Désert du Taklamakan

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Désert du Taklamakan
Image illustrative de l'article Désert du Taklamakan
Localisation
Pays Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Superficie 270 000 km2
Coordonnées 38° 53′ 28″ N 82° 10′ 40″ E / 38.891111, 82.177778 ()38° 53′ 28″ Nord 82° 10′ 40″ Est / 38.891111, 82.177778 ()  
Altitude
Minimale 780 m (Lop Nor)
Température
Maximale 50 °C
Minimale -40 °C

Géolocalisation sur la carte : Chine

(Voir situation sur carte : Chine)
City locator 10.svg

Le Taklamakan (تەكلىماكان قۇملۇقى en ouïghour, Täklimakan qumluqi en UKY, Tǎkèlāmǎgān Shāmò en pinyin, 塔克拉玛干沙漠 en chinois) est un désert inhospitalier d'Asie centrale, dont la grande majorité de la surface se trouve dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang en République populaire de Chine.

Il est surnommé la « Mer de la mort ».

L'étymologie du mot Taklamakan est incertaine, les deux hypothèses les plus vraisemblables étant soit un emprunt à l'arabo-persan (« endroit délaissé, à l'abandon ») soit une expression strictement ouïghoure taqlar makan, signifiant « lieu des ruines ».

De forme ovoïde, ce désert occupe une vaste cuvette géologique bordée par le massif du Pamir et ceux des Tian Shan au nord et à l'ouest - par la Cordillère du Kunlun puis le plateau du Tibet au sud.

Avec 1 000 km d'ouest en est et 500 km du nord au sud et une surface[1] de 270 000 km², il s'agit du 18e désert le plus vaste, bien que ce classement varie selon les sources[2],[1].

Géographie physique[modifier | modifier le code]

Dans le Xinjiang, la région autonome Ouïgours
Désert du Taklamakan et le bassin du Tarim

Ce désert très ancien[3], qui se situe dans le gigantesque bassin du Tarim, présente une importante subsidence entre la dépression de Tourfan et les monts Kunlun et Karakorum, vraisemblablement formée au cours de l'oligocène. L'ensemble reposant sur d'épaisses couches sédimentaires - pouvant atteindre jusqu'à 3 300 mètres - formées au pliocène et au pléistocène[3]. Cet affaissement important a permis la formation du fleuve Tarim, long de 2 000 km et qui se perd dans le Lop Nor (Lac Lop en mongol), immense marécage salé situé au sud de Tourfan et dont la superficie diminue au fil des siècles. C'est là que la Chine a effectué la plupart de ses essais nucléaires.

D'autres cours d'eau, comme la Keriya, descendent de la chaîne des Pamirs, à l'ouest, ou des Kunlun, au sud-ouest. Il y a 15 000 ans, à la fin de la dernière glaciation, la Keriya traversait le désert jusqu'au Nord. Cette phase d'écoulement s'est produite jusque vers 4 000 av. J.-C., puis le débit a diminué et les eaux se sont perdues dans les sables. Les anciens cours sont signalés par les troncs d'arbres morts grossièrement alignés entre les dunes. Les explorateurs y ont trouvé d'anciennes cités, comme celle qui a été appelée Jumbulak Kum (Les Sables ronds), sur un ancien cours de la Keriya. Datée de l'an 500 avant J.-C., elle était située très en profondeur dans le désert. Aujourd'hui, seule la rivière de Khotan, située plus à l'ouest, parvient à traverser le désert.

Ses dunes, de natures différentes, atteignent des hauteurs allant de 80 m à 200 m. Elles auraient achevé leur formation il y a 70 000 ans. Bien que principalement sablonneux et constitués d'ergs, on y trouve également des plaines argileuses et des regs.

Climat[modifier | modifier le code]

Tempêtes de sable au-dessus du Taklamakan

Le climat du Taklamakan est continental. Il se caractérise par des précipitations extrêmement faibles, allant de 38 mm par an à l'Ouest à seulement 10 mm par an à l'Est. Cette aridité provient notamment du fait que lors de l'élévation du plateau tibétain[3] durant le Miocène, les modifications majeures de la circulation atmosphérique ont profondément transformé les paramètres de la mousson et rendu le bassin particulièrement sec.

Les températures estivales sont élevées, pouvant atteindre 38° C à l'extrémité Est du désert - la température moyenne étant de 25° C en juillet. Les hivers y sont assez froids, avec une moyenne de -9 à -10 °C en janvier. Les températures les plus basses peuvent facilement atteindre les -20° C[4].

Les vents de Nord et de Nord-Ouest, prédominants en été dans les régions de l'Ouest du désert, forment une circulation complexe des masses d'air à leur point de convergence - près du centre du désert, à proximité de la Keriya - ce qui influence fortement la topographie des dunes de sables. Au printemps, de forts courants ascendants se forment en raison du réchauffement des sols, ce qui engendre des vents de Nord-Est pouvant s'avérer très puissants. Pendant cette période, ces derniers - mêlés aux vents provenant d'autres directions - génèrent de fréquentes tempêtes de sable qui remplissent l'atmosphère de poussière et ce, jusqu'à 4 000 mètres d'altitude[4].

Écorégion[modifier | modifier le code]

Désert du Taklamakan
Écorégion terrestre - Code PA1330[5]

Description de cette image, également commentée ci-après

Paysage près de Yarkand dans le Xinjiang.

Classification
Écozone : Paléarctique
Biome : Déserts et brousses xériques
Géographie et climat
Superficie[6] :
742 657 km2
min. max.
Altitude[6] : -152 m 5 897 m
Température[6] : -23 °C 33 °C
Précipitations[6] : 0 mm 69 mm
Écologie
Espèces végétales[7] :
400
Oiseaux[8] :
288
Mammifères[8] :
93
Squamates[8] :
34
Espèces endémiques[8] :
0
Conservation
Statut[8] :
Critique / En danger
Aires protégées[9] :
12,4 %
Anthropisation[9] :
3,8 %
Espèces menacées[9] :
32
Ressources web :
Site du WWF

Localisation

Description de l'image  Ecoregion PA1330.svg.

Le désert du Taklamakan constitue une écorégion terrestre définie par le Fonds mondial pour la nature (WWF), qui s'étend au-delà des limites géographiques du désert mais exclut la zone des forêts décidues et steppe du bassin du Tarim, située en son centre.

Flore[modifier | modifier le code]

Presque intégralement composé de sable en mouvement, le désert n'abrite pratiquement aucune végétation. Lorsque le mouvement du sable ralentit, les dunes peuvent être colonisées par certaines espèces végétales telles que Alhagi sparsifolia, Scorzonera divaricata ou Karelina caspica. Dans les régions périphériques dont le substrat est plus stable, la végétation peut couvrir jusqu'à 5 % du sol. Les principaux arbustes sont Ephedra przewalskii et Nitraria sphaerocarpus. Les arbres qui poussent le long des cours d'eau sont des peupliers de l'Euphrate. Les sables peuvent porter des arbrisseaux du genre tamarix ou des graminées.

Faune[modifier | modifier le code]

En raison de son inhospitalité pour l'homme, le désert du Taklamakan abrite encore de petites populations d'animaux ayant disparu du reste de la Chine, comme le chameau de Bactriane et l'âne sauvage d'Asie.

Le Lob Nor, où l'on pratique la pêche à la pirogue, abrite, selon les saisons, une grande quantité d'oiseaux aquatiques : mouettes, sternes, cygnes, canards, hérons, etc.

Conservation[modifier | modifier le code]

L'activité de l'homme a tendance à réduire leur territoire, par l'exploitation des forêts ou de mauvaises pratiques d'irrigation : on estime que le désert a gagné 28 000 km² depuis le début de notre ère, dont 9 000 km² au cours du XXe siècle. La surface des forêts de peupliers serait passée de 5 800 km² en 1958 à 2 800 km² en 1979.

Population humaine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Momies du Tarim, Tokhariens et Ouïgours.

Le désert du Taklamakan est bordé au nord et au sud par une série de villes-oasis qui constituaient les branches nord et sud de la Route de la soie entre les chaînes de montagnes environnantes et le corridor du Gansu à l'est.

Depuis le IXe siècle, la population est constituée de Ouïgours turcophones. Depuis quelques dizaines d'années, la région connait une forte immigration de chinois Han.

Antérieurement, la région était habitée par une population de langue indo-européenne, les Tokhariens. Les traces archéologiques (en particulier les momies du Tarim) indiquent que cette population indo-européenne originelle était sans doute présente depuis le début du second millénaire avant notre ère.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Pierre Gentelle, « Une géographie du mouvement : le désert du Taklamakan et ses environs comme modèle », Annales de géographie 567, p. 553-594.
  • (fr) et (zh) Corinne Debaine-Francfort (Dir. publ.), Idriss, Abduressul. (Dir. publ.) et Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, Keriya, mémoires d'un fleuve. Archéologie et civilisation des oasis du Taklamakan. [exposition présentée à l'Espace Electra (Paris) du 14 février au 27 mai 2001] / Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, CNRS et Institut d'archéologie et du patrimoine du Xinjiang, France,‎ 2001, 245 p. (ISBN 2-86805-094-8) : Cette exposition évoque une aire culturelle comparée avec le monde des steppes des Scythes de la Sibérie du Sud et du Kazakhstan, l'empire kouchan et le Gandhara, sur la période allant du Ve siècle av. J.-C. au VIe siècle après J.-C. L'exposition présente l'étude de textiles antiques (Ve - IIIe), divers et d'exceptionnelle qualité, parfois d'une grande finesse (100 trames au cm²). Elle documente aussi le plus ancien sanctuaire bouddhique (première moitié du IIIe siècle) du Xinjiang, en matériaux présumés périssables mais qui ont survécu dans le cadre désertique, avec ses décors peints réalisés à main levée d'un trait rapide et juste. Tandis que les figures des buddha ont des traits indianisés, le décor et le traitement des vêtements sont le fruit d'un métissage culturel. L'exposition apporte des témoins d'échanges avec le sous-continent indien ancien, la Bactriane et le monde hellénistique, et la Chine ancienne sur la route de la soie. La continuité avec certaines pratiques actuelles au Xinjiang ouïgour est relevée. Les processus de désertification, l'architecture, la vie domestique et la musique ouïgoures (du Turkestan chinois) font l'objet d'articles illustrés (photographies et poèmes) qui situent l'enquête archéologique précisément. Bibliographie.

Bibliographie : Art et culture[modifier | modifier le code]

Site de la vallée du fleuve Keriya
  • Pierre Cambon, dir., Afghanistan : une histoire millénaire  : exposition, Barcelone, Centre culturel de la Fundacion "la Caixa" 2001, Musée Guimet, 2002 , France, Espagne, Réunion des musées nationaux,‎ 2002, 205 p. (ISBN 2-7118-4413-7) Nombreux articles, entre autres sur Le Kafiristan ou les descendants d'Alexandre, la Bactriane, L'art Kouchan, Hadda, Bamiyan, L'Afghanistan et le Turkestan chinois (Xinjiang).
  • (fr) et (zh) Corinne Debaine-Francfort (Dir. publ.), Idriss, Abduressul. (Dir. publ.) et Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, Keriya, mémoires d'un fleuve. Archéologie et civilisation des oasis du Taklamakan. [exposition présentée à l'Espace Electra (Paris) du 14 février au 27 mai 2001] / Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang, CNRS et Institut d'archéologie et du patrimoine du Xinjiang, France,‎ 2001, 245 p. (ISBN 2-86805-094-8) : Cette exposition évoque une aire culturelle comparée avec le monde des steppes des Scythes de la Sibérie du Sud et du Kazakhstan, l'empire kouchan et le Gandhara, sur la période allant du Ve siècle av. J.-C. au VIe siècle après J.-C. L'exposition présente l'étude de textiles antiques (Ve - IIIe), divers et d'exceptionnelle qualité, parfois d'une grande finesse (100 trames au cm²). Elle documente aussi le plus ancien sanctuaire bouddhique (première moitié du IIIe siècle) du Xinjiang, en matériaux présumés périssables mais qui ont survécu dans le cadre désertique, avec ses décors peints réalisés à main levée d'un trait rapide et juste. Tandis que les figures des buddha ont des traits indianisés, le décor et le traitement des vêtements sont le fruit d'un métissage culturel. L'exposition apporte des témoins d'échanges avec le sous-continent indien ancien, la Bactriane et le monde hellénistique, et la Chine ancienne sur la route de la soie. La continuité avec certaines pratiques actuelles au Xinjiang ouïgour est relevée. Les processus de désertification, l'architecture, la vie domestique et la musique ouïgoures (du Turkestan chinois) font l'objet d'articles illustrés (photographies et poèmes) qui situent l'enquête archéologique précisément. Bibliographie.
  • Photogr. : Reza ; Texte : Jacques Giès, Laure Feugère, André Coutin, Le pinceau de Bouddha , Paris, La Martinière,‎ 2002, 167 p. (ISBN 2-7324-2741-1) Peintures (Ve -VIIe siècles) du royaume de Kucha. Grottes de Kizil, au cœur de la Sérinde sur la route de la soie. Présentation d'ensemble et étude de la pratique picturale.
  • Fan Jinshi; Photogr. : Zhang Weiwen, Les œuvres remarquables de l'art de Dunhuang, Chine, inconnu,‎ 2007, 128 p. (ISBN 978-7-80069-775-3) Bon aperçu photographique pour des comparaisons avec les grottes du Xinjiang.
  • Loubes, Jean-Paul et Cartier, Michel, Architecture et urbanisme de Turfan : une oasis du Turkestan chinois , Paris, l'Harmattan,‎ 1998, 433 p. (ISBN 2-7384-6452-1)
  • Route de la soie - de Xi'an à Kashgar sur les traces des caravanes, Judy Bonavia, trad. Matthieu Salem, Guides Olizane, Genève 2002 (ISBN 2-88086-281-7) p. 226-231
  • Le mystère des momies  : Les momies du désert du Taklamakan, un reportage d'ARTE VOD, 2003, sur la Mission archéologique franco-chinoise au Xinjiang conduite par Corinne Debaine-Francfort et Idriss Abduressul.
  • Louis Hambis, Monique Maillard, Krishna Riboud, Simone Gaulier, Robert Jera-Bezard et Laure Feugère, L'Asie Centrale, histoire et civilisation, Paris, Imprimerie Nationale,‎ 1977, 271 p..
  • Mario Bussagli (trad. Isabelle Robinet), La peinture de l'Asie centrale. De l'Afghanistan au Sinkiang , Genève et Paris, Skira et Flammarion,‎ 1978, 135 p. Première édition Skira 1963.
  • Gilles Béghin, L'art bouddhique, Paris, CNRS éditions,‎ 2009, 415 p. (ISBN 978-2-271-06812-5) Le bassin du Tarim fait l'objet d'une partie, une vue d'ensemble actualisée, pages 227-245.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Données géologiques sur geology.com
  2. Description du Taklamakan sur worldlingo
  3. a, b et c Anthony J. Parsons, Athol D. Abrahams, Geomorphology of desert environments, Springer, 1994, p. 15.
  4. a et b Takla Makan Desert, sur britannica.com
  5. (en) D. M. Olson, E. Dinerstein, E. D. Wikramanayake, N. D. Burgess, G. V. N. Powell, E. C. Underwood, J. A. D'Amico, I. Itoua, H. E. Strand, J. C. Morrison, C. J. Loucks, T. F. Allnutt, T. H. Ricketts, Y. Kura, J. F. Lamoreux, W. W. Wettengel, P. Hedao et K. R. Kassem, « Terrestrial Ecoregions of the World: A New Map of Life on Earth », BioScience, vol. 51, no 11,‎ 2001, p. 935-938.
  6. a, b, c et d (en)World Wildlife Fund, « The Terrestrial Ecoregions of the World Base Global Dataset », sur http://worldwildlife.org (consulté le 29 septembre 2012). Disponible alternativement sur : Loyola RD, Oliveira-Santos LGR, Almeida-Neto M, Nogueira DM, Kubota U, et al., « Integrating Economic Costs and Biological Traits into Global Conservation Priorities for Carnivores », PLoS ONE,‎ 2009 (consulté le 20 octobre 2012), p. Table S1. Les données de température et de précipitations sont les moyennes mensuelles minimales et maximales.
  7. (en) G. Kier, J. Mutke, E. Dinerstein, T. H. Ricketts, W. Küper, H. Kreft et W. Barthlott, « Global patterns of plant diversity and floristic knowledge », Journal of Biogeography, vol. 32,‎ 2005, p. 1107–1116 (DOI 10.1111/j.1365-2699.2005.01272.x, lire en ligne), données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.
  8. a, b, c, d et e (en)World Wildlife Fund, « WildFinder: Online database of species distributions »,‎ janvier 2006, données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.
  9. a, b et c (en) J. M. Hoekstra, J. L.  Molnar, M. Jennings, C. Revenga, M. D. Spalding, T. M. Boucher, J. C. Robertson, T. J. Heibel et K. Ellison, The Atlas of Global Conservation : Changes, Challenges, and Opportunities to Make a Difference, Berkeley, University of California Press,‎ 2010 (lire en ligne), données et carte consultables dans the Atlas of Global Conservation.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]