François Furet

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François Furet
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Président
École des hautes études en sciences sociales
-
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FigeacVoir et modifier les données sur Wikidata
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Grand prix Gobert ()
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Œuvres principales

François Furet, né le à Paris, mort à Figeac le , est un historien français, spécialiste de la Révolution française et de son héritage idéologique. Au sein de l'École des Annales, il appartient à une génération d'intellectuels cherchant dans les faits les raisons de la faillite du projet marxiste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, vie privée, formation[modifier | modifier le code]

François Furet naît dans une famille bourgeoise. Son père est banquier. Élève du lycée Janson-de-Sailly, il commence des études à la faculté de lettres et à la faculté de droit de Paris mais, atteint de tuberculose, il doit les interrompre en 1950[1]. Il passe plusieurs mois en sanatorium dans les Alpes, puis, convalescent, poursuit ses études jusqu'en 1954 au centre de post-cure de la Fondation de France, 4 rue Quatrefages à Paris.

Sa seconde épouse, Jacqueline Nora, est née en 1928 dans une famille juive ashkénaze. Elle est la sœur du haut-fonctionnaire Simon Nora et de l'historien Pierre Nora[2], et fut la belle-sœur de l'historienne de l'art Françoise Cachin, petite-fille du député communiste Marcel Cachin et du peintre libertaire Paul Signac.

Carrière et militance[modifier | modifier le code]

Furet fut, très tôt, un militant politique, membre du Parti communiste. Sous son impulsion très énergique, voire sectaire[3], Quatrefages devient, à partir de 1950 et le début de la guerre de Corée, le centre de la cellule des étudiants communistes engagés pour la décolonisation et recrute tout ce que le Quartier latin produit de plus brillant, depuis les normaliens tels Emmanuel Le Roy Ladurie et la future femme de celui-ci, jusqu'aux étudiants étrangers, tel le docteur Vinh, futur ministre des plantations[4] de la République socialiste du Viêt Nam, le peintre turc Neşet Günal, mais aussi Alain Besançon, Annie Kriegel... Avec celle-ci, et d'autres, il a publié en 1947 dans La Nouvelle critique un article dénonçant Ernest Labrousse comme le complice de Léon Blum, « plat valet des Américains », sous le pseudonyme de Jacques Blot[5].

Brillamment reçu en 1954 à l'agrégation d'histoire, dont le jury est présidé depuis 1950 par Fernand Braudel, professeur au Collège de France, François Furet est nommé professeur de lycée à Compiègne où il enseigne jusqu'en 1955, avant d'être muté à Fontainebleau. En 1956, il entre au CNRS comme attaché de recherche afin d'entreprendre des recherches sur la bourgeoisie parisienne au XVIIIe siècle. Il publiera quelques-uns de ses résultats en collaboration avec Adeline Daumard, dans un Cahier des Annales (Structures et relations sociales à Paris au milieu du XVIIIe siècle, Paris, A. Colin), sorti en 1961.

En 1959, il quitte le PC, puis participe à la fondation du PSU en 1960. Il est aussi en parallèle journaliste à France-Observateur, le futur Nouvel Observateur.

En 1961, Furet entre comme chef de travaux à la sixième section de l'École pratique des hautes études. Maître de conférences en 1964, il est nommé directeur d'études en 1966[6].

Après mai 1968, il devient conseiller du ministre de l’Éducation nationale, Edgar Faure.

La sixième section de l'École pratique des hautes études étant devenue en 1975 École des hautes études en sciences sociales, il en est élu président en 1977 et succède alors à Jacques Le Goff. Au même moment, il dirige un séminaire qui fut à l'origine de la création du Centre Raymond Aron. Participent à ce séminaire des figures comme C. Castoriadis, C. Lefort, P. Manent, P. Rosanvallon, M. Gauchet ou V. Descombes [7]. A la fin de son mandat de président de l'EHESS, en 1985, il commence à enseigner aux États-Unis, notamment à l'université de Chicago. Il reçoit un diplôme honoris causa de l'université Harvard.

En , il fait partie des 34 signataires de la déclaration rédigée par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet pour démonter la rhétorique négationniste de Robert Faurisson[8].

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Fondateur, avec d'autres, de la fondation Saint-Simon, Furet a aussi présidé l'Institut Raymond Aron, autant d'activités qui lui ont permis d'élargir son champ de recherches et de réflexions. La variété et le volume de ses travaux lui ont valu d'obtenir de nombreux prix : le prix Alexis-de-Tocqueville en 1991, le prix européen des Sciences sociales et le prix Hannah Arendt de la pensée politique en 1996.

Élu à l'Académie française, le , au fauteuil 1 où il succède à Michel Debré (mort le 2 août 1996), il décéda peu après à Figeac à la suite d'une chute survenue lors d'un match de tennis. Sa disparition l'empêcha d'être officiellement reçu à l'Académie française où il fut remplacé un an plus tard par René Rémond. C'est ce dernier qui prononça l'éloge de ses deux prédécesseurs. François Furet repose au cimetière de Larroque-Toirac (Lot).

Des apports historiographiques incontournables[modifier | modifier le code]

En complète rupture avec l'historiographie marxiste de Mathiez, Soboul, Vovelle, l'oeuvre de François Furet apporte un nouvel éclairage fondateur sur les phénomènes majeurs qui ont transformé l'histoire mondiale: la Révolution française, la Grande Guerre, et les régimes totalitaires[9].

Sur la Révolution française[modifier | modifier le code]

Très critique envers l'historiographie socialiste qui, dans la lignée de Jaurès, voit dans la Révolution française la première étape d'un processus linéaire conduisant au socialisme, et dans la révolution d'Octobre une continuité logique[10], François Furet entend déconstruire l'illusion rétrospective classique qui consiste à voir dans l’événement une nécessité à l'oeuvre, et à inscrire également le futur dans cette même nécessité[11]. Suivant cette perspective, les acteurs de l'histoire deviennent en effet de simples maillons pris dans un engrenage historique écrit d'avance. Ne niant pas certaines similitudes, François Furet entreprend donc de repenser la Terreur à la lumière des événements de 1917, les jacobins représentant cette minorité préfigurant le parti bolchevique qui règne sur un peuple terrorisé[12].

« La fonction épuratoire du club est centrale: ainsi se met en place une démocratie directe inédite où les Jacobins figurent in vivo la fiction révolutionnaire du peuple: c'est-à-dire un peuple unanime, donc en état d'auto-épuration permanente puisque l'exclusion a pour fin de purger la souveraineté de ses ennemis cachés et de rétablir ainsi l'unité menacée. On vote à main levée, par définition le secret ne convient qu'aux complots. La décision du coup doit être prise avant la réunion du club dans les conciliabules des chefs et ratifiée par le fanatisme ou le suivisme des troupes.[13] »

Pour François Furet, le jacobinisme et la Terreur constituent l'anticipation du totalitarisme stalinien[14].

Sur le communisme[modifier | modifier le code]

François Furet voit dans la filiation entre la Révolution française et la révolution d'Octobre la raison essentielle de la persistance de l'historiographie commémorative et du succès de l'idée communiste[15], particulièrement en France du fait d'un courant jacobino-marxiste[16].

Sur le fascisme[modifier | modifier le code]

S'inspirant des travaux de Carl J. Friedrich, Zbigniew Brzeziński et Hannah Arendt, François Furet offre selon Ernst Nolte une nouvelle compréhension historico-génétique qui inscrit le fascisme comme une réaction au premier totalitarisme: le communisme[17].

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

Penser la Révolution française[modifier | modifier le code]

Spécialiste du XVIIIe siècle, Furet a marqué, par l'ouvrage La Révolution française qu'il a publié avec Denis Richet en 1965, un tournant de la recherche historique sur cette période. Après plusieurs décennies où la Convention et le Comité de salut public mobilisent la plupart des recherches universitaires, ce livre se place résolument dans une perspective plus large, dépassant le cap de Thermidor, considéré par les historiens qui l'ont précédé (Aulard, Mathiez, Lefebvre, Soboul) comme le terme des événements de la « Grande Révolution ».

Ce choix de rééquilibrer l'analyse de la période révolutionnaire en y intégrant la Convention thermidorienne et le Directoire n'est pas anodin. Furet prend à contrepied les théories admises par les historiens marxistes. Pour ces derniers, Soboul et Lefebvre principalement, la Révolution française est d'abord une expression de la révolte des masses populaires, à l'exemple du mouvement jacobin soutenu par l'avant-garde des sans-culottes qui disparaît après le 9 Thermidor. À l'inverse, non sans susciter des polémiques dans le monde universitaire français, François Furet et Denis Richet défendent l'idée d'une révolution des élites qui aurait « dérapé » en 1793. La confiscation violente du pouvoir par les masses durant la Terreur aurait perturbé le cours plutôt pacifique d'une modernisation sociale menée « par le haut » à partir de 1787.

Furet approfondira ces réflexions dans son ouvrage, Penser la Révolution française, publié en 1978, notamment en s'appuyant sur les travaux d'Augustin Cochin que l'historiographie avait largement oublié après sa mort en 1916, non sans revenir sur la thèse du dérapage, relevant les prémices de la Terreur dès 1789 et percevant « une possible consonance de la Terreur avec la Révolution tout entière ». Dans sa synthèse La Révolution, 1770-1880, envisageant le temps long, il montre les continuités entre l'Ancien Régime et la Révolution, dont le long processus ne prend fin selon lui qu'avec l'arrivée au pouvoir des républicains opportunistes lors des débuts de la IIIe République, qui achèvent la révolution par l'affirmation des valeurs démocratiques et libérales (dont les libertés individuelles) tout en ne niant pas les dérives que la révolution a pu engendrer par le passé.

Le Passé d'une illusion[modifier | modifier le code]

En 1995, François Furet publia Le Passé d'une illusion, dont le titre est une allusion à L'Avenir d'une illusion de Sigmund Freud. Il reçut le prix du livre politique, le prix Chateaubriand et le grand prix Gobert de l'Académie française.

Cet ouvrage analyse sans concession le courant communiste du XXe siècle, en croisant deux niveaux : le propre cheminement militant de l'auteur et sa connaissance de la Révolution française. Dans la lignée de Hannah Arendt et de Raymond Aron, Furet se livre à une analyse comparative du fascisme et du communisme[19] et tente de répondre à la question :

« Bolchevisme et fascisme entrent presque ensemble sur le théâtre de l'Histoire. [...] Comment [ces idéologies] ont-elles pu mobiliser tant d'espoirs ou tant de passions chez tant d'individus ? »[20]

Autres publications[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La Révolution française selon François Furet », sur franceinter.fr, (consulté le 2 juillet 2015).
  2. Laurent Bonelli, "Ces architectes en France du social-libéralisme", Manières de voir, décembre 2003-janvier 2004, en ligne.
  3. Emmanuel Le Roy Ladurie, cité in Marc Riglet, dir. Judith du Pasquier, Emmanuel Le Roy Ladurie, I « Engagements », coll. Histoires d'historiens, Histoire, Boulogne-Billancourt, novembre 2000, 52'.
  4. R. de Padirac, L’Institut de recherches sur le caoutchouc 1936-1984, p. 64, CIRAD, Paris, 1993, (ISBN 2-87614-109-4).
  5. Michel Vovelle, Les Jacobins, La Découverte/Poche, , p. 150.
  6. Jacques Revel et Nathan Wachtel, Une école pour les sciences sociales, Paris, Le Cerf - EHESS, , p. 485
  7. Pierre Manent, grammairien de l’action, Le Monde des livres, 24 mars 2018
  8. Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Paris, Le Seuil, coll. « La Librairie du XXe siècle », , 691 p. (ISBN 2-02-035492-6), p. 237.
  9. Statius et Maillard, François Furet : Révolution française, Grande Guerre, communisme, Cerf, 301 p. (ISBN 978-2-204-09327-9)
  10. Statuis/Maillard, p. 232.
  11. Statuis/Maillard, p. 234.
  12. Statuis/Maillard, p. 254.
  13. Francois Furet, Jacobinisme, p. 756
  14. Statuis/Maillard, p. 255.
  15. Statuis/Maillard, p. 243.
  16. Statuis/Maillard, p. 253.
  17. Statuis/Maillard, p. 16.
  18. Discours de Mona Ozouf lors de son inauguration le 7 février 2003
  19. Jorge Semprún, « L'illusion d'un avenir », Le Monde,‎ , p. 15.
  20. François Furet, Le Passé d'une illusion, Robert Laffont/Calmann-Lévy, . Cité in Semprun 1995.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]