Haskala

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La Haskala (hébreu : השכלה, littéralement : « Éducation ») est un mouvement de pensée juif du XVIIIe et XIXe siècle, fortement influencé par le mouvement des Lumières. Les promoteurs de la Haskala sont appelés maskilim. Il se traduit essentiellement par une volonté d'intégration totale des communautés juives ashkénazes dans les sociétés européennes, minimisant leur particularisme culturel et formant une nation homogène avec les peuples indo-européens.

Les conséquences sociétales de la Haskala ont été particulièrement flagrantes en Allemagne et en Autriche-Hongrie. De nombreux intellectuels de confession juive ont pu y participer à la formation des élites locales, du XVIIIe siècle aux années 1930, période de montée de l'antisémitisme inhérent au nazisme.

Introduction[modifier | modifier le code]

Les Lumières en Europe ont pour beaucoup influencé le mouvement de la Haskala.

De nombreux historiens définissent la période de la Haskala comme le commencement d'une nouvelle ère dans l'histoire du peuple juif. L'introduction de la Haskala au sein des communautés juives de Diaspora marque les prémices de la modernisation des Juifs, dont les premiers à adhérer aux idées de ce mouvement sont les Juifs allemands. Ce dernier s'étend par la suite au reste de l'Europe occidentale comme orientale.

Les idées de la Haskala atteignent également les communautés d'Afrique du Nord et celles des pays musulmans au XIXe et début du XXe siècle. Cet effet provient des conséquences de la politique de colonisation de la France et de l'Angleterre.

La Haskala[modifier | modifier le code]

Le mouvement de la Haskala exerce son influence durant environ cent ans, du milieu du XVIIIe siècle à la seconde moitié du XIXe.

Il débute en Allemagne, et est influencé par le Siècle des Lumières en Europe. Les intellectuels juifs mettent tous leurs espoirs dans ces nouvelles idées, au moyen desquelles espèrent-ils, ils pourront atteindre les buts escomptés qui permettront d'améliorer la situation des Juifs européens.

Un de ces buts est du domaine de l'éducation : Prodiguer aux Juifs un apprentissage éducatif de base et les fondements de la culture générale, principalement axés sur les sciences et les langues. Les défenseurs de la Haskala proposent également certaines réformes au sein de l'éducation traditionnelle, ce qui provoque une vive réaction de la part des Juifs traditionnels et de leurs dirigeants. Parfois même, ils font appel auprès des régimes au pouvoir pour que ces derniers s'impliquent dans l'application de certaines mesures dans les cadres éducatifs existants. Cette dernière initiative ne fait qu'augmenter la tension avec le judaïsme traditionnel.

Le mouvement de la Haskala prône aussi le changement et l'amélioration de la situation économique des Juifs, par l'initiation au mode de vie productif, fondé sur l'apprentissage professionnel.

Un des autres desseins que se fixe la Haskala est d'améliorer les relations entre les Juifs et les peuples au sein desquels ils vivent, par l'atténuation des différences extérieures présentes jusqu'alors. Les penseurs de la Haskala sont persuadés d'une part qu'il s'agit ici de l'occasion historique qui permettra une réelle intégration des Juifs dans leur pays respectif, et d'autre part que les pouvoirs politiques en place partagent cette même volonté. Ils sont fermement persuadés que leurs objectifs sont dépendants du désir des Juifs d'annihiler les barrières qui les séparent des citoyens des États chrétiens ; Les Juifs se doivent de se comporter, de s'exprimer et de s'habiller comme leurs concitoyens, et ainsi ils pourront affirmer leur identité culturelle de Juifs éclairés.

Au cours du XIXe siècle, les idées de la Haskala touchent également les Juifs d'Europe orientale, mais elles prendront dans leur application une forme quelque peu différente. C'est ainsi que se développent deux courants distincts issus de la Haskala ; Le premier, présent surtout en Allemagne et en Europe occidentale, prône l'intégration des Juifs dans les sociétés économiques chrétiennes, par l'introduction de réformes au sein du judaïsme. Quant au second, il met en avant l'identité du peuple juif.

Le rapport à la langue est l'une des expressions de cette différence ; le mouvement de la Haskala chez les Juifs d'Europe occidentale défend promptement l'apprentissage de la langue du pays (allemand, français et anglais), alors que celui d'Europe orientale, principalement dans la seconde moitié du XIXe siècle, encourage l'apprentissage et la pratique de l'hébreu, parallèlement à l'apprentissage de la langue du pays.

La tolérance de la Haskala[modifier | modifier le code]

L'esprit de tolérance se répand en Europe dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, au sein des sociétés chrétiennes et chez les Juifs par le même temps. Juifs et Chrétiens découvrent qu'une approche réciproque est possible. Le rapprochement social, pensent-ils, ne peut se faire que par une prise de distance par rapport à la religion. Un exemple pratique de cette nouvelle conception se concrétise par l'amitié liée entre Moïse Mendelsohn, intellectuel juif, et Gotthold Lessing, écrivain chrétien. L'histoire rapporte comment d'une partie d'échecs naquit cette amitié tout à fait particulière pour l'époque.

En Allemagne, Mendelsohn est considéré comme un juif d'un type nouveau. Il s'intéresse aux domaines profanes tels que la littérature, la philosophie, la musique et les mathématiques, lieux d'intérêt communs à d'autres intellectuels chrétiens. La société juive traditionnelle en Allemagne au XVIIIe siècle n'est que peu sensible aux sciences profanes comme au rapprochement avec les intellectuels chrétiens. Mais progressivement les esprits s'ouvrent, et certains, dont le rabbin Jacob Emden, se rapprochent du monde chrétien.

L'apogée de cette période de tolérance se vérifie sans doute en Autriche-Hongrie et en Allemagne, durant la Belle Époque. À cette époque, Vienne constitue, avec d'autres villes germaniques comme Berlin, un foyer culturel majeur au rayonnement mondial. De nombreuses personnalités juives influentes y exercent en toute liberté dans de nombreux domaines des arts et des sciences comme Freud, Marx, Franz Werfel, Bruno Walter, Max Reinhardt, Franz Schreker, Théodore Herzl, Stefan Zweig...

D'autres figures encore jeunes comme Leo Strauss ou Alfred Schutz y bénéficient d'un enseignement de qualité.

Le degré de tolérance est alors tel que certaines personnalités juives ont pu accéder à des postes à haute responsabilité politique ou alors aux milieux rédactionnels les plus influents. En témoigne Théodore Herzl, directeur de la revue viennoise Die Neue Freie Presse, la première à l'époque en termes de tirage en Autriche. À l'époque, elle est pourtant d'obédience catholique, fortement orientée à droite politiquement.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

en français
  • Janine Strauss, La Haskala : les débuts de la littérature hébraïque moderne, Presses universitaires de Nancy, 1991.
  • Valéry Rasplus, « Les Judaïsmes à l'épreuve des Lumières. Les stratégies critiques de la Haskalah », dans ContreTemps, n° 17, septembre 2006.
  • Haskala et Aufklärung : philosophes juifs des Lumières allemandes, dir. Stefanie Buchenau et Nicolas Weill, CNRS, Paris, 2009.
ouvrages de référence dans les autres langues
  • (de) Aufklärung und Haskala in jüdischer und nichtjüdischer Sicht, dir. Karlfried Gründer et Nathan Rotenstreich, Heidelberg, 1990.
  • (en) Shmuel Feiner, The jewish entlightment, traduit de l'hébreu, University Press of Pensilvania, 2004.
  • (de) Andreas Kennecken, Isaac Abraham Euchel : Architekt der Haskala, Göttingen, 2007.
  • (en) Shmuel Feiner, Cultural revolution in Berlin : Jews in the age of Enlightenment, traduit de l'hébreu, Oxford, 2011.