Garrot

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Le garrot est un dispositif destiné à arrêter une hémorragie d'un membre lorsqu'aucune autre méthode n'est efficace. La technique consiste à comprimer l'artère du membre contre l'os en utilisant un lien de tissu large et non élastique. C'est une méthode dite de « compression à distance ».

« Tourniquet » traditionnel

La pose du garrot n'est possible qu'au bras (entre l'épaule et le coude) pour les hémorragies au membre supérieur, et sur la cuisse (entre la hanche et le genou) pour les hémorragies au membre inférieur. Il est important de noter l'heure de pose du garrot pour pouvoir la transmettre à l'équipe médicale tout au long de la chaîne des secours.

Quand pose-t-on un garrot ?[modifier | modifier le code]

Un garrot doit se poser sur un membre qui saigne abondamment, après la protection, lorsque l'on ne peut pas arrêter l'hémorragie d'une autre manière. Les cas typiques sont :

  • l'appui manuel direct est inefficace ou impossible à réaliser, par exemple :
    • hémorragie du membre inférieur sur une personne assise dans un véhicule,
    • la compression directe n'est pas possible (la blessure est trop grande, ou bien inaccessible, ou bien il y a un objet planté dedans) ;
  • le sauveteur doit quitter la victime pour s'occuper d'une autre victime présentant une détresse vitale ou aller alerter les secours.

L'hémorragie est la seule raison pour laquelle un non-médecin peut poser un garrot. Un médecin peut en poser un dans certains cas bien spécifiques, par exemple le syndrome d'écrasement (crush) qui survient lorsqu'une personne reste trop longtemps sous un objet lourd tel que les décombres d'un bâtiment qui s'est effondré.

Contrairement à une idée reçue, en cas de morsure par un serpent par exemple, il ne faut pas mettre de garrot. En effet, il n'empêche pas le venin de circuler dans l'organisme de la victime car il y est déjà. En revanche, il empêche le système immunitaire de la victime de lutter contre le venin.

Comment pose-t-on un garrot ?[modifier | modifier le code]

Un garrot improvisé est de préférence un lien large et non élastique. On entoure la racine du membre qui saigne, on serre le lien et on le noue. On note ensuite l'heure de pose du garrot.

On ne desserre jamais un garrot une fois qu'il est posé. Seul un médecin est habilité à le faire. La notion de desserrer le garrot est parfois enseignée dans les pays où la structure des secours ne permet pas une prise en charge rapide de la victime. Ceci est totalement hors de propos dans un pays disposant d'une infrastructures hospitalières accessibles rapidement ; les personnes voyageant dans des pays où les délais d'accès sont déraisonnables sont invitées à demander conseil à un médecin avant d'entreprendre leur voyage.

Notons qu'un garrot mal posé, et en particulier un garrot élastique, peut entraîner une augmentation du saignement.

Il existe des garrots « tout faits », comme par exemple le SOFTT (Special Operations Forces Tactical Tourniquet).

Les intervenants médicaux ou paramédicaux disposent par ailleurs de garrots pneumatiques : il s'agit d'un brassard similaire à celui utilisé pour la prise de tension. Dans le domaine militaire, on parle parfois d'EMT (emergency and military tourniquet).

Pourquoi est-il indispensable de noter l'heure de pose d'un garrot ?[modifier | modifier le code]

Le temps pendant lequel le garrot reste posé conditionne le protocole utilisé par l'équipe médicale pour le desserrer, afin d'éviter tout risque d'arrêt cardiaque.

Lors de la pose d'un garrot, on coupe la circulation sanguine pour arrêter l'hémorragie. Or la concentration d'ions K+ dans le liquide intracellulaire est plus importante que celle du milieu extracellulaire, ce qui provoque donc un gradient d'ions K+, qui sortent des cellules en grand nombre. Ceci s'explique de la manière suivante :

  • le potentiel d'équilibre de l'ion K+ :


E(K^+) =  \frac{R\times T}{z\times F}\times ln \left(\frac{[K^+]_{extracellulaire}}{[K^+]_{intracellulaire}}\right)

z étant le nombre de charges électriques (= étant la charge / 1 C), F la constante de Faraday, T la température, R une constante et [K+] la concentration de K+

  • le potentiel de membrane de la cellule :
 Vm = \frac{g(Na)\times E(Na) + g(K)\times E(K)}{g(Na) + g(K)}

g étant la conductance et la présence de Na s'expliquant par le fait que les deux cations s'échangeant dans la cellule sont Na et K, Na entrant et K sortant.

Dans le cas d'un garrot, la concentration de [K+] dans le milieu extracellulaire augmente, puisque cet ion ne peut plus circuler. Le danger apparaît si on enlève le garrot après 20 min, temps nécessaire pour que K+ s'accumule de manière très importante dans le liquide extracellulaire.

L'augmentation de la concentration de K+ à l'extérieur des cellules entraine une augmentation de E(K) (cf formule ci-dessus), entrainant elle-même une augmentation de Vm (cf formule). Cela a pour conséquence un équilibre de l'ion K+ de part et d'autre de la membrane cellulaire et donc une sortie de K+ moins importante. La sortie de ces ions joue un rôle important dans la repolarisation de la cellule cardiaque : si elle diminue du fait de l'équilibre de part et d'autre de la membrane, la repolarisation devient moins efficace, avec un risque de perte de potentiel d'action et donc d'arrêt cardiaque.

Si le garrot est indispensable pour l'arrêt du saignement, il doit être desserré doucement, et seulement par une équipe médicale, pour permettre une irrigation progressive du membre, tout en contrôlant le flux de K+ remontant au cœur afin de prévenir l'arrêt cardiaque.

Un arrêt cardiaque provoqué par les ions K+ est irréversible.

Divergences de vues sur le garrot[modifier | modifier le code]

L'opportunité de la pose du garrot est évaluée de manière différente selon les pays. Voici par exemple le cas des États-Unis et celui de la France :

  • aux États-Unis, le geste est réservé aux secouristes professionnels (paramedics), et uniquement dans les cas d'extrême urgence (nombreuses victimes ou hémorragie incontrôlable même avec un clamp) ; la perte du membre est considérée comme un risque majeur, et notamment un risque juridique (risque d'être poursuivi par la victime ou sa famille) ;
  • en France, le geste n'est plus enseigné au grand public. Face à une hémorragie non contrôlable en appuyant directement sur la plaie, il faut appeler le SAMU. En revanche, le garrot est au programme du PSE1, la formation de base des secouristes associatifs, pompiers, nageurs-sauveteurs, etc.

Histoire du garrot en France[modifier | modifier le code]

Pendant de nombreuses années, on a dit « le garrot doit être absolument évité, il y a un risque de perdre le membre » et « le garrot doit être desserré toutes les demi-heures afin de continuer à irriguer le membre ». On trouvait par ailleurs des garrots élastiques dans les trousses de secours.

En 1991, une approche complètement différente est retenue. La pose du garrot devient une technique d'arrêt des hémorragies comme une autre, il se fait avec un lien non élastique, et il ne faut le desserrer sous aucun prétexte en raison du risque de perte du membre. Le garrot élastique, utilisé lors des prises de sang ou pour les injections, favorise l'écoulement du sang et n'est donc plus utilisé en secourisme.

Depuis 2007, le garrot n'est plus enseigné au grand public. En effet, il est rare qu'une hémorragie ne puisse être arrêtée par une simple compression directe ; d'autre part, la pose d'un garrot lorsqu'il n'est pas nécessaire représente un risque inutile pour la victime.

Voir aussi[modifier | modifier le code]