Abu Al-Qasim

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Abu Al-Qasim

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Alias
Aboulcassis, Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī, أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي) (arabe)
Naissance vers 940
Zahra (Espagne)
Décès vers 1013
Cordoue (Espagne)
Profession chirurgien

Abu Al-Qasim, ou Abū al-Qāsim Khalaf ibn Abbās al-Zahrāwī[1] de son nom complet (en arabe : أبو القاسم بن خلف بن العباس الزهراوي), connu en Occident sous le nom d'Aboulcassis (Madinat al-Zahra (Al-Andalus) v. 940 - mort à Cordoue (Al-Andalus) en 1013[2]) est l'un des plus grands chirurgiens du monde musulman, considéré comme le père fondateur de la chirurgie moderne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il nait vers 940 à El Zahra, petit village situé à quelques kilomètres au nord-ouest de Cordoue, en Andalousie où il passera toute sa vie, sous le règne des califes omeyyades Abderrahmane III et Al Hakam II.

On ne sait que peu de choses de sa vie en dehors de ce qu'on apprend par ses ouvrages : le palais de Madinat al-Zahra fut pillé et détruit lors de la guerre civile au sein du califat. Son nom apparaît pour la première fois dans les écrits de Abu Muhammad ibn Hazm (993 - 1064), qui le plaçait parmi les plus grands médecins de l'Espagne mauresque. Sa première biographie détaillée fut écrite soixante ans après sa mort par Al-Humaydi, dans son ouvrage Jadhwat al-Muqtabis (Des savants andalous).

Il passa presque toute sa vie à El Zahra : c'est là qu'il étudia, enseigna et pratiqua la médecine et la chirurgie jusqu'en 1011, date à laquelle El Zahra fut pillée.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Abu Al-Qasim était un médecin à la cour du calife Al-Hakam II. Il dévoua sa vie entière à l’avancement de la médecine, en particulier la chirurgie. Sa grande œuvre, le Al-Tasrif (La pratique) est une encyclopédie médicale de trente volumes qui fait le bilan des connaissances médicales de son époque et les confronte à son expérience personnelle.

L’influence Abu Al-Qasim s’étend en Occident sur plus de cinq siècles : Al-Tasrif est traduite en latin au XIIe siècle et devient la référence médicale. Au XIVe siècle, le chirurgien français Guy de Chauliac fit référence à l’Al-Tasrif plus de deux cent fois. Pietro Argallata dépeint Al-Qasim comme étant « sans l’ombre d’un doute le roi des chirurgiens ». Lors de la Renaissance, son œuvre est toujours citée, notamment par le chirurgien français Jacques Daléchamps.

Al-Tasrif[modifier | modifier le code]

Al-zahrawi surgical tools.png
Article détaillé : Al-Tasrif.

Le Kitab al-Tasrif (كتاب التصريف لمن عجز عن التأليف ; Le Livre de la méthode [médicale] pour celui qui paresse d'écrire), ouvrage majeur d’Abu Al-Qasim en trente volumes couvre de nombreux domaines, dont les soins dentaires et l’accouchement, y ajoutant de nombreuses données personnelles issues de près de cinquante ans de carrière. Il souligna dans son ouvrage l’importance d’une relation médecin/patient positive et écrivait avec affection au sujet de ses étudiants, qu'il appelait « mes enfants ». Il insistait également sur l’apport des soins sans se soucier des différences de statut social. Il était partisan de l’observation approfondie de chaque cas afin de pouvoir établir le diagnostic le plus précis possible, et donc préconiser le traitement le plus adapté.

L’Al-Tasrif est divisé en trois parties :

  • la 1re sur la théorie et les généralités de la médecine ;
  • la 2e sur la pratique, discipline des maladies : Le régime chez l'enfant et les vieillards, la goutte, les rhumatismes, les abcès, les plaies, les poisons et les venins, les affections externes de la peau et la fièvre ;
  • la 3e sur la chirurgie : La cautérisation, les petites interventions, la saignée, l'opération des calculs de la vessie et de la gangrène, les luxations, les fractures, l'hémiplégie d'origine traumatique et l'accouchement.

L’Al-Tasrif fut traduite en latin et illustrée au XIIe siècle par Gérard de Crémone. Elle fut la principale source médicale en Europe et servit comme référence aux médecins et chirurgiens pendant plusieurs siècles.

Abu Al-Qasim n’a pas toujours obtenu le mérite de ses avancées médicales : il avait déjà décrit dans son Al-Tasrif la méthode que l'on appelle aujourd'hui « Kocher » pour le traitement d’une épaule disloquée, ainsi que la position « Walcher » en obstétrique. Il avait déjà décrit comment ligaturer des vaisseaux sanguins des siècles avant qu’Ambroise Paré ne popularise la méthode. Il fut également le premier à écrire des livres sur les appareils dentaires et à avoir décrit la nature héréditaire de l’hémophilie. Il est également le premier, en 963, à avoir décrit la grossesse extra-utérine, alors mortelle.

Avancées médicales[modifier | modifier le code]

Abu Al-Qasim a réalisé, décrit et complété de nombreux gestes chirurgicaux comme :

  • la trépanation ;
  • les amputations ;
  • le traitement des fistules, des hernies, de l'imperforation anale ;
  • la cure d'anévrisme ;
  • l'opération du goître ;
  • la lithotomie ;
  • l'excision des varices ;
  • le traitement chirurgical des ostéo-arthrites tuberculeuses notamment vertébrales (Mal de Pott) sept siècles avant Pott ;
  • l'utilisation de cautères pour faire l'hémostase
  • l'anesthésie générale.

En outre :

  • il est le premier à pratiquer des ligatures artérielles ;
  • il est le premier à parler de la position Trendelenburg, notamment dans les opérations du petit bassin. Cette position classique est attribuée au chirurgien allemand Friedrich Trendelenburg ;
  • la méthode de réduction des luxations de l'épaule (actuelle manœuvre de Kocher) ;
  • les patellectomies, presque mille ans avant Ralph Brooke ;
  • l'utilisation des boyaux des chats en chirurgie abdominale, les sutures avec un fil et 2 aiguilles, les sutures sous-dermiques qui ne laissent aucune cicatrice ;
  • en obstétrique, il conseille différentes techniques selon les différentes présentations dystociques. Il parle aussi de la position actuellement connue comme la position de Walcher et des instruments utiles pour extraire les fœtus morts in utero ;
  • il passe pour être l'inventeur de l'alambic, utilisé pour la distillation de l’alcool. Mais il précise lui même que l'étymologie vient du grec alexandrin ambix (=vase).

Il rédigea de nombreux livres, qui, traduits en latin, influenceront la chirurgie occidentale. Il réalisa des planches avec les premières représentations d'instruments chirurgicaux, souvent inventés par lui. Ces planches constituent un précieux catalogue des outils chirurgicaux alors utilisés.

Il inventa entre autres des dispositifs qui permettent de :

  • faire l'inspection de l'intérieur de l'urètre ;
  • retirer des objets étrangers de la gorge ;
  • inspecter les oreilles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Abu Al-Qasim » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

  1. ou H̱alaf ibn ʿAbbās Abū al-Qāsim al-Zahrāwī, selon la forme internationale de la BnF.
  2. Le dictionnaire Bouillet donne 1107 comme date de décès, de nombreuses autres sources comme l'encyclopediæ Britannica donnent 1036

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions d'Abū al-Qāsim al-Zahrāwī
  • (fro) (fr) Albucasis, Traitier de cyrurgie. Édition de la traduction en ancien français de la Chirurgie d’Abū’l Qāsim Halaf Ibn ‘Abbās al-Zahrāwī du manuscrit BNF, français 1318, éd. par David A. Trotter, Tübingen, 2005 (ISBN 978-3-484-52325-8) (compte rendu ; autre cr).
  • (ar) (en) Albucasis, On surgery and instruments, éd. arabe et trad. anglaise par Martin S. Spink et Geoffrey L. Lewis, Londres, 1973 (en ligne partiellement).
  • [Aboul Kasim Al-Zahravi ou Albucasis] Abulcasis, La chirurgie d'Abulcasis, trad. de l'arabe par Lucien Leclerc, Paris, 1861 (en ligne).
  • (la) Albucasis, Chirurgicorum, dans Théodore Priscien (pseud. Octavius Horatianus), Rerum medicarum libri quatuor, Argentorati [Strasbourg], 1532 (en ligne).
Sur Abū al-Qāsim al-Zahrāwī
  • David A. Trotter, Fonction des gloses dans les textes latin, occitan et français de la Chirurgia d'Albucasis, dans Textes et cultures : réception, modèles, interférences. Volume 2, Interférences et modèles culturels, sous la dir. de Pierre Nobel, Besançon, 2004, p. 23-46 (ISBN 978-2-84867-082-9) (en ligne partiellement).
  • David A. Trotter, Les manuscrits latins de la Chirurgia d’Albucasis et la lexicographie du latin médiéval, dans Archivum Latinitatis Medii Aevi (Bulletin Du Cange), 59, Paris et Genève, 2001 [2002], p. 181-202 (ISSN 0994-8090).
  • (it) Kos, 1, Milan, 1984, p. 23-24 (ISSN 0393-2095).
  • (it) Mario Tabanelli, Albucasi, un chirurgo arabo dell'alto Medio Evo : la sua epoca, la sua vita, la sua opera, Florence, 1961 (ISBN 978-88-222-2069-1) ((en) compte rendu).
  • (es) Luisa Arvide Cambra, Un tratado de polvos medicinales en Al-Zahrawi, Servicio de Publicaciones Universidad de Almería, Almería, 1994 ISBN 84-8240-002-9
  • (es) Luisa Arvide Cambra, Tratado de pastillas medicinales según Abucasis, Servicio de Publicaciones Universidad de Almería, Almería, 1996 ISBN 84-605-5485-6
  • (es) Luisa Arvide Cambra, Un tratado de oftalmología en Abulcasis, Servicio de Publicaciones Universidad de Almería, Almería, 2000 ISBN 84-8240-241-2
  • (es) Luisa Arvide Cambra, Un tratado de odontoestomatología en Abulcasis, Servicio de Publicaciones Universidad de Almería, Almería, 2003 ISBN 84-8240-636-1
  • (es) Luisa Arvide Cambra, Un tratado de estética y cosmética en Abulcasis, Grupo Editorial Universitario, Granada, 2010 ISBN 978-84-9915-342-1
Sur la médecine arabe médiévale

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notice d'autorité d'Abu al-Qasim