Grotte du Pech Merle

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Grotte du Pech Merle
Image illustrative de l'article Grotte du Pech Merle
Grotte du Pech Merle, main négative et ponctuations
Coordonnées 44° 30′ 27″ N 1° 38′ 40″ E / 44.5074288, 1.644313144° 30′ 27″ Nord 1° 38′ 40″ Est / 44.5074288, 1.6443131  
Pays Drapeau de la France France
Région française Midi-Pyrénées
Département Lot
Vallée vallée de la Sagne
Localité voisine Cabrerets
Longueur connue 4 km
Signe particulier grotte ornée
Température 12 °C
Occupation humaine Gravettien
Protection Logo monument historique Classé MH (1951)

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Grotte du Pech Merle

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Grotte du Pech Merle

La grotte du Pech Merle est une grotte ornée préhistorique située dans le département du Lot (région Midi-Pyrénées, France), sur la commune de Cabrerets. Elle s'ouvre dans une colline (pech en occitan) dominant les vallées de la Sagne et du Célé, dans le Quercy. Cette grotte, comme plusieurs autres, a été comparée à la chapelle Sixtine et on attribue cette comparaison à l’abbé Breuil assez anciennement[1].

Situation et historique[modifier | modifier le code]

L'igue du Pech Merle ou grotte David était connue des habitants environnants et fut alors prospectée plusieurs fois avant de dévoiler tous ses secrets. La première salle dite salle Rouge en raison de ses concrétions rougeâtres, fut découverte entre 1906 et 1914 par Henri Redon, étudiant en médecine à Paris, accompagné de son cousin monsieur Touzery[2]. La grotte ornée fut ensuite explorée le 4 septembre 1922 par André David, sa sœur Marthe David et Henri Dutertre. Elle a été étudiée par Amédée Lemozi[3], André Leroi-Gourhan, et Michel Lorblanchet.

Le , la grotte est acquise officiellement par Jean Lebaudy et mademoiselle de Gouvion-Saint-Cyr[4].

L'exploitation du musée et de la grotte débouchant sur des problèmes quasi impossibles à résoudre du fait du contrats établi avec les époux David, il est créé le une Société Mixte qui prend la dénomination de Musée et Grottes de Cabrerets[4].

Les difficultés relationnelles deviennent insurmontables avec André David, ancien propriétaire de la grotte qui s'oppose à la modification de l'acte de vente du . Le chanoine Lemozi a été écarté alors que lui aurait pu obtenir un nouvel accord. La grotte est en effet grevée d'une réserve en faveur de ses anciens propriétaires qui atteint 60% des recettes d'exploitation. Ce qui entraîne un bilan alarmant que l'autoritaire fondé de pouvoir de la société, R. Tétart, fait parvenir aux actionnaires. Jean Lebaudy et Mlle Murat font part le de leur souhait de se séparer de la grotte à M. Théron, maire de Cabrerets. Les sociétés ne pouvant faire de dons, le , la grotte est cédée à la municipalité de Cabrerets pour la somme symbolique de 30 000 francs que Jean Lebaudy prend à sa charge[4].

En 1949, André David découvre le réseau du Combel. Amédée Lemozi étudie les peintures découvertes.

La grotte fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le [5] et représente un site majeur de l'art paléolithique européen.

L'art de Pech Merle[modifier | modifier le code]

Reproduction des mains et des chevaux peints sur les murs de la grotte de Pech Merle, au musée de Brno en République tchèque.

Assez vaste, la grotte comporte deux sous-ensembles situés de part et d'autre de l'entrée préhistorique :

  • à l'est sont visibles des ponctuations rouges, des chevaux, un félin et, dans un diverticule appelé le Combel, trois figures imaginaires évoquant des cerfs mégacéros ;
  • à l'ouest s'étend un réseau plus vaste et plus riche, le seul accessible lors des visites touristiques. Il comprend notamment une composition nommée frise noire associant un cheval, des bisons et des mammouths, de nombreux tracés digitaux au plafond, des mains négatives associées à des ponctuations ainsi que le panneau dit « des chevaux ponctués » daté d'environ 25 000 ans BP. Cette date correspond au gravettien, ce qui est compatible avec d'autres éléments, dont les mains négatives. Toutefois, il est possible qu'une partie des peintures et des gravures de Pech Merle date d'une phase plus récente, à savoir le magdalénien.

Le panneau dit « des chevaux ponctués »[modifier | modifier le code]

Composition[modifier | modifier le code]

Cette composition complexe a sans doute été réalisée en plusieurs étapes sur la face d'un bloc de 3,6 m de longueur et 1,65 m de hauteur. Elle comprend deux chevaux, l'un dirigé vers la gauche, l'autre vers la droite, accompagnés de six mains négatives noires, des signes et des ponctuations. Le rebord droit du bloc a une forme évoquant la tête de cheval. Un grand poisson en trait fin et rouge, vraisemblablement plus ancien, vient se superposer au cheval de droite.

Les pigments noirs utilisés pour les chevaux ont été analysés, ils sont composés :

La description et l'analyse de ce panneau ont été réalisés par Michel Lorblanchet[6]

Datation[modifier | modifier le code]

Le cheval de droite a fait l'objet d'une datation directe par le carbone 14 réalisée par le Centre des Faibles Radioactivités de Gif-sur-Yvette. Le résultat est 24 640 +- 390 ans BP. Cette date correspond au gravettien dans le Sud-Ouest de la France, ce qui est compatible avec d'autres éléments, dont les mains négatives[6].

Expérimentation à la grotte des Bugadous[modifier | modifier le code]

En 1990, Michel Lorblanchet a reproduit le panneau des chevaux à la grotte des Bugadous de Reilhac.

Après avoir choisi une paroi vierge de dimension suffisante. Il a appliqué du charbon de bois et de la poudre d'ocre rouge. Les poudres ont été mâchées, mélangées à la salive, puis crachées sur la paroi en utilisant les mains comme pochoirs. Les retouches ont été effectuées aux charbons de genévriers. Les oxydes de manganèse et de baryum n'ont pas été utilisés du fait de leur toxicité.

La description de son expérimentation a été publiée en 1998[6].

Le panneau des femmes-bisons[modifier | modifier le code]

André Leroi-Gourhan considérait les bisons et les aurochs comme des symboles féminins. Il s'appuyait notamment sur un panneau de Pech-Merle où des silhouettes rouges évoquaient selon lui des femmes et des bisons schématiques avec passage progressif d'un thème à l'autre : « La permutation des formes fait que les traits verticaux qui figuraient les postérieurs du bison deviennent les membres antérieurs d'une figure inclinée »[7], si bien que « l'étroite assimilation des deux symboles de la série femelle ne peut s'imaginer dans une illustration plus parlante »[8].

Michel Lorblanchet considère les « femmes-bisons » d'André Leroi-Gourhan comme des femmes stylisées. Il admet néanmoins que « leur assimilation supplémentaire à un animal n'est pas impossible »[9]. D'autres auteurs ont considéré les « femmes-bisons » comme des « femmes-mammouths »[10] ou comme l'illustration d'un ancien mythe de la femme-cygne où le bison remplacerait l'oiseau[11].

Visite[modifier | modifier le code]

Entrée actuelle de la grotte.

Même si le nombre de visiteurs par jour est limité[12], Pech Merle fait partie des grottes ornées paléolithiques majeures qui sont ouvertes au public.

Sur place, le musée de préhistoire Amédée-Lemozi labellisé Musée de France complète la visite de la grotte.

De nombreux chercheurs viennent y étudier les collections du musée, qui offrent un panorama de la Préhistoire régionale.

En , 72 000 personnes ont visité la grotte[13]. 1 600 m de galeries et de salles sont actuellement accessibles aux visiteurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. A. Lemozi, « Le Combel de Pech-Merle, commune de Cabrerets (Lot) et ses nouvelles galeries », Bulletin de la Société préhistorique de France, 1952, tome 49, n° 7, p. 320-326
  2. André David et Pierre Brondel, Histoire de la découverte de la Grotte préhistorique de Pech-Merle.
  3. Amédée Lemozi (préf. Henri Breuil), La grotte-temple du Pech-Merle : Un nouveau sanctuaire préhistorique, Paris, éditions Auguste Picard,‎ , In-4°, 184 p..
  4. a, b et c Josseline Bournazel-Lorblanchet, L'Abbé Amédée Lemozi : Prêtre et préhistorien(1882 - 1970), Liège, Université de Liège, coll. « Études et Recherches Archéologiques de l'Université de Liège »,‎ , 149 p. (ISBN 978-2-930495-11-8, présentation en ligne), p. 85-87.
  5. « Grotte de Pech-Merle », base Mérimée, ministère français de la Culture
  6. a, b et c Michel Lorblanchet, Art Pariétal : Grottes ornées du Quercy,‎ (ISBN 978-2-8126-0164-4), p. 105-135
  7. André Leroi-Gourhan (1992), L'Art pariétal : Langage de la Préhistoire, Grenoble, Jérôme Million, p. 300.
  8. André Leroi-Gourhan, Préhistoire de l'art occidental, Paris, Mazenod, 1965, p. 100.
  9. Michel Lorblanchet (2010). Art pariétal : Grottes ornées du Quercy. Rodez, Rouergue, 2010, p. 144.
  10. J.-P. Duhard (1989), Le Réalisme physiologique des figurations féminines du paléolithique supérieur en France, thèse de doctorat en anthropologie-préhistoire, sous la direction de B. Vandermeersch, Bordeaux-1, p. 259.
  11. Julien d'Huy (2011). « Le motif de la femme-bison. Essai d'interprétation d'un mythe préhistorique (1ère partie) », Mythologie française, 242, p. 44-55 ; et Julien d'Huy (2011). « Le motif de la femme-bison. Essai d'interprétation d'un mythe préhistorique (2e partie) » Mythologie française, 243, p. 23-41.
  12. « Maximum de 700 visiteurs par jour, et 25 par visite », dixit la guide de la visite de 11 h 45 du .
  13. La Dépêche du Midi (Lot), 29 août 2007, p. 36.
  • Lorblanchet, M. (1988) - Art préhistorique du Quercy, Toulouse, éd. Loubatières, 32 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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