John Tyler

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John Tyler
John Tyler dans les années 1840
John Tyler dans les années 1840
Fonctions
10e président des États-Unis

3 ans et 11 mois
Vice-président Aucun
Prédécesseur William H. Harrison
Successeur James K. Polk
10e vice-président des États-Unis
Président William H. Harrison
Prédécesseur Richard M. Johnson
Successeur George M. Dallas
Sénateur de Virginie
Prédécesseur John Randolph (en)
Successeur William C. Rives
23e gouverneur de Virginie
Prédécesseur James Pleasants (en)
Successeur William B. Giles (en)
Représentant du 23e district congressionnel de Virginie
Prédécesseur John Clopton (en)
Successeur Andrew Stevenson (en)
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Drapeau : États-Unis Comté de Charles City (Virginie, États-Unis)
Date de décès (à 71 ans)
Lieu de décès Modèle:CSA-d Richmond (Virginie, États confédérés)
Parti politique Parti républicain-démocrate (avant 1825)

Parti démocrate (1825-1834)
Parti whig (1834-1841)
Indépendant (1841-1862)

Conjoint Letitia Christian Tyler (1813-1842 †)
Julia Gardiner Tyler (1844-1862)
Diplômé de College of William and Mary
Profession Avocat
Religion Épiscopalien

Signature

John Tyler
Présidents des États-Unis
Vice-présidents des États-Unis

John Tyler (29 mars 1790 - 18 janvier 1862) fut le 10e président des États-Unis. Né en Virginie, Tyler fut législateur, gouverneur, représentant et sénateur de cet État avant de devenir vice-président en 1841. Il fut le premier à accéder au poste de président à la suite de la mort de son prédécesseur, William Henry Harrison. L'opposition de Tyler au fédéralisme et son soutien enthousiaste aux droits des États le rendit populaire auprès de ses concitoyens de Virginie mais lui aliéna le soutien de la plupart de ses alliés politiques qui l'avaient amené au pouvoir à Washington. Sa présidence fut ainsi paralysée par l'opposition des deux partis à sa politique et à la fin de sa vie, il rejoignit les États confédérés d'Amérique lors de la guerre de Sécession.

Tyler était né dans une famille aristocratique de Virginie d'ascendance anglaise et il gravit les échelons du pouvoir dans une période de bouleversements politiques. Dans les années 1820, le seul parti politique du pays, le parti républicain-démocrate se divisa en plusieurs factions dont beaucoup ne partageaient pas les idéaux de Tyler. Bien qu'étant à l'origine un démocrate, son opposition à Andrew Jackson et Martin Van Buren le rapprocha du parti whig et il fut élu vice-président sur le ticket whig en 1840. À la mort du président Harrison le 4 avril 1841, un mois seulement après son investiture, une brève crise constitutionnelle éclata sur le processus de succession. Tyler se rendit immédiatement à la Maison-Blanche, prêta le serment de président et assuma l'ensemble des pouvoirs présidentiels, un précédent qui définit la gestion des futures successions et fut finalement codifié dans le 25e amendement de la Constitution des États-Unis adopté en 1967.

Une fois président, il s'opposa à son parti et mit son veto à plusieurs de ses propositions. En conséquence, une grande partie de son Cabinet démissionna et les whigs, qui le surnommaient « Son Accidence », l'expulsèrent du parti. Si sa politique intérieure était bloquée, il connut plus de succès en politique étrangère et fit adopter les traités de Webster-Ashburton avec le Royaume-Uni et de Wanghia avec la Chine. Tyler consacra ses deux dernières années de présidence à l'annexion du Texas. S'étant aliéné les démocrates et les whigs, il chercha à fonder un nouveau parti pour soutenir sa campagne présidentielle mais ses efforts furent vains.

L'annexion du Texas fut approuvée par le Congrès dans les derniers jours de son mandat et elle fut menée par son successeur, le démocrate James K. Polk. Tyler se retira de la vie politique jusqu'au déclenchement de la guerre de Sécession en 1861. Il rejoignit le gouvernement confédéré et fut élu à la Chambre des représentants de la Confédération peu avant sa mort. Même si certains ont fait l'éloge de sa détermination politique, la présidence de Tyler est tenue en faible estime (en) par les historiens qui le considèrent comme un obscur président sans grande présence dans la mémoire culturelle américaine.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

John Tyler est né le 29 mars 1790 et fut ainsi le premier président à être né après l'adoption de la Constitution des États-Unis. Dès sa naissance, il était lié à son futur colistier William Henry Harrison : les deux étaient nés dans le comté de Charles City en Virginie et descendaient de familles aristocratiques et politiquement engagées. La lignée des Tyler remontait jusqu'à l'une des premières colonies anglaises à Williamsburg au milieu du XVIIe siècle. John Tyler Sr. (en) était un ami et un camarade de chambre de Thomas Jefferson à l'université et il servit à la Chambre des délégués de Virginie aux côtés du père de William, Benjamin Harrison V. John Tyler Sr. occupa pendant quatre années la fonction de président de la Chambre avant de devenir juge à la cour de l'État. Il fut ensuite gouverneur et juge de la cour de district à Richmond. Son épouse Mary était la fille d'un important planteur, Robert Armistead. Elle mourut d'une crise cardiaque alors que John n'avait que sept ans[1].

Le jeune Tyler fut élevé avec ses deux frères et ses cinq sœurs à la plantation Greenway, une propriété de 5 km2 avec une résidence de six chambres que son père avait construite. Les quarante esclaves de la plantation cultivaient du blé, du maïs et du tabac[2]. Tyler était un enfant à la santé fragile, très maigre et victime de diarrhées chroniques, deux afflictions qui le poursuivirent tout au long de sa vie[3]. À l'âge de douze ans, il entra dans la classe préparatoire du prestigieux College of William and Mary, poursuivant la tradition familiale d'étudier dans cette école et il fut diplômé en 1807 à l'âge de 17 ans. Parmi les ouvrages qui influencèrent sa vison de l'économie figurait la Richesse des nations d'Adam Smith. Ses vues politiques furent profondément influencées par l'évêque James Madison, le recteur du collège, qui joua le rôle de second père[4].

Après l'obtention de son diplôme, Tyler étudia le droit avec son père qui était juge d'État à ce moment. Il fut admis au barreau à l'âge de 19 ans en violation des règles ; le juge qui faisait passer l'examen du barreau ne se renseigna pas sur son âge. À ce moment son père devint gouverneur de Virginie et le jeune Tyler commença à pratiquer le droit à Richmond[5].

Début de carrière politique[modifier | modifier le code]

Législateur en Virginie[modifier | modifier le code]

À l'âge de 21 ans, Tyler fut élu par les électeurs du comté de Charles City à la Chambre des délégués, la chambre basse de l'Assemblée législative de Virginie. Il réalisa cinq mandats d'un an (puis reprit sa carrière de juriste) et siégea au comité judiciaire. Les opinions caractéristiques du jeune politicien étaient déjà claires à la fin de son premier mandat : un fort soutien aux droits des États et l'opposition à une banque nationale. Il rejoignit son confrère législateur Benjamin W. Leigh (en) dans une motion de censure contre les sénateurs de Virginie William B. Giles (en) et Richard Brent (en) Richard Brent qui avaient voté en faveur de la First Bank of the United States malgré les instructions de la législature[6].

Portrait d'une femme aux cheveux ramenés en arrière et portant une robe blanche.
Tyler épousa sa première femme, Letitia Tyler, en 1813 alors qu'il siégeait à la Chambre des délégués de Virginie.

En plus de ses conflits internes sur une banque nationale, les États-Unis affrontèrent le Royaume-Uni lors de la guerre de 1812. L'éducation de Tyler l'avait imprégné d'un profond sentiment anti-britannique et au début de la guerre il milita pour une action militaire forte. Après la prise d'Hampton à l'été 1813, Tyler organisa une petite unité de milice pour défendre Richmond mais il n'y eut aucune attaque et la compagnie fut dissoute deux mois plus tard[7]. La même année son père mourut et Tyler hérita de la propriété familiale et de treize esclaves[8]. En 1816, il démissionna pour entrer au conseil d'État du gouverneur, un groupe de huit conseillers élus par la législature[6].

Chambre des représentants[modifier | modifier le code]

Les trois mandats de Tyler à la Chambre des représentants des États-Unis furent sa première incursion dans les politiques nationales. La mort du représentant John Clopton (en) à l'automne 1816 laissa vacant le siège du 23e district congressionel de Virginie et Tyler était bien positionné pour y accéder. Il affronta son ami et allié politique Andrew Stevenson (en), alors président de la Chambre des délégués de Virginie, lors de l'élection au Congrès. La campagne fut amicale malgré les enjeux politiques élevés. Les liens politiques de Tyler et son habilité de candidat lui permirent de remporter l'élection à une courte majorité. Il rejoignit le parti républicain-démocrate[n 1] au sein du 14e Congrès le 17 décembre 1816 pour achever le mandat de Clopton. Il fut réélu pour un mandat complet au printemps 1817[9].

Alors que les républicains-démocrates avaient une tradition de défense des droits des États, ils avaient commencé à adopter des tendances fédéralistes. À la suite de la guerre de 1812, le Congrès fit pression pour financer la reconstruction des États et des projets d'infrastructures. Tyler rejetait ces propositions et déclara que la Virginie n'était pas « dans un si triste état qu'elle nécessitait une donation charitable de la part du Congrès[9] ». Il fut choisi pour participer à un audit de la Second Bank of the United States en 1818 au sein d'un comité de cinq personnes et fut choqué par la corruption perçue au sein de la banque. Il milita pour la fermeture de la banque mais le Congrès rejeta une telle proposition. Son premier affrontement avec Andrew Jackson, alors général, eut lieu après son invasion de la Floride en 1818 lors de la première guerre séminole. Tout en louant le caractère de Jackson, Tyler condamna le comportement zélé du général et son exécution de deux sujets britanniques. Tyler fut réélu sans opposition au début de l'année 1819[10].

L'admission du Missouri dans l'Union et la question de l'esclavage dans cet État furent le point central du 16e Congrès[11]. Tyler fut un propriétaire d'esclaves toute sa vie et il eut jusqu'à 40 esclaves à Greenway. S'il considérait l'esclavage comme diabolique et ne fit aucune tentative pour le justifier, il n'accepta aucune émancipation nationale et ne libéra aucun de ses esclaves même à la veille de la guerre de Sécession. Les conditions de vie de ses esclaves ne sont pas très bien documentées mais les historiens s'accordent sur le fait que Tyler s'inquiétait de leur bien-être et s'abstenait de violences physiques contre eux[12].

Tyler fut l'un des chefs de file de l'opposition au compromis du Missouri de 1820 qui établissait pour la première fois des limites nationales à l'établissement de l'esclavage. De son point de vue, le compromis ne servait qu'à affaiblir et à diviser les États tout en accroissant inutilement l'autorité fédérale. Reconnaissant les méfaits de l'esclavage, il avança que l'autoriser dans le Missouri attirerait les propriétaires d'esclaves du Sud, diminuerait le nombre d'esclaves et réduirait la dépendance des États à cette pratique. Ainsi, l'émancipation se ferait au sein des États sans intervention fédérale. Il vota contre le compromis, qui fut néanmoins adopté, et contre toutes les lois qui interdiraient l'esclavage dans les nouveaux États[11].

Tyler ne chercha pas un nouveau mandat au Congrès à la fin de l'année 1829 en citant des problèmes de santé. Il témoigna en privé de son mécontentement vis-à-vis du poste car ses votes d'opposition furent largement symboliques et ne firent pas changer la culture politique de Washington ; il observa également que financer l'éducation de ses enfants serait difficile avec le faible salaire de représentant. Il quitta son siège le 4 mars 1821 pour laisser la place à son ancien adversaire Stevenson avant de retourner à son travail de juriste[13].

Gouverneur de Virginie[modifier | modifier le code]

Potrait d'un homme aux cheveux noirs et courts portant un foulard blanc et une veste noire.
Gravure de Tyler réalisée vers 1826 alors qu'il était gouverneur de Virginie.

Il rejoignit rapidement la Chambre des délégués de Virginie pour une deuxième période qui dura de décembre 1823 à décembre 1825. Lors de sa prise de fonction, la Chambre était occupée par la préparation de l'élection présidentielle de 1824. En effet, les candidats à l'élection présidentielle étaient alors désignés par les membres du Congrès lors d'un caucus mais cette pratique était de plus en plus impopulaire. Tyler tenta de convaincre la chambre basse de soutenir le système de caucus et de choisir William H. Crawford comme candidat du parti républicain-démocrate. Malgré le soutien de la législature à Crawford, l'opposition au système de caucus tua sa proposition. Lors de son second mandat, Tyler s'engagea dans le sauvetage du College of William and Mary menacé de fermeture du fait de la baisse des effectifs. Au lieu de le déplacer de la ville rurale de Williamsburg à la capitale Richmond, Tyler proposa une série de réformes administratives et financières. Celles-ci furent fructueuses et en 1840, l'école atteignit un record d'affluence[14].

La cote politique de Tyler grandissait et son nom fut pressenti pour l'élection sénatoriale de 1824[15]. Il fut nommé gouverneur de Virginie en décembre 1825, un poste alors choisi par la législature. Il fut élu par 131 voix contre 81 face à John Floyd (en). La fonction de gouverneur était sciemment impuissante d'après la première constitution de Virginie (1776-1830) et elle ne disposait même pas d'un droit de veto. Tyler avait donc une plateforme d'expression remarquée mais ne pouvait pas faire grand chose pour influencer la législature. Son acte le plus marquant en tant que gouverneur fut de lire l'oraison funèbre du président Thomas Jefferson, originaire de Virginie et mort le 4 juillet 1826[n 2]. Tyler admirait profondément Jefferson et son éloge funèbre fut bien reçue[16].

Le mandat de gouverneur de Tyler fut assez calme. Il promut les droits des États et s'opposa avec véhémence à tout accroissement du pouvoir fédéral. Afin d'empêcher les propositions fédérales de construction d'infrastructures, il suggéra que la Virginie étende activement son propre réseau routier. Une proposition fut faite pour améliorer le système d'écoles publiques de l'État mal financé mais aucune action significative ne fut prise[17]. Tyler fut réélu à l'unanimité pour un second mandat en décembre 1826[18].

Sénateur de Virginie[modifier | modifier le code]

En janvier 1827, l'Assemblée législative de Virginie se préparait à la réélection prochaine du sénateur John Randolph (en). Ce dernier était un personnage controversé : s'il était un fervent partisan des droits des États comme l'était la législature de Virginie, il avait la réputation d'avoir un tempérament explosif et un comportement erratique au Sénat qui mettait ses alliés en difficulté. De plus, il s'était fait des ennemis en s'opposant avec force à John Quincy Adams et à Henry Clay. L'aile fédéraliste du parti républicain-démocrate, qui soutenait Adams et Clay, représentait une minorité importante à l'assemblée de Virginie. Ces derniers espéraient évincer Randolph en ralliant les partisans des droits des États qui étaient mal à l'aise avec la réputation du sénateur. Ils approchèrent Tyler et lui promirent leur soutien s'il faisait campagne contre Randolph. Tyler déclina l'offre à plusieurs reprises et déclara que Randolph était le meilleur candidat mais les pressions continuèrent de s'accroître. Finalement, il accepta la proposition et fut élu par 115 voix contre 110[n 3]. Il quitta son poste de gouverneur le 4 mars 1827 au profit de son mandat de sénateur[19].

Alliance fragile[modifier | modifier le code]

Portrait d'un homme au visage buriné avec les cheveux gris mi-longs portant une veste noire.
Andrew Jackson en 1824 ; Tyler s'opposa à de nombreuses mesures défendues par le président.

Au moment de l'élection de Tyler, le Sénat était déjà engagé dans l'élection présidentielle de 1828. Adams, le président en exercice, était défié par Andrew Jackson. À ce moment le parti républicain-démocrate s'était déjà scindé entre le parti national-républicain d'Adams et le parti démocrate de Jackson. Tyler fut dégoûté par les deux candidats qui incarnaient tous deux les idées fédéralistes qu'il avait toujours rejeté. Il se rapprocha pourtant de Jackson en espérant que son administration serait moins insistante sur les travaux publics fédéraux que celle d'Adams. Concernant Jackson, il écrivit « En lui, je peux au moins avoir un espoir ; En Adams, je n'ai que du désespoir[20] ».

La première session du 20e Congrès commença en décembre 1827[n 4]. Tyler siégeait aux côtés de son ami Littleton W. Tazewell (en), originaire de Virginie qui partageait les mêmes visions concernant la justice et avait également rejoint Jackson à contre-cœur. Tout au long de son mandat, Tyler s'opposa vigoureusement à toutes les lois concernant des projets d'infrastructures fédérales. Ses collègues du Sud et lui furent outrés par les droits de douanes protectionnistes fixés en 1828 par les partisans de Jackson et que ses détracteurs appelaient la « taxe abominable ». Cette taxe était destinée à protéger les industries naissantes du nord des États-Unis en taxant les produits manufacturés importés. Le Sud moins industrialisé devait donc payer plus cher pour importer les biens qu'il ne pouvait pas produire et, ne pouvant écouler leur production, les Britanniques étaient moins enclins à acheter le coton sudiste. Profondément déçu, Tyler suggéra que le seul effet positif de la loi serait un retour de bâton national qui restaurerait le respect pour les droits des États[21].

Malgré son soutien à Jackson lors de l'élection de 1828, Tyler trouva rapidement des points de désaccord avec le président démocrate, qui fut investi en mars 1829. Il était frustré par les système émergent des dépouilles le décrivant comme une « arme électoraliste ». Il vota contre la plupart des nominations présidentielles lorsqu'elles lui semblaient basées sur le clientélisme ou ne suivaient pas les procédures constitutionnelles. De telles actions fut considérées comme un « acte de rébellion » contre son propre parti[22]. Il fut particulièrement irrité par l'emploi par Jackson de son droit de recess appointment (en) pour nommer trois commissaires négociant avec l'Empire ottoman ; il rédigea une loi condamnant le président pour cet usage du pouvoir exécutif[23].

Pourtant, Tyler essaya de rester en bons termes avec Jackson, s'opposant à lui uniquement sur des questions de principe et non pour des raisons partisanes. Il défendit Jackson lors de son veto sur le projet de financement d'une route reliant Lexington au fleuve Ohio que Jackson considérait comme anticonstitutionnel[24]. Il vota pour confirmer plusieurs nominations présidentielles (dont celle du futur colistier de Jackson, Martin Van Buren) malgré la forte opposition du parti national-républicain[25]. La question centrale de l'élection présidentielle de 1832 fut la reconduite de la Second Bank of the United States à laquelle s'opposait Tyler et Jackson. Le Congrès vota pour la reconduite de la banque en juillet 1832 mais Jackson mit son veto pour des raisons constitutionnelles et pragmatiques. Tyler vota pour soutenir le veto et approuva la réélection de Jackson[26].

Rupture avec les démocrates[modifier | modifier le code]

Les relations difficiles de Tyler avec son parti atteignirent leur paroxysme durant le 22e Congrès au début de la crise de l'annulation (en) de 1832-1833. La Caroline du Sud menaçant de faire sécession, adopta l'ordonnance d'invalidation de novembre 1832 qui annulait la « taxe abominable » au sein de ses frontières. Cela souleva la question constitutionnelle de savoir si un État avait le droit d'invalider une loi fédérale. Le président Jackson, qui rejetait un tel droit, se préparait à signer une Force Bill autorisant le gouvernement fédéral à utiliser la force militaire pour faire appliquer les droits de douane en Caroline du Sud. Tyler, qui sympathisait avec les raisons de l'invalidation avancées par la Caroline du Sud, rejeta l'emploi de la force contre un État et donna un discours en février 1833 soulignant ces vues. Il soutint les tentatives de Henry Clay pour trouver un compromis qui réduirait progressivement les droits de douane sur dix ans afin de réduire les tensions entre les États et le gouvernement fédéral[27].

En votant contre la Force Bill, Tyler savait qu'il s'aliénerait définitivement les factions pro-Jackson à la législature de Virginie même celles qui avaient toléré ses écarts jusque là. Cela mit en péril sa réélection eu Sénat en février 1833 dans laquelle il dut faire face à James McDowell (en), partisan de Jackson. Avec le soutien de Clay, il fut néanmoins réélu pour un nouveau mandat à la majorité relative[28].

Lettre manuscrite
Lettre de démission du Sénat de Tyler datée du 29 février 1836.

Jackson irrita encore plus Tyler en utilisant son pouvoir exécutif pour dissoudre la Second Bank. Il délivra un ordre exécutif en septembre 1833 en demandant à son secrétaire au Trésor Roger Brooke Taney de commencer immédiatement à transférer les fonds de la banque vers des banques contrôlées par les États. Tyler vit cela comme une « prise de pouvoir flagrante », une rupture de la charte et une menace pour l'économie. Après plusieurs mois de réflexion difficile, il décida de s'allier avec Clay et les factions anti-Jackson du Sénat tout en maintenant que la banque était inconstitutionnelle. Siégeant au comité des finances du Sénat, il vota deux motions de censure contre le président en mars 1834[29]. À ce moment, Tyler était formellement aligné avec le nouveau parti whig de Clay qui contrôlait le Sénat. Le 3 mars 1835, lors des dernières heures du 23e Congrès, les Whigs l'élurent président pro tempore du Sénat dans un geste symbolique de soutien[30]. Il est le seul président à avoir occupé cette fonction.

Peu après, les démocrates prirent le contrôle de la Chambre des délégués de Virginie et le siège de Tyler au Sénat fut menacé. En décembre, la législature lui offrit un poste de juge en échange de sa démission mais il refusa. Tyler comprenait néanmoins qu'il serait bientôt forcé par la législature de voter contre ses idées. Le sénateur Thomas Hart Benton du Missouri avait à plusieurs reprises proposé une loi effaçant la censure de Jackson des enregistrements. Ce texte avait le soutien des démocrates de Virginie et Tyler pouvait recevoir l'ordre de voter cette loi. S'il refusait, il violerait ses propres principes ; il nota « le premier acte de ma vie politique fut de censurer MM. Giles et Brent pour s'être opposés aux instructions ». Au cours des mois qui suivirent, il demanda conseil à ses amis qui lui donnèrent des avis contradictoires. À la mi-février, il pressentit que sa carrière au Sénat touchait à sa fin et il envoya une lettre de démission au vice-président le 29 février 1836 où il avait écrit[31] :

« J'emmènerais avec moi dans la retraite les principes que j'ai incarné dans la vie publique et par ce retrait de cette haute fonction à laquelle j'ai été appelé par la voix du peuple de Virginie, je serais un exemple pour mes enfants à qui j'apprendrai qu'aucun poste ou fonction ne saurait être atteint ou conservé au sacrifice de l'honneur. »

Élection présidentielle de 1836[modifier | modifier le code]

Alors que Tyler souhaitait se consacrer à sa famille, il fut pris dans les préparatifs de l'élection présidentielle de 1836. Il avait été envisagé comme un possible vice-président depuis le début de l'année 1835 et le jour où les démocrates de Virginie délivrèrent l'instruction de vote sur la loi de Benton, les whigs de Virginie le choisirent comme leur candidat. Le nouveau parti whig n'était pas assez organisé pour tenir une convention nationale et nommer un unique ticket contre le successeur désigné de Jackson, Martin Van Buren. À la place, les whigs de plusieurs régions proposèrent leurs tickets ce qui reflétait le manque de cohésion du parti : Le Massachusetts nomma Daniel Webster et Francis Granger (en), les anti-maçons du Nord et des États frontaliers soutinrent William Henry Harrison et Granger et les défenseurs des droits des États du Centre et du Sud nommèrent Hugh Lawson White (en) et John Tyler. Malgré un important soutien aux conventions de l'Ohio et de Virginie, Tyler ne reçut que 47 votes de grands électeurs lors de l'élection de 1836 derrière Granger et le candidat démocrate Richard Mentor Johnson. Harrison était le whig le mieux placé mais il fut battu par Van Buren[32].

Retour en Virginie[modifier | modifier le code]

Tyler avait été impliqué dans les politiques de Virginie tout en étant sénateur. D'octobre 1829 à janvier 1830, il fut membre de la convention constituante, un rôle qu'il était réticent à accepter. La première constitution de Virginie donnait une influence énorme aux comtés orientaux les plus conservateurs de l'État car elle accordait un nombre égal de législateurs à chaque comté peu importe sa population et n'accordait le droit de vote qu'aux propriétaires terriens. La convention constituante accorda aux comtés plus libéraux et peuplés de l'ouest de la Virginie une opportunité d'accroître leur influence. Tyler, un propriétaire d'esclaves de Virginie orientale, soutenait le système existant. Il resta cependant en retrait des débats pour ne pas s'aliéner une faction politique. Il était concentré sur sa carrière de sénateur qui nécessitait une base solide et donna des discours promouvant le compromis et l'unité[33].

Après l'élection de 1836, Tyler s'attendait à la fin de sa carrière politique et il envisagea de reprendre l'exercice de la loi. À l'automne 1837, un ami lui vendit une grande propriété à Williamsburg mais il s'y était à peine installé qu'il fut à nouveau élu à la Chambre des délégués de Virginie. Il prit ses fonctions en 1838 et ses pairs l'élurent unanimement président. Tyler était une figure nationale à ce moment et son troisième mandat de délégué concernait des questions nationales comme la gestion des terrains publics[34].

En février 1839, la législature prépara à nouveau l'élection au Sénat américain, cette fois avec le siège de William Cabell Rives, un démocrate conservateur qui avait succédé à Tyler. Rives s'était éloigné de son parti, ce qui laissait présager une possible alliance avec les whigs. Comme Tyler avait déjà complètement rejeté son parti, il espérait que les whigs l'envisagerait comme leur candidat. Pourtant les whigs considérèrent que Rives était un excellent choix politicien car ils espéraient former une coalition avec les démocrates conservateurs pour l'élection présidentielle de 1840. Cette stratégie était soutenue par le chef whig Henry Clay qui autrement admirait Tyler[n 5]. Tyler ne fut pas choisi pour la nomination tandis que des querelles au sein du parti retardèrent la réélection de Rives jusqu'en janvier 1841[35].

Élection présidentielle de 1840[modifier | modifier le code]

Fichier audio
Tippecanoe and Tyler Too (info)

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À la convention whig de 1840, Tyler soutint la candidature présidentielle de Henry Clay. Après que Clay eut abandonné au profit de William Henry Harrison, Tyler fut choisi comme son colistier. Les whigs formaient une coalition de factions diverses rassemblées pour battre leur adversaire commun, le président démocrate sortant Martin Van Buren. Au sein de ce rassemblement figuraient des partisans sudistes favorables aux droits des États comme Tyler qui s'étaient depuis longtemps opposé à une banque nationale et à un accroissement du pouvoir fédéral et des fédéralistes comme Clay dont le « système américain » demandait la création d'une banque nationale et des taxes protectionnistes. Pour remporter l'élection, ces différences furent minimisées et les whigs firent largement campagne sur le passé militaire de Harrison. Leur slogan de campagne Tippecanoe and Tyler too (« Tippecanoe et Tyler aussi ») devint l'un des plus célèbres de l'histoire politique américaine. Harrison remporta l'élection avec 53 % du vote populaire mais 234 des 294 voix des grands électeurs et les whigs prirent le contrôle des deux chambres du Congrès.

Vice-présidence 1841[modifier | modifier le code]

Gravure du perron d'une maison avec des treillis pour plantes grimpantes et un paysage vallonné en arrière-plan. Debout devant sa chaise sur le perron, Tyler portant une longue redingote reçoit une lettre de la part d'un messager portant un bicorne.
Illustration de 1888 représentant le vice-président Tyler apprenant la mort du président Harrison.

Tyler prêta serment le 4 mars et délivra un discours de seulement trois minutes sur les droits des États avant d'assermenter les nouveaux sénateurs et d'assister avec eux à l'investiture de Harrison. Après la cérémonie, le vice-président retourna au Sénat pour recevoir les nominations du président au Cabinet avant d'y revenir à nouveau le lendemain pour présider à leurs confirmation. S'attendant à avoir peu de responsabilités, Tyler quitta Washington, D.C. pour réparer sa maison à Williamsburg[36]. L'historien Robert Seager II écrivit plus tard : « Si William Henry Harrison avait vécu, John Tyler serait certainement devenu aussi obscur que tous les autres vice-présidents de l'histoire américaine[37] ».

Dans le même temps, Harrison luttait avec les demandes de Henry Clay et des autres qui cherchaient des postes et de l'influence dans son administration. Il ne demanda pas l'avis de Tyler sur ces nominations et Tyler n'en aurait présenté aucune, espérant seulement qu'elles seraient efficaces et éviteraient les divisions et le clientélisme. Le grand âge de Harrison et sa santé déclinante n'avaient été un secret pour personne durant la campagne et la question de la succession présidentielle était dans tous les esprits. Les premières semaines de la présidence épuisèrent Harrison qui contracta une pneumonie et développa une pleurésie[38].

Le secrétaire d'État Daniel Webster envoya un message à Tyler concernant la maladie de Harrison le 1er avril ; deux jours plus tard, l'avocat de Richmond, James Lyons, écrivit que l'état du président se dégradait et qu'il « ne serait pas surpris de lire dans le courrier du lendemain que le général Harrison n'était plus[39] ». Tyler ne voulait pas se rendre à Washington pour ne pas avoir l'indécence d'anticiper la mort du président. Cependant, à l'aube du 5 avril, deux courriers arrivèrent à la résidence de Tyler avec une lettre de Webster pour lui annoncer que Harrison était mort la veille[40].

Présidence 1841-1845[modifier | modifier le code]

« Son Accidence »[modifier | modifier le code]

Tyler en 1841

La mort d'un président en exercice était sans précédent et sa succession causa une importante confusion. L'article II de la Constitution des États-Unis précisait uniquement :

« En cas de destitution, de mort ou de démission du président, ou de son incapacité d'exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, ceux-ci seront dévolus au vice-président[41]. »

Le débat était de savoir si le vice-président devenait le président ou s'il agissait en tant que président. Lorsqu'il arriva à Washington à h le 6 avril 1841, Tyler était fermement convaincu qu'il était maintenant le président et il prêta le serment de la fonction dans sa chambre d'hôtel. Il considérait que le serment était redondant avec celui de vice-président mais souhaiter empêcher tout doute concernant son accession[42]. Immédiatement après son assermentation, Tyler convoqua le Cabinet de Harrison dont il avait décidé de conserver tous les membres. Webster l'avait informé de la pratique de Harrison de soumettre sa politique à un vote. Le Cabinet s'attendait donc à ce que Tyler fasse de même. Ce dernier fut stupéfait et les corrigea immédiatement :

« Je vous demande pardon messieurs ; je suis très heureux d'avoir dans mon Cabinet des hommes d'État expérimentés comme vous l'avez prouvé. Et je serai ravi de profiter de vos conseils et de vos propositions. Mais je ne consentirai jamais à me faire dicter ce que je devrais ou ne devrais pas faire. En tant que président, je serai responsable de l'administration. J'espère avoir votre pleine coopération dans la mise en place de ces mesures. Tant que vous jugerez bon de le faire, je serais heureux de vous avoir à mes cotés. Si vous pensez autrement, vos démissions seront acceptées[43]. »

Il donna un discours de facto d'investiture le 19 avril en réaffirmant les principes fondamentaux de la démocratie jeffersonienne et la limitation des pouvoirs fédéraux. La prise de fonction de Tyler ne fut pas immédiatement acceptée par les membres de l'opposition au Congrès comme John Quincy Adams qui militait pour que Tyler assume un rôle de transition sous le titre de « président par intérim » ou qu'il reste vice-président de nom[44]. Parmi ceux qui questionnaient l'autorité de Tyler figurait le chef des whigs Henry Clay qui avait essayé d'être « le véritable pouvoir derrière un trône maladroit » en exerçant une influence considérable sur Harrison et il transférait maintenant cette ambition sur son proche ami Tyler. Il le considérait comme le « vice-président » et sa présidence comme une simple « régence[45] ».

Le 1er juin, impressionnées par ses actions autoritaires, les deux chambres du Congrès adoptèrent des résolutions déclarant Tyler comme étant le 10e président des États-Unis. Tyler devenait ainsi le premier vice-président à accéder à la présidence à la suite de la mort de son prédécesseur et il établit un précédent qui fut répété à sept reprises aux XIXe et XXe siècles. Pourtant ce ne fut pas avant 1967 que les actions de Tyler pour assumer l'ensemble des pouvoirs et le titre de président ne furent légalement codifiées par le 25e amendement de la Constitution[46].

Bien que son accession ait reçu l'approbation du Cabinet puis du Sénat et de la Chambre des représentants, les détracteurs de Tyler (qui, ironiquement, finirent par inclurent des membres du cabinet et du Congrès qui avaient légitimé sa présidence) ne l'acceptèrent jamais complètement en tant que président. Il reçut de nombreux surnoms dont « Son Accidence » en référence à son accession à la présidence, non à travers des élections mais après des circonstances accidentelles concernant sa nomination et la mort de Harrison. Cependant, la conviction de Tyler qu'il était le président légitime ne faiblit jamais ; lorsque ses opposants envoyaient des messages à la Maison-Blanche adressés au « vice-président » ou au « président par intérim », Tyler les renvoyait sans les ouvrir[47].

Politique économique et querelles de parti[modifier | modifier le code]

Henry Clay fut l'un des principaux opposants de Tyler durant sa présidence.

Tout le monde s'attendait à ce que Harrison adhère complètement à la politique du parti whig et travaille avec les dirigeants whigs comme Henry Clay. Après être devenu président, Tyler suivit le nouveau Congrès whig et signa plusieurs mesures comme une loi de préemption pour les colons installés sur les terres publiques, une autre sur les faillites et l'abrogation de l'Independent Treasury de Van Buren. En revanche, par deux fois, il refusa la proposition de Clay de créer une nouvelle banque nationale à la suite de la panique de 1837. Même si la seconde loi avait été supposément amendée pour respecter les remarques du veto, sa version finale ne l'était pas. Cette tactique devait permettre d'affaiblir Tyler pour faciliter l'élection de Clay en 1844. Le président proposa un texte de loi alternatif mais ni Clay ni le Congrès n'y étaient favorables[48].

Le 11 septembre 1841, à la suite du second veto sur la loi bancaire, les membres du Cabinet entrèrent un à un dans le bureau de Tyler et présentèrent leur démission ; la manœuvre, organisée par Henry Clay, visait à forcer la démission de Tyler qui serait remplacé par l'un de ses fidèles, le président pro tempore du Sénat, Samuel L. Southard (en). La seule exception fut le secrétaire d'État Daniel Webster qui resta pour finaliser ce qui devint le traité Webster-Ashburton de 1842 et pour montrer son indépendance vis-à-vis de Clay[49]. Deux jours plus tard, alors que le président refusait de démissionner, les whigs du Congrès expulsèrent officiellement Tyler du parti. La réaction nationale fut violente car Tyler fut vilipendé par les journaux whigs et reçu des centaines de lettres de menace de mort[50].

Droits de douanes[modifier | modifier le code]

À la mi-1841, le gouvernement fédéral prévoyait un déficit de 11 millions de dollars (environ 105 milliards de dollars de 2012[51]) dans le budget. Tyler reconnaissait le besoin de droits de douanes plus élevés mais souhaitait rester en deçà du taux de 20 % créé par le compromis de 1833. Il soutint également un plan visant à redistribuer aux États les bénéfices des ventes de terrains public ; il s'agissait d'une mesure d'urgence destinée à réduire la dette grandissante des États même si cela amputait les recettes du gouvernement fédéral. Comme les whigs soutenaient des droits de douanes élevés et des financements fédéraux pour les infrastructures des États, il y avait suffisamment de points communs pour parvenir à un compromis. Le Distribution Act de 1841 créait un programme de distribution avec une clause imposant que les droit de douanes restent inférieurs à 20 % et une seconde loi ordonnant que les produits autrefois moins taxés le soient maintenant au taux maximal. Malgré ces mesures, il était clair, dès mars 1842, que le gouvernement fédéral était dans une situation financière difficile. Dans une recommandation au Congrès, Tyler se lamentait qu'il serait nécessaire d'annuler le compromis de 1833 et d'augmenter les droits au-delà de 20 %. Or d'après l'accord précédent, cela entraînerait la suspension du programme de redistribution et les fonds seraient conservés par le gouvernement fédéral[52].

Les whigs du Congrès étaient méfiants et refusaient d'augmenter les droits de douanes si cela affectait la redistribution. En juin 1842, ils votèrent deux propositions de lois prévoyant la hausse des droits tout en étendant sans conditions le programme de redistribution. Considérant qu'il était mal avisé de poursuivre la redistribution à un moment où le déficit fédéral demandait un accroissement des droits de douanes, Tyler mit son veto aux deux lois et coupa ainsi ses derniers liens avec les whigs[53]. Sa ténacité poussa finalement le Congrès à adopter une loi accroissant les droits de douanes sans étendre la redistribution.

Tentative d'impeachment[modifier | modifier le code]

Peu après le veto des lois sur les droits de douane, la Chambre des représentant lança la première procédure d'impeachment visant un président. Cela allait au-delà de la question des droits de douanes et de la banque nationale ; jusqu'à la présidence d'Andrew Jackson, détesté par les whigs, les présidents avaient rarement utilisé leur droit de veto et l'avaient généralement fait sur des points constitutionnels plutôt que politiques. Par conséquent les actions de Tyler allaient contre l'idée que se faisaient les whigs de la présidence[54]. Une résolution fut présentée le 10 juillet 1842 par le représentant John Minor Botts de Virginie, l'un des principaux critiques de Tyler. Elle rassemblait plusieurs actes d'accusation contre le président et prévoyait la formation d'un comité de neuf membres pour enquêter sur ses agissements avant le lancement d'une procédure d'impeachment officielle. Clay considérait cette mesure comme prématurément agressive et il privilégiait une progression plus modérée vers l'« inévitable » impeachment de Tyler. La loi de Boot fut ajournée jusqu'en janvier et elle fut rejetée par 127 voix contre 83[55].

Une commission spéciale de la Chambre présidé par l'ancien président John Quincy Adams, qui était maintenant un membre du Congrès, condamna l'usage du veto par Tyler et attaqua sa personnalité. Adams, un fervent abolitionniste, détestait le fait que Tyler soit un propriétaire d'esclaves. Si la commission ne recommanda pas formellement le lancement d'une procédure d'impeachment, elle en évalua sérieusement la possibilité. En aout 1842, par un vote de 98 voix contre 90, la Chambre approuva le rapport de la commission. Adams soutint un amendement destiné à faire passer le nombre de voix pour annuler un veto de la majorité des deux-tiers à la majorité simple mais les deux chambres le refusèrent[56]. Les whigs furent incapables de poursuivre une procédure d'impeachment lors du 28e Congrès car ils perdirent le contrôle de la Chambre (tout en conservant la majorité au Sénat). Le dernier jour de la présidence de Tyler, le 3 mars 1845, le Congrès annula son veto sur une loi mineure relative à des coupes budgétaires. Il s'agissait du premier veto présidentiel jamais annulé de l'histoire américaine[57].

Administration et Cabinet[modifier | modifier le code]

Durant deux années, Tyler lutta avec les whigs pour finalement nommer 19 hommes au Cabinet. Lorsqu'il nomma le démocrate John C. Calhoun en 1844 au poste de secrétaire d'État, les whigs commencèrent à être identifiés avec le « Nord » et les démocrates avec le « Sud » et cette évolution mena à la division politique de la décennie suivante. L'administration finale de Tyler était composée de cinq « sudistes » et d'un « nordiste » (William Wilkins (en), secrétaire à la guerre).

Quatre des choix de Tyler furent refusés, un record pour tous les présidents. Il s'agissait de Caleb Cushing (Trésor), David Henshaw (Marine), James M. Porter (en) (Guerre) et James S. Green (Trésor). Henshaw et Porter furent des recess appointments mais leurs nominations furent rejetées par le Sénat. Tyler aggrava le problème en nommant Cushing à plusieurs reprises. Ainsi, sa candidature fut refusée trois fois le même jour, le 4 mars 1843, le dernier jour du 27e Congrès[58].

Cabinet Tyler
Fonction Nom Dates
Président John Tyler 1841
Vice-président Aucun 1841
Secrétaire d'État Daniel Webster (W) 1841-1843
Abel P. Upshur (W) 1843-1844
John C. Calhoun (D) 1844-1845
Secrétaire au Trésor Thomas Ewing, Sr. (W) 1841
Walter Forward (en) (W) 1841-1843
John C. Spencer (en) (W) 1843-1844
George M. Bibb (en) (D) 1844-1845
Secrétaire à la Guerre John Bell (en) (W) 1841
John C. Spencer (en) (W) 1841-1843
James M. Porter (en) (W) 1843-1844
William Wilkins (en) (D) 1844-1845
Procureur général John J. Crittenden (W) 1841
Hugh S. Legaré (D) 1841-1843
John Nelson (en) (W) 1843-1845
Postmaster General Francis Granger (en) (W) 1841
Charles A. Wickliffe (en) (W) 1841-1845
Secrétaire à la Marine George E. Badger (en) (W) 1841
Abel P. Upshur (W) 1841-1843
David Henshaw (D) 1843-1844
Thomas W. Gilmer (en) (D) 1844
John Y. Mason (D) 1844-1845

Nominations judiciaires[modifier | modifier le code]

Tyler dut nommer deux juges à la Cour suprême car les juges Smith Thompson et Henry Baldwin moururent respectivement en 1843 et 1844. Tyler, toujours en conflit avec le Congrès, présenta plusieurs candidats pour les remplacer. Cependant le Sénat refusa de confirmer John C. Spencer, Reuben Walworth, Edward King et John M. Read (King fut refusé deux fois). L'une des raisons avancées était que le Sénat espérait que le whig Henry Clay remporte l'élection présidentielle de 1844 et nomme ses propres juges[58]. Ces quatre refus sont un record pour tous les présidents américains[59].

Finalement en février 1845, moins d'un mois avant la fin de son mandat, la nomination de Samuel Nelson (en) par Tyler à la place de Thompson fut confirmée par le Sénat. La confirmation de Nelson fut une surprise. Bien que démocrate, les whigs le jugèrent acceptable car il avait une réputation de juriste minutieux et non partisan. Le siège de Baldwin resta vide jusqu'à la confirmation de Robert Grier nommé par James Polk en 1846[59].

Tyler ne put nommer que six autres juges fédéraux, tous dans des cours de district[60].

Affaires étrangères et militaires[modifier | modifier le code]

Les difficultés de Tyler en politique intérieure furent compensées par des succès en politique étrangère. Il avait toujours été un défenseur de l'expansionnisme dans le Pacifique et du libre-échange[61]. Sa présidence fut ainsi largement consacrée à la poursuite des efforts de Jackson pour promouvoir le commerce américain dans le Pacifique[62]. Impatient d'égaler le Royaume-Uni sur les marchés internationaux, il envoya l'avocat Caleb Cushing en Chine où il négocia le traité de Wanghia de 1844[63]. La même année, il envoya Henry Wheaton (en) à Berlin où il signa un accord commercial avec le Zollverein allemand. Ce traité fut rejeté par les whigs principalement en raison de leur hostilité envers Tyler. Le président appliqua également la doctrine Monroe avec Hawaï en déclarant à la Grande-Bretagne de ne pas intervenir dans l'archipel et en préparant une éventuelle adhésion aux États-Unis[64].

En 1842, le secrétaire d'État Daniel Webster négocia le traité Webster-Ashburton avec le Royaume-Uni qui définissait l'emplacement de la frontière entre le Maine et le Canada alors une colonie britannique. La question frontalière avait été une source constante de tensions entre les deux pays depuis la Révolution américaine et avait faillit provoquer une guerre à plusieurs reprises. Le traité améliora les relations anglo-américaines[65] mais Tyler ne parvint pas à conclure un traité similaire sur les frontières de l'Oregon également disputées[66]. Le dernier jour du mandat de Tyler, le 3 mars 1845, la Floride fut admise en tant que 27e État de l'Union[67].

Tyler se fit l'avocat d'un accroissement de la puissance militaire et son administration encouragea la construction de navires de guerre. Tyler mit fin à la longue et sanglante seconde guerre séminole en 1842 et il exprima son intérêt pour l'intégration des Amérindiens[68]. Il promut la construction d'une série de forts de Council Bluffs dans l'Iowa jusqu'au Pacifique[69].

En mai 1842, lorsque la rébellion de Dorr à Rhode Island arriva à un point critique, Tyler étudia les demandes du gouverneur et de la législature d'envoyer les troupes fédérales pour réprimer l'insurrection. Les insurgés menés par Thomas Dorr s'étaient armés et proposaient la rédaction d'une nouvelle constitution pour l'État. Auparavant, Rhode Island continuait de suivre la structure constitutionnelle établie en 1663. Tyler appela au calme les différents protagonistes et recommanda d'étendre le suffrage pour permettre à un plus grand nombre d'hommes de voter. Tyler promit que si une véritable insurrection éclatait à Rhode Island, il n'hésiterait pas à envoyer l'armée pour aider le gouvernement. Il précisa cependant que l'assistance fédérale n'aurait lieu que pour réprimer et non pour empêcher une révolte et qu'elle ne serait employée qu'après le début des violences. La milice de l'État parvint à disperser les rebelles mais le gouvernement accepta une révision de la constitution et une extension du droit de vote[70].

Annexion du Texas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Annexion du Texas.

Tyler, un avocat de l'expansion vers l'Ouest, fit de l'annexion de la République du Texas l'un des axes majeurs de sa présidence. Le Texas avait déclaré son indépendance vis-à-vis du Mexique lors de la Révolution texane en 1836 mais le Mexique refusait de le reconnaître comme un État souverain. Les habitants du Texas avaient activement milité pour rejoindre les États-Unis mais Jackson et Van Buren avaient refusé d'accroître les tensions sur l'esclavage en admettant un nouvel État du Sud. Si Tyler considérait l'annexion comme un élément central de son administration, le secrétaire d'État Webster le convainquit de se concentrer sur les initiatives dans le Pacifique durant la première partie de son mandat[71].

Premières tentatives[modifier | modifier le code]

Carte des États-Unis et des nations voisines en 1843. Le traité Webster-Ashburton avait formalisé la frontière du Maine tandis que la République du Texas avait une dispute frontalière avec le Mexique.

Au début de l'année 1843, après avoir signé le traité Webster-Ashburton et réalisé d'autres opérations diplomatiques, Tyler se tourna vers le Texas. Ne disposant plus d'une base partisane, il voyait l'annexion de la république comme le seul moyen d'obtenir une réélection en tant qu'indépendant en 1844. Afin de tester le terrain, il demanda à son allié Thomas W. Gilmer (en), alors représentant de la Virginie, de publier une lettre défendant l'annexion qui fut bien reçue. Malgré ses bonnes relations avec Webster, Tyler savait qu'il avait besoin d'un secrétaire d'État favorable à son initiative au Texas et il força la démission de Webster pour le remplacer par Hugh S. Legaré en tant que successeur intérimaire[72].

Avec l'aide de son nouveau secrétaire du Trésor John C. Spencer, il limogea de nombreux haut-fonctionnaires pour les remplacer par des partisans de l'annexion ; il s'agissait d'un retournement par rapport à sa position antérieure contre le clientélisme. Il chercha l'aide de Michael Walsh pour mettre en place une machine politique à New York. En échange d'une nomination au poste de consul à Hawaï, le journaliste Alexander G. Abell rédigea une biographie flatteuse, Life of John Tyler, qui fut imprimée en grand nombre et distribuée dans tout le pays[73]. Pour réhabiliter son image publique, Tyler se lança dans une tournée nationale au printemps 1843. L'accueil favorable du public contrastait fortement avec l'ostracisme dont il était victime lorsqu'il revint à Washington. La tournée se centra autour de l'inauguration du monument de Bunker Hill à Boston dans le Massachusetts. Peu après l'inauguration, Tyler apprit la mort soudaine de Legaré ce qui refroidit les festivités et le força à annuler la fin de sa tournée[74].

Il nomma Abel P. Upshur, un secrétaire à la Marine populaire et conseiller proche, au poste de secrétaire d'État et il nomma Gilmer au poste laissé vacant. Tyler et Ushur commencèrent des négociations discrètes avec le gouvernement texan, promettant une protection militaire contre le Mexique en échange d'un engagement pour l'annexion. Le secret était nécessaire car la Constitution imposait l'accord du Congrès pour de tels engagements militaires. Ushur lança des rumeurs de possibles desseins britanniques sur le Texas pour obtenir le soutien des électeurs du Nord qui s'inquiétaient de l'adhésion d'un nouvel État esclavagiste[75]. En janvier 1844, Upshur déclara au gouvernement texan qu'il avait obtenu le soutien d'une large majorité de sénateurs favorables à un traité d'annexion. La république restait sceptique et la finalisation de l'accord dura jusqu'à la fin février 1844[76].

Explosion de l'USS Princeton[modifier | modifier le code]

Illustration montrant l'explosion d'un canon sur le pont d'un navire. Des convives portant des tenues de soirée sont soufflés par la déflagration.
Lithographie de l'explosion à bord de l'USS Princeton.

Un jour après la fin des négociations, Upshur et Gilmer périrent dans un accident spectaculaire. Une croisière d'apparat le long du Potomac fut organisée à bord du nouvel USS Princeton le 28 février 1844. 400 invités se trouvaient à bord dont Tyler et son Cabinet ainsi que le plus grand canon du monde, le Peacemaker (le « Pacificateur »). Le canon tira à blanc à plusieurs reprises pour divertir les spectateurs qui se rendirent ensuite dans le salon pour porter un toast. Plusieurs heures après, le capitaine Robert F. Stockton fut convaincu par la foule de tirer une nouvelle fois. Alors que les invités se rendaient sur le pont, Tyler s'arrêta brièvement pour écouter son gendre, William Waller, chanter une comptine[77].

Un dysfonctionnement du canon entraîna son explosion. Tyler en sorti indemne car il était resté sur le pont inférieur, mais d'autres furent tués sur le coup, dont Gilmer et Upshur. Le bilan fut de 7 morts et 20 blessés[77]. Le décès du représentant David Gardiner de New York eut un effet dévastateur sur sa fille, Julia, qui s'évanouit et tomba dans les bras du président. Ils se marièrent quelques mois plus tard. Pour Tyler, tout espoir de finaliser l'annexion du Texas avant novembre (et avant l'élection) fut balayé. L'historien Edward P. Crapol écrivit plus tard qu'« avant la guerre de Sécession et l'assassinat d'Abraham Lincoln », la catastrophe de l'USS Princeton fut « sans aucune doute la tragédie la plus grave et la plus débilitante qu'affronta un président des États-Unis[76] ».

Ratification et élection de 1844[modifier | modifier le code]

Satire anti-Tyler moquant ses efforts pour obtenir un second mandat. Tyler ferme la porte à ses opposants Clay, Polk, Calhoun et Jackson tandis qu'Oncle Sam lui demande de laisser entrer Clay.

Dans ce que le Miller Center of Public Affairs considère comme une « sérieuse erreur tactique qui détruisit son plan visant à rétablir sa respectabilité politique[78] », Tyler nomma l'ancien vice-président John C. Calhoun au poste de secrétaire d'État en mars 1844. Calhoun était un partisan de l'esclavage et ses tentatives pour faire passer le traité d'annexion du Texas furent opposées par les abolitionnistes du Congrès. Lorsque le texte du traité fut divulgué à la population, l'opposition publique grandit car l'accord semblait approuver l'esclavage et une possible confrontation militaire avec le Mexique qui avait annoncé qu'il considérerait l'annexion comme un acte de guerre. Clay et Van Buren, les chefs respectifs des partis whigs et démocrates se prononcèrent contre l'annexion[79].

Après sa rupture avec les whigs en 1841, Tyler s'était rapproché des démocrates mais ses membres, dont les partisans de Van Buren, n'étaient pas particulièrement favorables à son retour. Il savait, avec quasiment aucune chance d'être réélu, que la seule manière de sauver sa présidence et son héritage serait d'obtenir le soutien de l'opinion publique sur la question du Texas. Il forma un troisième parti en utilisant le réseau de haut-fonctionnaires et de politiciens qu'il avait mis en place l'année précédente. Plusieurs journaux pro-Tyler dans tout le pays rédigèrent des éditoriaux défendant sa candidature durant les premiers mois de l'année 1844. Des rassemblements de partisans portant des affiches « Tyler et le Texas ! » suggèrent que les soutiens au président ne se limitaient pas aux haut-fonctionnaires comme cela a souvent été avancé. Les soutiens de Tyler tinrent leur convention présidentielle à Baltimore en mai 1844 en même temps que celle du parti démocrate. Ce dernier était divisé et la question du Texas fut l'un des enjeux majeurs de la convention. Martin Van Buren arriva en tête du premier tour mais ne parvint pas à rassembler les deux-tiers des suffrages et il perdit progressivement ses soutiens. Finalement, c'est au bout du neuvième vote qu'un obscur candidat pro-annexion, James K. Polk, parvint à rassembler la majorité des deux-tiers. Tyler reconnut implicitement dans une lettre que l'annexion était sa véritable priorité plutôt que la réélection[80].

Tyler ne fut pas surpris lorsque le Sénat rejeta le traité d'annexion par 35 voix contre 16 en juin 1844 car il sentait que l'annexion était maintenant à portée. Il appela le Congrès à annexer le Texas au moyen d'une résolution commune plutôt que par un traité. L'ancien président Andrew Jackson favorable à l'annexion persuada Polk de réintégrer Tyler au sein du parti démocrate et ordonna aux journaux démocrates de cesser leurs attaques contre lui. Satisfait de ces changements, Tyler abandonna la course à la présidence en août et soutint la candidature de Polk. La victoire serrée de Polk sur Clay fut considérée par l'administration Tyler comme un soutien de l'annexion et Tyler annonça lors de son discours sur l'état de l'Union qu'une « majorité de la population et une large majorité des États s'étaient prononcés en faveur d'une annexion immédiate[81] ». À la fin du mois de février 1845, la Chambre accepta à une majorité confortable et le Sénat avec 27 voix contre 25 la résolution commune précisant les termes de l'annexion du Texas. Le 1er mars, trois jours avant la fin de son mandat, Tyler signa le texte[82]. Après quelques débats[83], le Texas accepta les termes et rejoignit les États-Unis le 29 décembre 1845 en tant que 28e État de l'Union.

Fin de vie et mort[modifier | modifier le code]

Daguerréotype de Tyler vers 1860

Après la fin de son mandat, Tyler se retira dans une plantation de Virginie, initialement appelée Walnut Grove (ou the Grove) située le long de la James River dans le comté de Charles City. Il la renomma Sherwood Forest en référence à Robin des Bois et à sa « mise hors la loi » par le parti whig[84] ». Il ne prit pas l'exploitation de ses terres à la légère et travailla dur pour obtenir de hauts rendements tout au long des années 1840[85]. Ses voisins, principalement whigs, le nommèrent « superviseur » de la route en 1847 pour se moquer de lui. À leur grand dam, il prit ce titre sérieusement, rassemblait fréquemment les esclaves de ses voisins pour participer à des travaux de réfection de la chaussée et il continua de porter le titre même après que ses voisins lui eurent demandé d'arrêter[86]. Il se retira de la vie politique et recevait rarement des visites de ses amis. On lui demandait parfois de donner des discours mais il n'était pas recherché comme conseiller. Il fit un discours remarqué lors de l'inauguration d'un monument à Henry Clay ; reconnaissant les batailles politiques entre les deux, il vanta les mérites de son ancien collègue qu'il admirait pour sa création du compromis de 1833[87].

Photographie d'un obélisque gris situé dans un cimetière derrière un buste de Tyler.
La tombe de Tyler au Hollywood Cemetery de Richmond. La structure noire derrière l'obélisque est la tombe de James Monroe.

À la veille de la guerre de Sécession, Tyler revint en politique en tant que soutien et président de la convention de la paix de Virginie tenue à Washington, D.C. en février 1861. La convention chercha un compromis pour éviter la guerre civile alors que la Constitution des États confédérés était rédigée à la convention de Montgomery en Alabama. Lorsque les propositions de la convention furent rejetées par le Congrès, Tyler abandonna tout espoir de compromis et vit la sécession comme la seule option. Il était optimiste quant à une sécession pacifique, prédisant qu'une scission nette de tous les États du sud ne déclencherait pas une guerre[88]. Lorsque la guerre finit par éclater, Tyler rejoignit sans hésiter la Confédération et il devint un délégué du Congrès confédéré provisoire à partir du 4 février 1861. Il fut ensuite élu à la Chambre des représentants du Congrès des États confédérés. Le 5 janvier 1862, il s'installa à Richmond en prévision de sa participation au Congrès mais il ne vécut pas assez longtemps pour voir l'ouverture de la session parlementaire[89].

Tout au long de sa vie, Tyler avait eu une santé fragile. En vieillissant, il souffrit de plus en plus fréquemment de rhumes durant l'hiver. Après son départ de la Maison-Blanche, il fut victime de crises répétées de dysenterie et de nombreux accès d'arthrose. Le 12 janvier 1862, après s'être plaint de frissonnements et de vertiges, il vomit et s'effondra. Il se remit mais les mêmes symptômes revinrent le lendemain. Il fut soigné durant le reste de la semaine mais son état ne s'améliora pas et il envisagea de rentrer à Sherwood Forest le 18. La veille, il commença à suffoquer alors qu'il se trouvait dans son lit et Julia appela son médecin. Peu après minuit, Tyler but une dernière gorgée de brandy et dit à son docteur, « Je m'en vais, C'est peut-être mieux ainsi[90] ». On suppose qu'il fut victime d'un accident vasculaire cérébral[91]. Tyler fut enterré au Hollywood Cemetery de Richmond en Virginie à proximité de l'ancien président James Monroe[92].

La mort de Tyler fut la seule dans l'histoire présidentielle à ne pas avoir été officiellement pleurée à Washington du fait de son allégeance à la Confédération. Il avait demandé une cérémonie simple mais le président de la Confédération Jefferson Davis délivra un grand discours dans lequel il présentait Tyler comme un héros de la Confédération. Son cercueil fut ainsi enroulé dans un drapeau confédéré[92]. Le cheval favori de Tyler appelé « The General » est enterré dans sa plantation de Sherwood Forest avec une pierre tombale où il est écrit[93] :

Ici reposent les os de mon vieux cheval, « General »,
Qui servit loyalement son maître durant 21 ans,
Et ne fit jamais d'erreur.
Est-ce que son maître pourrait en dire autant !

Famille et vie personnelle[modifier | modifier le code]

Avec ses deux épouses, Tyler eut plus d'enfant que tout autre président américain[94]. Sa première femme fut Letitia Tyler (12 novembre 1790 - 10 septembre 1842), avec qui il eut huit enfants[95] :

  1. Mary Tyler (1815-1847)
  2. Robert Tyler (1816-1877)
  3. John Tyler, Jr. (1819-1896)
  4. Letitia Tyler Semple (1821-1907)
  5. Elizabeth Tyler (1823-1850)
  6. Anne Contesse Tyler (1825)
  7. Alice Tyler (1827-1854)
  8. Tazewell Tyler (1830-1874)

Letitia mourut à la Maison-Blanche en septembre 1842 et Tyler resta veuf durant deux ans. Sa bru Elizabeth Priscilla Cooper assura les fonctions de première dame jusqu'au remariage du président.

Sa seconde épouse fut Julia Tyler (23 juillet 1820 - 10 juillet 1889) et il fut le premier président des États-Unis à se marier durant son mandat. Ils eurent sept enfants[96] :

  1. David Gardiner Tyler (1846-1927)
  2. John Alexander Tyler (1848-1883)
  3. Julia Gardiner Tyler Spencer (1849-1871)
  4. Lachlan Tyler (1851-1902)
  5. Lyon Gardiner Tyler (1853-1935)
  6. Robert Fitzwalter Tyler (1856-1927)
  7. Pearl Tyler (1860-1947)

Au début de sa présidence, Tyler fut attaqué par l'éditeur abolitionniste Joshua Leavitt qui avança que Tyler avait eu plusieurs enfants illégitimes avec ses esclaves et qu'il les avait ensuite vendus. De nombreuses familles afro-américaines prétendent donc avoir une ascendance jusqu'à Tyler mais aucun lien n'a jamais été démontrée[97].

En janvier 2012, deux petits-enfants de Tyler sont toujours en vie ; les deux sont des enfants de son fils Lyon Gardiner Tyler : Lyon Gardiner Tyler, Jr. est né en 1924 et Harrison Tyler en 1928. Ce dernier entretient la maison familiale de Sherwood Forest[98],[99]. Tyler est le plus ancien président à encore avoir des petits enfants en vie et aucun de ses successeurs jusqu'à James A. Garfield qui occupa la fonction quarante ans plus tard n'est dans ce cas[100].

Héritage[modifier | modifier le code]

Muret en briques portant l'inscriptin « TYLER ».
Signe de bienvenue de la ville de Tyler au Texas nommé en honneur de ses efforts pour annexer l'État[101].

La présidence de Tyler est généralement tenue en faible estime (en) par les historiens. Edward P. Crapol commença sa biographie John Tyler, the Accidental President (2006) en écrivant : « Les autres biographes et historiens ont avancé que John Tyler était un chef de l'exécutif malheureux et incapable dont la présidence fut très imparfaite »[102]. Dans The Republican Vision of John Tyler (2003), Dan Monroe observa que la présidence de Tyler est « généralement considérée comme l'une des moins réussies[103] ». Robert Seager II écrivit dans And Tyler Too: A Biography of John and Julia Gardiner Tyler (1963) que Tyler « n'était ni un grand président ni un grand intellectuel » et ajouta qu'en dépit de quelques succès, « son administration a été et doit être considérée comme un échec suivant les critères modernes de réussite[104] ». Une enquête réalisée par C-SPAN en 2009 auprès de 65 historiens classa Tyler à la 35e place parmi les 42 personnes ayant occupé la fonction[105].

Pièce de couleur dorée
Pièce de la série du dollar présidentiel à l'effigie de Tyler

Malgré sa piètre image, certains ont avancé que les réussites de Tyler et sa détermination politique devaient jouer en faveur d'un traitement plus favorable. La décision de Tyler d'assumer l'ensemble des pouvoirs présidentiels à la mort de Harrison « établit un précédent extrêmement important » selon une esquisse biographique du Miller Center of Public Affairs de l'université de Virginie[106]. L'article note également que « Tyler peut revendiquer une politique étrangère ambitieuse et réussie grâce aux efforts de son secrétaire d'État Webster[69] ». Monroe crédite Tyler pour des « réussites comme le traité Webster-Ashburton qui annonça de meilleures relations avec la Grande-Bretagne et l'annexion du Texas qui ajouta des millions d'acres au domaine national[103] ». Crapol avança que Tyler était un « président plus fort et plus efficace que ce qui est généralement avancé »[102] tandis que Seager écrivit : « Je le considère comme un homme de principes courageux, un défenseur honnête de ses croyances. C'était un président sans parti[104] ». Le livre Recarving Rushmore (2009) classant les présidents en termes de paix, de prospérité et de liberté plaça Tyler à la première place[107]. Avec trois ans et onze mois, Tyler a eu le mandat le plus long de tous les présidents n'ayant pas été élus à cette fonction.

Plusieurs villes américaines portent le nom de Tyler dont la plus importante est Tyler au Texas[101]. Alors que les universitaires ont à la fois critiqué et félicité Tyler, le grand public américain le connaît à peine. De nombreux auteurs ont noté que Tyler est l'un des présidents les plus obscurs des États-Unis. Comme Seager le remarqua, « Ses compatriotes se souviennent généralement de lui, s'ils en ont jamais entendu parler, comme la rime finale d'un slogan de campagne accrocheur[108] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les contemporains l'appelaient généralement parti républicain mais les historiens modernes emploient l'expression de parti républicain-démocrate pour le distinguer de l'actuel parti républicain.
  2. À la fin de son discours, Tyler loua brièvement le président John Adams du Massachusetts mort le même jour.
  3. Le jour du vote, il fut avancé par un délégué qu'il n'y avait aucune différence politique entre les deux candidats mais que Tyler était simplement un personnage plus agréable que Randolph. Les partisans de ce dernier avancèrent que l'élection de Tyler était une approbation tacite de l'administration Adams.
  4. Le nom de Tyler n'apparaît pas sur les enregistrements de vote du Sénat avant la fin janvier de l'année suivante, probablement du fait de problèmes de santé.
  5. Henry A. Wise rappela plus tard un accord proposé par Henry Clay pour élire Rives au Sénat et Tyler à la vice-présidence en 1840 mais la véracité de ce récit est incertaine.
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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