Ère commune

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En chronologie, l’ère commune, souvent abrégé EC, est une ère calendaire équivalente à l’expression ère chrétienne en remplacement de laquelle elle est proposée. Lorsqu'on utilise la notation en « Ère commune », avant Jésus-Christ est notée Avant l'Ère Commune (ou, en abrégé, AEC[1]) et après Jésus-Christ est noté, lorsque nécessaire, de l'Ère Commune (ou, en abrégé, EC[2]).

La motivation généralement avancée pour cette proposition de substitution est une volonté de neutralité religieuse. De plus, la date de naissance de Jésus est inconnue et il est peu probable qu'il soit né à cette date, choisie par les autorités chrétiennes au VIe siècle. L'usage de l'expression « ère commune » est préconisé par différents auteurs ou différentes institutions. La Smithsonian Institution la recommande bien que chacun de ses musées soit libre de son choix[3] ; l'usage de la notation « EC/AEC » est enseigné en primaire en Angleterre et au Pays de Galles[4] et la BBC utilise concurremment les deux notations dans ses émissions historiques[5]. Ces institutions considèrent que cette notation à l'avantage de ne pas imposer une vision occidentale et chrétienne de l'histoire. Selon celles-ci, si cette chronologie est arbitraire, elle est cependant neutre. L'usage de la notation « EC/AEC » est particulièrement usitée dans les publications juives afin d'éviter la référence à Jésus-Christ.

D'autres la tiennent pour un euphémisme superflu ou une tentative de formulation politiquement correcte. En effet, ce changement de notation ne modifie pas le fait que la date origine est la date supposée de la naissance de Jésus-Christ[6].

La notation « EC/AEC », d'origine anglo-saxonne, est plus ou moins appliquée dans ces pays par les historiens, les institutions muséales, les publications historiques ; en revanche elle est à peu près ignorée des pays de tradition catholique.

Notation[modifier | modifier le code]

Ère commune (EC) / Common Era (CE)[modifier | modifier le code]

En domaine francophone, l'abréviation « ap. J.-C. »[7] est la plus habituellement usitée. Toutefois l'abréviation « EC » est utilisée par certains historiens lorsque leurs études concernent des sociétés non européennes pour lesquelles la référence à l'ère chrétienne n'a aucun sens. On omet généralement la mention « EC » sauf pour les dates proches de l'origine. On trouve aussi, exceptionnellement, l'abréviation « EV » pour Era Vulgaris, formule latine signifiant « Ère Commune ».

L'abréviation anglo-saxonne est CE pour Current Era ou Common Era.

Avant l'ère commune (AEC) / Before Common Era (BCE)[modifier | modifier le code]

Pour les années antérieures à la naissance de Jésus-Christ, on utilise généralement en français « av. J.-C. » Dans le système de l'Ère commune, on note « AEC » les années « Avant l'Ère Commune » (en anglais : BCE pour Before Common Era). Comme pour la nomenclature usuelle, l'année 0 n'est pas utilisée, excepté pour des usages astronomiques. Donc l'année 1 EC est immédiatement précédée dans la chronologie par l'année 1 AEC. Les expressions « avant notre ère » et « de notre ère » sont couramment utilisées mais ne connaissent pas d'abréviation. Dans l'usage courant, les datations ne sont qualifiées par un suffixe que lorsqu'ils s'agit de dates anciennes, particulièrement de dates voisines du début de l'ère chrétienne. L'utilisation de cette notation ne modifie donc pas les usages ordinaires. Il suffit de remplacer « ap. J.-C. » par « EC » et « av. J.-C. » par « AEC » lorsque nécessaire.

Il est important de noter, toutefois que la notation -X pour désigner l'An (X+1) av. J.-C. est la notation officielle normalisée par l'ISO 8601 et adopté officiellement par l'Europe en 1992 sous la norme EN 28601:1992.

Avant le présent / Before Present (BP)[modifier | modifier le code]

En archéologie et en préhistoire, les méthodes de datation absolue telles que la datation par le carbone 14 fournissent des résultats exprimés en nombre d'années écoulées jusqu'au présent. Par convention, afin d'avoir un point de référence fixe et universel, le présent en question est fixé à l'année 1950, date des débuts des datations radiométriques.

Les préhistoriens diront, par exemple, que tel foyer paléolithique est daté de 12 000 « avant le présent » (12 000 BP), c'est-à-dire d'environ 10 000 AEC.

Ère vulgaire (vulg.)[modifier | modifier le code]

Au sein du Collège de 'Pataphysique, l'usage est d'utiliser la notation vulg. pour accompagner une date qui n'utilise pas le calendrier pataphysique[8]. Le terme « vulgaire » signifie dans ce contexte que l'on utilise le calendrier non pataphysique le plus courant. Pendant une période de 25 ans pendant laquelle le Collège de 'Pataphysique n'a eu aucune manifestation publique, le calendrier spécifiquement pataphysique n'était plus mentionné dans les publications pataphysiques. Parmi les pataphysiciens, toutes les dates de cette époque (de vulg. 1975 à vulg. 2000) étaient notées exclusivement de cette manière[9].

Autres systèmes de notation[modifier | modifier le code]

Depuis que la République populaire de Chine a clos l'ère de la République de Chine en 1949, la langue chinoise utilise la traduction littérale de « ère commune », gōngyuán (公元), pour ses datations.

Origines[modifier | modifier le code]

La numérotation des années à partir de la date supposée de l'incarnation du Christ a été proposée en 525 par le moine Dionysius Exiguus (Denys le Petit, 470-540) qui la baptisa Anno Domini. Deux siècles plus tard, Bède le Vénérable, érudit anglo-saxon, utilisa le terme latin ante incarnationis dominicae (« avant l'incarnation du seigneur ») pour nommer les années précédant cette date.

L'expression « ère commune » a déjà été utilisée par le passé. En 1667, la Chronologie des Épistres de S. Paul du Nouveau Testament de Mons, première édition de la traduction par Lemaistre de Sacy, emploie la chronologie selon L'an de l'Ère commune en regard de la chronologie selon L'an après la Passion avec une différence de 33 ans[10]. À l’entrée « chronologie » de la Catholic Encyclopedia de 1908 on lit : « La plus utilisée d’entre [les ères de datation] est celle adoptée par tous les peuples civilisés et connue sous le nom d’ère chrétienne, vulgaire ou commune, pour laquelle nous vivons au XXe siècle. »

Le terme « vulgaire » vient du latin vulgāris (de vulgus, « peuple », « plèbe ») et a pour signification « venant ou appartenant à la plèbe ». Il qualifie ce qui est d’usage commun, généralisé même chez les personnes ne croyant pas à la divinité du Christ. À la fin du XIXe siècle, le mot « vulgaire » ayant pris une connotation péjorative et le sens de « cru » ou « indécent », le mot a été remplacé par son synonyme « commun ».

Une des premières utilisations juives répertoriées de cette datation est une inscription mortuaire dans le cimetière juif de Plymouth (Angleterre) :

« Here is buried his honour Judah ben his honour Joseph, a prince and honoured amongst philanthropists, who executed good deeds, died in his house in the City of Bath, Tuesday, and was buried here on Sunday, 19 Sivan in the year 5585. In memory of Lyon Joseph Esq (merchant of Falmouth, Cornwall) who died at Bath June AM 5585/VE 1825. Beloved and respected. »

« Ici est enterré l’honorable Judas, fils de l’honorable Joseph, un prince et honoré entre tous les philanthropes qui a accompli de bonnes actions, mort en sa maison de Bath mardi et enterré ici le dimanche 19 Sivan de l’année 5585. À la mémoire de Lyon Joseph Esq. (marchand de Falmouth, Cornouailles), mort à Bath en juin AM 5585 / VE 1825. Aimé et respecté de tous. »

Cette inscription utilise le calendrier juif (5585), mais se termine par la date dans l’ère commune (1825). La notation « VE » signifie sans doute « Vulgar Era » ; on peut supposer qu’elle était utilisée en lieu et place de « ap. J.-C. » pour éviter la référence au christianisme.

Usage[modifier | modifier le code]

Certains spécialistes juifs, musulmans et d’autres cultures n’appartenant pas à la tradition chrétienne emploient cette notation. Certains chrétiens utilisent aussi la notation EC pour signifier « Ère chrétienne ». Les Témoins de Jéhovah l’emploient dans leurs publications et soutiennent qu’elle est plus appropriée que les notations « av. J.-C./ap. J.-C. ».

Domaine anglophone[modifier | modifier le code]

Beaucoup d’universitaires non religieux dans les domaines de l’histoire, de la théologie, de l’archéologie et de l’anthropologie ont adopté ce système ces dernières années.

L'utilisation de la notation en « ère commune » est plus usitée dans les grands musées du monde anglophone. La Smithsonian Institution préconise l’usage de l’ère commune, bien que les musées ou galeries qui lui sont liés ne soient pas contraints de l’appliquer. Elle est également employée par la National Geographic Society et le United States Naval Observatory[11].

Domaine francophone[modifier | modifier le code]

Dans le domaine francophone et plus généralement dans les pays de tradition catholique, la notation « EC/AEC » est peu développée. On trouve quelquefois la notation « AEC » dans certains articles traitant d'histoire ancienne. Le musée du Louvre utilise la notation « av. J.-C. » et « ap. J.-C. » dans les notices destinées aux visiteurs.

Partisans[modifier | modifier le code]

Les partisans de la notation « EC/AEC » insistent sur le fait qu'elle est religieusement neutre et donc adaptée à une utilisation dans un contexte multiculturel et/ou multi religieux.

Il existe différents arguments en faveur de cette notation :

  • Le calendrier occidental est devenu une norme mondiale (présent dans tous les ordinateurs par exemple). Il devrait donc être religieusement et culturellement neutre par considération envers les cultures contraintes de l’utiliser[12].
  • Ce système a été largement[réf. souhaitée] utilisé par la communauté des chercheurs et universitaires depuis presque un siècle.
  • Les jours et les mois peuvent être désignés avec des noms propres à chaque culture. Les années, elles, sont numérotées à partir d'une référence qu'il convient de rendre la plus neutre possible[12].
  • Il est facile de remplacer la notation « ap. J.-C./av. J.-C. » par la notation « EC/AEC » car la numérotation des années est exactement la même dans les deux systèmes. Il n’est pas besoin de convertir les années.
  • En langue anglaise, l'indication d’ère commune est possible avec les siècles alors qu’Anno Domini (qui s’applique à des années et non à une période) est, elle, impossible. (« Au IIIe siècle de l’ère commune » est acceptable mais pas « au IIIe siècle de l’an de grâce. »). Ce problème ne se pose toutefois pas avec la notation usuelle française « ap. J.-C./av. J.-C. »

Détracteurs[modifier | modifier le code]

L'emploi de la notation « EC/AEC » a parfois donné lieu à une opposition assez forte. Les principaux arguments des détracteurs sont les suivants :

  • Le terme d’ère commune est considéré comme un euphémisme de l’expression Anno Domini. L'encyclopédie Encarta donne comme définition « Ère chrétienne (ou commune) : période s’étendant après la naissance de Jésus Christ »[13] et utilise la notation ap. J.-C./av. J.-C. dans ses articles[14].
  • « ap. J.-C./av. J.-C. » sont utilisés depuis très longtemps et sont devenus, en quelque sorte, des termes génériques ayant perdu tout contenu religieux.
  • La notation « EC/AEC » n’est encore pas assez répandue et n'est pas comprise par tous.
  • Certains[6] reprochent au système de l’ère commune de retenir comme année de référence la naissance du Christ. Cela induirait une vision centrée sur le christianisme aux dépens d’un système de datation mondial totalement areligieux.
  • Le système d’ère commune ne résout pas le principal problème posé par le calendrier commun : l’absence d’année 0. Il serait préférable de basculer vers un système où 1 av. J.-C. deviendrait 0, 2 av. J.-C. devenant alors 1 av. J.-C., etc. Pour résumer leurs arguments : rien ne sert de changer de système de datation si cela ne règle pas ce problème.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En anglais : BEC - Before Common Era.
  2. En anglais : CE - Common Era.
  3. Smithsonian Institution. "World History Standards". Smithsonian Education. Archived from the original on 2006-09-06
  4. "AD and BC become CE/BCE". 9 February 2002.
  5. "Government to save Year of our Lord from BBC's 'Common Era'". 2 October 2011.
  6. a et b Wilson, Kenneth G. (1993). The Columbia Guide to Standard American English – A.D., B.C., (A.)C.E., B.C.E.. Columbia University Press. ISBN 978-0-231-06989-2 : …de plus, si l'on finit par éliminer la convention avant/après Jésus-Christ, il est presque certain que d'autres affirmeront que nous devons également supprimer la numérotation conventionnelle des années elle-même, puisqu'elle est fondée sur le christianisme.
  7. Selon les règles d'abréviation du français, « après Jésus-Christ » devrait s'écrire « apr. J.-C. » ; toutefois, « ap. J.-C. » est le plus couramment utilisé.
  8. Voir par exemple la publication du Second manifeste du Collège de 'Pataphysique
  9. « L'usage s'est donc établi de remplacer la date pataphysique par des points d'Occultation et de donner entre parenthèses la traduction dans le calendrier vulgaire. Par exemple, on ne date pas du "27 sable 113" mais du "… (27 décembre 1985 vulg.)" » (Mémoire de diplôme de conservateur de bibliothèque. Alexandre Boutet. Décembre 2005).
  10. Voir l'exemplaire de la Bibliothèque de Lausanne [lire en ligne] sur Google Livres
  11. (en) Introduction to Calendars sur le site de l'United States Naval Observatory
  12. a et b (en) Guideline : « The 'Common Era' - a Secular Term for Year Definition » sur le site de la BBC, publié le 19 novembre 2004.
  13. Common Era sur Encarta
  14. Jésus-Christ on Encarta

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]