Lanciers polonais de la Garde impériale

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1er régiment de chevau-légers lanciers polonais de la Garde impériale
Un lancier polonais de la Garde impériale fumant sa pipe. Uhlan avec son cheval par Wojciech Kossak, 1917, 51 x 40,5 cm.
Un lancier polonais de la Garde impériale fumant sa pipe. Uhlan avec son cheval par Wojciech Kossak, 1917, 51 x 40,5 cm.

Création
Dissolution
Pays Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Branche Grande Armée
Type Régiment
Rôle Cavalerie
Effectif 1 032 hommes
Fait partie de Garde impériale
Garnison Chantilly
Surnom « Lanciers polonais »
Marche Marsz trębaczy (Marche des trompettes)[1]
Inscriptions
sur l’emblème
« Garde Impériale - L'Empereur des Français au 1er Régiment des Chevau-légers lanciers »
Guerres Guerres napoléoniennes
Batailles Somosierra
Wagram
Gorodnia
Reichenbach
Hanau
Craonne
Reims
Waterloo
Commandant Wincenty Krasiński (1807-1814)
Paweł Jerzmanowski (1815)

Le 1er régiment de chevau-légers lanciers polonais[note 1] (polonais : 1 Pułk Szwoleżerów-Lansjerów Gwardii Cesarskiej) est une unité de cavalerie légère de la Garde impériale, créée par Napoléon Ier et en service dans la Grande Armée de 1807 à 1815. Avec un effectif théorique de 1 000 cavaliers et 32 hommes d'état-major, c'est le quatrième régiment de cavalerie intégré à la Garde. Il effectue ses premières armes pendant la guerre d'Espagne, particulièrement au col de Somosierra où un seul escadron de chevau-légers s'empare successivement de quatre batteries adverses bien retranchées et gardées par plusieurs milliers d'Espagnols. Après cet exploit, les Polonais intègrent la Vieille Garde. En 1809, ils sont les premiers cavaliers de la Garde impériale à être dotés de la lance, et deviennent alors les « lanciers polonais ». Ils sont également l'un des quatre régiments de la cavalerie de la Garde à fournir chaque jour un escadron de service pour la protection de l'Empereur.

Le régiment participe ensuite à la campagne de Russie, où les lanciers sont particulièrement redoutés par les cosaques qu'ils affrontent notamment à Gorodnia en dégageant Napoléon et son état-major d'une attaque. Seuls 437 cavaliers survivent à la retraite pour prendre part aux campagnes d'Allemagne et de France où ils font brigade avec les lanciers rouges de la Garde impériale. Après l'abdication de l'Empereur, la quasi-totalité du corps regagne la Pologne à l'exception d'un escadron sous le commandement de Jerzmanowski qui accompagne Napoléon sur l'île d'Elbe et charge aux côtés des lanciers rouges à Waterloo. Cet escadron est définitivement dissous le 1er octobre 1815.

Derniers soldats étrangers à combattre au sein de la Grande Armée, les lanciers polonais de la Garde sont fidèles à l'Empereur pendant toute la durée de l'épopée napoléonienne et leur charge à Somosierra, considérée comme l'un des meilleurs faits d'armes de la cavalerie, suscite encore de nombreuses controverses.

Organisation[modifier | modifier le code]

La garde d'honneur polonaise[modifier | modifier le code]

Un général à cheval, menant ses troupes à l'assaut.
Le général Jean-Henri Dombrowski, par Juliusz Kossak. Principal commandant des légions polonaises dont il a été l'organisateur, il appuiera la nomination de Krasiński comme colonel des chevau-légers polonais de la Garde.

Bien que la formation d'un régiment polonais au sein de la Garde impériale n'ait pu être concrétisé qu'en 1807, l'idée d'un tel projet naît en 1804 lorsque Wincenty Krasiński, de passage à Paris, cherche à entrer en contact avec Napoléon[4]. À cette époque, la Pologne, sous domination étrangère, aspire à devenir une nation indépendante. Beaucoup de Polonais s'exilent et s'engagent alors en masse dans les armées révolutionnaires françaises ; parmi eux, Jean-Henri Dombrowski, l'organisateur des légions polonaises[A 1].

Il faut cependant attendre l'année 1806 pour que la Pologne voit ses espoirs de renaissance exaucés. Après avoir écrasé la Prusse à Iéna et Auerstaedt, Napoléon Ier s'empare de Berlin puis se porte contre l'armée russe du général Bennigsen, débutant ainsi la campagne de Pologne. Le , Napoléon entre à Varsovie, acclamé par la population. Comme il est de coutume, une garde d'honneur s'est formée pour lui servir d'escorte. Créée à l'initiative du comte Ogiński, c'est une troupe à l'allure fringante, commandée par le colonel Wincenty Krasiński et composée d'aristocrates issus des grandes familles polonaises[C 1].

Napoléon, séduit par leur attitude, met sur pied l'organisation d'un corps de chevau-légers polonais « qui, par leur éducation, offrent une garantie suffisante de moralité. ». L'effectif initial est arrêté à 480 hommes, toujours commandés par Krasiński. Une partie du corps quitte Varsovie pour accompagner l'Empereur en campagne, et est présent à la bataille d'Eylau, le 8 février 1807, où Krasiński est contusionné[A 2]. Si Jean Tranié indique que les Polonais y reçoivent leur baptême du feu, l'historien Marian Brandys indique toutefois que les gardes d'honneur se sont déjà illustrés auparavant à Pultusk et Golymin, en décembre 1806[5]. De retour des batailles, Napoléon fait part à son ministre Talleyrand son désir de recruter des Polonais semblables à ceux composant sa garde d'honneur afin d'organiser un régiment de chevau-légers intégré à sa Garde impériale[C 2]. Les sources divergent quant au motif de cette décision. Pour Brandys, il est difficile de savoir si l'Empereur, par ce moyen, a cherché à contrôler l'aristocratie du pays — à la loyauté incertaine — ou à récompenser la contribution polonaise à ses victoires[6]. Pour le commandant Eugène Louis Bucquoy, le geste est plus symbolique : « ne faut-il pas plutôt penser que l'Empereur songeant à la création du Grand-Duché de Varsovie, pourvu d'une armée de 40 000 hommes, ait voulu avoir auprès de sa personne un Corps représentant cette armée dans la Garde. »[7].

Création des chevau-légers polonais de la Garde[modifier | modifier le code]

Un cavalier polonais de Napoléon franchissant une barrière à cheval.
Chevau-léger polonais de la Garde impériale. Peinture de Jan Chełmiński.

Le , depuis le château de Finckenstein, Napoléon publie le décret donnant naissance au régiment des chevau-légers polonais de la Garde impériale. Sur les recommandations du général Dombrowski, c'est Wincenty Krasiński, ancien commandant de la garde d'honneur polonaise, qui en devient le colonel. Le recrutement s'effectue chez les hommes âgés de 18 à 40 ans appartenant à des familles dites « propriétaires », mais qui, en réalité, sont presque tous issus de la noblesse[B 1]. L'équipement doit théoriquement être fourni par le soldat lui-même, mais le Trésor propose néanmoins une avance remboursable à l'ordre de 25 centimes prélevés sur la solde journalière[A 3]. L'inexpérience des nouveaux venus amène l'Empereur à doter le corps d'un fort encadrement français, qu'il tire de sa propre Garde impériale. C'est le cas pour les capitaines instructeurs et pour les chirurgiens-majors, mais également pour les deux colonels en second : Delaitre est un ancien des mamelouks ; quant à Pierre Dautancourt, issu de la gendarmerie d'élite, ses talents d'organisateur lui vaudront l'estime de ses hommes qui lui donneront le surnom de « Papa »[B 1].

L'effectif théorique du régiment est arrêté à 1 000 officiers, sous-officiers et hommes du rang, plus 32 hommes d'état-major. Les quatre escadrons sont commandés respectivement par Łubieński, Kozietulski, Stokowski et Kamieński. Chaque escadron est divisé en deux compagnies de 125 hommes chacune, dirigée par un capitaine[C 3]. Dans la pratique, toutefois, l'effectif total ne dépassera pas 968 hommes[B 1].

Le corps est organisé à Varsovie dans le quartier Mirowski, et le 17 juin, un premier détachement de 125 chevau-légers commandé par le chef d'escadron Łubieński gagne Königsberg et est acclamé par la foule. Les autres éléments du régiment nouvellement formés sont dirigés sur Paris au mois d'octobre[C 4]. Les Polonais reçoivent comme dépôt général le château de Chantilly, dont les Grandes Écuries sont réquisitionnées pour leur casernement[A 4]. Une partie des chevau-légers reste en France pour fournir l'escadron de service chargé de l'escorte de Napoléon à la suite des grenadiers à cheval, des chasseurs à cheval et des dragons[A 5].

Campagnes militaires[modifier | modifier le code]

Espagne (1808-1809)[modifier | modifier le code]

De Madrid à Burgos[modifier | modifier le code]

Au fur et à mesure de leur organisation, les détachements polonais se dirigent sur Chantilly puis vers l'Espagne pour renforcer les troupes d'occupation françaises[B 1]. Le colonel Krasiński et un détachement de chevau-légers sont présents à Madrid lors du soulèvement du Dos de Mayo, le . La cavalerie de Murat charge dans les rues de la capitale et sabre les insurgés, au prix de quelques pertes dont Krasiński, blessé[8]. L'insurrection espagnole devient générale et reçoit l'appui de l'armée régulière. Le maréchal Bessières, commandant le 2e corps, affronte et bat le général la Cuesta à la bataille de Medina de Rioseco, le 14 juillet, ouvrant la route de Madrid à Joseph Bonaparte. Deux escadrons polonais sous le capitaine Radzimiński, qui servent à cette occasion dans la division du général Lasalle, participent aux attaques françaises[9],[A 6]. Fin juillet, les deux derniers escadrons de chevau-légers arrivent dans la péninsule et se regroupent avec leurs camarades les ayant précédés. Pour compléter leur instruction, les chevau-légers polonais sont intégrés à la division de chasseurs à cheval du général Lasalle, brillant commandant de cavalerie légère avec lequel ils s'initient au service des avant-postes[A 7].

La capitulation du général Dupont à Bailén annule les effets de la victoire de Medina de Rioseco ; Madrid est évacué et les troupes impériales se replient derrière l'Èbre. En novembre 1808, Napoléon Ier arrive en Espagne à la tête de la Grande Armée pour redresser la situation. Les chevau-légers de Krasiński sont sur le terrain et s'emparent par la ruse de la ville de Medina, en Navarre, qui prête serment de fidélité au roi Joseph[B 1]. Entre temps, Napoléon ordonne à Soult de culbuter l'armée espagnole du général Belveder et d'occuper Burgos. La bataille qui se déroule le 10 novembre s'achève par une nette victoire française. Lasalle poursuit les fuyards et ses Polonais mettent la main sur une pièce d'artillerie ainsi que sur d'importantes caisses d'argent[A 8].

La charge de Somosierra[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de Somosierra (1808).

Rassuré par les succès de Burgos et d'Espinosa, Napoléon se dirige vers Madrid. La route menant à la capitale passe cependant par l'étroit défilé de Somosierra, gardé par le puissant corps espagnol du général Benito de San Juan. Le passage est barré par quatre batteries d'artillerie placées le long de la passe. Au matin, le 3e escadron polonais commandé en intérim par Kozietulski prend son service auprès de l'Empereur. L'infanterie de Victor progresse à grand-peine ; Napoléon s'impatiente, et en dépit des remarques du colonel Piré qui juge la charge « impossible », il se tourne vers Kozietulski et lui dit : « enlevez-moi ça au galop. »[A 9].

Des cavaliers au galop sabrant des canonniers.
Les chevau-légers polonais attaquent une batterie espagnole à Somosierra, le 30 novembre 1808. Peinture de Wojciech Kossak, 1907.

Le 3e escadron, fort de deux compagnies, aligne à ce moment 150 hommes environ. La route qu'il doit emprunter — longue de 2,5 km avec 300 m de dénivelé — est bordée de chaque côté de murs en pierre et de rangées de peupliers, ce qui rend toute attaque extrêmement difficile[C 5]. L'escadron se range en colonne par quatre, « le maximum de ce que la largeur du sentier peut permettre »[A 10]. Kozietulski l'enlève et entame la charge. Une première salve retentit, puis d'autres : le lieutenant Rudowski s'effondre, touché à mort, tandis que ses camarades abordent la première batterie, sabrent les servants et repartent en avant. Le chef d'escadron Kozietulski a alors son cheval tué sous lui, le lieutenant Krzyzanowski est tué ainsi que nombre de chevau-légers. Le commandement retombe sur le capitaine Dziewanowski qui prend successivement la deuxième puis la troisième batterie, avant d'être atteint à son tour. Malgré des pertes sévères, les restes de l'escadron emmenés par le lieutenant Niegolewski, dernier officier valide, se jettent sur la dernière batterie dont ils s'emparent, mais, trop peu nombreux, ils sont refoulés. Niegolewski gît, frappé à onze reprises. C'est à ce moment qu'arrivent les chasseurs à cheval de la Garde, puis les 1er, 2e et 4e escadrons polonais accompagnés par l'infanterie française[C 6]. Moins de dix minutes après le début de la charge, l'armée espagnole est en complète déroute[A 10].

Ce 30 novembre 1808, le 3e escadron a été lourdement entamé : les relations de Niegolewski et de Dautancourt font état de sept officiers et cinquante sous-officiers et soldats hors de combat[10],[C 7]. Parmi eux, outre trois lieutenants tués, le capitaine Dziewanowski qui succombera peu après à ses blessures. Kozietulski, Niegolewski et le capitaine Krasinski sont blessés. Cependant, dans son bulletin du 2 décembre, Napoléon ne fera mention que de 8 tués et 16 blessés[C 8]. Le lendemain, à Buitrago, l'Empereur remet seize croix de la Légion d'honneur au régiment et le salue en ces termes : « vous êtes dignes de ma Vieille Garde. Honneur aux braves des braves ! »[B 2]. La charge de Somosierra reste considérée comme l'action la plus efficace de la cavalerie polonaise au temps des guerres napoléoniennes, et comme la moins coûteuse victoire de l'Empereur[11]. Jean Tranié écrit : « il faut dire que ce fait d'armes est l'un des plus étonnants et des plus audacieux dont la cavalerie est fourni l'exemple »[A 11].

Les cavaliers polonais participent encore, aux côtés des chasseurs à cheval de la Garde de Lefebvre-Desnouettes, à la poursuite des troupes anglaises du général Moore, sans toutefois prendre part au combat de Benavente qui voit la défaite des chasseurs contre la cavalerie de Lord Paget[A 12]. Un escadron sous le commandement de Łubieński accompagne Napoléon à son retour en France, suivi de près par le reste du régiment[A 13].

Campagne d'Autriche et adoption de la lance[modifier | modifier le code]

Les chevau-légers font leur entrée à Paris le 20 mars 1809 et prennent leurs quartiers à l'École militaire. La campagne d'Autriche se déclenche le mois suivant, et c'est détachement par détachement que le régiment prend la route de l'Allemagne. Lors de la bataille d'Essling, le 21 mai, il est sur place au sein de la division de cavalerie du général Walther. Sur la rive gauche où ont lieu des combats acharnés, les chevau-légers enregistrent la mort du capitaine Kozycki et de six cavaliers, ainsi que 31 blessés dont le lieutenant Olczewski. Au soir du 21 mai, les pertes sont lourdes et les Français n'ont pas pu emporter la décision. En vue d'une seconde bataille, décisive cette fois-ci, Napoléon réorganise ses troupes et fait venir des renforts[A 14]. Le 4 juillet, le régiment des chevau-légers enfin arrivé au complet aligne 58 officiers et 1 076 hommes[B 3].

Des cavaliers polonais de Napoléon se battant contre des Autrichiens dans un champ de blé.
Les chevau-légers polonais de la Garde à Wagram, le 6 juillet 1809. Peinture de Wojciech Kossak, 1893.

Le lendemain débute la bataille de Wagram, opposant Napoléon à l'archiduc Charles. Les affrontements s'étendent jusqu'au 6 juillet et engendrent de fortes pertes des deux côtés. L'Empereur, pour emporter la décision, fait porter au général Macdonald l'ordre de prendre la tête d'une puissante colonne d'infanterie et de bousculer le centre autrichien. Les Français entament leur progression, mais le feu nourri de l'ennemi et les charges de la cavalerie autrichienne causent d'importants dommages. Macdonald demande alors l'appui des chevau-légers de Krasiński. Les escadrons du régiment prennent le galop et tombent sur les uhlans de Schwarzenberg, composés majoritairement de Polonais de Galicie. Un combat de cavalerie s'engage et voit les protagonistes s'injurier dans leur langue natale. Les uhlans sont sabrés et mis en déroute, tandis que les chasseurs à cheval de la Garde arrivent à temps pour soutenir leurs camarades face aux dragons autrichiens. 150 prisonniers, dont le prince d'Auersperg, et deux canons sont pris par les chevau-légers polonais dont les pertes sont sévères. Le bilan est en effet encore plus lourd qu'à Somosierra : 26 tués et 80 blessés environ[B 4].

C'est après cette bataille que le colonel Krasiński demande à ce que son régiment soit doté de la lance. En Pologne, c'est une arme très populaire, héritée de la kopia des hussards ailés et utilisée depuis des siècles par l'armée polonaise. Au château de Schönbrunn, lors d'une démonstration, le maréchal-des-logis Roman armé d'une lance met deux dragons de la Garde impériale à bas de leur cheval[A 15]. Charles-Henry Tranié fait toutefois preuve de prudence quant à la véracité de cet épisode, en indiquant que « la scène de la démonstration de la lance devant l'Empereur à Schönbrunn est une belle histoire pittoresque à mettre très probablement au compte des peintres de l'époque qui se devaient d'illustrer avec romantisme l'épopée napoléonienne ». L'Empereur n'en autorise pas moins la distribution des lances aux chevau-légers, qui deviennent alors les « lanciers polonais »[B 5].

Retour en Espagne et années de paix (1810-1811)[modifier | modifier le code]

« Avec le retour de la paix sur le continent […] les lanciers polonais de la Garde vont participer aux splendides festivités de l'Empire triomphant. »

— Ronald Pawly, Napoleon's Polish Lancers of the Imperial Guard, Osprey Publishing, 2007, p. 24[C 9].

Après Wagram, le régiment qui a pris ses quartiers à Schönbrunn fournit quotidiennement un escadron de service pour l'escorte de l'Empereur. Il regagne la France à la signature de la paix, le 14 octobre 1809, et assiste à la grande parade du 2 décembre donnée sur la place du Carrousel pour l'anniversaire du couronnement[12].

Au début de l'année 1810, deux escadrons de chevau-légers sous les ordres des capitaines Szeptycki et Trczynski sont renvoyés en Espagne où ils vont être placés sous le commandement de Delaitre[A 16]. Un premier escadron est affecté à la 1re division de la Garde sous Roguet, le second fait partie de la 2e commandée par le général Dumoustier. Ces troupes quittent Paris le 16 décembre, passent par Bayonne et entrent dans la péninsule[C 10].

Ceux restés à Paris participent à des escortes et à des cérémonies, notamment lors du mariage de Napoléon et Marie-Louise d'Autriche (1er avril 1810) ainsi que lors de la naissance de l'« Aiglon » (20 mars 1811)[C 11]. Environ 400 lanciers accompagnent l'Empereur et sa femme lors de leur voyage de noces en Belgique, et Napoléon durant sa visite des provinces maritimes[13]. Le colonel Krasiński est fait général de brigade et comte d'Opinagora. Beaucoup d'officiers et d'hommes du rang obtiennent des promotions et des récompenses pour leur bravoure au combat[14].

Les lanciers passent également du temps à s'entraîner, car ils sont assez peu expérimentés[C 11]. Dans ce but, l'Empereur organise fréquemment des parades et des défilés aux Tuileries afin de s'assurer de leurs progrès et de l'entretien des uniformes ainsi que des chevaux[C 12]. En 1810, après l'annexion de la Hollande par l'Empire, un deuxième régiment de chevau-légers lanciers est formé avec des soldats de la Garde du roi Louis, et les lanciers polonais constituent dès lors le 1er régiment[C 11]. En avril 1811, date de la création du 2e régiment de lanciers de la Vistule, un certain nombre d'officiers polonais sont affectés à ce nouveau corps, comme Łubieński qui en devient le colonel[C 13]. En mars 1812, les effectifs de l'unité sont augmentés avec, en outre, la création d'un cinquième escadron confié à Paweł Jerzmanowski[15],[16]. C'est ce dernier qui est chargé de ramener en France les deux escadrons combattant encore en Espagne, qui n'alignent plus que 315 hommes[A 16].

Reprise de la guerre : campagne de Russie[modifier | modifier le code]

Peinture d'officier et lancier en tenue de campagne
Officier et lancier en tenue de campagne dans les neiges de Russie (peinture de Bronisław Gembarzewski).

« Le 1er est toujours le régiment hardi, capricieux, primesautier et bavard ; fougueux par tempérament, les Polonais cabriolent pendant les charges et attaquent à fond, mais au cantonnement, ils mènent la vie de grands seigneurs ; les cuisiniers font rôtir dehors des porcs entiers et des moitiés de bœufs ; les cantinières puisent dans des monceaux de café et de sucre et préparent jour et nuit du café, que dégustent les amateurs de tous grades. Assis dans des fauteuils de brocart d'or ou sur les planches grossières selon la chance, tout en fumant de longues pipes, ils bavardent une partie des nuits et envoient les Moscovites à tous les diables. »

— Propos du commandant Henry Lachouque sur le 1er régiment de lanciers polonais de la Garde pendant la campagne de Russie[B 6].

En 1812, le général Jan Konopka remplace Delaitre en tant que colonel-major[17]. Le 1er régiment est ensuite engagé dans la campagne de Russie sous le commandement de Krasiński, où il se signale dès la traversée du Niémen en repoussant un parti de cosaques[18]. Les Polonais seront les seuls à être véritablement redoutés par ces cavaliers légers du fait de leur adresse dans le maniement de la lance[B 7]. 125 lanciers polonais sont affectés auprès du maréchal Murat[C 14]. Du fait de leur connaissance de la langue russe, ils sont souvent détachés auprès des maréchaux et des généraux comme interprètes, ou également comme courriers[A 17]. Au cours de la campagne, les hommes du 1er régiment participent à de nombreuses batailles : à Smolensk, ils dispersent des cosaques qui gênent la progression des troupes françaises[19], tandis qu'à Vitebsk, ils affrontent quelques détachements de la cavalerie russe, leur infligeant une vingtaine de pertes[A 18]. À la bataille de la Moskova, les lanciers de Krasiński sont tenus en réserve[A 19].

Le 14 septembre 1812, Napoléon entre dans Moscou et s'installe au Kremlin, suivi par l'escadron de service polonais[B 6]. Le jour même, un incendie se déclare et ravage la ville en grande partie. Six chevau-légers protègent l'Empereur lorsqu'il quitte Moscou en le couvrant de leurs manteaux, afin de le protéger des débris incandescents rejetés par l'incendie de la ville[A 17]. Napoléon tente de négocier la paix avec le tsar Alexandre Ier, mais il échoue et donne l'ordre de quitter Moscou le 19 octobre. Le 1er lanciers est placé en arrière-garde avec pour mission de couvrir le passage de la Desna par les troupes françaises[A 20]. Pendant la retraite, les lanciers polonais, s'ils ne sont pas épargnés par le froid, sont le plus souvent évités par les cosaques de l'armée russe qui préfèrent s'en prendre aux lanciers rouges, mais cela n'évite pas plusieurs affrontements[C 15]. Ainsi, à Gorodnia (le lendemain de la bataille de Maloyaroslavets), Napoléon effectue une reconnaissance avec son état-major lorsqu'ils sont assaillis par une nuée de cosaques[B 6]. Les Polonais de Kozietulski accourent, engagent les cavaliers russes et, grâce à l'appui fourni par les chasseurs de la Garde puis par les dragons et les grenadiers à cheval, les mettent en déroute au prix de six hommes tués[A 21]. Au cours de la mêlée, le chef d'escadron Kozietulski est blessé d'un coup de lance en chargeant à la tête de son escadron[A 22],[B 6].

Au cours de la bataille de Krasnoïe, les lanciers se heurtent à des cosaques parmi lesquels ils font quelques prisonniers[A 23]. 38 cavaliers meurent néanmoins ce jour-là[B 6]. Le 27 novembre, le régiment traverse la Bérézina et perd 49 hommes lors de l'affrontement qui s'ensuit[A 24],[B 6]. Le 5 décembre, un renfort de 78 chevau-légers arrivé à Smorgoni sous les ordres du colonel Stokowski, ainsi que quelques chasseurs à cheval de la Garde et lanciers du 7e régiment, escortent jusqu'à Rovnopol l'Empereur qui a décidé de rentrer à Paris, laissant en chemin les deux tiers de son effectif[C 15]. Le reste du régiment escorte le trésor impérial et atteint Vilna le 9 décembre 1812[20]. Entré en Russie avec 1 109 cavaliers, le régiment ne compte plus que 437 soldats et 257 chevaux à la fin de la campagne[A 25].

Des cavaliers escortant un traîneau dans la neige.
Napoléon rentrant en France, escorté des lanciers polonais de la Garde. Peinture de Jan Chełmiński.

Campagne d'Allemagne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Campagne d'Allemagne (1813).

Au début de l'année 1813, les restes du régiment sont en terre polonaise. Les états de situation du 20 janvier mentionnent la présence de 437 hommes et 257 chevaux aux escadrons de guerre, plus une centaine de soldats au dépôt de Varsovie. Tant bien que mal, les cinq escadrons sont remis sur pied et étoffés : les restes du 3e régiment de lanciers de la Garde viennent pour être incorporés — théoriquement, car les membres du 3e conserveront leur individualité jusqu'à la fin mars, date à laquelle les deux unités seront définitivement fusionnées —, tandis que la compagnie de Tartares lituaniens, commandée par le capitaine Ulan, est placée à la suite du 1er régiment[A 26]. Encore renforcé par un arrivage de gendarmes lituaniens, l'effectif atteint alors 13 compagnies[21]. Cependant, la retraite n'est toujours pas terminée. Les Français doivent évacuer la Pologne, et, comme le note Jean Tranié, « ce n'est pas sans crainte pour leur famille que les polonais continuent à retraiter ». Le régiment, entre temps renforcé par la venue de 500 cavaliers tirés de la division Dombrowski, est bientôt complètement remonté. Il est à ce moment fort de 1 500 hommes[A 27].

Devant l'exceptionnelle pénurie de chevaux, presque tous disparus dans les neiges de Russie, Napoléon va être contraint d'employer plus que jamais la cavalerie de sa Garde pour la campagne qui s'annonce. Un premier affrontement a lieu le 1er mai 1813 à Weissenfels. Le maréchal Bessières, en reconnaissance avec un escadron de lanciers polonais de la Garde, est pris à parti par une batterie ennemie ; un premier boulet décapite le maréchal des logis Jordan des lanciers, et un second frappe mortellement le duc d'Istrie[A 28]. La perte est grande mais dès le lendemain, une grande bataille se déroule à Lützen. Alors que le corps du maréchal Ney vient d'être chassé du village de Kaja, l'artillerie de la Garde dépêchée sur place stoppe les Prussiens qui débutent à leur tour une canonnade. Une heure durant, la cavalerie de la Garde placée derrière ses batteries, dont quatre escadrons des lanciers polonais, va être soumise aux boulets et aux balles ennemis sans être engagée directement. « On serrait les rangs lorsque les hommes et les chevaux tombaient », raconte Chłapowski. Cependant, cette simple présence empêche l'ennemi de pousser plus avant, et donne à la Jeune Garde le temps d'arriver sur les lieux et de lancer une contre-attaque avec succès[A 29].

Les lanciers polonais de la Garde à Reichenbach, le 22 mai 1813.


Cette victoire française entraîne le repli des Alliés et ouvre la route de Dresde aux Français. Les lanciers polonais, outre la réparation du matériel, se voient adjoindre un huitième escadron. Le répit est toutefois de courte durée, et du 20 au 21 mai, a lieu la bataille de Bautzen, où les chevau-légers sont tenus en réserve[A 30]. Le matin du 22 mai, la poursuite est lancée, assurée, en plus de la cavalerie de la Garde sous les ordres du général Walther, par le 1er corps de cavalerie de Latour-Maubourg[22]. C'est à Reichenbach que Walther se heurte aux troupes du prince de Wurtemberg, forte de soldats des trois armes. Les lanciers polonais reçoivent l'ordre de se diriger sur les hauteurs près du village, puis, note Chłapowski, « faire demi-tour à gauche et nous jeter sur le flanc de l'ennemi pour l'obliger à se retirer ». La manœuvre s'exécute bien, et les deux escadrons de Chłapowski, suivis par deux autres sous Jerzmanowski, progressent sans encombre. C'est alors que les uhlans et les dragons russes s'interposent. Au cri de « Marche ! Marche ! », les Polonais dispersent leurs adversaires et font quelques prisonniers. Un moment mis en difficulté par une seconde charge des uhlans, Chłapowski reçoit l'appui opportun des cavaliers de Jerzmanowski, rétablissant la situation. Les lanciers polonais de la Garde gagnent ensuite les hauteurs et s'avancent contre l'arrière-garde ennemie. La cavalerie russe présente sur place est aisément refoulée, mais l'action s'est déroulée sous le feu de l'artillerie qui a causée des pertes sensibles. À ce moment arrivent en renfort les chasseurs à cheval de la Garde et les mamelouks, ainsi que les cuirassiers saxons. Ces derniers, toutefois, reculent et les Polonais doivent les remplacer sous la canonnade ennemie qui blesse quelques hommes. Les Russes, en face, se retirent progressivement, et l'affrontement de Reichenbach s'achève sans autre événement majeur pour le 1er régiment de lanciers de la Garde impériale[23].

Groupe de lanciers en pleine charge, officier en tête.
Les lanciers polonais de la Garde au combat de Peterswalde, le 16 septembre 1813. Peinture de Juliusz Kossak, 1883, collection du musée national de Varsovie.

Un armistice est bientôt signé entre la France et les Alliés. Les Polonais sont alors cantonnés à Dresde. Lors de cette courte période de paix, leur vie quotidienne est marquée par les fêtes et les loisirs, mais aussi par la lutte contre les bandes de partisans[A 31]. Au mois de juin 1813, un septième escadron est créé et l'effectif des cavaliers polonais passe à environ 1 750 officiers, sous-officiers et soldats[C 16]. Le corps est alors réparti en trois groupes : les trois premiers escadrons sont rattachés à la Vieille Garde, les 4e, 5e et 6e escadrons ainsi que les Tartares lituaniens sont incorporés dans la Moyenne Garde, tandis que le 7e escadron est rattaché à la Jeune Garde[A 31].

La guerre reprend bientôt, et cette fois, l'Autriche a rejoint la coalition contre Napoléon. En infériorité numérique, celui-ci remporte pourtant le 26 août une victoire décisive à Dresde. La Garde s'y est distinguée ; un escadron du 1er lanciers emmené par Jerzmanowski a capturé presque au complet un bataillon prussien, et au cours de la poursuite, le lieutenant Hempel avec 40 hommes ramasse 300 prisonniers[A 32]. Le , les 1er et 2e escadrons des lanciers polonais de la Garde, sous les ordres du chef d'escadron Fredro, se heurtent à Peterswalde au régiment de hussards prussiens du colonel Blücher, le fils du futur maréchal. Rapidement tournés, les hussards se dispersent, abandonnant leur colonel et une vingtaine d'hommes aux Polonais. Le chef d'escadron Jankowski, félicité, est décoré de la Légion d'honneur par l'Empereur lui-même[A 33]. Un mois plus tard, a lieu la bataille de Leipzig, dite aussi la « bataille des Nations » en raison du nombre des belligérants. Dans l'après-midi du 16 octobre, les cuirassiers autrichiens du régiment Somariva, qui ont réussi à s'approcher dangereusement de l'Empereur, sont contre-chargés et anéantis par plusieurs unités de cavalerie françaises. Les lanciers polonais de la Garde contribuent à ce succès de façon notoire, ainsi que l'indique un rapport du général Margaron[24]. Le 19, c'est la mort de Poniatowski, le généralissime des Polonais, et ceux de la Garde, écrit Tranié, « ne peuvent écarter la possibilité de rentrer chez eux afin de préserver l'avenir de leur pays ». Une entrevue avec Napoléon en personne le 25 octobre les convainc finalement de rester dans les rangs de la Grande Armée. La campagne de 1813 s'achève par un dernier combat, à Hanau, le 30 octobre. Les chevau-légers fondent à plusieurs reprises sur les Bavarois « aux prix de pertes sensibles », tantôt menés par Jerzmanowski ou Dautancourt, qui tous deux se verront récompensés à la fin de la bataille — le premier par la croix de la Légion d'honneur et le second par le grade de général de brigade. Le major Radziwill, qui a eu son chapska enlevé par un boulet, est commotionné et succombe à sa blessure quelques semaines plus tard[A 34].

En décembre 1813, le 1er lanciers de la Garde impériale se voit adjoindre le 3e régiment d’éclaireurs, ce dernier prenant alors le nom d'éclaireurs-lanciers avec pour colonels Krasiński et Dautancourt[A 35]. Dans un même temps, le régiment revient à huit compagnies composant quatre escadrons[25].

Campagne de France[modifier | modifier le code]

Article connexe : Campagne de France (1814).
Deux cavaliers, l'un sabrant le second.
Chevau-léger polonais contre hussard prussien, par Wojciech Kossak, 1914.

En janvier 1814, les Alliés entrent en France, décidés à renverser le régime impérial. Napoléon Ier réunit alors ses troupes pour les en empêcher. Commandés par le général Krasiński, les Polonais s'illustrent dans la plupart des rencontres de la campagne. À Brienne, chevau-légers et chasseurs à cheval de Lefebvre-Desnouettes pénètrent dans la ville et manquent de faire prisonnier Blücher[A 36]. Quelques jours plus tard, l'Empereur fait face à toute l'armée des Alliés à La Rothière. Les lanciers polonais tiennent d'abord à distance la cavalerie de Lanskoï, puis reculent face à celle de Wassilitchikov[A 37]. La disproportion des forces contraint les Français à la retraite ; Napoléon n'en reprend pas moins l'offensive peu après et vainc le général Olsoufiev à Champaubert, le 10 février. Les Polonais, arrivés trop tard sur le champ de bataille, se rattrapent le lendemain à Montmirail où, en liaison avec les chasseurs à cheval de la Garde, ils chargent l'infanterie prussienne de Yorck et contribuent à son repli[A 37].

La poursuite est lancée. Le 14 février, cette fois, c'est Blücher qui est accroché à Vauchamps par les troupes impériales. Les attaques françaises infligent de lourdes pertes aux Prussiens ; les lanciers de Krasiński s'élancent sur les fantassins de Ziethen et les dispersent avec l'appui des escadrons de cuirassiers de Grouchy[26],[A 38]. Les combats se poursuivent à Mormant le 17 février, à Montereau le 18. Le prince de Wurtemberg s'y est établi en force pour tenir le passage de la Seine. Les assauts d'infanterie français se révélant insuffisants, Napoléon donne l'ordre aux cavaliers du général Pajol d'enlever le pont. Pajol s'exécute et fait refluer l'armée adverse alors qu'au même moment, les escadrons de la Garde, dont celui des Polonais de Jerzmanowski, galopent à sa suite et prennent part à la poursuite[27]. Le 3 mars, l'escadron de service polonais surprend un détachement prussien à Rocourt et s'empare de son bivouac[28].

Entre temps, des renforts venus de Chantilly sont incorporés dans la Garde, avec pour commandant le général Louis Michel Pac[A 39],[29]. La capitulation de Soissons a permis au corps de Blücher d'échapper à la destruction. Napoléon, furieux, n'en arrête pas moins son offensive, et le 5 mars, ordonne à Nansouty de s'emparer du pont de Berry-au-Bac. Les cosaques de Wintzingerode sont refoulés par les lanciers polonais commandés par Pac et le chef d'escadron Skarzynski. Le pont est traversé, les fuyards russes qui tentent de se reformer sont dispersés, leurs bagages pris ainsi que 200 cosaques et deux canons[30],[A 39]. L'armée française peut franchir l'Aisne et se confronter aux forces coalisées à la bataille de Craonne, deux jours plus tard. L'infanterie du maréchal Ney échoue dans ses attaques, tandis que la cavalerie française se relaie dans des charges meurtrières sur le plateau. Les chevau-légers de Dautancourt font le coup de sabre du côté d'Hurtebise et mettent en fuite la cavalerie russe d'arrière-garde[31]. Le chirurgien-major Girardot est grièvement blessé à cette occasion et est fait baron de l'Empire[A 40]. L'échec de Laon oblige l'Empereur à la retraite, mais il se retourne contre les Russes de Saint-Priest à Reims. Le 3e gardes d'honneur du colonel Belmont-Briançon se heurte à une résistance déterminée, et il faut l'intervention des lanciers polonais de la Garde et des canons de Drouot pour s'assurer de la maîtrise de la ville. Le régiment polonais commandé par Krasiński franchit ensuite le pont de Saint-Brice et tombe sur une colonne prussienne en retraite, lui prenant 1 600 prisonniers, trois canons et ses bagages[32].

En grande infériorité numérique, l'armée napoléonienne se bat à Arcis-sur-Aube ; l'Empereur, un moment menacé par des cavaliers ennemis, est protégé par l'escadron de service polonais de Skarzynski[A 41]. Malgré la retraite française, les Alliés craignent encore Napoléon et décident de foncer au plus vite sur Paris. La capitale est attaquée le 30 mars. Le gros du régiment est absent, mais les lanciers restés au dépôt ainsi que les 80 éclaireurs polonais de Kozietulski font partie de la petite brigade de cavalerie de la Garde de Dautancourt[A 42]. D'abord envoyés à la Villette, les cavaliers de la Garde défendent en vain la butte Montmartre et s'efforcent d'enrayer la progression adverse. Des combats ont lieu dans les vignes de Clichy, mais la brigade prise sous un feu intense se réfugie dans l'enceinte de la ville et se rallie sur le boulevard des Italiens, où elle apprend la capitulation de Paris[A 42].

Escadron Napoléon[modifier | modifier le code]

Article connexe : Principauté de l'île d'Elbe.
Un soldat salue Napoléon avec à ses côtés un général.
Napoléon et le chevau-léger Piontowski à l'île d'Elbe. Composition de Louis Bombled.

Napoléon, à présent, est déchu et laisse place à la Première Restauration. Le régiment des lanciers polonais de la Garde est exclu de l'armée française et doit être licencié[33]. Mené par Krasiński, il est présenté à Paris au grand-duc Constantin, puis se met en marche vers la Pologne[A 43]. Le voyage de retour n'est pas toujours agréable, notamment lors de la traversée de la Prusse, mais ils sont accueillis chaleureusement et avec respect à leur arrivée au pays. Ils passent alors dans l'armée du royaume du Congrès[34].

Le retour des Bourbons n'a toutefois pas mis fin à l'existence du régiment. Le traité de Fontainebleau, qui a accordé à l'Empereur la souveraineté de l'île d'Elbe, a permis en effet la formation d'un contingent de la Garde pour l'accompagner. Les lanciers polonais en font partie. 108 d'entre eux, volontaires triés sur le volet, vont former un escadron commandé par le major baron Jerzmanowski[A 43]. Il est composé de 6 officiers, 2 trompettes, 11 sous-officiers et 90 hommes du rang, auxquels s'ajoutent 7 chasseurs à cheval de la Garde[C 17]. Les chevau-légers prennent le nom d'« escadron Napoléon » et sont divisés en deux compagnies : la compagnie à cheval composée de 22 cavaliers commandée par le capitaine Schultz — réputé pour ses 2,10 m — et la compagnie à pied de 96 hommes commandée par le capitaine Balinski[A 43],[C 18]. L'escorte quotidienne de l'Empereur est assurée en permanence par deux lanciers qui sont également affectés à la garde du Palais, en plus des 33 Polonais remplissant le service des sentinelles[A 43]. L'escadron aide par ailleurs au service des pièces d'artillerie et a la charge de la garde de l'écurie. Les officiers polonais sont casernés dans les maisons en contrebas du palais des Mulini, où habite Napoléon[35]. Malgré l'argent qui se fait rare, le séjour est agrémenté par l'arrivée de Marie Walewska, la maîtresse polonaise de l'Empereur, et de son fils Alexandre : Napoléon organise alors une fête à sa résidence de l'Ermitage où sont invités quelques officiers des chevau-légers[A 43].

Pressé par les événements, l'Empereur décide de retourner en France afin de reprendre le pouvoir, et le soir du 25 février 1815, Jerzmanowski reçoit l'ordre de monter avec ses lanciers à bord du bateau Le Saint-Esprit[A 43]. La petite flotte met le cap sur la France à la nuit, et débarque à Golfe-Juan le 1er mars.

Dernière charge de Waterloo[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de Waterloo.
Groupe de lanciers à la charge vus de face.
L'escadron polonais charge sur le Mont-Saint-Jean aux côtés des lanciers rouges de Colbert-Chabanais (illustration de Job).

Ayant suivi l'Empereur lors de sa reconquête du trône, les lanciers de Jerzmanowski s'installent à la caserne des Célestins où ils vivent dans des conditions difficiles : « les cavaliers couchent sur la paille et il n'y a guère de place à l'écurie pour les chevaux qui restent dehors. » (Jean Tranié)[A 44]. Durant la campagne de Belgique, les Polonais sont intégrés au 2e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde impériale et forment le 1er escadron[A 44]. À Ligny, l'escadron de Jerzmanowski charge les Prussiens de Blücher[36] et à Frasnes, il essuie des pertes lors d'une attaque contre l'infanterie de Nassau[C 18].

Après sa victoire de Ligny, Napoléon se porte à la rencontre de l'armée anglaise et le , débute la bataille de Waterloo. Dans l'après-midi, la cavalerie légère de la Garde impériale est en position sur la route de Bruxelles aux côtés de la cavalerie lourde de la Garde et des cuirassiers de Milhaud[C 17]. Le maréchal Ney, qui désire attaquer l'infanterie de Wellington disposée sur le Mont-Saint-Jean, s'élance d'abord avec les cavaliers de Milhaud, suivis par la brigade légère de la Garde commandée par Lefebvre-Desnouettes[A 45]. La première vague menée par les « Gros Frères » (surnom des cuirassiers) est décimée par le feu nourri des carrés britanniques. La cavalerie anglaise intervient et repousse les cuirassiers français en bas du plateau, mais elle est contre-attaquée par Ney qui est à la tête des chasseurs à cheval et des lanciers hollandais et polonais de la Garde restés en réserve[36]. Les cavaliers de la Garde se jettent à leur tour sur les carrés ennemis, se succèdent en de nombreux assauts : les Polonais, entraînés par Jerzmanowski, mêlés aux lanciers rouges, attaquent les soldats britanniques de leurs longues lances, réitèrent leurs assauts sans que la défense ennemie ne soit enfoncée pour autant[36]. Malgré le soutien tardif des grenadiers à cheval de Guyot et des dragons d'Hoffmayer, les lanciers ne réussissent pas à déloger Wellington du Mont-Saint-Jean et doivent se retirer. Le major Jerzmanowski est blessé au cours des combats[A 46]. Le 23 juin, l'escadron compte encore 72 hommes dans ses rangs. Huit soldats ont été tués au cours de la bataille de Waterloo, et 31 sont portés disparus[C 17].

Après la défaite, les chevau-légers lanciers polonais se retirent en ordre derrière la Loire sous les ordres du maréchal Davout[37]. Le , l'escadron est définitivement dissous et ses éléments sont intégrés dans l'armée russe[C 17]. Le major Jerzmanowski demande à accompagner l'Empereur sur l'île de Sainte-Hélène, mais ce souhait lui est refusé par les commissaires alliés.

Tradition[modifier | modifier le code]

Lanciers polonais de la Garde impériale lors d'une reconstitution à Tinqueux, avril 2014.

Sous la Deuxième République de Pologne, les traditions des lanciers polonais de la Garde sont maintenues par le 1er régiment de chevau-légers Józef Piłsudski (polonais : 1 Pulk Szwoleżerów Józefa Piłsudskiego), une unité de cavalerie dont le 2e escadron remplit les fonctions d'escadron de service auprès du président polonais[38].

Chaque mois d'août, depuis le milieu des années 1990, se déroule à Ciechanów et Opinogóra le festival « Retour des chevau-légers », qui est organisé par la ville de Ciechanów, le musée du romantisme d'Opinogóra, la faculté des arts du collège Aleksander Giejsztor et de nombreuses autres institutions et organisations. Pendant les spectacles, des groupes de reconstitution venant de pays tels que la Pologne, la Grande-Bretagne, la Biélorussie, la Lituanie et la Lettonie se présentent en uniformes historiques[39].

Historiographie[modifier | modifier le code]

Le rôle des lanciers polonais de la Garde impériale au cours des guerres napoléoniennes est surtout marqué par leur charge de Somosierra, en 1808 : ce fait d'armes peu commun a intéressé de nombreux historiens français, anglais ou polonais qui ont beaucoup écrit sur cet épisode ; mais des erreurs et des inexactitudes subsistent encore dans les ouvrages contemporains malgré les rectifications du colonel Niegolewski parus en 1854. D'autres affrontements concernant le régiment, comme Reichenbach en 1813, sont sujets à controverses et à contradictions entre les différents auteurs quant à la présence des Polonais et l'envergure de leur action.

Article connexe : Historiographie.

Somosierra[modifier | modifier le code]

illustration en noir et blanc d'un dignitaire polonais
Andrzej Niegolewski (1787-1857) conteste la véracité des écrits de l'historien Adolphe Thiers sur la charge polonaise de Somosierra. Illustration anonyme du XIXe siècle.

Entre 1845 et 1862, l'historien français Adolphe Thiers publie une Histoire du Consulat et l'Empire en vingt tomes et consacre notamment, à la page 365 du neuvième volume, un passage sur la charge des chevau-légers polonais à Somosierra :

« Le premier escadron essuya une décharge qui le mit en désordre en abattant trente ou quarante cavaliers dans ses rangs, mais les escadrons qui suivaient, passant par-dessus les blessés, arrivèrent jusqu'aux pièces, sabrèrent les canonniers et prirent les seize bouches à feu. »

— Adolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, vol. IX, Paris, Paulin,‎ [40].

Ce récit suscite le mécontentement du colonel Andrzej Niegolewski, vétéran du combat, qui expédie dès lors plusieurs lettres à l'auteur dans le but de rectifier la vérité historique, appuyé en cela par le général Krasiński, ancien commandant du régiment[41]. L'ex-lieutenant des chevau-légers souligne les nombreuses inexactitudes du texte de Thiers, notamment que la charge a été menée non pas par le 1er mais par le 3e escadron et que c'est ce dernier qui a réussi à s'emparer des canons, les 1er, 2e et 4e ayant seulement assuré la poursuite[42]. Il nie par ailleurs la présence du général Louis Pierre de Montbrun à la tête des Polonais, contrairement à ce qu'affirme le bulletin de l'armée, information reprise par Thiers[43],[B 8]. Cette erreur est à nouveau commise par Jean Tranié dans son ouvrage Les Polonais de Napoléon (1982) où il écrit, page 40, à propos du général français « commandant de la cavalerie légère du 1er Corps (maréchal Victor) il charge avec les chevau-légers polonais à Somo-Sierra. »[A 47]. Niegolewski accuse notamment Adolphe Thiers de vouloir « ternir l'éclat de nos grandes actions. »[44], ce à quoi ce dernier répond en promettant une réimpression du tome IX conforme aux dires de l'officier[45]. Cette correspondance est éditée en 1854 sous la forme d'un livre où le militaire polonais donne sa propre version des faits : Les Polonais à Somo-Sierra en 1808 en Espagne : Réfutations et rectifications relatives à l'attaque de Somo-Sierra décrite dans le IXe volume de l'« Histoire du Consulat et de l'Empire » par M. A. Thiers ; par le colonel Niegolewski.

Reichenbach[modifier | modifier le code]

Une autre querelle surgit à propos de la bataille de Reichenbach (22 mai 1813) après la publication de relations de l'affrontement par plusieurs officiers des lanciers rouges de la Garde impériale. Ces derniers notent que leur régiment a affronté une importante cavalerie russe et qu'au prix de lourdes pertes, il est parvenu à mettre en fuite ses adversaires, ces mêmes documents mentionnant un soutien du reste de la cavalerie de la Garde sans toutefois indiquer la présence des lanciers du 1er régiment[C 19]. Adolphe Thiers met lui aussi l'accent sur la charge des cavaliers de Colbert-Chabanais. Cet « oubli » engendre la réaction des anciens officiers polonais : le général Dezydery Chlapowski (chef d'escadron des lanciers polonais en 1813) relate à son tour sa propre version des faits où il insiste sur le rôle décisif de son régiment, sans parler d'une quelconque intervention des lanciers rouges[46]. Jósef Grabowski conteste dans ses Mémoires les écrits de Thiers et revendique la victoire pour le 1er lanciers[C 19],[47].

« M. Thiers (tome XVI, page 162) mentionne cette affaire, mais suivant son habitude de cacher les actions d'éclat des Polonais pour les attribuer aux Français, il dit que c'étaient les lanciers rouges de la garde impériale qui ont battu les Russes […]. »

— Jósef Grabowski, Mémoires militaires de Joseph Grabowski, Plon-Nourrit, p. 120[47].

Chefs de corps[modifier | modifier le code]

Portrait d'un officier polonais.
Le colonel Wincenty Krasiński (1782-1856), ancien de l'armée d'Italie, est chaudement recommandé par le général Dombrowski à Napoléon pour le commandement des chevau-légers polonais de la Garde[A 48]. Illustration anonyme du XIXe siècle.

Le 17 avril 1808, Wincenty Krasiński, ancien officier d'état-major de Napoléon, est nommé colonel des chevau-légers polonais et reste à ce poste jusqu'en 1814[A 48]. À la création du corps, le major en premier est Charles Delaitre, vétéran de la campagne d’Égypte et ancien officier des mamelouks de la Garde[B 1]. Le major en second, Pierre Dautancourt, provient de la gendarmerie d'élite et a participé au procès du duc d'Enghien ; il devient major en premier en novembre 1813[A 49],[B 1]. En 1812, Delaitre quitte le régiment des Polonais et est remplacé par Jan Konopka, mais celui-ci est nommé colonel du 3e lanciers de la Garde le 5 juillet[C 20]. C'est donc le prince Dominique Radziwill qui assure les fonctions de major en second pendant la campagne de Russie, et il conserve ce grade lors de la campagne d'Allemagne jusqu'à ce qu'il décède le 11 novembre 1813 d'une blessure reçue à Hanau[A 50]. Depuis le 30 mai, Jan Kozietulski est également colonel en second[C 21].

L'escadron de l'île d'Elbe est placé sous les ordres du colonel-major Paweł Jerzmanowski, qui commande l'extrême arrière-garde de l'armée en Russie[C 18]. Après le retour de Napoléon en France, le général Dautancourt se présente afin de reprendre le commandement des lanciers polonais, mais l'Empereur refuse et laisse Jerzmanowski à la tête de ses cavaliers[B 9]. Le capitaine Balinski est quant à lui fait chef d'escadron pendant les Cent-Jours.

Étendards et fanions[modifier | modifier le code]

Groupe de lanciers avec au centre le porte-étendard et au fond, Napoléon.
L'escadron de l'île d'Elbe : au centre, le porte-aigle présente l'étendard en soie blanche confectionné à Naples (peinture de Jan Chełmiński)[A 51].

La première aigle du régiment aurait été remise en 1811 par Napoléon lors d'une parade aux Tuileries[A 51]. Cet emblème du modèle 1804 disparaît lors de la chute de l'Empire[A 51]. Conçu par les ateliers de Pierre-Philippe Thomire, il porte à l'avers la mention « Garde Impériale - L'Empereur des Français au 1er Régiment des Chevau-légers lanciers », et au revers l'inscription « Valeur et discipline - 1er escadron »[A 51].

Sous l'ère napoléonienne, quatre porte-aigles se succèdent : les lieutenants Jordain, Verhagen, Zawidzki et Rostworowski[A 52]. En 1813, les chevau-légers polonais se voient remettre une nouvelle aigle de modèle 1812 qui disparaît également à la Première Restauration[A 53]. Pendant les Cents-Jours, l'emblème est celui des lanciers rouges auxquels ont été incorporés les lanciers polonais, et qui ne survit pas non plus au retour des Bourbons[A 54]. L'escadron des chevau-légers de l'île d'Elbe reçoit également un étendard particulier en soie blanche et orné d'une barre écarlate comportant trois abeilles d'or[A 52]. Il y est écrit à l'avers « Chevau-légers polonais - Escadron Napoléon », et au revers de l'étendard est brodé un « N » couronné[A 52].

Le régiment dispose par ailleurs d'un fanion de soie blanche constamment porté près du colonel afin de servir comme point de ralliement[48]. La première face a comme inscription « Devise du Polonais » et au centre une cocarde bleue avec une étoile amarante à six branches décorée d'un aigle couronné[A 35]. Chaque angle de l'étoile porte l'un des mots suivants : « Vertu », « Loi », « Ordre », « Patrie », « Honneur » et « Propriété »[A 35]. Entre chaque branche sont écrites trois valeurs du régiment[A 35]. La seconde face comporte la devise « Enseigne victorieuse » avec une cocarde bleue (où est notée l'inscription « Régiment des chevau-légers polonais près Napoléon ») et amarante, cette dernière partie incluant une étoile à cinq branches avec la lettre « N » et le mot « Libérateur »[A 35]. Une couronne de chêne en fil d'argent est brodée sous l'étoile[A 35].

Uniformes[modifier | modifier le code]

« On peut dire tout haut que parmi tous les régiments de la garde c'est le nôtre que l'on trouve généralement le plus beau. On loue la beauté des gens, l'élégance de l'uniforme, et l'énergie des mouvements de telle façon qu'à chaque apparition on est assailli ; cela nous ennuie un peu et provoque la grande jalousie des autres. »

— Propos du chef d'escadron Kozietulski sur l'uniforme du 1er lanciers dans une lettre à sa sœur[B 10].

Les tenues du régiment polonais de la Garde reprennent les couleurs de l'ex-cavalerie noble polonaise[B 10]. À la création du corps, l'équipement complet du chevau-léger coûte 835 francs car il est fabriqué à partir de matériaux de grande qualité mais en 1813, l'Empire est exsangue et le prix chute à 391 francs[B 10].

Troupe[modifier | modifier le code]

Un lancier polonais fumant une pipe.
Un chevau-léger polonais de la Garde impériale. Peinture d'Édouard Detaille.

Le régiment porte la coiffure nationale polonaise, le « chapska » à visière. La base comprend une plaque de cuivre marqué au centre d'un « N » couronné, ainsi qu'une large bande de tissu horizontale de couleur noire et blanche[49]. Le sommet de la coiffe est en drap cannelé cramoisi et surmonté du haut plumet blanc auquel sont accrochés des cordons de même couleur[50],[51]. Deux raquettes et glands blancs sont suspendus à ces cordons et sous le plumet se trouve la croix de Malte en fil d'argent[C 22]. La jugulaire est en tissu rouge recouvert d'une chaîne en métal[52],[49].

À la création du corps, l'uniforme de parade se compose d'une « kurtka » (veste) blanche avec pantalon cramoisi, mais cette tenue est rapidement abandonnée à cause de son coût élevé et de son inutilité (les chevau-légers sont très souvent en campagne)[53]. Un second kurtka est donc introduit : il se compose d'un drap bleu turquin à boutons blancs et revers cramoisis galonnés d'argent[B 10]. Les parements en pointe sont rouges avec un galon d'argent, ainsi que le collet[49]. Au dos, les retroussis sont cramoisis et argent, et les poches en long sont bleues avec passepoil rouge[49]. Deux de ces derniers partent du bas du kurtka pour aller jusqu'aux parements de la manche[49].

De 1807 à 1809, l'aiguillette de la Garde impériale est portée à droite et l'épaulette à franges en argent à gauche[49]. Lorsque les Polonais adoptent la lance, tout est inversé afin de permettre le maniement de l'arme, excepté pour les officiers[54]. Blanche pour la troupe, l'aiguillette est en fil rouge et cramoisi pour les sous-officiers, de même que pour l'épaulette[C 22],[49]. Le grade du cavalier est indiqué au-dessus des parements sous la forme d'une pointe en argent[49]. Le manteau (blanc pour la troupe[55]) est adapté spécialement pour ne pas gêner le maniement de la lance, et est surnommé « manteau-capote »[C 12]. Il remplace un précédent vêtement sans manches qui se révèle peu pratique après l'introduction de la nouvelle arme[B 11].

En tenue de route, le chapska est recouvert d'une toile cirée noire qui laisse seulement apparaître la jugulaire[C 22]. Les chevau-légers portent par ailleurs le kurtka bleu turquin à revers fermés avec un pantalon soit bleu soit gris à bande cramoisie[51]. La tenue d'écurie se compose d'un bonnet de police rouge à galon d'argent avec une flamme bleu turquin à gland et passepoil blancs[56]. Bucquoy indique aussi la présence d'un passepoil rouge[57].

Trompettes[modifier | modifier le code]

Un timbalier à cheval et deux trompettes à pied.
Timbalier et trompettes du régiment en grande tenue (peinture de Bronisław Gembarzewski).

1807-1810[modifier | modifier le code]

Pour les trompettes, deux modèles de coiffure correspondant à deux périodes successives existent : le premier (porté de 1807 à 1810) est identique à celui de la troupe à l'exception de la jugulaire dorée et de l'absence de raquettes[58].

La première tenue est de couleur cramoisie à revers blancs, ces derniers étant galonnés d'argent[58]. L'aiguillette et l'épaulette sont toutes deux blanches, et il en est de même pour le collet. Le pantalon est cramoisi à bande argentée[58]. Pour la tenue de route, les revers sont rouges à passepoil blanc, et le pantalon en drap noir présente une bande cramoisie garnie d'une rangée de boutons[58].

1810-1814[modifier | modifier le code]

Le second modèle apparaît en 1810 et apporte des changements importants à plusieurs endroits. Le drap cannelé du chapska passe du rouge au blanc ; le plumet arbore les mêmes couleurs, ainsi que les cordons[58]. Les raquettes réapparaissent et adoptent également les distinctives rouge et blanche[58]. La toile noire cirée protège la coiffe en campagne[58].

Les couleurs sont inversées par rapport au premier modèle, le kurtka devient blanc à revers cramoisis[58]. Des parements de couleur argent sont ajoutés à côté de chaque bouton[56]. Les franges de l'épaulette et l'aiguillette deviennent également bicolores, et un galon d'argent est rajouté sur les parements[56]. En revanche, le pantalon reste cramoisi à bandes argentées[7]. La petite tenue de service est en drap bleu céleste avec revers et collet cramoisis à galon d'argent, tandis que l'aiguillette présente une alternance de fil blanc et de fil rouge[59]. Le pantalon est quant à lui bleu turquin à bandes cramoisies[59]. Les trompettes montent tous des chevaux d'apparence blanche[B 11],[note 2].

Instrument[modifier | modifier le code]

La flamme de la trompette est en soie cramoisie avec franges et glands tressés de fil rouge et blanc[58]. Les détails de la broderie comprennent, au centre, un « N » couronné en fil d'or entouré d'une couronne de lauriers d'argent[58]. Au-dessus de cet ensemble, une banderole également argentée comporte l'inscription « Garde impériale »[58]. Sur le contour de la flamme sont cousues des feuilles de lauriers en fil blanc ainsi qu'un passepoil de même couleur[58]. Sur l'avers, la broderie comprend un contour de lauriers identique, mais avec au centre un aigle couronné en fil doré sur un fond de soleil d'argent[56]. La banderole portant les mots « Chevau-légers polonais » passe entre les serres de l'aigle[56].

Timbaliers[modifier | modifier le code]

Un cavalier frappant sur ses timbales.
Timbalier du régiment.

Le timbalier du régiment, Louis Robiquet, apparaît en 1810 lors du mariage de Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, et disparaît en Russie sans être remplacé par la suite[C 12],[B 11]. Il est coiffé d'une « confederatka » : un bonnet plat en poils noirs surmonté d'un chapska en drap cannelé cramoisi et doré[56]. La coiffe est décorée de plumes blanches et rouges[60]. La veste est cramoisie avec boutons et passepoils en fil d'or[60]. Cette tenue est recouverte d'une tunique blanche sans manches et galonnée d'or qui descend jusqu'au milieu des jambes[56]. La ceinture consiste en une écharpe cramoisie passepoilée d'or[60]. Le pantalon est bleu céleste à bande dorée et les bottes sont de couleur marron[56].

Les deux grandes timbales, disposées de chaque côté du cheval, sont recouvertes de franges d'or et d'une étoffe rouge brodée d'une couronne de lauriers avec au centre un aigle doré[60]. Des étoiles en fil d'argent sont cousues sur l'ensemble du tissu, ainsi que des broderies d'or sous chaque face de l'instrument[60]. Ce dernier porte l'inscription « Chevau-légers polonais » sur une banderole d'argent[60],[56]. Le cheval blanc lui-même est équipé d'un tapis allant du dos de l'animal jusqu'à sa croupe[56]. Ce tapis est cramoisi avec galon et franges dorées, et présente d'imposantes broderies en fil d'or[60]. La monture est décorée de plumes rouges et blanches ainsi que de glands rouges[60].

Officiers[modifier | modifier le code]

Officier à cheval au premier plan et au fond, un trompette.
Officier supérieur en grande tenue spéciale et trompette en grande tenue. Peinture de Bronisław Gembarzewski.

Les chapskas des officiers arborent les mêmes couleurs que celles des soldats, mais ils ont une bande horizontale noire et cramoisie à la place de la bande noire et blanche[61]. La bande rouge est brodée de feuilles en fil d'argent[61]. La croix de Malte est placée sur une cocarde tricolore plus imposante que celle de la troupe[61].

Le colonel Krasiński dispose pour les jours de parade d'une grande tenue dite « spéciale » : elle est en drap blanc avec revers et collet cramoisis[62]. Ces deux éléments de l'uniforme portent un galon brodé en fil d'argent, et les revers sont ornés de feuilles de même nature issues de chacun des boutons blancs[62]. Une des particularités de cet habit est de présenter une épaulette à franges d'argent sur chaque épaule : l'aiguillette blanche est fixée sous celle de droite (à l'inverse de la troupe)[62]. Seuls les kurtkis des colonels-majors présentent également une double épaulette[57]. Bucquoy pense néanmoins que la tenue blanche est destinée non pas seulement au colonel mais également à l'ensemble des officiers[57]. D'après les dires de témoins anglais, il semble qu'à Waterloo des officiers de l'escadron chargent dans cet uniforme en lieu et place de la tenue de campagne[A 44].

La grande tenue des officiers supérieurs se rapproche de celle des hommes du rang (drap bleu avec revers et collet cramoisis) tout en présentant quelques variations : une broderie en fil d'argent est cousue sur le galon des revers et du collet ainsi que sur les retroussis[62]. L'aiguillette est, à la différence de l'uniforme du colonel, attachée à une patte sans épaulette[62]. De plus, le pantalon est cramoisi à bandes argentées, et les officiers portent autour de la taille une écharpe en soie grise avec alternance de rouge[62],[51].

La tenue de campagne comprend une kurtka bleu turquin sans revers avec épaulette et aiguillette blanches[59]. Le chapska est recouverte d'un drap beige, seul le pantalon ne subit aucune modification[59].

Les officiers ont par ailleurs une « tenue de bal » entièrement blanche à l'exception des revers, du collet, des parements et des retroussis cramoisis[53]. Elle comprenait en outre un bicorne en feutre noir et une culotte avec des bas de soie blancs[53]. La « tenue de société » est identique à l'exception de la veste et des revers en drap bleu ainsi que du bicorne à plumet blanc[53]. Quant à la « tenue de quartier », elle comprend une confederatka, une veste bleu turquin sans revers avec épaulette et aiguillette, et le pantalon à bandes cramoisies[61].

Armement et équipement[modifier | modifier le code]

Peinture des soldats de l'île d’Elbe en marche vers Paris
Les soldats de l'île d'Elbe en marche vers Paris : au premier plan, le lancier polonais porte sur son dos sa chabraque, sa selle et son sabre. Illustration de Job.

À la création du régiment, en 1807, les cavaliers polonais reçoivent des sabres, des mousquetons et des pistolets tirés des arsenaux prussiens, mais ces armes se révèlent de piètre qualité[B 11]. En 1809, les chevau-légers sont finalement équipés du sabre des chasseurs à cheval de la Garde[B 11]. Les armes des officiers restent quant à elles plus légères[B 7]. Les pistolets et les mousquetons sont réglementarisés avec des modèles français[B 7]. La lance de 2,75 mètres, adopté en 1809, est en bois noir surmontée d'une flamme rouge et blanche[C 23]. Elle est portée dans une botte à gauche de la chabraque[51]. La selle est posée sur la chabraque de drap bleu. Le mousqueton modèle an IX long de plus d'un mètre peut être porté des deux côtés de la selle[55].

La giberne des chevau-légers est en cuir noir frappé d'un aigle couronné en cuivre[49]. Elle est rattachée par des buffleteries blanches, de même couleur que celles maintenant le sabre[55]. Les gibernes des trompettes sont identiques à celles de la troupe[56]. Le modèle des officiers possède un ornement plus élaboré : la buffleterie est en cuir blanc d'un côté et en tissu rouge de l'autre[62]. Elle est par ailleurs marquée d'un aigle couronné auquel pend une chaînette rattachée à un écusson décoré d'un « N » doré. La giberne est en cuir blanc passepoilé d'or avec au centre un imposant soleil doré orné d'un aigle[62].

Harnachement[modifier | modifier le code]

Concernant la chabraque de la troupe, elle est en drap pareil à celui de la kurtka avec un galon cramoisi bordé de passepoil blanc[51]. La broderie comprend un « N » couronné en fil blanc et un aigle également couronné de même couleur[55]. Concernant les trompettes, la chabraque de la première grande tenue est identique à celle de la troupe[63]. Elle perdure par la suite, mais uniquement pour la tenue de service[64]. La seconde chabraque de parade est en drap cramoisi à galon blanc, avec des ornements similaires à ceux de la troupe[7]. Le portemanteau cramoisi à passepoil blanc est le même pour les deux uniformes[58],[63].

Les chabraques des officiers supérieurs sont en drap bleu turquin galonnée d'une rangée d'argent bordée de passepoil rouge[59]. La broderie est identique à celle de la troupe[62]. Les chabraques des officiers subalternes ont pour unique différence une seule bordure en argent[61]. Les officiers pouvaient avoir en guise de selle une peau de panthère à la place du cuir[65],[66].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La graphie chevau-léger (sans « X » au singulier comme au pluriel) est plus courante à l’époque où ce corps existe encore, et c’est l’orthographe recommandée par l’Académie et le Petit Robert[2] ; cependant, d'autres dictionnaires, comme le Petit Larousse, le Littré ou Bescherelle, considèrent cet usage comme un barbarisme et recommandent chevaux-léger (avec le « X » au singulier comme au pluriel)[3].
  2. La plupart des chevaux blancs d'apparence naissent foncés et blanchissent avec l'âge. C'est le phénomène du grisonnement.

Références[modifier | modifier le code]

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  • Autres références
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  3. « Entrée chevau-légers du TLFi », sur http://www.cnrtl.fr/.
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  21. Brandys 1982, p. 147.
  22. Mané 2013, p. 2.
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  55. a, b, c et d Rousselot (troupe), p. 1.
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  60. a, b, c, d, e, f, g et h Bucquoy 1977, p. 130.
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  62. a, b, c, d, e, f, g, h et i Rousselot (officiers), p. 1.
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  65. Funcken et Funcken 1969, p. 43.
  66. Rousselot (officiers), p. 1 et 2.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Sources francophones[modifier | modifier le code]

Historique du régiment, uniformologie[modifier | modifier le code]

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Historiographie[modifier | modifier le code]

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Sources polonaises[modifier | modifier le code]

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  • (pl) Marian Kukiel, Dzieje oręża polskiego w epoce napoleońskiej,‎ . Document utilisé pour la rédaction de l’article
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Sources anglophones[modifier | modifier le code]

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