernier, pour la revue duquel il écrivit souvent des articles ; en conséquence il fut nommé en 1854 membre du personnel enseignant au séminaire à Breslau, présidé par Zacharias Frankel. Il garda cette situation jusqu'à sa mort, enseignant l'histoire et l'exégèse de la Bible, avec un cours préparatoire sur le Talmud. En 1869 le gouvernement lui conféra le titre de professeur et à partir de ce moment il fit un cours à l'Université de Breslau.

En 1872 Graetz se rendit en Palestine en compagnie de son ami Gottschalck Levy de Berlin, dans le but d'étudier les sites de la première période de l'histoire juive, qu'il traita dans les volumes un et deux de son histoire, publiés en 1874-76 ; ces volumes achevèrent ce grand travail. Pendant ce temps en Palestine il donna la première impulsion à la fondation d'un orphelinat. Il prit aussi un grand intérêt aux progrès de l'Alliance israélite universelle et participa comme délégué à la convention réunie à Paris en 1878 pour venir en aide aux juifs de Roumanie. Le nom de Graetz fut mis en avant dans la controverse antisémite, surtout après que Treitschke eut publié son Ein Wort über Unser Judenthum (1879-1880), dans lequel, faisant allusion au onzième volume de l'histoire, eut accusé Graetz de haine contre le christianisme et de préjugés à l'égard du peuple allemand, voyant en lui une preuve que les juifs ne pouvaient jamais s'assimiler à leur environnement.

Cette attaque contre Graetz eut un grand effet sur le public. Même des amis des juifs, comme Mommsen, et des avocats de Judaïsme à l'intérieur de la communauté condamnèrent hautement les expressions trop passionnées de Graetz. Ce fut à cause de cette impopularité relative qu'on ne l'invita pas à participer à la commission créée par l'union de congrégations juives allemandes (Deutsch-Israelitischer Gemeindebund) visant à promouvoir l'étude de l'histoire des Juifs d'Allemagne (1885). Malgré tout, sa renommée d'étendit aux pays étrangers ; et les promoteurs de l'Exposition anglo-juive l'invitèrent en 1887 à ouvrir l'Exposition avec une conférence. Le soixante-dixième anniversaire de sa naissance fut l'occasion pour ses amis et ses disciples de lui témoigner l'estime universelle dans laquelle ils le tenaient ; et un volume d'essais scientifiques fut publié en son honneur (Jubelschrift zum 70. Geburtstage des Prof. Dr. H. Graetz, Breslau, 1887). Une année plus tard () il fut nommé membre honoraire de l'Académie espagnole, à laquelle, comme marque de gratitude, il dédia la troisième édition du huitième volume de son histoire.

Tombe de Heinrich Graetz - au cimetière juif de Wrocław

En 1891 il passa l'été comme d'habitude à Karlsbad ; mais des symptômes alarmants de maladie du cœur le contraignirent à interrompre la cure thermale. Il alla à Munich visiter son fils Léo, professeur à l'université de cette ville et y mourut après une brève maladie. Il fut enterré à Breslau. Outre Léo, il laissa trois fils et une fille.

Une édition anglaise en cinq volumes fut publiée à Londres en 1891-92 sous le titre de History of the Jews from the Earliest Times to the Present Day (Histoire des Juifs depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours), en 5 volumes, par le professeur H. Graetz, édité et partiellement traduit par Bella Löwy. Selon une recension dans l'édition de janvier-avril 1893 de la Quarterly Review (Revue trimestrielle), « l'ouvrage était sous presse dans sa version anglaise et avait reçu les dernières corrections de l'auteur, quand Graetz est mort en septembre 1891 ».

Exégèse[modifier | modifier le code]

Les études historiques de Graetz, remontant jusqu'aux temps bibliques, le conduisirent tout naturellement à s'occuper d'exégèse. Dès les années 1850 il avait écrit dans le Monatsschrift des essais traitant d'exégèse, comme « Fälschungen in dem Texte der LXX » (1853) et « Die Grosse Versammlung: Keneset Hagedola » (1857) ; et avec sa traduction et ses commentaires de l'Ecclésiaste et du Cantique des Cantiques (Breslau, 1871) il commença la publication de travaux d'exégèse distincts. Un commentaire et une traduction des Psaumes suivirent (ib. 1882-83). Vers la fin de sa vie il planifia une édition de la Bible hébraïque entière avec ses propres corrections textuelles. Un prospectus de ce travail parut en 1891. Peu de temps avant la mort de l'auteur, une partie, Isaïe et Jérémie, fut éditée sous la forme dans laquelle l'auteur avait eu l'intention de le publier ; le reste ne contenait que les notes textuelles, et non le texte lui-même. Il fut édité, sous le titre Emendationes in Plerosque Sacræ Scripturæ Veteris Testamenti Libros par W. Bacher (Breslau, 1892-94).

Ce qui caractérise le plus l'exégèse de Graetz, c'est l'audace de ses corrections textuelles, qui substituent souvent au texte massorétique quelque chose de conjectural, même s'il a toujours consulté soigneusement les versions anciennes. Il fixait aussi avec trop d'assurance la date d'un livre biblique ou de tel ou tel passage, quand au mieux cela ne pouvait être qu'une hypothèse probable. Ainsi son hypothèse sur l'origine de l'Ecclésiaste, située à l'époque d'Hérode le Grand, est à peine défendable même si elle est présentée de façon brillante. Ses corrections textuelles montrent une grande finesse et avec le temps elles ont gagné en respect et en acceptation.

Travaux[modifier | modifier le code]

Histoire des Juifs[modifier | modifier le code]

La postérité devait surtout connaître Graetz comme le grand historien juif, bien qu'il eût aussi réalisé un travail considérable dans le domaine de l'exégèse. Sa Geschichte der Juden remplaça tous les anciens travaux analogues, notamment celui de Jost, de son temps une œuvre fort remarquable; et il fut traduit dans un grand nombre de langues. Le quatrième volume, qui commençait avec la période suivant la destruction de Jérusalem, fut publié le premier. Il parut en 1853 ; mais la publication ne fut pas un succès financier et l'éditeur refusa de continuer. Heureusement une société de publication l'Institut zur Förderung der Israelitischen Litteratur, fondée par Ludwig Philippson, venait de naître et elle entreprit de publier les volumes ultérieurs, en commençant par le troisième, qui couvrait la période allant de la mort de Judas Maccabée à la destruction du Temple de Jérusalem. Il fut publié en 1856 et fut suivi du cinquième, après quoi les volumes parurent dans une succession régulière jusqu'au onzième, qui fut publié en 1870 et conduisit l'histoire jusqu'en 1848, année où l'auteur s'arrêta, ne voulant pas inclure des personnes vivantes.

Malgré cette réserve il n'en offensa pas moins gravement le Parti libéral, qui conclut des articles que Graetz publiait dans le Monatsschrift, qu'il montrait peu de sympathie pour les éléments réformateurs, et qui refusa donc de publier le volume à moins que le manuscrit ne lui fût soumis pour examen. Graetz ayant refusé, le volume paru sans le concours de la société de publication. Les volumes I et II furent publiés, comme il est dit plus haut, après que Graetz fut revenu de la Palestine. Ces volumes, dont le second en fait se composait de deux parties, parurent en 1872-75 et terminèrent cette tâche impressionnante. Pour un public plus populaire Graetz publia par la suite un résumé de son travail sous le titre Volksthümliche Geschichte der Juden, où il conduisit l'histoire jusqu'à son époque.

Une traduction en anglais fut commencée par S. Tuska, qui en 1867 publia à Cincinnati une traduction partielle du volume IX sous le titre Influence of Judaism on the Protestant Reformation (Influence du Judaïsme sur la Réforme protestante. Le quatrième volume fut traduit par James K. Gutheim sous les auspices de la Société de publication juive américaine, le titre étant History of the Jews from the Down-fall of the Jewish State to the Conclusion of the Talmud (Histoire des Juifs depuis la Ruine de l'État juif jusqu'à l'achèvement du Talmud New York, 1873).

Publications[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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