Grover Cleveland

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Grover Cleveland
Grover Cleveland en 1892.
Grover Cleveland en 1892.
Fonctions
22e et 24e président des États-Unis
4 mars 18854 mars 1889
4 ans
Vice-président Thomas Hendricks
Prédécesseur Chester A. Arthur
Successeur Benjamin Harrison
4 mars 18934 mars 1897
4 ans
Vice-président Adlai E. Stevenson
Prédécesseur Benjamin Harrison
Successeur William McKinley
28e gouverneur de l'État de New York
1er janvier 18836 juin 1885
Prédécesseur Alonzo B. Cornell (en)
Successeur David B. Hill (en)
Biographie
Date de naissance 18 mars 1837
Lieu de naissance Caldwell (en), New Jersey (États-Unis)
Date de décès 24 juin 1908 (à 71 ans)
Lieu de décès Princeton, New Jersey (États-Unis)
Parti politique Parti démocrate
Conjoint Frances Cleveland
Profession Juriste
Religion Presbytérien

Signature

Grover Cleveland
Présidents des États-Unis

Stephen Grover Cleveland (18 mars 1837 - 24 juin 1908) fut le 22e et le 24e président des États-Unis. Il fut le seul à avoir été élu pour deux mandats non consécutifs de 1885 à 1889 et de 1893 à 1897 et est donc le seul à être compté deux fois dans le décompte des présidents. Originaire du New Jersey, il gravit les échelons de la politique locale en devenant successivement shérif puis maire de Buffalo et enfin gouverneur de l'État de New York. Il remporta le vote populaire aux élections de 1884, 1888 et 1892 et fut le seul président démocrate élu lors de la période de domination républicaine de 1860 à 1912.

Cleveland était le meneur des démocrates bourbons (en) qui s'opposaient aux droits de douane élevés, au bimétallisme, à l'inflation, à l'impérialisme et aux subventions fédérales. Ses combats pour des réformes politiques et un conservatisme fiscal firent de lui une icône des conservateurs de l'époque. Cleveland combattit avec acharnement la corruption politique et le clientélisme. Sa réputation de réformateur était telle que les membres de l'aile réformiste du parti républicain appelés mugwumps se rallièrent à lui et permirent sa victoire en 1884.

Son second mandat coïncida avec la panique de 1893, une sévère dépression que Cleveland fut incapable d'inverser. Elle affaiblit considérablement le parti démocrate qui fut balayé par le parti républicain en 1894 et en 1896 ; le résultat fut un réalignement politique qui ouvrit la voie à l'Ère progressiste.

Cleveland prenait des positions fortes et en retour recevait des critiques virulentes. Son intervention pour mettre fin à la grève Pullman de 1894 ulcéra les syndicats et le parti dans l'Illinois. Son soutien à l'étalon-or et son opposition au bimétallisme lui aliénèrent l'aile agrarienne du parti démocrate. De plus les critiques avancèrent qu'il manquait d'imagination et qu'il fut dépassé par les dépressions et les grèves de son deuxième mandat. Malgré tout sa réputation d'honnêteté et de bon caractère survécut aux troubles de son deuxième mandat. Le biographe Allan Nevins écrivit : « Grover Cleveland n'avait pas de dotations que des milliers d'hommes n'ont pas. Il possédait l'honnêteté, le courage, la fermeté, l'indépendance et le sens commun. Mais il les possédait à un degré que les autres n'ont pas ».

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Photographie d'une maison à trois étages en bois
Maison d'enfance de Cleveland à Caldwell dans le New Jersey

Stephen Grover Cleveland est né le 18 mars 1837 à Caldwell (en) dans le New Jersey[1]. Son père, Richard Falley Cleveland, était un pasteur presbytérien originaire du Connecticut[2],[1] et sa mère, Ann Neal Cleveland, était la fille d'un libraire de Baltimore dans le Maryland[2]. Du côté de son père et de sa mère, la famille de Cleveland était solidement ancrée en Nouvelle-Angleterre. Ses premiers ancêtres paternels, originaires du nord-est de l'Angleterre, arrivèrent dans le Massachusetts en 1635[3]. Du côté de sa mère, Cleveland descendait de protestants anglo-irlandais et de quakers allemands de Philadelphie[4]. Il était apparenté, quoique de façon lointaine, avec Moses Cleaveland qui donna son nom à la ville de Cleveland dans l'Ohio[5].

Cleveland, le cinquième de neuf enfants, fut nommé Stephen Grover en honneur du premier pasteur de la première église presbytérienne de Caldwell où son père était prêchait à l'époque mais il n'utilisa jamais le nom de « Stephen » à l'âge adulte[6]. En 1841, la famille Cleveland déménagea à Fayetteville (en) dans l'État de New York où Grover passa la plus grande partie de son enfance[7]. Les voisins le décrivirent plus tard comme un enfant « plein d'énergie et amateur de farces »[8] et passionné par les sports en extérieur[9]. En 1850, le père de Cleveland obtint un pastorat à Clinton et la famille s'y installa[10]. Ils déménagèrent à nouveau en 1853 à Holland Patent près d'Utica[11] mais son père mourut peu de temps après ce déménagement[11].

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Photographie d'un homme barbu portant une longue redingote
Photographie non datée de Cleveland

Cleveland étudia à la Fayetteville Academy et à la Clinton Liberal Academy[12] mais après la mort de son père en 1853, il quitta l'école pour s'occuper de sa famille. Peu après, le frère de Cleveland, William, fut engagé comme enseignant au New York Institute for the Blind de New York et il parvint à obtenir une place de professeur assistant pour Cleveland. Il retourna à Holland Patent à la fin de l'année 1854[13] et un ancien membre de sa paroisse offrit de payer pour ses études s'il devenait pasteur presbytérien mais Cleveland déclina la proposition. Au lieu de cela, Cleveland décida de partir vers l'Ouest en 1855. Il s'arrêta à Buffalo où son oncle, Lewis W. Allen lui offrit un poste dans le clergé[14]. Allen était un homme influent à Buffalo et il présenta son neveu aux notables de la ville dont les partenaires du cabinet d'avocats Rogers, Bowen & Rogers[15]. Cleveland fut embauché en tant qu'employé de bureau avant d'être admis au barreau en 1859[16].

Après être devenu avocat, Cleveland travailla pour le cabinet Rogers durant trois ans avant de le quitter pour ouvrir son propre cabinet[17]. En janvier 1863, il fut nommé assistant du procureur de district du comté d'Erié[18]. Avec la poursuite de la guerre de Sécession, le Congrès adopta le Conscription Act de 1863, imposant à chaque homme valide de rejoindre l'armée s'il était appelé ou d'engager un remplaçant[16]. Cleveland choisit cette option et donna 150 $ (environ 33 000 $ de 2012[19]) à George Benninsky, un immigré polonais de 32 ans pour qu'il serve à sa place[16],[20]. En tant qu'avocat, Cleveland se fit connaître pour son travail acharné et sa détermination[21]. En 1866, il défendit certains des participants d'un raid fénien et parvint à obtenir leur acquittement[22]. En 1868, Cleveland attira l'attention de sa profession en défendant avec succès un procès en diffamation contre l'éditeur du Commercial Advertiser, un journal de Buffalo[23]. À cette époque, Cleveland vivait simplement dans une pension même si ses revenus lui auraient permis de vivre bien plus confortablement et il continua de soutenir financièrement sa mère et ses jeunes sœurs[24]. Si ses quartiers personnels étaient plutôt austères, Cleveland jouissait néanmoins d'une vie sociale active et bien remplie et appréciait la « sociabilité facile des halls d'hôtels et des saloons[25] ».

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Shérif du comté d'Erié[modifier | modifier le code]

Cleveland rejoignit rapidement le parti démocrate[26]. En 1865, il se présenta au poste de procureur de district mais perdit de justesse face à son ami et colocataire Lyman K. Bass, le candidat républicain[21]. Cleveland resta ensuite à l'écart de la politique jusqu'en 1870 lorsque, avec l'aide de son ami Oscar Folsom, il obtint la nomination démocrate pour le poste de shérif du comté d'Erié[27]. À l'âge de 33 ans, Cleveland fut élu avec une avance de 303 voix et entra en fonction le 1er janvier 1871[28]. Si le poste l'éloignait de son activité de juriste, il aurait été payé 40 000 $ (environ 9 millions de dollars de 2012[19]) pour les deux années de son mandat[27]. L'événement le plus connu de son mandat fut l'exécution d'un meurtrier, Patrick Morrisey, condamné pour le meurtre de sa mère, le 6 septembre 1872[29]. Cleveland, en tant que shérif pouvait soit exécuter lui-même la sentence soit donner 10 $ (environ 2 800 $ de 2012[19]) à un remplaçant[29]. Cleveland avait des scrupules concernant la pendaison mais choisit de la mener lui-même[29]. Il pendit également un autre meurtrier, John Gaffney le 14 février 1873[30].

Après la fin de son mandat, Cleveland retourna à son activité de juriste et ouvrit un cabinet avec ses amis Lyman K. Bass et Wilson S. Bissell (en)[31]. Bass ne resta pas longtemps au sein du cabinet car il fut élu au Congrès en 1873 mais Cleveland et Bissell se trouvaient à présent au sommet de la communauté judiciaire de Buffalo[32]. Jusqu'à ce moment, la carrière politique de Cleveland avait été honorable mais pas exceptionnelle. Comme son biographe, Allan Nevins l'écrivit « probablement personne dans le pays, le 4 mars 1881, n'aurait pu prévoir que ce simple avocat de Buffalo serait quatre ans plus tard debout à Washington en train de prêter le serment de président des États-Unis[33] ».

Maire de Buffalo[modifier | modifier le code]

Dans les années 1870, le gouvernement de Buffalo était de plus en plus corrompu avec les machines politiques démocrates et républicaines qui s'organisaient pour se partager les dépouilles[34],[35],[36]. Quand, en 1881, les républicains présentèrent une liste de candidats particulièrement corrompus, les démocrates virent l'occasion de profiter des votes des républicains déçus en proposant un candidat plus honnête[35],[36],[37]. Les dirigeants du parti approchèrent Cleveland et il accepta de briguer la mairie à la condition de pouvoir choisir ses colistiers[38]. Lorsque les candidats démocrates les plus en vue eurent été évincés, Cleveland accepta la nomination[38]. Il fut élu maire avec 15 120 voix contre 11 528 pour son opposant, Milton C. Beebe, et prit ses fonctions le 2 janvier 1882[39].

Au cours de son mandat, Cleveland se concentra sur la lutte contre les intérêts partisans des machines politiques[35],[40]. Il établit sa réputation en apposant son veto à l'appel d'offres concernant le nettoyage des rues proposé par le conseil municipal[41]. Le contrat était ouvert à tous mais le conseil avait choisi l'offre la plus coûteuse au lieu de la moins chère du fait de connexions politiques[41]. Alors que ce genre de clientélisme était auparavant toléré à Buffalo, le nouveau maire répliqua avec un message cinglant : « Je considère cela comme le plus élaboré et le plus éhonté des systèmes mis en place pour trahir les intérêts du peuple ce qui est bien pire que gaspiller les fonds publics »[42]. Le conseil se rétracta et choisit l'offre la moins coûteuse[43]. La réputation de protecteur des fonds publics et de politicien honnête de Cleveland commença à se propager au-delà du comté d'Érié[44].

Gouverneur de New York[modifier | modifier le code]

Photographie d'une statue de bronze
Statue de Grover Cleveland devant la mairie de Buffalo

Alors que la réputation de Cleveland grandissait, les responsables du parti démocrate de l'État commencèrent à voir en lui un possible candidat pour le poste de gouverneur[45]. L'un de ses admirateurs, Daniel Manning (en), fit campagne pour sa nomination au sein du parti[46]. Du fait de la scission du parti républicain, l'année 1882 s'annonçait prometteuse pour le parti démocrate et de nombreux candidats cherchaient à obtenir l'investiture du parti[45]. Les deux candidats démocrates en tête étaient Roswell P. Flower (en) et Henry W. Slocum mais aucun ne parvint à se démarquer lors de la convention[47]. Cleveland, en troisième place lors du premier vote, fut alors considéré comme le candidat du compromis et fut choisi[48]. Le parti républicain restait divisé et Cleveland remporta l'élection par 535 318 voix contre 342 464 pour le candidat républicain Charles J. Folger (en)[49]. L'avance de Cleveland était à l'époque la plus large de l'histoire de l'État de New York et les démocrates remportèrent également la majorité dans les deux chambres de la Législature[50].

Poursuivant sa lutte contre les dépenses inutiles, Cleveland utilisa son droit de veto à huit reprises au cours de ses deux premiers mois de gouvernorat[51]. Le premier à attirer l'attention fut son veto sur une loi visant à réduire les tarifs des métros aériens de New York de cinq centimes[52]. La loi disposait d'un large soutien populaire car le propriétaire des trains, Jay Gould, était impopulaire et ses augmentations de tarifs étaient très critiquées[53]. Cleveland considérait la loi comme injuste car Gould avait repris les chemins de fer alors qu'ils étaient en faillite et avait rétabli la rentabilité du système[54]. De plus, Cleveland considérait que modifier l'accord avec Gould violerait la clause contractuelle de la Constitution des États-Unis[54]. En dépit de la popularité initiale de la mesure, les journaux félicitèrent Cleveland pour sa décision[54]. Theodore Roosevelt, alors membre de la législature de New York, déclara qu'il avait initialement voté pour la loi tout en sachant qu'elle était mauvaise car il souhaitait punir les barons du rail sans scrupules[55]. Après le veto de Cleveland, Roosevelt changea d'avis, comme de nombreux autres législateurs, et le veto ne fut pas contourné[55].

Les manières franches et honnêtes de Cleveland lui valurent un large soutien populaire mais il s'attira également l'opposition de plusieurs factions dans son propre parti, en particulier celle de l'organisation Tammany Hall de New York[56]. Tammany Hall et son patron, John Kelly, n'avaient pas soutenu Cleveland pour sa nomination en tant que gouverneur et l'apprécièrent encore moins lorsque Cleveland s'opposa ouvertement à la réélection de l'un de ses sénateurs[57]. S'il perdit le soutien de Tammany Hall, Cleveland gagna en retour le soutien de Theodore Roosevelt et de l'aile réformatrice du parti républicain qui aidèrent Cleveland à faire passer plusieurs lois réformant les administrations locales[58].

Élection de 1884[modifier | modifier le code]

Nomination[modifier | modifier le code]

Photographie d'un homme barbu
James G. Blaine fut l'opposant de Cleveland en 1884

En 1880, les républicains organisèrent leur convention à Chicago dans l'Illinois et choisirent l'ancien président de la Chambre des représentants James G. Blaine du Maine comme candidat après quatre tours. Cette nomination déçut de nombreux républicains qui voyaient Blaine comme ambitieux et immoral[59]. Les dirigeants du parti démocrate virent ce choix comme une opportunité pour revenir à la Maison-Blanche pour la première fois depuis 1856 si le bon candidat pouvait être trouvé[59].

Parmi les démocrates, Samuel J. Tilden était initialement le favori car il avait été le candidat du parti lors de l'élection contestée de 1876[60]. Tilden était cependant en mauvaise santé et lorsqu'il refusa d'être candidat, ses partisans se tournèrent vers les autres candidats[60]. Cleveland était parmi les candidats en vue mais Thomas F. Bayard du Delaware, Allen G. Thurman de l'Ohio, Samuel F. Miller de l'Iowa et Benjamin F. Butler du Massachusetts et de nombreux favoris locaux pouvaient également l'emporter[60]. Chacun de ces candidats avait cependant un handicap ; Bayard avait fait campagne pour la sécession en 1861, ce qui le rendait inacceptable pour les nordistes ; de même Butler était très impopulaire dans tout le Sud du fait de ses actions lors de la guerre civile ; Thurman était généralement bien apprécié mais il était âgé et malade et ses vues sur la question monétaire étaient inconnues[61]. Cleveland avait également ses détracteurs comme Tammany Hall mais leur nature le rendait d'autant plus sympathique[62]. Cleveland arriva en tête au premier tour avec 392 voix sur 829[63]. Au second tour, Tammany Hall apporta son soutien à Butler mais la plupart des délégués se rassemblèrent derrière Cleveland et il fut choisi[64]. Thomas A. Hendricks de l'Indiana fut nommé pour briguer la vice-présidence[64].

Campagne[modifier | modifier le code]

Dessin d'un assemblée à l'époque romaine. Un homme recouvert de tatouages est amené devant une assemblée choquée.
Caricature anti-Blaine le représentant en « homme tatoué » par des scandales indélébiles
Parodie de Phryné devant l'aréopage
Dessin d'une femme en pleurs portant un bébé criant en direction de Cleveland. Ce dernier, visibleemnt énervé se bouche les oreilles.
Caricature anti-Cleveland concernant sa possible paternité

La corruption de la vie politique fut la question centrale de l'élection de 1884 et la réputation d'honnêteté de Cleveland représentait l'atout le plus décisif des démocrates[65]. Les républicains réformateurs, appelés mugwumps dénoncèrent la corruption de Blaine et se tournèrent vers Cleveland[66]. Les mugwumps, dont faisait partie Carl Schurz et Henry Ward Beecher, étaient plus concernés par des idéaux que par des questions partisanes et espéraient que Cleveland pourrait approuver leur croisade pour des réformes administratives et l'efficacité gouvernementale[66]. Alors que les démocrates gagnaient le soutien des mugwumps, ils perdirent celui du Greenback Party (en) mené par l'ancien démocrate Benjamin Butler[67].

La campagne se concentra sur la personnalité des candidats car chaque camp essaya de salir la réputation de l'autre. Les partisans de Cleveland relancèrent de vieilles rumeurs selon lesquelles Blaine aurait utilisé son influence pour favoriser la Little Rock & Fort Smith Railroad et la Northern Pacific Railway pour ensuite pouvoir vendre les actions qu'il avait dans les deux sociétés[68]. Même si ces rumeurs remontaient à huit ans, la découverte de la correspondance de Blaine rendit ses explications moins crédibles[68]. Sur l'une de ces missives les plus compromettantes, Blaine avait écrit « brûle cette lettre » ce qui donna aux démocrates la dernière ligne de leur cri de ralliement « Blaine, Blaine, James G. Blaine, le menteur continental de l'État du Maine, Burn this letter ![69] ».

Pour contrer l'image de supériorité morale de Cleveland, ses opposants rapportèrent qu'il avait eu un enfant alors qu'il était avocat à Buffalo[70]. La phrase moqueuse Ma, Ma, where's my Pa? (« Ma, Ma, où est mon Pa ? ») devint le slogan non officiel de ses opposants[70]. Les consignes de Cleveland à son équipe de campagne lorsqu'il était attaqué étaient de « dire la vérité[71] ». Il admit qu'il avait payé une pension à Maria Crofts Halpin en 1874 qui avançait que Cleveland était le père de son fils, Oscar Folsom Cleveland[70]. Halpin était impliquée dans plusieurs histoires sentimentales à cette époque dont une avec l'ami et partenaire de Cleveland, Oscar Folsom[70]. Cleveland ne sut pas qui était le père et on avance qu'il en aurait pris la responsabilité car il était le seul célibataire du groupe[70].

Les deux candidats considéraient que les États de New York, du New Jersey, de l'Indiana et du Connecticut seraient déterminants pour remporter l'élection[72]. À New York, le Tammany Hall décida qu'il valait mieux soutenir un démocrate qu'ils n'aimaient pas plutôt qu'un républicain qui ne ferait rien pour eux[73]. Blaine espérait qu'il obtiendrait le soutien des irlando-américains, traditionnellement fidèles aux démocrates ; En effet, sa mère était une catholique irlandaise et il avait soutenu l'Irish National Land League (en) quand il était secrétaire d'État[74]. Les Irlandais, groupe important dans ces swing states, se rapprochèrent effectivement de Blaine jusqu'à ce que l'un de ses partisans, Samuel D. Burchard, ne déclare que les démocrates étaient le parti du « Rhum, du Romanisme et de la Rébellion[75] ». Les démocrates utilisèrent cette phrase et Cleveland remporta de justesse les quatre états décisifs dont New York avec un millier de voix d'avance[76]. Le vote populaire était serré et Cleveland ne disposait que d'un quart de point d'avance sur son adversaire mais il remporta 219 voix de grands électeurs contre 182 pour Blaine[76]. Après cette victoire, la phrase « Ma, Ma… » était répondu par Gone to the White House. Ha! Ha! Ha! (« Parti à la Maison Blanche. Ha ! Ha ! Ha [77]!) ».

Premier mandat (1885-1889)[modifier | modifier le code]

Réformes[modifier | modifier le code]

Peu après sa prise de fonctions, Cleveland dut nommer des fonctionnaires à tous les postes gouvernementaux pour lequel le président avait le pouvoir de nomination. Ces postes étaient généralement attribués suivant le système des dépouilles mais Cleveland annonça qu'il ne limogerait aucun républicain qui faisait bien son travail et qu'il ne nommerait personne sur la seule base de son appartenance au parti démocrate[78]. Il profita également de l'occasion pour réduire le nombre d'employés fédéraux car les départements étaient remplis d'opportunistes politiques[79]. Par la suite, ses collègues démocrates se sentirent irrités d'être mis à l'écart des dépouilles et Cleveland commença à remplacer la plupart des administrateurs républicains[80]. Si certaines de ses décisions furent influencées par des considérations partisanes, la plupart des nominations de Cleveland se firent sur la base du mérite[81].

Cleveland réforma d'autres secteurs du gouvernement. En 1887, il signa une loi créant l'Interstate Commerce Commission chargée de réguler les transports[82]. Avec son secrétaire à la Marine, William C. Whitney, il entreprit la modernisation de la marine américaine et annula les contrats de construction pour des navires moins performants[83]. Cleveland ulcéra les investisseurs ferroviaires en ordonnant une enquête sur les terres de l'Ouest qu'ils avaient reçus du gouvernement[84]. Le secrétaire à l'Intérieur Lucius Q.C. Lamar avança que les droits sur ces terres devaient être rendus au public car les compagnies ferroviaires n'avaient pas étendus leurs lignes conformément aux accords[84]. Les terres furent confisquées et le gouvernement récupéra environ 330 000 km²[84].

Vetos[modifier | modifier le code]

Cleveland affronta un Sénat dominé par les républicains et il utilisa souvent son pouvoir de veto[85]. Il opposa son veto à des centaines de demandes de pensions pour des vétérans de la guerre de Sécession considérant que si ces demandes avaient été rejetées par le département des Anciens combattants, le Congrès ne devait pas aller à l'encontre de ces décisions[86]. Lorsque le Congrès, poussé par l'association des anciens combattants vota une loi accordant des pensions pour tous les handicaps non causés par la guerre, Cleveland mit également son veto[87]. Il utilisa cet instrument bien plus que tous les présidents avant lui. En 1887, il mit son veto le plus célèbre à une loi concernant l'agriculture au Texas[88]. Après qu'une sécheresse eut anéanti les récoltes dans de nombreux comtés du Texas, le Congrès affecta 10 000 $ (environ 13 millions de dollars de 2012[89]) pour acheter des semences pour ces agriculteurs[88]. Cleveland bloqua la dépense. Dans son commentaire au veto, il exprima sa théorie d'un gouvernement limité :

« Je ne vois aucune justification pour une telle dépense dans la Constitution et je ne crois pas que le pouvoir et le devoir d'un gouvernement soit d'étendre le soutien aux souffrances individuelles qui n'ont aucun rapport avec le service public. Il faut, je pense, résister indéfectiblement à la tendance répandue à mépriser la mission limitée de ce pouvoir. À cette fin, la leçon doit être enseignée que si le peuple soutient le gouvernement, le gouvernement ne doit pas soutenir le peuple. Nos concitoyens dans le besoin peuvent toujours compter sur l'amitié et la charité de leurs voisins. Cela a été démontré à plusieurs reprises, l'aide fédérale, dans ces cas, encourage les gens à compter sur le gouvernement au détriment du maintien de leur force de caractère[90]. »

Économie[modifier | modifier le code]

L'une des questions les plus explosives des années 1880 était de savoir si la monnaie devait être basée sur l'or et l'argent ou uniquement sur l'or[91]. Le sujet transcendait les lignes partisanes car les républicains de l'Ouest et les démocrates du Sud demandaient conjointement la frappe de l'argent tandis que les congressistes du Nord-Est défendaient fermement l'étalon-or[92]. Ne pas battre de la monnaie en argent permettait une plus grande stabilité du dollar ; cela satisfaisait les milieux d'affaires mais les paysans de l'Ouest se plaignaient du manque de liquidité. Comme l'argent valait moins que son équivalent légal en or, les contribuables payaient les taxes en argent tandis que les créditeurs internationaux exigeaient un paiement en or, ce qui appauvrissait les réserves d'or du pays[93].

Cleveland et le secrétaire au Trésor Daniel Manning (en) étaient de fervents partisans de l'étalon-or et tentèrent de réduire la quantité d'argent que le gouvernement devait frapper d'après le Bland-Allison Act de 1878[94]. Cela ulcéra les occidentaux et les sudistes qui militaient pour une déflation de la monnaie afin d'aider les plus pauvres[95]. En retour, l'un des partisans les plus acharnés du bimétallisme, Richard P. Bland (en), présenta une loi en 1886 qui obligeait le gouvernement à frapper des quantités illimitées d'argent afin de provoquer de l'inflation[96] La loi de Bland fut rejetée de même qu'une autre loi qui aurait abrogé toute obligation de frapper en argent[96]. Le résultat fut le maintien du statu quo et l'ajournement de la résolution de la question monétaire[97].

Cleveland taille une haie où est écrit « Protection » tandis que deux garçons en pleurs se plaignent à un Oncle Sam amusé
Caricature de Cleveland réduisant les droits de douane tandis que chef des républicains, Thomas Brackett Reed, va se plaindre à Oncle Sam.

Une autre question délicate de la période était celle des droits de douane protectionnistes. Le problème n'avait pas été le sujet central de la campagne et l'opinion de Cleveland était celle de la plupart des démocrates : Les droits devaient être réduits[98],[99]. Les républicains favorisaient généralement des droits de douanes élevés pour protéger les industries américaines[98]. Les droits américains étaient élevés depuis la guerre de Sécession et en 1880 ils rapportaient tellement d'argent que le gouvernement fédéral dégageait un excédent[100].

En 1886, une loi visant à réduire ces droits fut rejetée de justesse à la Chambre des représentants[101]. La question de ces droits fut déterminante lors des élections législatives et les protectionnistes remportèrent de nombreux sièges[102]. Cleveland continua néanmoins de se faire l'avocat d'une réforme des droits de douane. Comme l'excédent budgétaire augmentait, Cleveland et les réformateurs proposèrent une taxe douanière visant uniquement les produits financiers[103]. Son discours au Congrès en 1887 pointait l'injustice de prendre au peuple plus d'argent que le gouvernement n'en avait besoin pour financer ses projets[104]. Les républicains et les démocrates protectionnistes du Nord comme Samuel J. Randall (en), considéraient que sans des droits de douanes élevés, les industries américaines seraient menacées par les importations de produits européens et ils continuèrent de s'opposer aux efforts des réformateurs[105]. Roger Q. Mills (en), le président du comité des voies et moyens de la Chambre (en) proposa une loi qui réduirait les droits de 47 % à 40 %[106]. Après plusieurs exceptions importantes imposées par Cleveland et ses alliés, la loi fut acceptée à la Chambre[106]. Le Sénat ne parvint cependant pas à un accord et la loi échoua au comité de conférence. La question des droits continua jusqu'à l'élection présidentielle de 1888.

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Cleveland était un non-interventionniste convaincu qui avait fait campagne contre l'expansion et l'impérialisme. Il refusa de défendre le traité de canal au Nicaragua signé par l'administration précédente et était généralement moins expansionniste dans les relations internationales[107]. Le secrétaire d'État Thomas F. Bayard, négocia avec Joseph Chamberlain du Royaume-Uni sur la question des droits de pêche dans les eaux canadiennes et arriva à un compromis malgré l'opposition des sénateurs républicains de Nouvelle-Angleterre[108]. Cleveland s'opposa également à l'étude par le Sénat de la Conférence de Berlin qui garantissait les intérêts américains dans le bassin du Congo[109].

Droits civiques[modifier | modifier le code]

Cleveland, comme un nombre croissant de nordistes (et quasiment tous les sudistes) considérait la Reconstruction comme un échec et était réticent à utiliser les pouvoirs fédéraux pour faire appliquer le 15e amendement de la Constitution qui garantissait les droits de vote des afro-américains[110]. Cleveland ne nomma initialement aucun noir à des fonctions officielles mais autorisa Frederick Douglass à rester à son poste de notaire fédéral à Washington[110]. Lorsque ce dernier démissionna, Cleveland nomma un autre noir pour le remplacer[110].

Même si Cleveland avait condamné les atteintes contre les immigrés chinois, il considérait qu'ils étaient peu disposés à s'assimiler dans la société blanche[111]. Le secrétaire d'État Thomas F. Bayard négocia une extension de la loi d'exclusion des Chinois et Cleveland fit pression sur le Congrès pour qu'il adopte le Scott Act rédigé par le représentant William L. Scott qui empêchait les immigrants chinois de revenir aux États-Unis s'ils les quittaient[112]. La législation fut facilement votée par les deux chambres du Congrès et Cleveland signa le texte le 1er octobre 1888[112].

Cleveland considérait les Amérindiens comme des gardiens de l'État et déclara dans son discours d'investiture que « cette garde implique, de notre part, des efforts pour améliorer leurs conditions de vie et faire appliquer leurs droits[113] ». Il encouragea l'idée d'assimilation culturelle et fit adopter le Dawes Act qui permettait de distribuer les terres amérindiennes à des membres individuels des tribus car jusqu'alors le gouvernement fédéral les détenaient au nom des tribus[113]. Si les représentants amérindiens acceptèrent le texte, la plupart des Amérindiens le désapprouvait[114]. Cleveland croyait que le Dawes Act permettrait de sortir les Amérindiens de la pauvreté et encouragerait leur assimilation mais son effet final fut d'affaiblir les chefs de tribus et de permettre aux membres des tribus de vendre leurs terres à des spéculateurs et de garder l'argent[113].

Le mois avant l'investiture de Cleveland en 1885, le président Arthur avait signé un ordre exécutif ouvrant à la colonisation 16 000 km2 de terres appartenant aux Winnebagos dans la réserve indienne de Crow Creek dans le territoire du Dakota[115]. Des dizaines de milliers de colons s'étaient rassemblés à la frontière du territoire et se préparaient à en prendre le contrôle[115]. Considérant que la décision d'Arthur était une violation des accords avec les tribus, Cleveland annula l'ordre le 17 avril, ordonna aux colons de quitter le territoire amérindien et déploya les troupes du général Philip Sheridan pour faire appliquer les traités[115].

Mariage[modifier | modifier le code]

Gravure d'un mariage
Mariage de Grover Cleveland et de Frances Folsom dans la Blue Room de la Maison Blanche

Cleveland était célibataire lorsqu'il entra à la Maison-Blanche et sa sœur Rose Cleveland joua le rôle de première dame durant les deux premières années de son mandat[116]. En 1885, la fille de son ami Oscar Folsom lui rendit visite à Washington[117]. Frances Folsom était étudiante au Wells College et quand elle retourna à son université, Cleveland reçut l'autorisation de sa mère de lui écrire[117]. Ils se fiancèrent rapidement[117] et le 2 juin 1886, Cleveland épousa Frances dans la Blue Room de la Maison Blanche[118]. Cleveland fut le second président, après John Tyler en 1843, à se marier lors de son mandat et le seul à avoir organisé un mariage à la Maison-Blanche[119]. Ce mariage était inhabituel car Cleveland était l'exécuteur testamentaire d'Oscar Folsom et avait supervisé l'éducation de Frances dont il était de 27 ans son aîné mais le public n'était pas défavorable à cette union[120]. À vingt-et-un ans, Frances reste la plus jeune première dame et le public fut rapidement conquis par sa personnalité et sa beauté[121]. Ils eurent cinq enfants : Ruth (1891-1904), Esther (1893-1980), Marion (1895-1977), Richard Folsom (1897-1974) et Francis Grover (1903-1995). La philosophe britannique Philippa Foot était leur petite-fille.

Administration et Cabinet[modifier | modifier le code]

Premier cabinet Cleveland
Premier rang, de gauche à droite : Thomas F. Bayard, Cleveland, Daniel Manning (en), Lucius Q. C. Lamar (en)
Deuxième rang, de gauche à droite : William F. Vilas (en), William C. Whitney, William C. Endicott, Augustus H. Garland (en)
Cabinet Cleveland
Fonction Nom Dates
Président Grover Cleveland 1885-1889
Vice-président Thomas A. Hendricks 1885
Aucun 1885-1889
Secrétaire d'État Thomas F. Bayard 1885-1889
Secrétaire du Trésor Daniel Manning (en) 1885-1887
Charles S. Fairchild (en) 1887-1889
Secrétaire à la Guerre William C. Endicott 1885-1889
Procureur général Augustus H. Garland (en) 1885-1889
Postmaster General William F. Vilas (en) 1885-1888
Donald M. Dickinson (en) 1888-1889
Secrétaire à la Marine William C. Whitney 1885-1889
Secrétaire à l'Intérieur Lucius Q. C. Lamar (en) 1885-1888
William F. Vilas (en) 1888-1889
Secrétaire à l'Agriculture Norman J. Coleman (en) 1889

Nominations judiciaires[modifier | modifier le code]

Durant son premier mandat, Cleveland nomma deux juges à la Cour suprême. À la mort du juge assesseur William B. Woods en 1887, Cleveland nomma Lucius Q. C. Lamar (en) qui était un ancien sénateur du Mississippi et avait été membre de son Cabinet au poste de secrétaire à l'Intérieur. Si Lamar avait été bien apprécié en tant que sénateur, sa participation à la Confédération deux décennies auparavant menèrent de nombreux républicains à voter contre lui. Sa nomination fut néanmoins confirmée à une courte majorité[122]. Le juge en chef Morrison Waite mourut quelques mois plus tard et Cleveland proposa le nom de Melville Fuller (en) le 30 avril 1888. Cleveland avait auparavant offert à Fuller de le nommer à la civil service Commission mais Fuller avait décliné l'offre et il était poursuivit son activité de juriste à Chicago. Fuller accepta la nomination à la Cour suprême et le comité judiciaire du Sénat passa plusieurs mois à étudier le dossier de ce candidat peu connu avant de l'accepter[123],[124].

Élection de 1888[modifier | modifier le code]

Affiche de campagne pour le ticket Cleveland/Thurman

Le débat sur la réduction des droits de douane se poursuivit jusqu'à la campagne présidentielle de 1888[125]. Les républicains nommèrent Benjamin Harrison de l'Indiana pour briguer la présidence et Levi Morton de New York pour la vice-présidence. Cleveland fut facilement choisi à la convention démocrate à Saint-Louis dans le Missouri[126]. Le vice-président Thomas A. Hendricks étant mort en 1885, les démocrates choisirent Allen G. Thurman de l'Ohio pour être le colistier de Cleveland[126]. Les républicains firent une campagne axée sur la question des droits de douane et remportèrent les voix des protectionnistes des importants États industriels du Nord[125]. De plus, les démocrates de New York étaient divisés sur la candidature de David B. Hill (en) au poste de gouverneur, ce qui affaiblit le soutien à Cleveland dans cet État décisif[127].

Comme en 1884, l'élection se joua sur les swing states de New York, du New Jersey de l'Indiana et du Connecticut. Cependant à la différence de 1884, où Cleveland avait remporté les quatre États, il n'en remporta que deux, perdant son État de New York de seulement 14 373 voix[128]. Les républicains furent également victorieux dans l'Indiana, principalement grâce à des fraudes[129]. La victoire républicaine dans cet État, où Cleveland avait perdu de 2 348 voix, fut suffisante pour propulser Harrison à la Maison Blanche malgré un vote populaire majoritairement en faveur de Cleveland[130]. Il continua ses activités de président jusqu'à la fin de son mandat et commença à préparer son retour à la vie privée[130].

Lorsque Frances Cleveland quitta la Maison-Blanche, elle dit à l'un des employés, « Je veux que preniez grand soin de tous les meubles et des décorations de la Maison, car je veux que tout soit remis à l'identique lorsque nous reviendrons ». Lorsqu'on lui demanda quand elle reviendrait, elle répondit « Nous revenons dans quatre ans jour pour jour[131] ». Le couple s'installa alors à New York où Cleveland travailla dans le cabinet Bangs, Stetson, Tracy et MacVeigh[132]. Son salaire n'était pas très élevé mais son train de vie n'était pas particulièrement extravagant[133]. Le premier enfant du couple, Ruth, naquit en 1891 alors qu'il habitait New York[134].

L'administration Harrison travailla avec le Congrès pour faire passer le McKinley Tariff et le Sherman Silver Purchase Act, deux politiques que Cleveland jugeait dangereuses pour la santé économique de la nation[135]. Au départ, il se retint de critiquer son successeur mais en 1891 Cleveland sortit de son silence et publia ses inquiétudes dans une lettre ouverte à une réunion de réformateurs à New York[136]. Cette silver letter ramena Cleveland sous les projecteurs alors que l'élection de 1892 approchait[137].

Élection de 1892[modifier | modifier le code]

La stature d'ancien président de Cleveland et ses récentes prises de position sur la question monétaire en firent l'un des favoris pour la convention démocrate de 1892[138]. Son principal adversaire était David B. Hill qui était alors devenu sénateur de New York[139]. Hill rassemblait les opposants à Cleveland comme les partisans du bimétallisme, les membres de Tammany Hall et les protectionnistes mais fut incapable de former une coalition suffisamment large pour empêcher la nomination de Cleveland dès le premier tour[140]. Pour la vice-présidence, les délégués choisirent d'équilibrer le ticket avec Adlai E. Stevenson de l'Illinois, un partisan du bimétallisme[141]. Bien que Cleveland ait préféré Isaac P. Gray (en) de l'Indiana pour briguer la vice-présidence, il accepta le choix de la convention[142]. En tant que défenseur des greenbacks et de l'inflation afin de soutenir les habitants des districts ruraux, Stevenson équilibrait le ticket mené par Cleveland, le partisan de l'étalon-or et de la monnaie métal[143].

Résultat de l'élection de 1892 avec les états remportés par Harrison en rouge, par Cleveland en bleu et par Weaver en vert.

Les républicains présentèrent à nouveau Benjamin Harrison et l'élection de 1892 fut la répétition de l'élection de 1888. À la différence des élections troublées et controversées de 1876, 1884 et 1888, l'élection de 1892 fut selon le biographe de Cleveland Allan Nevins « la plus honnête, la plus calme et la plus honorable de la génération d'après-guerre[144] » en partie car Caroline Harrison, l'épouse du président, souffrait de la tuberculose[145]. Harrison ne fit presque pas campagne et à la mort de son épouse deux semaines avant le jour de l'élection, Cleveland et les autres candidats arrêtèrent également. La question des droits de douane avait joué en faveur des républicains en 1888 mais les différentes modifications réalisées au cours des quatre années suivantes avaient rendus les produits importés tellement chers que de nombreux électeurs souhaitaient une réforme[146]. De nombreux occidentaux, traditionnellement républicains se rallièrent au candidat du nouveau parti populiste, James B. Weaver, qui promettait le bimétallisme, de généreuses pensions pour les vétérans et la journée de huit heures[147]. Finalement les démocrates de Tammany Hall se rallièrent au ticket démocrate, ce qui à un parti démocrate uni de remporter l'État de New York[148]. Cleveland remporta le vote populaire pour la troisième fois consécutive et il disposait d'une avance confortable au Collège électoral[149].

Second mandat (1893-1897)[modifier | modifier le code]

Économie[modifier | modifier le code]

Cleveland portant une toge est traîné derrière un char antique portant l'inscription « Sugar Trust ».
L'humiliation de Cleveland par le cartel du sucre

Peu après le début du second mandat de Cleveland, la panique de 1893 fit chuter la bourse et le président dut affronter une grave crise économique[150]. La panique fut aggravée par la pénurie d'or qui résultait de la frappe massive de l'argent et Cleveland demanda une réunion rapide du Congrès pour répondre à ce problème[151]. Le débat concernant la monnaie était toujours aussi brûlant et les effets de la crise avaient poussé la plupart des modérés à se rapprocher des opposants de la frappe libre imposée par le Sherman Silver Purchase Act[151]. La Chambre des représentants passa tout de même deux semaines à débattre avant d'abroger le texte par une large majorité[152]. Le débat fut également tendu au Sénat mais Cleveland parvint à rassembler une majorité de 48 voix contre 37[153]. Avec l'abrogation, les réserves d'or du Trésor furent ramenées à un niveau acceptable[154]. À ce moment, cette décision était semblait être une défaite mineure pour les partisans du bimétallisme mais il annonçait la fin de l'utilisation de l'argent comme base de la monnaie américaine[155].

Après avoir réformé la politique monétaire de l'administration Harrison, Cleveland chercha à inverser les effets du McKinley Tariff. Ce qui devint le Wilson-Gorman Tariff Act fut proposé par le représentant de Virginie, William L. Wilson (en) en décembre 1893[156]. Après de long débats, la loi fut votée à la Chambre avec une large majorité[157]. La loi réduisait les droits en douane en particulier sur les matières premières[158] et la perte de recettes fut compensée par un impôt sur le revenu de 2 % sur les revenus de plus de 4 000 $ (environ 800 000 $ de 2012[158],[19]).

Le texte fut ensuite étudié au Sénat où l'opposition était plus forte[159]. De nombreux sénateurs démocrates menés par Arthur Pue Gorman (en) du Maryland souhaitaient plus de protections pour les industries de leurs États que ce que la loi Wilson proposait[160]. D'autres, tels que Morgan et Hill, s'opposèrent en partie du fait d'une inimitié personnelle envers Cleveland[159]. Au moment du vote de la loi, plus de 600 amendements avaient été ajoutés qui annulaient la plupart des réformes. La disposition concernant l'impôt sur le revenu du Wilson-Gorman Act fut jugée partiellement inconstitutionnelle en 1895 par la Cour suprême dans l'arrêt Pollock v. Farmers' Loan & Trust Co. L'American Sugar Refining Company en particulier fit pression pour des modifications qui la favorisaient aux dépens du consommateur[161]. Cleveland était mécontent et il dénonça ces modifications comme étant le résultat méprisable du contrôle du Sénat par les milieux économiques[162]. Cependant, même ainsi, il s'agissait d'une amélioration par rapport au McKinley Tariff et Cleveland approuva le texte[158].

Mouvements sociaux[modifier | modifier le code]

Cleveland par Anders Zorn en 1899

La panique de 1893 avait affecté les conditions de travail dans tous les États-Unis et la victoire des partisans de l'étalon-or avait irrité les travailleurs de l'Ouest[163]. Un groupe d'ouvriers mené par Jacob S. Coxey commença à marcher vers Washington pour protester contre les politiques de Cleveland[163]. Ce groupe, connu sous le nom de Coxey's Army demandait le lancement d'un programme de construction de routes pour donner du travail aux chômeurs et une inflation de la monnaie pour aider les agriculteurs à payer leurs dettes[163]. Au moment où il arriva à Washington, il ne comptait plus que quelques centaines de membres et ils furent arrêtés le jour suivant pour avoir marché sur la pelouse du Capitole[163]. La Coxey's Army ne fut jamais une menace pour le gouvernement mais elle montrait un mécontentement grandissant contre la politique économique[164].

La grève Pullman eut un impact bien supérieur à celui de la Coxey's Army. Une grève éclata au sein de la Pullman Company pour demander une hausse des salaires et des journées de travail de douze heures. Des grèves de soutien éclatèrent rapidement menées par le chef de l'American Railway Union, Eugene V. Debs[165]. En juin 1894, 125 000 cheminots étaient en grève et le commerce était paralysé[166]. Comme les chemins de fer transportaient le courrier et que plusieurs des lignes affectées étaient au bord de la faillite, Cleveland considéra qu'une solution fédérale s'imposait[167]. Il demanda une injonction à une cour fédérale et quand les grévistes refusèrent de reprendre le travail, il envoya l'armée à Chicago et dans vingt autres centres ferroviaires[168]. Il déclara que s'il devait utiliser l'armée et la marine des États-Unis pour faire parvenir une carte postale à Chicago, il le ferait[169]. La plupart des gouverneurs soutenaient Cleveland à l'exception du démocrate John Peter Altgeld de l'Illinois qui devint un opposant virulent du président. Le recours à l'armée fut salué par les journaux des deux partis mais il radicalisa l'attitude des syndicats envers l'administration Cleveland[170].

Lors des élections législatives de 1894, les républicains remportèrent une très large victoire et prirent le contrôle de la Chambre des représentants. De plus, Cleveland devait faire face à ses opposants démocrates qui avaient pris l'ascendant au sein du parti et contestaient son autorité et ses réformes.

Politique étrangère[modifier | modifier le code]

Lors de sa prise de fonction, Cleveland dut affronter la question de l'annexion d'Hawaï. Au cours de son premier mandat, il avait soutenu le commerce avec l'archipel et avait accepté un amendement qui donnait aux États-Unis une base navale à Pearl Harbor[109]. Au cours du mandat de Harrison, des hommes d'affaires de Honolulu accusèrent la reine Liliuokalani de tyrannie et la renversèrent au début de l'année 1893. Ils mirent en place un gouvernement républicain mené par Sanford B. Dole (en) et demandèrent à rejoindre les États-Unis[171]. L'administration Harrison avait rapidement accepté la proposition d'annexion et celle-ci avait été votée par la Chambre des représentants[171]. Cependant, cinq jours après sa prise de fonctions, Cleveland retira le texte avant son examen par le Sénat car il était avancé que des soldats américains avaient participé au renversement de la monarchie. Le président souhaitait donc restaurer l'ancien gouvernement et il envoya l'ancien représentant James H. Blount à Hawaii pour évaluer la situation[172]. Ce dernier rapporta que la population était hostile à une annexion[172]. Cependant Liliuokalani refusa d'accorder une amnistie comme condition à sa restauration et déclara qu'elle exilerait ou ferait exécuter les membres du gouvernement républicain et Dole refusa de rendre le pouvoir[173]. En décembre 1893, la question était toujours en suspens et Cleveland fit appel au Congrès[173]. Dans son message, Cleveland rejeta l'idée d'une annexion et encouragea le Congrès à poursuivre la tradition de non-intervention américaine[174]. Le Sénat, sous contrôle démocrate mais hostile à Cleveland, produisit le rapport Morgan qui contredisait le rapport de Blount en avançant que les forces armées américaines n'avaient joué aucun rôle et que le coup d'État était une affaire strictement hawaïenne[175]. Cleveland cessa alors ses discussions avec la reine et reconnut la nouvelle république d'Hawaï[176]. L'archipel rejoignit finalement les États-Unis en 1898 avec le statut de territoire.

Cleveland adopta une interprétation large de la doctrine Monroe qui empêchait non seulement l'implantation de nouvelles colonies européennes mais avançait également que les États-Unis avaient le droit d'intervenir dans toute crise dans l'hémisphère occidental[177]. Lorsque le Royaume-Uni et le Venezuela se disputèrent sur frontière entre ce dernier et la Guyane britannique, Cleveland et le secrétaire d'État Richard Olney demandèrent à participer aux discussions[178]. Le premier ministre britannique Lord Salisbury et l'ambassadeur britannique à Washington, Julian Pauncefote réalisèrent l'importance que constituait la dispute pour les États-Unis et acceptèrent une médiation américaine[179],[180]. Un tribunal se rassembla à Paris en 1898 pour arbitrer le différend et attribua la plus grande partie du territoire contesté à la Guyane britannique[181]. En se tenant aux côtés des nations sud-américaines contre une puissance coloniale, Cleveland améliora les relations entre les États-Unis et ses voisins du Sud mais la manière cordiale dont furent menées les négociations améliora également les relations avec la Grande-Bretagne[182].

Cancer[modifier | modifier le code]

Lors des discussions sur l'abrogation du bimétallisme en 1893, Cleveland consulta le médecin de la Maison-Blanche, le docteur O'Reilly, à propos d'une douleur dans la bouche et d'un ulcère avec une surface granuleuse sur le côté gauche du palais. Des échantillons furent envoyés anonymement au service de santé de l'armée qui diagnostiqua une tumeur cancéreuse non maligne[183].

Du fait de la crise économique que traversait le pays, Cleveland décida de se faire opérer secrètement pour éviter une panique des marchés[184]. L'opération eut lieu le 1er juillet pour permettre à Cleveland de récupérer avant la reprise de la session parlementaire[185]. Sous le prétexte d'une croisière, le président et son médecin, Joseph Bryant, se rendirent à New York et l'opération fut réalisée sur le yacht Oneida au large de Long Island[186]. La chirurgie fut réalisée à travers la bouche de Cleveland pour éviter toute cicatrice[187]. L'équipe endormit Cleveland avec un mélange de protoxyde d'azote et d'éther et retira les parties touchées de la mâchoire supérieure gauche et du palais[187]. La taille de la tumeur et l'étendue de l'opération avait fortement endommagé la bouche du président[188] et au cours d'une seconde opération, un orthodontiste fixa une prothèse qui corrigeait sa parole et restaurait son apparence[188]. Une couverture concernant le retrait de deux dents garda la presse d'investigation à l'écart[189]. Même lorsqu'un journal publia des détails de la véritable opération, les chirurgiens participants en minimisèrent l'importance[188]. En 1917, l'un des participants à l'opération, William W. Keen écrivit un article détaillant l'opération[190].

Plusieurs médecins, dont Keen avancèrent après la mort de Cleveland que la tumeur était un carcinome[190]. Parmi les autres possibilités figurent un améloblastome (en)[191] ou une tumeur bénigne des glandes salivaires[192]. Dans les années 1980, des analyses ont finalement confirmé que la tumeur était un carcinome verruqueux[193], un cancer bénin de l'épithélium avec un faible potentiel de création de métastases[183].

Administration et Cabinet[modifier | modifier le code]

Deuxième cabinet Cleveland
Premier rang, de gauche à droite : Daniel S. Lamont (en), Richard Olney, Cleveland, John G. Carlisle (en), Judson Harmon
Deuxième rang, de gauche à droite : David R. Francis (en), William L. Wilson (en), Hilary A. Herbert (en), Julius S. Morton
Cabinet Cleveland
Fonction Nom Dates
Président Grover Cleveland 1893-1897
Vice-président Adlai E. Stevenson 1893-1897
Secrétaire d'État Walter Q. Gresham (en) 1893-1895
Richard Olney 1895-1897
Secrétaire du Trésor John G. Carlisle (en) 1893-1897
Secrétaire à la Guerre Daniel S. Lamont (en) 1893-1897
Procureur général Richard Olney 1893-1895
Judson Harmon 1895-1897
Postmaster General Wilson S. Bissell (en) 1893-1895
William L. Wilson (en) 1895-1897
Secrétaire à la Marine Hilary A. Herbert (en) 1893-1897
Secrétaire à l'Intérieur M. Hoke Smith (en) 1893-1896
David R. Francis (en) 1896-1897
Secrétaire à l'Agriculture Julius S. Morton 1893-1897

Nominations judiciaires[modifier | modifier le code]

Cleveland en 1903

Les tensions avec le Sénat empêchèrent Cleveland de nommer les candidats de son choix à la Cour suprême lors de son second mandat. En 1893, après la mort de Samuel Blatchford, Cleveland nomma William B. Hornblower pour le remplacer[194]. Hornblower, alors à la tête de la cour d'appel de New York, fut pressenti pour le poste mais sa campagne contre la machine politique de New York l'avait opposé au sénateur David B. Hill[194]. De plus, Cleveland n'avait pas consulté les sénateurs avant de faire sa nomination[194]. Par conséquent le Sénat rejeta la nomination de Hornblower le 15 janvier 1894[194].

Cleveland continua à défier le Sénat en nommant Wheeler H. Peckham, un autre avocat de New York qui s'était opposé aux machines politiques dans l'État[195]. Hill utilisa toute son influence pour bloquer la confirmation de Peckham et le 16 février 1894, le Sénat rejeta la nomination[195]. Les réformateurs pressaient Cleveland de continuer le combat contre Hill et de proposer le nom de Frederic R. Coudert mais Cleveland préféra un candidat moins controversé en la personne du sénateur Edward D. White (en) de Louisiane dont la nomination fut acceptée à l'unanimité[195]. En 1896, une nouvelle vacance provoquée par la mort de Howell Edmunds Jackson poussa Cleveland à considérer à nouveau la candidature de Hornblower mais ce dernier déclina la proposition[196]. À la place, Cleveland nomma Rufus W. Peckham, le frère de Wheeler H. Peckham et le choix fut rapidement accepté par le Sénat[196].

Cleveland nomma au total 45 juges fédéraux. En plus de ses quatre nominations à la Cour suprême, il nomma deux juges aux cours de circuits, neuf aux cours d'appel fédérales et 30 aux cours de districts. Comme Cleveland fut président à deux reprises avant et après que le Congrès eut éliminé les cours de circuits en faveur des cours d'appel, il est l'un des deux seuls présidents à avoir nommé des juges dans les deux cours. L'autre, Benjamin Harrison, était en poste au moment où le changement fut réalisé. Ainsi, toutes les nominations de Cleveland aux cours de circuits furent faites lors de son premier mandat et toutes celles aux cours d'appel furent réalisées lors de son second mandat.

États admis dans l'Union[modifier | modifier le code]

Au cours du premier mandat de Cleveland, aucun nouvel État n'avait été admis depuis plus d'une décennie du fait de l'opposition des congressistes démocrates qui considéraient que ceux-ci seraient dominés par les républicains. Lors de sa prise de fonction, Harrison et le Congrès républicain admirent six nouveaux États, le Dakota du Nord, le Dakota du Sud, le Montana, l'État de Washington, l'Idaho et le Wyoming qui envoyèrent tous des délégations républicaines au Congrès. L'Utah était considéré comme démocrate et cela associé aux incertitudes concernant la polygamie mormone (dont la pratique avait cessé en 1890) l'exclurent des nouveaux États. Lorsque Cleveland remporta l'élection pour un second mandat, la majorité démocrate au Congrès accepta l'entrée de l'Utah dans l'Union le 4 janvier 1896[197].

Élection de 1896 et retraite[modifier | modifier le code]

Investiture de William McKinley en présence de Grover Cleveland le 4 mars 1897

Les adversaires agrariens et partisans du bimétallisme avaient pris le contrôle du parti démocrate en 1896 et proposèrent la nomination de William Jennings Bryan pour l'élection présidentielle de 1896[198],[199]. Cleveland soutenait silencieusement le parti national démocrate qui promettait de défendre l'étalon-or et de s'opposer aux droits de douanes élevés mais il refusa de briguer un troisième mandat[200]. Le candidat républicain William McKinley remporta largement l'élection sur Bryan[201]. Les agrariens représentèrent Bryan en 1900 mais en 1904, les conservateurs soutenus par Cleveland reprirent le contrôle du parti démocrate et nommèrent Alton B. Parker[202].

Après avoir quitté la Maison-Blanche le 4 mars 1897, Cleveland se retira dans sa propriété de Westland Mansion à Princeton dans le New Jersey[203] et il fut un temps administrateur de l'université de Princeton. Le président Théodore Roosevelt fit parfois appel à ses conseils mais il fut financièrement incapable d'accepter la présidence de la commission chargée de régler la grève des mineurs de 1902[204]. Cleveland faisait toujours entendre son avis sur les questions politiques et en 1905, il écrivit dans le The Ladies Home Journal (en) que « les femmes responsables et sensées ne votent pas. Les positions relatives assumées par les hommes et par les femmes dans le fonctionnement de notre civilisation ont été attribués il y a longtemps par une intelligence supérieure[205] ».

Pièce de couleur dorée
Pièce de la série du dollar présidentiel à l'effigie de Cleveland

La santé de Cleveland déclinait depuis plusieurs années et en 1907 il tomba gravement malade[206]. Il mourut d'une crise cardiaque en juin 1908[206]. Ses derniers mots furent « J'ai essayé tellement fort de bien faire »[207]. Il fut enterré au cimetière de Princeton.

Héritage[modifier | modifier le code]

Au cours de son premier mandat, Cleveland chercha une résidence pour fuir la chaleur estivale de Washington mais il fallait qu'il reste près de la capitale. Agissant en secret, il loua une maison, Oak View (ou Oak Hill) sur les hauteurs de Washington qu'il acheta en 1886. Même s'il la revendit au moment de quitter la Maison Blanche (en 1889), la zone devint connue sous le nom de Cleveland Park et porte toujours ce nom.

La ville de Cleveland dans le Mississippi et le volcan Cleveland en Alaska ont été nommé en son honneur[208]. Le portrait de Cleveland fut imprimé sur les billets de 1 000 $ des séries de 1928 et de 1934 ainsi que sur les billets de 20 $ de 1914 à 1928. Comme il fut le 22e et le 24e président, il a été représenté sur deux pièces de la série du dollar présidentiel émises en 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nevins 1932, p. 8-10
  2. a et b Graff 2002, p. 3-4
  3. Nevins 1932, p. 6
  4. Nevins 1932, p. 9
  5. Graff 2002, p. 7
  6. Nevins 1932, p. 10 ; Graff 2002, p. 3
  7. Nevins 1932, p. 11 ; Graff 2002, p. 8-9
  8. Nevins 1932, p. 11
  9. Jeffers 2000, p. 17
  10. Nevins 1932, p. 17-19
  11. a et b Nevins 1932, p. 21
  12. Nevins 1932, p. 18-19 ; Jeffers 2000, p. 19
  13. Nevins 1932, p. 23-27
  14. Nevins 1932, p. 27-33
  15. Nevins 1932, p. 31-36
  16. a, b et c Graff 2002, p. 14
  17. Graff 2002, p. 14-15
  18. Graff 2002, p. 15 ; Nevins 1932, p. 46
  19. a, b, c et d Valeur calculée sur la base du PIB par habitant (nominal GDP per capita) avec le site Measuring Worth.
  20. Nevins 1932, p. 51-52 ; Benninsky survécut à la guerre.
  21. a et b Nevins 1932, p. 52-53
  22. Nevins 1932, p. 54
  23. Nevins 1932, p. 54-55
  24. Nevins 1932, p. 55-56
  25. Nevins 1932, p. 56
  26. Nevins 1932, p. 44-45
  27. a et b Nevins 1932, p. 58
  28. Jeffers 2000, p. 33
  29. a, b et c Jeffers 2000, p. 34 ; Nevins 1932, p. 61-62
  30. « The Execution of John Gaffney », The Buffalonian (consulté le 30 décembre 2012)
  31. Jeffers 2000, p. 36 ; Nevins 1932, p. 64
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  35. a, b et c Graff 2002, p. 18-19 ; Jeffers 2000, p. 42-45
  36. a et b Welch 1988, p. 24
  37. Nevins 1932, p. 79-80
  38. a et b Nevins 1932, p. 80-81
  39. Nevins 1932, p. 83
  40. Jeffers 2000, p. 46-50
  41. a et b Nevins 1932, p. 84-86
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  43. Nevins 1932, p. 86
  44. Nevins 1932, p. 94-95 ; Jeffers 2000, p. 50-51
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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