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Armée révolutionnaire française

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Armées républicaines
Infanterie de ligne française, 1793. De gauche à droite : officier supérieur, soldats des compagnies du centre, sergent de grenadiers et officier subalterne.
Infanterie de ligne française, 1793. De gauche à droite : officier supérieur, soldats des compagnies du centre, sergent de grenadiers et officier subalterne.

Les Armées républicaines françaises constituent la puissance militaire de la République française, chargée d'assurer la défense des idéaux républicains et l'ordre public pendant la période de troubles révolutionnaires qui suit la Révolution française. Quand la Révolution française s'est radicalisée, elle a rapidement été menacée par des ennemis extérieurs et intérieurs. Cet état de guerre permanent a mené à une succession de réformes des armées qui existaient en 1791, à savoir : l'armée du Rhin, l'armée du Nord et l'armée du Centre.

Ces trois armées ont d'abord été partagées en sept, puis en onze, avant de culminer à quinze armées après la réorganisation par Lazare Carnot, membre du Comité de salut public, à l'automne 1793.

Souvent nommées d'après le département d'où elles opéraient, elles disposaient chacune d'un journal qui lui était propre.

Parmi les principaux généraux figurent Napoléon Bonaparte, Jean-Baptiste Jourdan, André Masséna et Jean Victor Marie Moreau.

Organisation et mutations révolutionnaires

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En 1789, l'armée française se trouve à un tournant décisif de son histoire. À la fin des années 1780, l'armée de ligne, forte d'environ 165 000 hommes[1], est sur le point de connaître une transformation radicale[2]. Institution emblématique de l'Ancien Régime, elle doit affronter une double exigence : celle d'une régénération portée par les idéaux des Lumières, et celle d'une transformation radicale imposée par les événements révolutionnaires. Pour la majorité des Français, l'armée royale doit être réformée selon les principes de raison et d'égalité, mais elle doit demeurer une armée de métier[3]. Les Constituants partagent cette méfiance envers toute armée permanente, qu'ils associent au despotisme, et refusent initialement la conscription en décembre 1789[3].

Pourtant, la monarchie elle-même s'est révélée incapable de contenir l'effervescence révolutionnaire dans les rangs de l'armée, cause principale de sa chute[2]. Fondement de la monarchie française depuis le XVe siècle, l'armée en 1789 constitue donc le dernier rempart de la royauté face à la révolution, mais c'est un instrument de pouvoir affaibli[4]. Les chefs sont divisés sur les grandes lignes des réformes nécessaires. Les officiers doutent de la soumission de leurs hommes, et les soldats, unis entre eux, se méfient de leurs officiers dont ils sont séparés par une distance sociale et militaire considérable, tout en restant proches des gens qui composent les foules révolutionnaires[4]. L'armée d'Ancien Régime entre en crise profonde : l'effondrement de la discipline au sein de l'armée, l'insubordination des soldats et la démission en masse des officiers déstabilisent l'institution militaire[2].

Les réformes votées par l'Assemblée constituante en 1791 abolissent les châtiments infamants « à la prussienne », introduisent le principe d'égalité dans l'avancement, et améliorent significativement la condition matérielle et morale du soldat[5]. La réforme de l'avancement constitue l'élément central de la transformation révolutionnaire de l'armée en brisant le privilège de la naissance établi par l'édit de Ségur de 1781 et l'arbitraire de la faveur royale[6]. Mais ces mesures, bien qu'indiscutables, ne peuvent enrayer la chute importante des effectifs dans un contexte de tension grandissante avec les monarchies européennes[3].

C'est la guerre, déclarée en avril 1792, qui précipite la mutation de l'armée. Les Constituants en 1791, puis la Législative, trouvent dans les volontaires de la Garde nationale une simple force d'appoint, sans envisager de remplacer l'armée de métier[3]. Mais au cours de l'été 1793, le sort de la Révolution et le destin de la République se jouent sur les champs de bataille[3]. Face aux périls de l'été 1793, la Convention décrète le 23 août la levée en masse, premier service obligatoire[3]. Avant même cette mesure, la Révolution avait promu la figure du soldat-citoyen, réconciliant identité civique et militaire que Guibert et Robespierre jugeaient incompatibles[6].

Entre 1789 et 1798, c'est une véritable recréation de l'armée qui s'opère, bien au-delà d'une simple réforme[3]. De l'armée royale à l'armée de la Nation, cette transformation engage des mutations structurelles, tactiques et idéologiques qui redéfinissent en profondeur le rapport entre le citoyen, le soldat et l'État.

De l'armée royale à l'armée de la Nation

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La transformation de l'armée royale en armée nationale s'opère par étapes entre 1789 et 1792, au gré des crises politiques et des tensions croissantes avec l'Europe monarchique. Cette mutation intervient dans un contexte de faiblesse structurelle. Le gouvernement français était mal équipé pour répondre à l'ampleur du mouvement de révolte[7]. Luttant pour financer ses forces armées – avec la moitié des revenus de l'État consacrée au service de la dette accumulée par une longue série de guerres – la monarchie avait retiré la plupart des unités de l'armée de l'intérieur du pays vers des bases frontalières depuis des décennies[7].

Le serment devient le principal instrument de cette mutation. Le premier serment du 10 août 1789, qui engage à la fidélité « à la nation, à la loi et au roi », ne suscite guère d'opposition[8]. Mais le serment du 11 juin 1791, qui impose de lutter contre les conspirations sous peine d'infamie, provoque une première rupture[8]. La fuite du roi à Varennes accélère le processus : lorsque l'Assemblée exige un nouveau serment ne faisant plus mention du roi, 1 500 officiers refusent de le prêter et sont parfois attaqués par leurs propres soldats. De Varennes à la déclaration de guerre du 20 avril 1792, 3 800 officiers quittent l'armée dont peut-être 60 % émigrent. Le serment du 3 septembre 1792 « de maintenir la liberté et l'égalité » entérine cette évolution[8]. Environ 3 000 officiers de l'ancienne armée restent néanmoins en service lors de la proclamation de la République, pour la plupart au sein de la petite noblesse de province désireuse d'accéder à des grades supérieurs.

Parallèlement aux serments, les réformes de la Constituante transforment les structures. La loi du 25 mars 1791 affirme la primauté du pouvoir civil sur le pouvoir militaire et moralise les engagements[5]. Le Code pénal militaire du 30 septembre 1791 abolit les châtiments infamants et instaure l'égalité dans l'avancement[5]. Ces mesures, quoique ambiguës dans leur application, permettent un renouvellement profond : en 1792, un soldat sur trois n'appartenait pas à l'armée de 1789[9]. La grande proportion de soldats ayant fait un service militaire bref rendit l'armée de ligne semblable aux bataillons de volontaires nationaux[10].

Face à la menace de guerre en 1791, les Constituants puisent une force d'appoint dans la Garde nationale avec la première levée de volontaires de juin 1791. Ces citoyens actifs devant s'habiller et s'armer à leurs frais, élisent leurs officiers parmi des hommes ayant servi dans la Garde nationale ou l'armée royale[9]. Le décret du 4 août 1791 exige même que tous les officiers et sous-officiers aient servi dans la ligne ou dans la garde nationale[11]. Les profils des officiers de volontaires révèlent cette mixité : en 1793, une majorité d'entre eux avaient entre 26 et 40 ans et possédaient une ancienneté de service significative[12].

La levée de juillet 1792, après la proclamation de la patrie en danger, marque un tournant. La chute de la royauté fait sauter « la barrière entre les citoyens actifs et les citoyens passifs » : la Convention sera élue au suffrage universel et tous peuvent désormais défendre la patrie[13]. La levée de 1792 n'est « même plus bourgeoise par son encadrement »[13]. Toutefois, le passage de la Garde nationale vers l'armée de ligne reste marginal. Le mouvement inverse est bien plus marqué[10].

Les premiers combats de 1792 révèlent les faiblesses de cette armée en mutation. En avril, aux Pays-Bas autrichiens, les soldats du général Dillon s'enfuient et l'accusent de trahison. Il est tué par ses propres hommes. Biron échappe de peu au même sort. Devenue incontrôlable, l'armée menace davantage ses propres officiers que l'adversaire. La prise des Tuileries du 10 août précipite l'émigration de La Fayette et d'une vingtaine d'officiers le 21 août . Pourtant, après Valmy et Jemmapes, de nombreux volontaires de 1791 quittent leurs bataillons, se considérant comme une force d'appoint temporaire[14]. Face à la crise, la levée du 24 février 1793 constitue de fait une réquisition : 300 000 hommes répartis par contingents obligatoires entre les communes[14].

En trois ans, l'armée du roi est devenue l'armée de la Nation, non par un plan préétabli mais par une série de ruptures et d'adaptations forcées qui ont progressivement substitué la fidélité à la patrie à la fidélité au monarque.

Le soldat-citoyen : nouveau modèle militaire

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Le concept de soldat-citoyen émerge des débats des Lumières sur la réforme militaire. Dans son ouvrage Le Soldat citoyen (1780), Joseph Servan critique l'armée d'Ancien Régime comme inefficace et dégradante, dénonçant des officiers promus par naissance plutôt que par mérite et des soldats mal payés et mal traités[15]. Il proclame que le soldat doit être avant tout un citoyen, préservant sa dignité par la jouissance de ses droits : pour Servan, « la société civile et militaire ne fait qu'un »[15]. Toutefois, les penseurs ne s'accordent pas sur le contenu de cette régénération. Guibert souhaite transformer les professionnels en soldats-citoyens – mais pas en citoyens-soldats – capables d'autonomie et de discipline[16]. Paradoxalement, il proclame en 1790 l'incompatibilité radicale entre les deux états : les soldats doivent désirer la guerre quand les citoyens aiment la paix ; l'obéissance passive du soldat s'oppose à la liberté du citoyen[17]. Robespierre partage cette méfiance envers les militaires, naturellement portés au despotisme et prompts à séparer leur qualité de soldat de celle de citoyen[6]. En novembre-décembre 1789, la Constituante rejette d'ailleurs massivement la conscription proposée par Dubois de Crancé, au nom d'une « liberté à la Montesquieu » et par crainte que l'égalité ne soit bafouée par le remplacement[18].

La Révolution réconcilie pourtant progressivement identité civique et militaire. Le décret du 20 septembre 1790 proclame l'accès de tous les citoyens « à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents »[19], détruisant les barrières dressées par l'Ancien Régime. Les réformes de la Constituante redonnent dignité au statut militaire[6]. Selon Alexandre Lameth, les nouvelles lois sur l'avancement deviennent « un moyen de plus de les attacher à la constitution » en offrant la garantie de voir l'honneur récompensé par la reconnaissance publique[6]. Le député Chabroud affirme qu'il existe « une dignité d'homme et de citoyen que le soldat n'a pas abdiquée »[20], mettant fin à l'opposition entre discipline et esprit nouveau[21].

Le service militaire devient l'expression d'un droit politique fondamental[22]. Dans un État où les lois expriment la volonté générale, les citoyens n'obéissent qu'aux lois dont ils sont les auteurs[23]. En plaçant la force publique entre les mains du peuple souverain, la conscription devient un instrument de synthèse nationale et de transformation politique[23].

Dans la pratique, les volontaires incarnent cette fusion entre identité civique et militaire. Ils se considèrent comme « une force principalement civile qui combat momentanément pour la liberté »[24]. Cette conception explique pourquoi ils quittaient leurs bataillons après les campagnes, considérant leur service comme temporaire. L'élection des officiers s'impose comme une évidence dans les bataillons de volontaires. La bourgeoisie applaudit d'autant plus à cette règle qu'elle est « en accord avec celle de la société civile » et qu'elle contrôle ces élections dans les villages et petites villes[19].

Le citoyen-soldat développe également une méfiance envers la discipline militaire et ses aspects dégradants[24]. L'élection des officiers remet en cause la subordination hiérarchique traditionnelle. Cette tension entre l'idéal civique et les exigences militaires traverse toute la période révolutionnaire.

La loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798 consacre finalement cette évolution. Son article premier affirme : « Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie »[25]. Toutefois, il s'agit de créer « un peuple sous les armes et non un peuple en armes » : l'existence d'une force permanente composée partiellement de professionnels n'est pas récusée, mais pour éviter qu'elle ne s'érige en caste, des civils la rejoignent qui redeviendront civils après cinq ans de service[25].

Enfin, cette nouvelle identité revêt une dimension profondément masculine et nationale. Le service militaire devient l'une des institutions centrales de l'intégration dans l'État-nation moderne[22], un lieu où la masculinité et les identités sexuelles sont produites institutionnellement[26]. Les femmes restent exclues de cette citoyenneté armée, malgré quelques tentatives isolées de former une garde nationale féminine en 1792[27].

Levée en masse et nouvelle démographie militaire

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L'été 1793 marque un tournant décisif. La levée des 300 000 hommes du 24 février s'avère décevante : seuls 150 000 sont levés, et l'annonce de cette mesure déclenche la guerre civile dans l'Ouest[13]. Six mois de défaites ininterrompues, toutes les frontières franchies et des départements en guerre contre la Convention créent une situation tragique qui menace l'existence même de la République[14]. Les sans-culottes parisiens réclament une levée en masse qu'ils conçoivent comme « un soulèvement populaire spontané » destiné à donner « un coup de main provisoire » à l'armée[14].

Le 23 août 1793, la Convention décrète la levée en masse de tous les jeunes célibataires et veufs sans enfants de dix-huit à vingt-cinq ans, sans autorisation de remplacement[14]. Le décret stipule que « tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées » et assigne à chaque catégorie de la population un rôle selon l'âge et le sexe[28]. Les Montagnards remodèlent le projet de « soulèvement tumultuaire » dont ils craignaient l'inefficacité[14]. Pour la première fois, « l'obligation militaire [...] découle directement de la qualité même de citoyen »[27]. Un principe nouveau s'impose : l'individu fait partie de la nouvelle société s'il participe directement à l'effort de guerre en payant « l'impôt du sang »[29]. Cette mesure instaure une première forme de service personnel obligatoire qui en appelle au citoyen dont ce n'est pas la vocation professionnelle mais dont ce doit être la vocation citoyenne[30].

Parallèlement, l'amalgame présenté par Dubois-Crancé le 21 février 1793 et mis en œuvre à partir de l'été rapproche soldats-citoyens et citoyens-soldats. Il propose l'embrigadement, c'est-à-dire la juxtaposition de deux bataillons de volontaires et un de ligne au sein d'une unité nouvelle, la demi-brigade, où sont unifiées la solde, la discipline et les conditions d'avancement[14]. Ce dispositif évite la dispersion des volontaires tout en permettant aux combattants professionnels de transmettre leur expérience[14]. En 1793, la loi « permit de trouver rapidement des officiers subalternes dont on avait besoin pour encadrer l'armée de masse fournie par le pays »[31]. L'amalgame contribue à réaliser « l'unité de l'armée » et dresse « militaires d'ancien régime et volontaires nationaux » les uns contre les autres au sein des demi-brigades[31].

Les résultats de la levée diffèrent fortement selon les territoires. « Une France de l'adhésion se distingue d'une France du refus »[32]. En proportion de leur population, les villes donnent plus d'hommes que les campagnes, même si les ruraux sont en nombre absolu bien plus nombreux[33]. Les volontaires de 1792 se présentent en masse, environ 200 000 hommes[33], foule disparate faite de patriotes enthousiastes comme de pauvres en quête de subsistance[33]. Ces volontaires refusent d'être confondus avec les soldats de métier et leurs motivations sont souvent politiques : il s'agit de défendre les acquis de 1789[32].

L'opposition à la levée prend des formes variées. Les insoumissions s'expliquent par des motifs économiques – la réquisition prive certaines familles d'un jeune travailleur – autant que politiques[34]. Dans l'Ouest insurgé, les insoumis prennent les armes, contraignant les représentants en mission à suspendre toutes les levées d'hommes en l'an III pour éviter une reprise de l'insurrection[34]. Mais même dans ces terres de révolte, des républicains se présentent pour « voler au secours de la République et combattre les insurgés »[34].

L'armée de ligne elle-même évolue : davantage de paysans dans ses rangs, recrutement plus national, disparition quasi-totale des étrangers[33]. Subsistent toutefois 15 à 20 % d'officiers ci-devant nobles en 1793[33]. Dans les bataillons de requis, le fonctionnement démocratique s'impose. L'état-major est élu, tout comme les capitaines de compagnie et les autres gradés[35].

Toutefois, les montagnards ne conçoivent pas la levée en masse comme une institution durable[30]. Ils ne souhaitent pas la militarisation de la société et conçoivent la levée comme « une mesure d'exception et de salut public »[30]. L'absence de mécanisme de rotation provoque la désertion massive des réquisitionnaires et la chute des effectifs sous le Directoire[30].

Vie quotidienne et réalités du service

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À la différence des volontaires nationaux qui ont laissé de nombreux mémoires et correspondances, les soldats de ligne ont produit peu d'écrits personnels publiés[36]. Les principales sources disponibles sont les contrôles de troupe, registres tenus selon l'ordonnance du 24 septembre 1786, qui consignent pour chaque soldat son nom, sa date et son lieu de naissance, sa taille, la date de son engagement, ses grades successifs et la raison de sa radiation[37].

Certains registres dépassent toutefois leur fonction purement quantitative pour devenir de véritables « bibles patriotiques », où les quartiers-maîtres inscrivent « religieusement » les actions d'éclat et le courage déployé au service de l'Égalité, rayant parfois avec rage le nom d'un soldat jugé indigne par la troupe elle-même[38].

Le service militaire révolutionnaire s'apparente à une « institution totale » en ce qu'elle vise à réguler, normaliser et discipliner la conduite des individus[39]. Mais l'armée de conscription présente une particularité : contrairement aux forces professionnelles, elle ne cherche pas seulement à créer un microcosme social clos obéissant à ses propres règles, mais entend diffuser un modèle d'organisation sociale à travers la société tout entière.

Évolution tactique et innovation militaire

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Face à des professionnels autrichiens et prussiens rompus aux manœuvres complexes du XVIIIe siècle, l'armée de la Convention doit aligner des troupes de qualité très inégale, souvent dépourvues d'instruction militaire poussée[33]. Pour tirer parti d'unités nombreuses et motivées mais mal formées, les armées révolutionnaires adoptent un style résolument offensif visant à submerger l'adversaire[33]. Ces armées héritent d'un excellent matériel légué par la monarchie : les canons de Gribeauval et les fusils modèle 1777.

La cavalerie reste longtemps déficiente en raison de problèmes mal résolus de remonte et ne peut guère être utilisée seule au départ. Ce n'est qu'à partir de 1795-1796 qu'elle est regroupée et engagée par Bonaparte de manière massive, capable d'opérer indépendamment des autres armes.

La force principale de l'armée révolutionnaire réside dans sa supériorité numérique. Toutes ses victoires sont remportées grâce au nombre : à Valmy, les Français alignent 52 000 hommes contre 34 000 Prussiens, à Jemappes 40 000 contre 13 200 Autrichiens[33]. Face aux coûteux soldats professionnels des monarchies qu'il convient d'engager avec précaution, en privilégiant l'entraînement et la manœuvre, les armées révolutionnaires alignent des masses moins expérimentées mais pleines de ferveur[33].

Réorganisations et déploiement territorial (1791-1804)

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1791 : trois armées

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La première organisation des armées françaises qui attribue à chacune une région à défendre date de . Elle est le fait du ministre de la guerre, Narbonne[40].

L'Armée du Nord est commandée par Rochambeau, l'Armée du Centre par La Fayette et l'Armée du Rhin par Luckner.

1792 : dix armées

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Les dix armées en 1792 sont :


Alors qu'en , la France n’avait que 200 000 hommes sous les drapeaux, une levée en masse gonflera énormément les effectifs ; en juillet, on compte 500 000 soldats, en septembre, 732 000, et 804 000 en décembre[48], un chiffre considérable pour l'époque. Les effectifs seront répartis en un maximum de 15 armées (marine incluse)[49] :

.

Contrairement aux précédentes années, les armées nouvellement créées porteront, plutôt que le nom du département d'où elles opèrent, celui du pays qu'elles envahissent.

Les armées en activité sont :

De 1796 à 1804

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D'autres armées ont été créées par la suite :

Bellicisme révolutionnaire et conquête

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Construction mythologique et mémoire collective

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Notes et références

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  1. Scott 1978, p. 5.
  2. a b et c Scott 1978, p. 1.
  3. a b c d e f et g Crépin 2014, p. 159.
  4. a et b Scott 2002, p. 199-203.
  5. a b et c Crépin 2014, p. 162.
  6. a b c d et e Drévillon 2017.
  7. a et b Alpaugh 2024, p. 9.
  8. a b et c Reinhard 1962, p. 174.
  9. a et b Crépin 2014, p. 163.
  10. a et b Scott 1972, p. 510.
  11. Scott 1972, p. 509.
  12. Bertaud 1972, p. 535-536.
  13. a b et c Crépin 2014, p. 164.
  14. a b c d e f g et h Crépin 2014, p. 165.
  15. a et b Forrest 2004, p. 113.
  16. Crépin 2014, p. 160.
  17. Drévillon 2017, p. 8.
  18. Crépin 2014, p. 161.
  19. a et b Bertaud 1972, p. 515.
  20. Drévillon 2017, p. 10.
  21. Reinhard 1962, p. 171.
  22. a et b Hippler 2006, p. 9.
  23. a et b Hippler 2002, p. 5.
  24. a et b Hippler 2002, p. 11.
  25. a et b Crépin 2014, p. 167.
  26. Hippler 2006, p. 18.
  27. a et b Hippler 2002, p. 7.
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  29. Leclercq 1999, p. 39.
  30. a b c et d Crépin 2014, p. 166.
  31. a et b Bertaud 1972, p. 533.
  32. a et b Leclercq 1999, p. 40.
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  34. a b et c Leclercq 1999, p. 41.
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  43. Clerget 1905, p. 8.
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Bibliographie

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Articles connexes

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