La Micoque

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44° 57′ 28″ N 1° 00′ 22″ E / 44.95766667, 1.00616667 ()

L'abri de la Micoque en 2009

Le site préhistorique de La Micoque se trouve sur la commune des Eyzies-de-Tayac en Dordogne. Il a livré de très nombreux vestiges lithiques du Paléolithique inférieur et est notamment le site éponyme du Micoquien et du Tayacien.

Historique[modifier | modifier le code]

Connu depuis 1895, il a fait l'objet de nombreuses excavations (par É. Cartailhac, O. Hauser, etc.) parfois peu méthodiques jusqu'à celles de D. Peyrony de 1926 à 1932. Celui-ci décrivit la séquence stratigraphique en y distinguant 15 couches comprenant 6 niveaux archéologiques.

L'industrie lithique fut étudiée par F. Bordes qui y entreprit une fouille réduite en 1956.

Au début des années 1970, la séquence fut révisée une première fois par H. Laville et J.-Ph. Rigaud, puis ce dernier en collaboration avec A. Debénath y a conduit de nouvelles fouilles de 1989 à 1997.

Une nouvelle révision de l'histoire sédimentaire du dépôt a été publiée par J.-P. Texier et P. Bertran en 1993.

Séquence stratigraphique[modifier | modifier le code]

Selon cette dernière étude, les dépôts de La Micoque peuvent être subdivisés en trois ensembles sédimentaires emboîtés :

  • un ensemble inférieur (correspondant aux couches I à XII distinguées par Laville et Rigaud), épais de 2,50 m, constitué de galets et de graviers, et dépourvu de vestiges archéologiques ;
  • un ensemble moyen (correspondant aux couches A à M de Peyrony, composé d'une unité argileuse d'un mètre d'épaisseur à la base (c. A) et de galets et graviers calcaires granoclassés sur 7 m d'épaisseur, interstratifiés avec des niveaux rouges sablo-argileux (niveaux E, H et L de Peyrony). Pratiquement tous les niveaux archéologiques du site lui sont associés, en particulier le Tayacien ;
  • un ensemble supérieur, sablo-argileux, d'une épaisseur moyenne de 2 m, aujourd'hui absent de la coupe témoin. Le niveau archéologique ayant conduit à la définition du Micoquien pourrait se trouver à la base de cet ensemble, mais il n'a jamais été retrouvé dans les fouilles récentes.
coupe témoin du site de La Micoque en 2005

Alors qu'ils étaient précédemment considérés comme issus de phénomènes cryoclastiques (éclatements et mouvements liés au froid), les galets et graviers des ensembles inférieur et moyen présentent toutes les caractéristiques de matériaux alluviaux, déposés par un cours d'eau. Ces niveaux correspondent à des dépôts de chenaux tressés de rivières, ce qui est confirmé par la présence de gastéropodes caractéristiques des milieux aquatiques tempérés. Les niveaux rouges intercalés correspondent à des écoulements en masse venant du versant au-dessus du site, et non à des paléosols lessivés comme on le pensait précédemment.

Les données géologiques (altitude de la terrasse à la base de l'ensemble moyen) et de nombreuses datations (ESR et U/Th) permettent d'avancer un âge compris entre les stades isotopiques 12 (environ - 440 / 470 000 ans) et 10 (- 350 / 370 000) pour les ensembles inférieur et moyen. Les alluvions argileuses à gastéropodes à la base de l'ensemble moyen correspondent à une phase interglaciaire, logiquement l'OIS 11 (- 370 / - 440 000). L'ensemble supérieur s'est vraisemblablement mis en place au cours de l'Holocène.

Industries lithiques[modifier | modifier le code]

Biface Micoquien - Muséum de Toulouse

Les niveaux archéologiques de l'ensemble moyen ayant été affectés par des phénomènes post-dépositionnels importants liés au milieu fluviatile (tri, déplacements, etc.), une grande prudence s'impose donc lors de leur étude. Ils incluent le Tayacien défini par H. Breuil (couches 4 et 5). Cette industrie se caractérise par un débitage peu élaboré associé à un outillage évoquant le Moustérien, avec de nombreux racloirs et surtout des denticulés et des encoches associés à de rares bifaces atypiques. Compte tenu de son ancienneté et de ses caractéristiques, F. Bordes la considérait comme une forme de pré-Moustérien.

Le Micoquien (base de l'ensemble supérieur, niveau N / couche 6) est défini comme un Acheuléen final, comportant des bifaces particulièrement soignés dont certains aux bords convexes. Une nouvelle étude de cette industrie est en cours.

Les industries de ce gisement comptent parmi les plus vieilles du Périgord et sont d'une importance fondamentale pour la compréhension de la Préhistoire de la région, et même bien au-delà.

Classement au Patrimoine mondial de l'UNESCO[modifier | modifier le code]

Depuis 1979, le site de La Micoque est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, en association avec d'autres sites et grottes ornées de la région sous le nom de « sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère ».

Découvrir ce site aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le site est protégé mais bien visible. Des visites conférences sont organisées sur réservation. Un panneau d'information a été implanté devant le site. Ce panneau constitue une étape d'un sentier, nommé "Boucle de la Micoque", et a été installé par le Pôle International de la Préhistoire.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Texier, J.-P., Kervazo, B., Lenoble, A. et Nespoulet, R., Sédimentogenèse des sites préhistoriques du Périgord, Association des Sédimentologues Français, (2004), excursion des 23-24 avril 2004, 70 p., (ISBN 2-907205-43-9).
  • Farizy, C., « La Micoque » in Dictionnaire de la Préhistoire, sous la Dir. d'A. Leroi-Gourhan, Presses universitaires de France, Paris, 1988.

Liens[modifier | modifier le code]

Documents[modifier | modifier le code]