Pierre Claude Pajol

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Pierre Claude Pajol
Image illustrative de l'article Pierre Claude Pajol

Surnom Le Héros de Montereau
Naissance
Besançon (Doubs)
Décès (à 72 ans)
Paris
Origine Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Empire français pendant les Cent-Jours Empire français (Cent-Jours)
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Cavalerie
Grade Général de division
Années de service 1791-1842
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Distinctions Grand aigle de la Légion d'honneur
Chevalier de Saint-Louis
Comte de l'Empire
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 8e colonne.
Autres fonctions Pair des Cent-Jours
Pair de France
(Monarchie de Juillet)
Famille (voir § Vie familiale)

Pierre Claude Pajol[1], né « Pajot » le à Besançon, mort le à Paris, grande figure de la cavalerie légère de Napoléon Ier, est un général d'Empire et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

14 juillet 1789[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise de la Bastille.

D'une famille honorable de la bourgeoisie, qui occupait une belle position dans la magistrature, et fils d'un avocat au barreau du parlement de Besançon, Pierre Claude Pajol étudit le droit à l'université de cette ville lorsque différents duels qu'il a avec des officiers de la garnison, et dont il se tire avec honneur, l'obligent à s'éloigner. Il quitte Besançon pour faire son droit à Paris. Arrivé à la capitale le 15 avril 1789, il suit le torrent des idées nouvelles, et s'occupe beaucoup moins de ses études que des événements qui se préparaient alors.

Le renvoi de Necker jette la consternation dans Paris. Le 12 juillet le peuple commence à sonner le tocsin, à prendre une cocarde tricolore, à courir aux armes : le jeune Pajol se mêle à ce mouvement. Nommé commandant d'une des sections de la compagnie formée dans le quartier Saint-Victor qu'il habite, il se rend avec elle sur la place Louis XV, où elle se joint à beaucoup d'autres corps du même genre, dont l'organisation a été improvisée, et aussi aux gardes-françaises qui vienne de se déclarer pour le peuple, en tirant sur la cavalerie du prince de Lambesc et en la chassant de la place.

Le lendemain on continue de sonner le tocsin et de s'armer. M. Pajol fait partie des volontaires qui se forment au Palais-Royal : et comme il est d'une haute stature et montre beaucoup d'activité, on le nomme sergent d'une de ces compagnies qui se réunissent à celles de la Basoche et des Tailleurs et à une masse considérable de peuple et d'ouvriers. Toutes ces colonnes d'insurgés se rendent, avec M. Pajol, à l'Hôtel des Invalides. On fouille les caves et l'on y trouve 30 000 fusils, avec lesquels le peuple et la garde nationale s'arment. On prend aussi les canons qui sont sur l'esplanade des Invalides, et, les plaçant en tête, on marche le long des quais jusqu'à l'Hôtel de ville de Paris.

Dès l'aube du jour, le 14 juillet, peuple et garde nationale sont sous les armes, criant : « À la Bastille ! » On les y conduit bientôt. Vers midi la garnison de cette forteresse s'étant refusé à capituler et ayant tiré à mitraille sur les citoyens, le peuple court au pont, en fait sauter les chaînes, enfonce les portes à l'aide du canon pris aux Invalides, se rend maître du fort et venge la mort des siens par celle du marquis de Launay, gouverneur de la prison-forteresse, et d'une partie de la garnison. Pajol combat durant toute cette journée à côté et sous les ordres de Hulin.

Après les journées des 5 et 6 octobre 1789, il est devenu impossible pour Pajol de continuer son droit. Il retourne donc dans sa famille en cette fin d'octobre 1789.

Officier de l'armée révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Armée révolutionnaire française.

Pajol s'enrôle le 21 août 1791, dans le 1er bataillon de volontaires du Doubs, et il y devient sergent-major le 1er juin de la même année. Le comte de Narbonne, ministre de la Guerre en décembre 1791, ayant eu l'occasion, lorsqu'il commandait en chef les gardes nationales de la Franche-Comté, d'apprécier les heureuses dispositions du jeune Pajol pour la carrière des armes, lui envoie le brevet de sous-lieutenant au 82e régiment d'infanterie, ci-devant régiment de Saintonge, le 12 janvier 1792.

Lieutenant le 27 mai de la même année, il combat le 20 septembre suivant, à Valmy. Passé dans le corps de grenadiers, surnommé l'armée infernale, le premier, il pénètre dans Spire et reçoit à cette affaire une blessure à la main gauche le 30 septembre 1792, qui ne l'empêche pas de marcher sur Worms. Il sert alors à l'armée de Mayence. Custine, qui la commande, le charge d'éclairer l'aile gauche de l'armée : il part du camp d'Ebersheim, dans la nuit du 13 octobre, avec 100 hommes, enlève chemin faisant, Neustadt, Turckeim et Alsey, et arrive devant la place avant la cavalerie.

Pajol assiste donc au premier siège de Mayence. La place ayant capitulé le 21 du même mois, il continue de s'avancer en éclaireur jusqu'à Francfort, entre dans cette ville, et concourt le 8 novembre, au succès que le général Houchard obtient sur les Prussiens près de Limbourg. Il se distingue d'une manière non moins brillante le 6 janvier 1793, à la bataille d'Hochheim, ainsi que le 4 avril, pendant une sortie de la garnison de Mayence (second siège de Mayence). Quoiqu'il a le bras gauche fracturé dès le commencement de l'action, il continue son service.

Forcé de rentrer dans Mayence, que les Prussiens investissent, il reçoit l'ordre le 8 avril, de faire une sortie de nuit, à la tête de 2 compagnies, et de s'emparer d'une des redoutes de Biebrich, défendue par 150 Hessois et trois pièces de canon. Quoique grièvement blessé dans cette vigoureuse affaire par un biscaïen qui lui fracture le bras gauche, il n'en ramène pas moins dans la place les 150 Hessois prisonniers et les trois pièces de canon. Instruits de cette belle conduite, les membres de la Société des amis de la liberté et de l'égalité de Besançon, lui adressent l'extrait suivant du registre de leurs délibérations  :

« Il a été délibéré qu'on enverrait une députation de douze sociétaires au citoyen Pajol, lieutenant au 82e régiment, pour lui témoigner la satisfaction des vrais amis de la liberté et de l'égalité, sur l'intrépidité et le courage qu'il a montrés à Mayence, où il a été grièvement blessé, et qu'il lui serait envoyé une couronne civique. »

— Fait à Besançon, le 12 août 1793, an II de la République. Mathieu, président, Prudhon, secrétaire.

En 1793, au cours du siège de Mayence, il est de nouveau blessé. Prisonnier, il est libéré lors de la capitulation de la forteresse et revient se soigner à Besançon.

Après sa guérison, Kléber, alors commandant en chef l'armée de Sambre-et-Meuse, admet le lieutenant Pajol à son état-major, en qualité d'aide de camp le 1er prairial an II (janvier 1794). Il se lie alors d'amitié avec Ney qui est adjudant général dans le même état-major. Il justifie cette marque d'estime par la valeur qu'il déploie le 28 prairial (18 juin), au combat de Trazegnies (également appelé bataille de Marchiennes, dite « du brouillard ») ; le 8 messidor, à Fleurus, où il a un cheval tué sous lui ; le 13 messidor, à l'enlèvement des redoutes des postes du mont Palissel et du bois de Haré ; le 27 messidor, à la prise de vive force du poste de la Montagne de Fer, près de Louvain, puis à la bataille d'Esneux, au passage de la Roer et au siège de Maastricht. Kléber, pour le récompenser de ses bons services, l'envoie présenter à la Convention nationale les trophées de cette rapide campagne. Présenté à celle assemblée le 22 brumaire an III, il dit :

« Je viens déposer au sein de la Convention, 36 drapeaux que l'armée de Sambre-et-Meuse vient tout récemment d'enlever à nos ennemis : l'un leur a été arraché au mont Palissel, 4 au fameux combat d'Esnen, et les 33 autres ont été déposés sur les glacis de Maastricht, devant les soldats de la liberté[2]. »

La Convention accueille par de vives acclamations et le discours et l'orateur, qui, admis aux honneurs de la séance, reçoit du président l'accolade fraternelle. Nommé capitaine au 6e d'infanterie légère le 28 pluviôse an III (1795), il rejoint Kléber.

Ce général, qui médite alors le passage du Rhin, l'envoie rassembler en Hollande, des bateaux nécessaires à cette opération, laquelle a lieu les 19 fructidor et 20 fructidor (4-5 septembre 1795), à Ordingen et à Heck-el-Kamp. Pendant l'action, le capitaine Pajol et le général Lefebvre, commandant les grenadiers réunis pour cette entreprise, traversent le fleuve les premiers, et repoussent les troupes qui garnissent la rive opposée, tandis que le reste de l'armée effectue son débarquement. Il a encore l'occasion de se signaler au passage de la Vupper, à celui de la Sieg et à la bataille d'Ukerath le 18 avril 1797. Le 4e jour complémentaire, il reçoit une balle au bas-ventre, et perd un cheval au passage de la Lahn.

Passé à l'armée du Rhin sous Moreau, Pajol, qui a été fait chef de bataillon le 20 pluviôse an IV (9 février 1796), charge pendant la bataille d'Altenkirchen le 16 messidor, à côté du général Richepanse, une colonne ennemie à laquelle il fait éprouver une perte de 3 000 hommes et de 12 pièces de canon. Durant cette campagne, il ne cesse de donner des preuves d'intrépidité, principalement au combat de Friedberg, devant Francfort, où son cheval tombe sous lui, frappé par un boulet ; le 17 fructidor, à la prise de Bamberg ; le 21 fructidor, à celle de Forchheim ; le 30 fructidor, à Salzbach et aux autres combats du Naab et de Schweinfurt. Il assiste à l'occupation de Francfort, puis de Wurtzbourg.

Pajol en uniforme de hussard.

Le commandant Pajol entre le 5 thermidor an V, dans le 4e régiment de hussards. Passé avec son corps à l'armée du Danube, il mérite au passage du Rhin effectué le 10 ventôse an VII, les éloges du général en chef Jourdan. Pendant la retraite de l'armée, il a un cheval tué sous lui à la bataille d'Ostrach le 1er germinal ; le 5 germinal, à Liebtingen (15 mars 1799), il met en déroute avec 2 escadrons, l'infanterie ennemie, et contraint 2 bataillons à déposer les armes. Le soir de cette même journée, s'étant précipité le premier au milieu de la cavalerie autrichienne, son cheval tombe blessé mortellement, et lui-même, atteint d'un coup de sabre, aurait succombé, si, s'élançant sur un cheval démonté, il ne s'était frayé un passage à travers les rangs ennemis. Chargé ensuite de protéger le mouvement rétrograde de l'armée, il prend position au débouché de Furtwangen et de Triberg, sans avoir été entamé, quoique sans cesse harcelé par des forces supérieures. La nuit suivante, l'armée continue sa retraite ; le chef d'escadron Pajol n'est point prévenu, et ce n'est que le matin, qu'entouré d'ennemis qui le somment de se rendre, qu'il peut apprécier sa position désespérée. Ne prenant conseil que de son énergie, le brave commandant se dégage par une charge des plus audacieuses au milieu des rangs autrichiens, se fraie un passage l'arme au poing, et ramène par la Forêt-Noire ses troupes jusqu'à Offenbourg, où il rejoint l'armée sans avoir éprouvé de pertes considérables.

Pajol fait la campagne de 1797 sous Hoche, comme officier d'état-major. Quelque temps après, Kléber ayant pris le commandement de l'aile gauche de l'armée d'Angleterre, qui forme celle d'Égypte, écrit à Pajol et au colonel Mortier de venir le rejoindre à Toulon pour s'y embarquer et servir de nouveau près de lui. Ces deux officiers partent ensemble de Coblentz ; mais arrivés à Lyon, ils apprennent que l'expédition est partie pour l'Égypte. Ne pouvant espérer la rejoindre, ils retournent chacun à leur poste.

Hussard de Napoléon Ier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hussard.

À la seconde Coalition (1799), envoyé avec son régiment à l'armée d'Helvétie, le commandant Pajol est nommé le 6 prairial (25 mai 1799), par le général en chef Masséna, chef de brigade sur le champ de bataille où il vient de se distinguer par une action des plus extraordinaires : ayant eu son cheval tué dans une charge en avant de Winterthour, il tombe au pouvoir des Autrichiens. Le capitaine Gérard (depuis Maréchal de France et Grand chancelier de la Légion d'honneur), rallie son escadron, charge l'ennemi et délivre son commandant, qui, dépouillé de ses vêtements, monte un cheval de prise, ranime l'ardeur de ses cavaliers et tombe sur les Autrichiens, dont il fait un horrible carnage. Il se distingue à la deuxième bataille de Zurich et dans la poursuite de Souwarow.

Le 29 messidor, le Directoire continue sa promotion, et l'investit du commandement du 23e régiment de cavalerie. Le 3 thermidor, appelé à celui du 6e régiment de hussards, et employé à l'armée d'Italie, sous Schérer, son régiment est presque entièrement détruit dans la retraite qui suit la perte de la bataille de Novi, à l'issue de laquelle, il revient en France pour réorganiser son corps.

Peu après, le gouvernement l'envoie à l'armée du Rhin, sous les ordres de Lecourbe, dont il forme l'extrême avant-garde. Mœskirch, Biberach, Stockach, Höchstädt, sont témoins de son courage. Il surprend le 9 thermidor an VIII, à Neubourg, un régiment de cuirassiers autrichiens, fait 300 prisonniers et détruit le reste. Moreau lui fait des éloges pour sa conduite à la bataille de Hohenlinden, lui décerne un sabre d'honneur, et lui confie la défense des gorges du Tyrol. C'est le chef de brigade Pajol qui entre le premier dans Füssen, après avoir culbuté l'infanterie ennemie et l'avoir jetée dans le Lech.

La paix de Lunéville ramène cet officier supérieur en France. La Légion d'honneur ayant été fondée, il devient membre de cet ordre le 19 frimaire an XII, et officier le 25 prairial de la même année. Il reçoit ordre d'aller s'embarquer avec son régiment au Helder pour faire partie de l'expédition d'Angleterre. Mais, après avoir passé six semaines à bord des bâtiments, il est appelé à la Grande Armée en l'an XIV. Il est en 1805, au 2e corps de Marmont dans la division de cavalerie de Lacoste avant de passer sous les ordres du maréchal Davout. Il fait la campagne de 1805 en Autriche, se signale à Ulm, à Leoben, aux ponts de Vienne et à Austerlitz.

La charge des hussards prussiens à la bataille d'Heilsberg.

Il prend à cette époque la tête de « l'Infernale », la 1re brigade de la division Lasalle (5e, 7e Hussards et 3e Chasseurs).

Pendant la campagne de 1806, en Prusse, il se fait remarquer à Iéna, dans le corps Joachim Murat, grand-duc de Berg. L'empereur l'élève au grade de général de brigade après Eylau, par décret du 10 mars 1807. Le 9 juin suivant, il se fait remarquer à la bataille de Guttstadt. Le 12, à Heilsberg, il a un cheval tué sous lui, et soutient avec sa brigade la charge de toute la cavalerie ennemie, ce qui donne le temps à la cavalerie française de se rallier. Après la bataille de Friedland il passe le premier la Pregel, harcelant sans cesse l'ennemi, avec lequel il entre à Tilsitt. Là, le prince Bagration lui remet, de la part de l'empereur de Russie Alexandre Ier, pour les faire parvenir à Napoléon, les propositions de l'armistice qui précède la conclusion de paix de Tilsitt.

Autorisé à porter la décoration de l'Ordre du Lion « de Bavière » en 1808, il a le commandement de toute la ligne d'avant-postes sur la frontière de Bohême, et reçoit au mois d'avril 1809, du feld-maréchal Bellegarde, la déclaration de guerre de l'Autriche. En même temps, assailli sur tous les points, il contient l'ennemi avec 2 000 hommes de cavalerie jusqu'à ce que le maréchal Davout a rassemblé son corps d'armée, dont il éclaire la marche sur Ingolstadt. Le passage du Danube effectué à Ratisbonne, il combat le 21, à Piessing, et empêche les Autrichiens de se porter sur la gauche du maréchal. Après avoir contribué au gain de la bataille d'Eckmühl, pendant laquelle il perd 2 chevaux tués sous lui, il arrive le 24, sous les murs de Ratisbonne, où il fait 2 000 prisonniers. Cette manœuvre audacieuse lui vaut le lendemain, de Napoléon Ier, témoin de son intrépidité, le titre de commandant de la Légion d'honneur. Harcelant ensuite les troupes autrichiennes dans leur retraite en Bohême, il y pénètre avec elles, et va leur livrer de nouveaux combats, mais un ordre le rappel à la partie de l'armée qui vient d'occuper Vienne. Il est créé baron de l'Empire après la Bataille d'Essling le 28 juin 1809.

Arrivé dans l'ile Lobau le 4 juillet, il expulse l'ennemi des plaines d'Essling le 5, et prend position sur la Nesselbach. Le 6 juillet, jour de la bataille de Wagram, il paralyse par des charges multipliées et conduites avec une intelligence et une intrépidité dignes des plus grands éloges, les tentatives de la cavalerie autrichienne pour se rapprocher du Danube. C'est dans l'un de ces combats, qu'à la tête du 11e de chasseurs, il détruisit complètement un régiment de dragons dont le colonel, enlevé par lui de son cheval, est fait prisonnier. Balayant ensuite la route de la Taya, il refoule l'ennemi sur les hauteurs de Znaïm, et là, comme à Tilsitt, il reçoit les premières propositions d'un armistice qui amène la conclusion du Traité de Schönbrunn (14 octobre 1809). Les hostilités ayant cessé, le général Pajol est appelé à prendre le commandement de la cavalerie qui se trouve à Dantzig et sur la ligne de la Vistule. Trois mois après, le général Pajol obtient un congé.

Pendant la campagne de Russie (1812), sa brigade regroupant le 2e Chasseurs à cheval et de Lanciers polonais, forme l'avant-garde du 1er corps de Davout. Il passe le premier le Niémen le 24 juin, s'empare de Kowno, prend Ére, Zimori, Wilna, Minsk et ses immenses magasins et chasse d'Ochmiana le corps du général Doctorow (au moment où celui-ci y entre).

Instruit que le grand parc d'artillerie du général Bagration, dont il a défait l'arrière-garde à Ochmiana, a choisi une route difficile, il se met à le poursuivre avec cent des meilleurs chevaux de son avant-garde. Cette expédition, qui est couronnée de succès, lui vaut le grade de général de division par décret du 7 août 1812.

Chargé d'observer la place de Bobruisk, sur la Bérézina, le général Pajol réussit à maintenir la garnison et à tromper l'aile gauche de l'armée russe, qui, changeant sa direction, facilite au général Davoust la prise de Mohilow. Toujours aux prises avec les Russes, il leur enlève Drombrowna, Krasnoë (où il est blessé), Orcha, Rassana, les chasse de la rive gauche de la Dwina, débloqua Witepsk, et prend Poriéchi.

Après avoir traversé le pays, il vient se mettre en ligne la veille de la bataille de la Moskowa (5-7 septembre 1812). On le voit y combattre avec sa bravoure accoutumée, tandis qu'expirent autour de lui les généraux Montbrun, Caulaincourt, Désirat et ses deux aides-de-camp. Deux chevaux déjà viennent d'être tués sous lui ; il en monte un troisième ; survient un obus qui emporte le cheval, renverse le cavalier et blesse le général Subervie, au moment où il reçoit des ordres de Pajol. Trois fois démonté, trois fois il reparait en tête de sa cavalerie, chargeant comme un soldat. Enfin, débordant avec sa cavalerie la grande redoute des Russes pendant que l'infanterie l'enlève, il force l'ennemi à la retraite.

Le 9 septembre, il occupe Mojaïsk, où il fait deux bataillons russes prisonniers. Dans l'engagement qui précède son entrée dans cette place, une balle lui fracasse le bras droit. Pajol doit céder son poste à Exelmans. Le bras droit cassé d'un coup de fusil, son cheval tué, il n'en poursuit pas moins les débris de l'armée russe et les pousse le sabre aux reins jusqu'aux portes de Moscou. L'incendie de Moscou nécessite comme on sait, la retraite de l'armée française. À Bober, Napoléon mande le général Pajol pour obtenir de lui des renseignements sur la Bérézina, et celui-ci qui a étudié, d'une manière particulière, le cours de cette rivière, indique Zambinen comme le seul point guéable : c'est donc vers cet endroit que se dirigent les restes de la Grande Armée.

La Bataille de Dresde, gravure, Edme Bovinet (1767-1832).

À peine guéri de sa blessure, il prend le 5 mai 1813, le commandement de la 2e division de marche du 1er corps de cavalerie, avec laquelle il se trouve aux grandes journées de Lützen, Bautzen et Buntzlau. Chargé, après l'armistice du 4 juin, d'observer la frontière de la Bohême sur la rive gauche de l'Elbe, il s'attire la confiance des habitants de la contrée par la discipline sévère qu'il maintient parmi les troupes sous ses ordres. Le 10 mai, l'armistice ayant été rompu, le général Pajol, demeuré seul pour défendre une ligne immense, se replie sur Dresde, n'ayant à opposer à des forces éminemment supérieures que 2 000 hommes d'infanterie, une batterie d'artillerie légère et sa division de cavalerie. Toutefois, il parvient intact à sa destination. Pendant deux jours, il résiste aux attaques des Austro-Russes, qui cherchent à pénétrer dans Dresde, ce qui donne le temps à Napoléon d'y arriver avec sa garde et une partie de la Grande Armée.

Après la Bataille de Dresde, il se rend maître de Pirna et des défilés de Gelbout, rallie les débris du corps du général Vandamme et garde les débouchés de la Bohême. Napoléon, qui par la négligence des officiers de son état-major a manqué d'être pris, lui fait donner l'ordre de se rendre auprès de lui, disant « qu'il n'a plus de général de cavalerie que Pajol ; que celui-là sait non-seulement se bien battre, mais ne pas dormir, se bien garder et n'être jamais surpris. »

Il obtient une belle victoire à Dresde les 26-27 août. C'est de l'une de ses pièces que part le boulet qui emporte les deux jambes de Moreau. Il combat ensuite à Leipzig à la tête du 5e corps de cavalerie, incorporant la division légère de Subervie et les dragons de Lhéritier et Milhaud.

Présent à la bataille de Hanau, Pajol commande encore son corps quand, à Wachau, un obus éclatant sous le poitrail de son cheval, l'enlève, dit-on, à plus de vingt pieds en l'air, lui casse le bras gauche et lui fracasse les côtes. « Je fais une grande perte ! s'écrie l'Empereur en contemplant les débris du cheval du général Pajol, que je ne remplacerai pas de sitôt ; si Pajol en revient, il ne doit plus mourir. » Laissé pour mort au milieu des combattants, il y aurait été oublié sans le dévouement et le courage de son premier aide de camp, le lieutenant-colonel Biot, et de ses officiers, qui l'enlèvent et le conduisent à l'ambulance. Blessé grièvement, il est évacué en France. Le titre de comte de l'Empire lui est conféré par décret impérial du 25 novembre 1813.

Le « Héros de Montereau »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Montereau.
La Bataille de Montereau, gravure, d'après « le colonel » Jean-Charles Langlois (1789-1870).

Il a encore le bras en écharpe lorsque deux mois après il vient offrir ses services à l'Empereur, qui lui confie le commandement de l'armée d'observation de la Seine, de l'Yonne et du Loing (décret impérial du 20 janvier 1814), avec le titre de général commandant la division de réserve, à Melun. Obligé de suivre l'armée dans sa retraite, il détruit les ponts, prend position sur Yerres et occupe Melun. Après avoir transporté son quartier général à Nogent-sur-Seine le 22 janvier, il se décide, de concert avec l’officier du génie Durivau, directeur des études à l’École polytechnique qui vient de lui être attaché, de fortifier les ponts de la Seine et de l'Yerres, barrant ainsi la route de Paris aux armées alliées.

Napoléon l'ayant appelé auprès de lui à Guignes le 15 février 1814, lui communique son projet sur Montereau, et lui ordonne d'y arriver avec son corps le 17 de grand matin pour attaquer les ennemis qui sont sur les hauteurs de Surène. Le 16, il entre dans Châtelet, après un combat acharné ; le 17, il débouche à six heures du matin des bois de Valence, en débusque l'avant-garde ennemie, et, la forçant à se replier sur son corps de bataille, il l'attaque par le flanc droit se croyant soutenu par le maréchal Victor, qui doit se trouver là à la même heure. Ce dernier ne parait pas. Le général Pajol a donc seul à lutter contre toute l'armée ennemie. Il a déjà perdu 19 pièces de canon sur 24 dont il dispose, et beaucoup de ses braves compagnons d'armes sont restés sur le terrain, lorsque le grand-maréchal du palais, le général Bertrand accourt à toute bride, l'assurant que le général Girard, qui a succédé au maréchal Victor vient d'arriver et que ses tirailleurs sont déjà engagés. Ranimant le courage de ses troupes, Pajol se hâte de resserrer sa ligne et, faisant un effort surhumain, les reporte en avant. L'ennemi, ainsi attaqué par ses flancs, se décide à abandonner sa position. À peine le général Pajol s'est-il aperçu de ce mouvement rétrograde, qu'il forme la brigade Delort en colonne serrée, par pelotons, et ordonne aux généraux de Coetlosquet et Grouvel de se rapprocher et de le soutenir. Il charge, avec le général Delort, à la tête de sa cavalerie, sur la grande route de Montereau, arrive, sous un feu meurtrier, au milieu de la colonne autrichienne, la rompt, lui enlève 5 000 prisonniers et toute son artillerie, passe aussitôt le pont de Montereau. Il poursuit l'ennemi sur les deux rives de l'Yonne jusqu'à la nuit qui le sauve d'une destruction totale. À la nuit, il revient à Montereau. Il a défendu si brillamment le pont de Montereau que Napoléon l'embrasse avec effusion, et lui apprend qu'il vient de le nommer grand officier de la Légion d'honneur (19 février). L'Empereur lui dit en l'embrassant  :

« Si tous les généraux m'avaient servi comme vous, l'ennemi ne serait pas en France[3]. »

Ayant eu son cheval tué sous lui vers la fin de cette journée, le général Pajol, dont les blessures se rouvrent, se rend à Paris pour s'y faire traiter. Au bout de quelques jours, il apprend l'abdication de l'Empereur, la capitulation de Paris, l'entrée des alliés, etc.

Après la première Restauration, pensant que les promesses royales ne seraient point illusoires, et que le rétablissement de l'ancienne monarchie ne serait point incompatible avec la nouvelle gloire nationale, il se décide à continuer de servir. Il organise les quatre régiments du roi qu'il commande en 1814 mais qui sont dissous. Louis XVIII le fait comte et chevalier de Saint-Louis le 2 juin. Il reçoit le même jour le commandement d'une division de cavalerie à Orléans, sous les ordres du général Dupont, et ensuite celui de la 2e subdivision de la 1re division militaire.

Au retour de l'Île d'Elbe, le général Pajol envoie à Napoléon Ier sa soumission le 21 mars (il a pour cela quelques démêlés avec Dupont, puis avec le maréchal Gouvion-Saint-Cyr), distribue la cocarde tricolore à ses soldats, et, lorsque Dupont et Saint-Cyr sont forcés de s'éloigner, il prend le titre de commandant de l'armée de la Loire, l'amène à Paris, où il propose à l'empereur de marcher sur Bruxelles avec les 18 000 hommes qui la composent.

On a beaucoup de peine à calmer son zèle en le nommant Pair à la « Chambre impériale » le 2 juin 1815, puis, au début de la campagne de Belgique (1815), commandant du 1er corps de cavalerie, à l'avant-garde de l'armée. Après avoir passé la Sambre, il s'empare le 15, de Charleroi et déloge le soir même de Fleurus l'arrière-garde prussienne. Le 16, il se mesura avec des forces supérieures et s'aperçut, le 17, que les alliés dégarnissaient leurs lignes. Il ordonne à la division Clary de charger les avant-postes, atteint l'arrière-garde prussienne, lui enlève dix pièces de canon, tous ses équipages et un grand nombre de prisonniers. Ces canons, les seuls pris dans cette campagne, sont envoyés à Napoléon, qui décore le général Pajol du Grand aigle de la Légion d'honneur.

Le 18, renforcé par la division Teste, que Napoléon lui a envoyée, il entre dans Namur, et s'avance vers Bruxelles, quand une canonnade terrible, dans la direction de Waterloo, l'arrête. Comme il a dix lieues à faire pour gagner le champ de bataille, il n'arrive qu'à cinq heures du soir sur la Dyle (après avoir ramassé en chemin, les quatre régiments de cavalerie de la division Vallin), et informe de son arrivée le maréchal Grouchy, qui lui ordonne de passer cette rivière à Limale, en lui donnant avis que, jusqu'à présent, il n'a pu lui-même, malgré tous ses efforts, emporter le passage à Wavres. Sans perdre un instant, Pajol ordonn au général Vallin de charger, à la tête du 6e hussards. Ce brave régiment s'élance en colonne par pelotons, enlève le pont, sabre un corps de Prussiens et fait le reste prisonnier. Le passage s'effectue à neuf heures du soir et devient inutile, parce que le 19, au moment où l'on va se porter en avant, on connait le désastre de Walerloo. Cette nouvelle n'abat point le général Pajol : il propose d'attaquer l'ennemi avec 36 000 hommes, rassemblés sur ce point, et qui n'ont pas donné, et de tomber à l'improviste sur le flanc gauche des Anglo-Prussiens. Cet avis n'ayant pas été écouté, il repasse la Dyle et retourne à Namur, le seul point par où l'on peut effectuer la retraite, qui a lieu en bon ordre et sans perte jusqu'à Paris, où il arrive dans les derniers jours de juin malgré les attaques des alliés.

Il se prononce de la manière la plus énergique pour qu'on défend cette ville. Ses observations chaleureuses à cet égard et son refus d'adhérer à la capitulation indisposent contre lui le maréchal Davout, qui donne au général Excelmans l'ordre de faire monter à cheval vingt-cinq dragons, et d'arrêter le général Pajol sur les hauteurs de Montrouge. Excelmans refuse d'exécuter cet ordre. Le général Pajol suit l'armée derrière la Loire. Mis en non-activité après le licenciement, et admis à la retraite, sur sa demande, le 7 août 1815.

Dès lors il refuse constamment de servir les princes de la Restauration française. Il ne les considère plus que comme des ennemis imposés à la France par la force étrangère, et se sépare ouvertement, sous ce rapport, du maréchal Oudinot, son beau-père. Il le dit haut et en tout lieu et l'écrit et signe plusieurs articles en ce sens dans les journaux de l'opposition libérale, et plus particulièrement dans Le Constitutionnel, adressant en même temps aux Chambres des pétitions en faveur des membres de la Légion d'honneur, auxquels il prétend que la restauration, malgré ses promesses, fait perdre une partie de leurs traitements. En 1818, il adresse au même journal une lettre dans laquelle il accuse très amèrement le ministère de laisser sans défense les places de la Lorraine, et d'avoir par-là causé une insulte des Prussiens, qui viennent d'envahir un village des environs de Metz… Toutes ces plaintes demeurent sans résultat, et Pajol continue de rester sans activité jusqu'en 1830. Tout indique cependant qu'il a des rapports suivis avec les chefs du parti qui triomphe à cette époque.

Industriel malheureux, vivant éloigné des affaires publiques, voyageant, il ne cesse de sympathiser avec les cœurs généreux qui rêvent la régénération de la patrie. C'est dans cette position, dans ses idées que le trouve le mouvement révolutionnaire de Juillet 1830.

L'expédition de Rambouillet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : L'expédition de Rambouillet.

Lors de la publication des Ordonnances il est à la campagne. Aussitôt qu'il en a connaissance, il se hâte de revenir à Paris, pressentant que cette nouvelle violation des droits de la nation ne serait point supportée par elle en silence.

Le 27 juillet au soir, il aperçoit, près de la porte Saint-Denis, un groupe assez nombreux d'hommes de tout âge qui, en présence d'un bataillon d'infanterie formé en bataille sur le boulevard, témoignent hautement leur indignation. Le général Pajol s'approche d'eux et leur dit  :

« Mes amis, que faites vous ici ? Ce n'est pas avec des paroles qu'on peut obtenir justice, il faut vous armer. Rentrez chez vous, prenez des fusils, de la poudre et des balles, et vous reviendrez alors ! »

Il se rend immédiatement chez M. Laffitte, où se sont réunis plusieurs députés patriotes. Il les instruit de ce qu'il a vu, de la fermentation qu'il a remarquée : on décide de prendre tous les moyens possibles pour seconder cette disposition des esprits.

Pendant la journée du 28, son rôle se borne à des visites, à des courses dans les rues, à des encouragements. Il ne croit pas le mouvement insurrectionnel assez prononcé pour oser se jeter dans la mêlée, et refuse les propositions qui lui sont faites au nom de quelques patriotes réunis au National, de prendre le commandement des combattants.

Le 29, après la prise du Louvre et des Tuileries, lorsque les troupes royales ont évacué Paris, et se replient sur Saint-Cloud, le général Pajol organise une ligne de défense en avant de la capitale, sur la route de Saint-Cloud. Il en donne le commandement au général Reubell se rend ensuite à l'hôtel Laffitte, auprès des députés alors en permanence ; lesquels décident que le général Pajol prendrait le commandement en chef de toute l'insurrection, honneur que le 30, le général Lafayette revendique pour lui-même, et qui est accordé au général Gérard. Pajol n'exerce que le commandement en second de la Garde nationale de Paris.

La Chambre des députés proclame la vacance du trône et confère la lieutenance générale du royaume au duc d'Orléans. Il y a donc nécessité de terminer la défaite de Charles X et de le forcer à quitter le Château de Rambouillet, où il est retranché avec 12 000 hommes et « du canon ». Le 3 août, le général Pajol reçoit à midi l'ordre suivant :

Lieutenance générale du royaume.
Paris, le 3 août 1830.
S. M. Charles X ayant abdiqué la couronne, et S. A. R. monseigneur le Dauphin ayant également renoncé à ses droits, il est devenu indispensable qu'ils s'éloignent immédiatement du territoire français ; en conséquence, le lieutenant-général comte Pajol est chargé de prendre toutes les mesures pour les y déterminer et pour veiller à la sûreté de leurs personnes. Il sera mis à sa disposition toutes les forces dont il aura besoin.
Louis-Philippe d'Orléans.
Le commissaire provisoire au département de la guerre,
Comte Gérard.
Le Château de Rambouillet, Jean Nicolas Louis Durand (1760-1834).

L'expédition, dite de Rambouillet[4], est le résultat de cet ordre. M. Sanquaire-Souligné en a raconté les détails[5] dans ses Lettres sur l'état de la France, publiées en 1830. Le National rapporte le 6 août suivant, la suite des événements : « Au premier coup de fusil des tirailleurs de l'avant-garde, la générale bat et le boute-selle sonne dans le camp « carliste » ; les équipages sont attelés ; le roi et sa famille se sauvent, la garde les suit. »

Le 4, à trois heures du matin, le général Pajol envoie un officier et 300 hommes prendre possession de Rambouillet, établir une sauvegarde au château, et veiller à la conservation des équipages. À sept heures du matin, M. Degousée, colonel de la garde nationale et premier aide-de-camp du général, fait par son ordre, filer sur Paris 8 équipages de la cour avec 80 chevaux, ensuite il fait mettre les scellés et dresser un procès-verbal par toutes les autorités civiles et militaires sur le caisson renfermant tous les diamants de la couronne. Le général en chef Pajol arrivé à Rambouillet, à dix heures du matin, reçoit, avec le colonel Jacqueminot, la soumission de plusieurs détachements des corps qui ont suivi Charles X. Sa présence à Rambouillet détermine dans la journée, la soumission de toutes les troupes qui accompagnent l'ex-roi. Le colonel Degousée remet, à sept heures et demie, le caisson renfermant les diamants au baron Louis, ministre des finances.

Une récompense était due à M. le général Pajol : il reçoit le 21 août, la grand-croix de la Légion d'honneur (dont il a déjà été décoré pendant les Cent-Jours) et, rétabli dans le cadre d'activité, il est appelé au commandement de la 1re division militaire le 26 septembre. Il n'entre à la Chambre des pairs que le 19 novembre 1831, dans la fournée de trente-six pairs viagers destinée à permettre l'adoption à la Chambre haute du projet de loi abolissant l'hérédité de la pairie. Comme commandant divisionnaire et comme pair de France, M. le général Pajol se montre dévoué envers Louis-Philippe Ier et au gouvernement qu'il a contribué à fonder il réprime énergiquement l'émeute du 14 février 1831, celles des 5 et 6 juin 1832 et 13 avril 1834. À la Chambre des pairs, il vote constamment pour le gouvernement.

Le ministère compte tellement sur ses affections politiques que, voulant le remplacer dans le commandement de la 1re division militaire par M. le général Tiburce Sébastiani (29 octobre 1842), il lui demande sa démission, lui offrant, en compensation de cet acte de complaisance, le gouvernement du Louvre avec le titre d'aide-de-camp du Roi. Il refuse de se prêter à ce qu'on attende de lui, à moins qu'on ne consente à lui accorder la dignité de maréchal de France, à laquelle il se croit des droits : Napoléon, vers la fin de son règne, lui a promis dans un avenir peu éloigné[6].

Le ministre annonce au général son remplacement[7] et sa mise en disponibilité le 29 octobre 1842.

Cependant il apparaît que, peu de mois après, il a cessé de garder rancune, car il se montre de nouveau aux fêtes de la cour.

Dans les premiers jours de 1844, la santé du général Pajol commence à faiblir. Pajol meurt, à la suite d'une chute en descendant l'escalier des Tuileries, le 8 mars 1844, après une visite à Louis-Philippe Ier. On l'enterre en grande pompe au cimetière du Père-Lachaise. Son épouse, qui est une des filles du maréchal Oudinot, duc de Reggio, l'a précédé dans la tombe. Sa dépouille est ensuite transférée au chevet de l'église de Nozeroy (Jura) où la sépulture existe encore de nos jours.

Quelques jours avant de succomber, et avec la résignation d'un soldat et le calme d'un honnête homme, il disait sur son lit de douleur : « Ah ! du moins, si c'était un boulet qui m'eût brisé les os, j'aurais été favorisé jusqu'à la fin de ma vie : elle se serait éteinte pour le service de la France, il ne me resterait à demander à Dieu que sa clémence, et ma vieillesse n'eût rien envié à mes jeunes ans. »

C'est un des généraux modernes qui a reçu le plus de graves blessures. Il a dans le cours de ses campagnes 16 chevaux tués sous lui et a gagné tous les grades sur le champ de bataille.

Mausolée de Claude Pajol, cimetière de Nozeroy (39)

« Napoléon Ier n'avait pas eu le temps de le faire maréchal d'Empire. Les deux gouvernements qui lui ont succédé n'ont pas songé à acquitter cette dette sacrée. »

Le nom de M. le général Pajol est gravé au côté Nord (8e colonne) de l’arc de triomphe de l’Étoile, à Paris. La ville de Besançon lui éleva une statue, due au ciseau de son fils, le comte Charles-Pierre-Victor Pajol, statue fondue en 1942. Son fils est également l'auteur du mausolée, datant de 1878, qui recouvre sa sépulture à Nozeroy, son village familial. Son portrait en pied, offert par ses fils à sa ville natale, est placé dans la grande salle de la mairie de Besançon.

États de service[modifier | modifier le code]

  • Sergent-major au 1er bataillon de volontaires nationaux du Doubs (21 août 1791) ;
  • Sous-lieutenant au régiment de Saintonge, devenu par la suite 82e de ligne (12 janvier 1792) ;
  • Lieutenant (27 mai 1792) ;
  • Premier aide de camp du général Kléber (1er prairial an II (6 janvier 1794)) ;
  • Capitaine (12 mai 1794) ;
  • Capitaine au 6e d'infanterie légère le 28 pluviôse an III (1795) ;
  • Chef de bataillon (20 pluviôse an IV (9 février 1796)) ;
  • Lieutenant-colonel la victoire d'Altenkirchen (1796) ;
  • Lieutenant-colonel, commandant le 4e régiment de hussards (1797) ;
  • Chef de brigade (colonel) du 4e Hussards sur le champ de bataille de Winterthour, par le général Masséna (à titre provisoire le 10 juillet 1799, confirmé le 18 juin 1803) ;
  • Chef de brigade du 6e régiment de hussards (1800), passé par la suite dans la 1re brigade de la division du général Lasalle ;
  • Général de brigade sur le champ de bataille d'Eylau (8 février 1807, confirmé par décret impérial du 10 mars 1807) ;
  • Commandant de la 1re brigade de la division du général Lasalle dans la Grande Armée (14 mai 1807 - 12 octobre 1808) ;
  • Général de division sur le champ de bataille de Friedland (14 juin 1807, confirmé le 7 août 1812) ;
  • Commandant d'une brigade de cavalerie légère de l'armée d'Allemagne (12 octobre 1808 - 2 avril 1809) ;
  • Commandant de la 1re brigade de la division du général Montbrun dans la Grande Armée (2 avril 1809 - 9 octobre 1809) ;
  • Commandant de la 2e brigade de la division du général Montbrun dans la Grande Armée (octobre 1809 - 11 avril 1810) ;
  • En congé (11 avril 1810 - 23 juin 1810) ;
  • Commandant d'une brigade de cavalerie légère de l'armée d'Allemagne (23 juin 1810 - octobre 1810) ;
  • Commandant de la cavalerie de l'arrondissement de Dantzig (15 mars 1811 (effectif le 20 mai 1811) - 25 décembre 1811) ;
  • Commandant de la 1re brigade de cavalerie légère de l'armée d'Allemagne (25 décembre 1811 - 9 janvier 1812) ;
  • Commandant de la 1re brigade de cavalerie légère du 1er corps d'observation de l'Elbe (9 janvier 1812 - 1er avril 1812) ;
  • Commandant de la brigade de cavalerie légère du Ier corps de la Grande Armée (1er avril 1812 - 7 août 1812) ;
  • Commandant de la 2e division de cavalerie légère du 2e corps de cavalerie de la Grande Armée (9 août 1812 - 9 septembre 1812) ;
  • Chargé par Murat du commandement de toute l’avant-garde de la Grande Armée en Russie (8 septembre 1812) ;
  • En congé (9 septembre 1812 - 8 mai 1813) ;
  • Commandant de la 10e division de cavalerie légère du 14e corps de l'armée d'Allemagne (30 juin 1813 - 29 septembre 1813) ;
  • Commandant du 5e corps de cavalerie de l'armée d'Allemagne (29 septembre 1813 - 16 octobre 1813) ;
  • Commandant de la 2e division de réserve (20 janvier 1814 - 20 février 1814) ;
  • Commandant en chef de l’armée d’observation de la Seine, de de l'Yonne et de Loing (février 1814) ;
  • En congé (20 février 1814 - 23 avril 1814) ;
  • Commandant de l’armée de la Loire au début des Cent-Jours ;
  • Inspecteur général de Cavalerie (23 avril 1814 - 1er juin 1814) ;
  • Commandant d'une division de cavalerie dans la 1re division militaire (1er juin 1814 - 17 janvier 1815) ;
  • Commandant de la 2e subdivision de la 1re division militaire (17 janvier 1815 - 19 mars 1815) ;
  • Commandant de la division de grosse cavalerie de l'armée de la Loire (19 mars 1815 - 21 mars 1815) ;
  • Commandant des troupes rassemblées à Orléans (22 mars 1815 - 3 juin 1815) ;
  • Commandant du 1er corps de cavalerie de l'armée de Belgique (3 juin 1815 - 30 juin 1815) ;
  • Commandant en chef du 1er corps de cavalerie, à l’armée du Nord (qu’il rejoignit à Avernes, 14 juin 1815) ;
  • Commandant en second des troupes du gouvernement provisoire sous Paris (30 juin 1815 - 22 octobre 1815) ;
  • Admis en retraite, sur sa demande, le 7 août 1815 (à compter du 1er mars 1816) ;
  • Mis en non-activité (22 octobre 1815) ;
  • Commandant de la 1re division militaire et gouverneur militaire de Paris (3 septembre 1830 - 29 octobre 1842) ;
  • Général de division maintenu définitivement en activité (15 août 1839) ;
  • Mis en disponibilité (29 octobre 1842 - 20 mars 1844).

Campagnes[modifier | modifier le code]

Faits d'armes[modifier | modifier le code]

  • Siège de Mayence (1793) : le 8 avril 1793, dans une sortie de nuit avec sa compagnie, il s’empara d’une des redoutes de Bibrich, défendue par 150 Hessois et 3 pièces de canon, et ne ramena pas moins de 150 Hessois prisonniers dans la place ;
  • Passage du Rhin (5 septembre 1795) ;
  • En 1796, au passage de la Vapper, à celle de la Sieg et à la bataille d'Ukerath, Pajol se couvre de gloire ;
  • Le 4 juillet 1796, à la bataille d'Altenkirchen, dans une charge qu’il exécute avec le colonel Richepanse ils battent l’arrière-garde ennemie positionnée en bataille dans une forte position défendue par 20 bouches à feu, s’emparent de toute son artillerie et ramenent 4 000 prisonniers, dont tout le régiment de Jordis ;
  • Il se distingue à Ulm, Leoben et Austerlitz, au passage de la Passarge, et à l’affaire de Guistadt ;
  • À la bataille d'Heilsberg, il soutient avec le 3e régiment de chasseurs, et les 5e et 7e régiments de hussards, composant sa brigade, la charge de toute la cavalerie ennemie, qu’il arrête par sa ferme contenance, et donne par ce moyen le temps à la cavalerie française de se rallier et de retourner à l’ennemi,
  • Il se distingue à la bataille de Friedland sous les yeux de Napoléon ;
  • Au combat à Peissing, le 21 avril 1809, par sa ténacité et sa valeur, il empêche l’ennemi de se porter sur la gauche du maréchal Davout ;
  • Il contribue au grand succès de la bataille d'Eckmühl ;
  • À Ratisbonne, le 24 avril 1809, il fait plus de 2 000 prisonniers ;
  • Il débouche le premier dans les plaines d'Essling, le 20 mai 1809, et en chasse les troupes légères ennemies et prend position sur la Nesselbach ;
  • Pajol occupe pendant la bataille de Wagram l’extrême droite du corps du maréchal Davout, qui forme lui-même avec son corps l’aile droite de la Grande Armée. Il a à soutenir tous les efforts que fait la cavalerie ennemie pour se porter sur les ponts du Danube, et la bat toutes les fois qu’elle cherche à arriver pour les couper. C'est dans une de ces charges, qu’à la tête du 11e régiment de chasseurs à cheval, le général Pajol reçoit celle d’un régiment de dragons autrichiens qu’il défait : cette charge, l’une des plus brillantes de la guerre, contribue au succès de la bataille ; le régiment ennemi y périt en entier, et le colonel y est fait prisonnier par le général Pajol qui, après l’avoir sabré, l’enleve de son cheval ;
  • Prise du parc d’artillerie du prince Bagration ;
  • Le 16 octobre 1813, Pajol soutient tous les efforts de la cavalerie ennemie réunie contre lui à Wachau, en avant de Leipzig, Pajol est blessé. Resté pour mort au milieu de plus de 20 000 chevaux, qui sont encore aux prises, il y serait demeuré oublié, sans l’intrépidité et le dévouement de son premier aide-de-camp, le lieutenant-colonel Biot et de ses officiers qui viennent l’enlever et le porter à l’ambulance, où il commence à donner quelques signes de vie ;
  • Bataille de Montereau ;
  • Expédition de Rambouillet

Blessures[modifier | modifier le code]

  • Prise de Spire (30 septembre 1792) : blessé à la main gauche, en parant un coup de baïonnette que lui portait un grenadier autrichien ;
  • Prise d’une des redoutes de Biebrich (8 avril 1793) : atteint grièvement d’un coup de biscaïen qui lui fractura le bras gauche ;
  • Bataille de Fleurus (26 juin 1794) : a son cheval tué sous lui, lui occasionnant des contusions ;
  • Passage de la Lahn (1796) : blessé d’une balle dans le ventre, lors et a son cheval tué sous lui ;
  • Devant Francfort (août 1796) : a son cheval tué sous lui ;
  • Bataille d'Ostrach (juin 1799) : a son cheval tué sous lui ;
  • Bataille de Leibtingen (soir du 5 germinal an VII (15 mars 1799)) : criblé de coups de sabre, son cheval ayant été tué sous lui ;
  • En avant de Winterthour (21 juin 1799) : a son cheval tué sous lui ;
  • Bataille d'Heilsberg (10 juin 1807) : a son cheval tué sous lui ;
  • Bataille d'Eckmühl (23 avril 1809) : a deux chevaux tués sous lui ;
  • Bataille de Znaïm (10 juillet 1809) : a son cheval tué sous lui ;
  • Bataille de la Moskova (7 septembre 1812) : a un de ses chevaux qu’il monte emporté par un boulet, l’autre tué par un biscaïen, et un troisième traversé par un obus, qui le culbute et blesse le général Subervie auquel Pajol donnait des ordres ;
  • Mojaïsk (9 septembre 1812) : bras droit fracassé d’un coup de fusil ;
  • Bataille de Wachau (16 octobre 1813) : a son cheval tué par un obus qui éclate dans le poitrail et est blessé d’un fracture du bras gauche et des côtes après avoir été projeté par le souffle de l’explosion à plus de 25 pieds en l’air ;
  • Bataille de Montereau (18 février 1814) : a son cheval tué sous lui et s’est blessé dans la chute.

Titres[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Drapeau de la France France 
Drapeau du Royaume de Bavière Royaume de Bavière 
Drapeau de la Pologne Pologne 
Drapeau de la Suède Suède 

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Hommage, Honneurs, Mentions…[modifier | modifier le code]

  • En 1794, le capitaine Pajol donne tant de preuves de valeur, et s’y distingue de telle manière que pour lui en témoigner sa satisfaction, le général en chef Kléber le charge de porter à la Convention nationale 36 drapeaux enlevés à l’ennemi dans ces différentes batailles : récompense unique à cette époque, et la plus belle à laquelle un officier peut alors aspirer ;
  • Sa belle conduite de son chef à la bataille de Neubourg, et à celle de Hohenlinden, lui est récompensée par un sabre d'honneur, le 27 juin 1801 ;

Vie familiale[modifier | modifier le code]

Claude Pierre Pajol était le fils de André Joseph Pajot (11 août 1746 - Nozeroy1er février 1811 - Besançon), procureur au parlement de Besançon puis commissaire à la poste aux lettres sous le Premier Empire et Elisabeth Nodier, fille de Joseph Nodier (12 novembre 1695 - Ornans1er janvier 1776 - Besançon), maître entrepreneur de bâtiment à Besançon. Par sa mère, il était le cousin germain de l'académicien et écrivain romancier Charles Nodier.

Pajol épouse, le 31 mars 1808 à Pont-Saint-Maur (Seine), Marie Louise Elise Oudinot de Reggio (1790 ✝ 18 avril 1832 - à Paris, de l'épidémie de choléra), fille de Nicolas Charles Oudinot, maréchal-duc de Reggio. Ensemble, ils eurent :

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Blason famille fr Pierre Claude Pajol (baron).svg
Armes du baron Pierre Claude Pajol et de l'Empire

« Écartelé : au I, d'azur, au chevron d'or, accompagné en chef de deux molettes et en pointe d'une épée haute, le tout d'argent ; au 2, du quartier des Barons militaires ; au 3, de pourpre, au lion d'or, la tête contournée, tenant un drapeau du même ; au 4, de sinople, à un senestrochère, mouvant du canton senestre de la pointe, la manche d'argent, le parement d'azur chargé de trois chevrons d'argent, la main de carnation tenant un foudre d'or.[10],[11],[12] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On rencontre également Claude-Pierre Pajol.
  2. Cela est consigné dans le document suivant : Extrait du procès-verbal de la Convention nationale, du 22e jour de brumaire, l'an III de la République française une et indivisible. Pajol, aide-de-camp du général Kléber, se présente à la barre et dit :

    « Je viens déposer au sein de la Convention nationale trente-six drapeaux que l'armée de Sambre-et-Meuse vient tout récemment d'enlever à vos ennemis. Un lui a été enlevé au mont Palissel, quatre au célèbre combat d'Esnous et les trente et un autres ont été déposés sur les glacis de Maëstricht devant les soldats de la liberté. »

    La Convention nationale décrète la mention honorable, insertion au Bulletin, et que son président lui donnera l'accolade fraternelle.

    Visé par le représentant du Peuple, inspecteur aux procès-verbaux.

    Joseph Becker.

    Collationné à l'original par nous, représentant du peuple, secrétaire de la Convention, à Paris, le 25 des dits mois et an. Doval-Merlino.

  3. Cet exploit est applaudi, avec beaucoup de chaleur, par l'empereur, qui, en ce moment, veut déprécier la conduite qu'a tenue, dans la même affaire, le duc de Bellune, et l'on ne peut pas douter que ce n'est dans ce sens qu'il dit à Pajol, en lui remettant la décoration de grand officier de la Légion d'honneur et en l'embrassant : « Si tout le monde m'avait servi comme vous, l'ennemi ne serait pas en France… » (Joseph-François Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne : ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes. Ouvrage entièrement neuf, rédigé par une société de gens de lettres et de savants., vol. 76, t. 1.-[52.] [et Supplément], Michaud frères, (lire en ligne))
  4. Charles X est encore au Château de Rambouillet avec 12 000 hommes et « du canon », lorsque, le 3 août, Pajol se met à la tête d'une quinzaine de milliers hommes, « élèves de l'École polytechnique, étudiants, anciens soldats, gardes nationaux, bourgeois, ouvriers, affublés des plus bizarres costumes, et portant des armes de toutes sortes, à pied, à cheval, en voiture », et se dirige vers Rambouillet. « Les Parisiens, harassés de fatigue en arrivant à Rambouillet, se couchent en désordre sur les routes, dans les foins, les blés et les bois ». La garde royale a eu facilement raison de cette troupe, mais Charles X, découragé, part pour Cherbourg.
  5. Le général qui, le premier, au moment où la potence n'est pas moins à craindre que les balles et la mitraille de la garde royale, a accepté le commandement en chef des Parisiens, Pajol, le 3 août à midi, reçoit du lieutenant-général lui-même l'ordre de se porter immédiatement sur Rambouillet, avec les braves de bonne volonté qui consentirent à le suivre. Il se charge sans hésiter d'un commandement que, sans doute, aucun autre officier général n'a voulu accepter, car ils ne sont plus qu'adjoints.
    Suivant toutes les règles et les calculs ordinaires de la guerre, une telle expédition doit probablement se terminer par une catastrophe. Pajol n'ignore pas que les généraux vaincus sont accusés jusque dans la tombe de tous les désastres des expéditions qui leur sont confiées, même quand elles ont échoué par un manque de moyens matériels, et lorsqu'ils se sont fait tuer sur le champ de bataille. Pajol, en acceptant le commandement, connait donc ses dangers personnels et même ceux auxquels il va exposer son ancienne gloire militaire.
    Si, restant fidèle à la tyrannie, l'armée royale veut venger sa première défaite, il courre à une perte certaine ; et même, dans le cas improbable de succès, il n'a aucun moyen réel de le poursuivre et de le rendre décisif…
    Le général, avec l'aide de la police, ayant réuni environ 1 600 omnibus, gondoles, fiacres et cabriolets, part de Paris vers les trois heures, et arrive à Cognières à neuf heures du soir, ayant parcouru la distance d'environ treize lieues avec 15 000 hommes armés et 8 pièces de quatre, que M. Degousée, son ami et son aide-de-camp, a la pensée d'enlever de Saint-Cyr.
    Connaissant la prodigieuse supériorité de l'ennemi, et ne se dissimulant aucune des suites déplorables qu'aurait la retraite de l'ex-famille royale sur la Loire, le général sent que le succès de l'expédition, que le salut de l'armée et de la France elle-même dépendent entièrement de sa propre audace. S'il temporise, la lumière du jour montrerait à l'ennemi le désordre, la faiblesse de sa petite armée, dont la vue ranimerait la force morale de celle de la cour ; si, au contraire, profilant de l'obscurité de la nuit, il vient la menacer audacieusement, il la terrifierait en lui faisant croire que toute la population de Paris le suivait. C'était avoir bien jugé.
    Le général n'accorde pas une minute de repos à l'étrange et presque ridicule convoi qui transporte son armée ; et il fait bien, car on a acquis plus tard la certitude que s'il avait pris position à Trappes (deux lieues en arrière de Cognières), ou il a été attaqué le lendemain, ou au moins l'ex-roi aurait réalisé son projet de retraite…
    Environ dix autres mille hommes suivent le premier corps d'armée, si l'on peut donner ce nom à une réunion d'ouvriers, d'étudiants et de volontaires, tous également brûlants du courage le plus admirable, il est vrai, mais sans autre organisation que celle du classement de chaque homme dans sa section de la garde nationale. La totalité des officiers, non compris environ 40 élèves de l'École polytechnique, suffisant à peine pour former un corps régulier de 2 000 hommes.
    Or, ce classement n'est opéré que dans le village même de Cognières, c'est-à-dire en face de l'ennemi ; ce qui prouve dans quel désordre l'armée parisienne s'était élancée, et à quels risques elle eût été exposée en cas d'attaque.
    Le général, avant de quitter Paris, a envoyé un de ses officiers d'ordonnance, M. Laperche, au-devant des 2 000 Rouennais qui marchent au secours de Paris, en lui ordonnant de courir à toute bride jusqu'à ce qu'il les rencontre, et de les diriger immédiatement sur la route de Rambouillet. Ayant parcouru cinq lieues en une heure, et trouvé les braves de Rouen à Saint-Germain, M. Laperche les dirige sur Rambouillet, et ils marchent en si grande hâte qu'ils arrivent sur les dix heures du soir à Trappes, deux lieues en arrière de l'armée, dont ils forment l'arrière-garde, sous le commandement du général Exelmans, le seul officier général qui est venu offrir ses services à Pajol, ce que je remarque dans l'unique dessein de faire ressortir deux vérités qu'on s'est plu à oublier :
    Que l'expédition de Rambouillet était loin de sourire aux hommes de guerre ;
    Que le général Pajol, les colonels Jacqueminot et Dufay, les seuls officiers supérieurs qui l'ont suivi, n'ont eu ni rivaux, ni concurrents en dévoument, dans ce moment de danger…
    Vous devez savoir encore que le général Pajol quitte Paris avec la pensée qu'il n'y rentrerait pas avant dix jours, et que, si Raguse ou le général Bordesoulle n'ont pas oublié leur ancien métier, lui et son armée seraient taillés en pièces.
    En arrivant à Cognières (deux lieues de Rambouillet), le général ordonne la formation immédiate d'un camp à la romaine, c'est-à-dire qu'il couvre l'armée avec les voilures qui l'avaient amené. Il expédie aussi en toute hâte une avant-garde de 600 hommes, sous le commandement du brave et plus que brave colonel Dufay, en lui ordonnant de faire halte à moitié chemin de Rambouillet ; d'y prendre et d'y garder position jusqu'à ce qu'il y reçoit de nouveaux ordres. Que, si à deux heures du matin, il n'en a pas reçu, il se porterait alors en avant et commencerait l'attaque. Il ajoute qu'il s'en rapporte à lui, et certes avec raison, sur le choix et l'audace des moyens, ainsi que pour tout ce que les circonstances lui commanderaient de faire s'il pénétrait dans le château ; mais en lui enjoignant de faire respecter les jours de ses prisonniers. Toutefois, il est fort douteux que cet ordre a été exécuté sur l'ex-famille royale, si l'avant-garde eût pénétré de vive force dans le palais.
    Je dois ajouter que le général Pajol était parti sans vivres, sans argent, puisqu'on ne lui a remis que 15 000 francs, et qu'il ignore si un corps de réserve serait formé sur ses derrières, pas un mot d'avis ne lui ayant été donné sur ce point capital.
  6. C'est à ce sujet qu'il écrit la lettre suivante au Maréchal Soult, ministre de la Guerre :
    Paris, 26 octobre 1842.
    Monsieur le maréchal,
    Vous m'avez fait savoir que le commandement de la 1re division allait m'ètre retiré. Je n'étais pas préparé à cette décision ; mais c'est une satisfaction pour moi de penser qu'elle sera rendue lorsque depuis plus de trois ans l'ordre et la plus grande tranquillité règnent dans Paris.
    Le sentiment de ma dignité personnelle ne m'a jamais permis de faire valoir mes services, et si j'appelle un instant votre attention sur eux, monsieur le maréchal, ce n'est pas, croyez-le bien, pour protester contre une disgrâce imméritée.
    Soldat depuis cinquante-deux ans, lieutenant-général depuis plus de trente ans, j'ai, dans les trois dernières campagnes de l'Empire, été assez heureux pour obtenir des succès signalés à la tête de corps d'armée nombreux, et l'on sait que j'étais en première ligne des généraux en chef auxquels le grand capitaine destinait le bâton de Maréchal.
    Peut-être m'est-il permis de penser qu'il appartient au gouvernement de Juillet de m'accorder cette récompense et de réaliser une intention hautement manifestée par l'Empereur.
    Loin de reconnaître ces droits, vous paraissez disposé, monsieur le maréchal, à m'enlever subitement un poste dans lequel j'ai traversé depuis douze ans des jours difficiles. Une retraite ainsi anticipée n'a rien pour moi de redoutable : j'ai déjà connu l'adversité.
    Ma longue carrière n'aura pas été sans gloire ; mes concitoyens me rendent le témoignage que j'ai servi constamment mon pays avec le dévoumeut le plus désintéressé. Aussi, quelque rigueur que le sort me prépare, j'attends avec résignation l'arrêt dont je suis menacé.
    Je suis avec respect, monsieur le maréchal, etc.
    Le lieutenant-général Pajol.
  7. Avant de se retirer, il adresse aux troupes de la 1re division mililaire l'ordre du jour que voici :
    Ordre du 30 octobre.
    Par ordonnance du 29 de ce mois, M. le lieutenant-général Sébastiani est appelé à me remplacer dans le commandement de la 1re division militaire. Avant de quitter les troupes dont je me vois subitement séparé, j'ai besoin de leur adresser mes félicitations, de leur exprimer ma gratitude pour le zèle et la discipline dont elles n'ont cessé de donner l'exemple sous mes ordres.
    Depuis douze ans, presque tous les corps d'armée ont successivement fait parlie de la 1re division ; leur courage, mis souvent à de cruelles épreuves, n'a jamais été ébranlé, et dans toutes les circonstances où j'ai dû faire appel à leur dévoument, ils ont justifié mon attente.
    Officiers et soldats, nous avons accompli ensemble de rigoureux devoirs, votre attachement me les a rendus moins pénibles. Je vous remercie de la confiance qne vous n'avez cessé de me témoigner ; elle m'est d'autant plus précieuse qu'il faut lui attribuer en partie l'ordre et la tranquillité qui règnent dans Paris.
    Quoi qu'il arrive, une grande salisfaction m'est réservée : votre estime est un bien qu'où ne peut m'enlever ; elle me suivra dans la retraite ; je ne cesserai d'y faire des vœux pour mon pays.
    J'emporte l'espoir de conserver une place dans votre sonvenir et dans vos sympathies.
    Ce sera la récompense de mes longs services.
    Le lieutenant-général Pajol.
  8. Jean Maximilien Lamarque et baron François Nicolas Fririon, Le Spectateur militaire : Recueil de science, d'art et d'histoire militaires, vol. 1868, Bureau de Spectateur militaire, (lire en ligne)
  9. Vicomte d’Avout (Jacques d’Avout), Les d’Avout : étude généalogique d’une famille d’ancienne chevalerie du duché de Bourgogne, Dijon, imprimerie Darantière, M CM LII (1952), 86 pages, 31 cm, p. 71.
  10. Armorial de J.B. Rietstap - et ses Compléments
  11. heraldique-europeenne.org
  12. Berthezene Pierre, Baron, Les Amis du Patrimoine Napoléonien]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, Dictionnaire historique et biographique des généraux français : depuis le onzième siècle jusqu'en 1822, Bertrand, (lire en ligne) ;
  • Souvenirs 1810-1830, Librairie Droz (ISBN 2600039953, lire en ligne) ;
  • Pajol (Gal).- Notes sur les journées des 5 et 6 juin1832, Revue rétrospective. Recueil de pièces intéressantes et de citationscurieuses, sixième semestre (Janvier-Juin 1887), pp. 280–286
  • Germain Sarrut, Biographie des hommes du jour, industriels, conseillers d'État, artistes, chambellans, députés, prêtres, militaires, écrivains, rois, diplomates, pairs, gens de justice, princes, espions fameux, savans, vol. 2, H. Krabe, (lire en ligne) ;
  • E. Pascallet, Revue générale, biographique, historique, etc, Le Biographe universel et l'historien, (lire en ligne) ;
  • Auguste Wahlen, Nouveau dictionnaire de la conversation : ou, Répertoire universel sur le plan du Conversation's lexicon par une Société de Littérateurs, de Savants et d'Artistes, vol. 20, Librairie-Historique-Artistique, (lire en ligne) ;
  • A. Liévyns, Jean Maurice Verdot et Pierre Bégat, Fastes de la Légion d'honneur : biographie de tous les décorés accompagnée de l'histoire législative et réglementaire de l'ordre, vol. 3, Bureau de l'administration, (lire en ligne) ;
  • Joseph-François Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne : ou, Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs actions, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes. Ouvrage entièrement neuf, rédigé par une société de gens de lettres et de savants., vol. 76, t. 1.-[52.] [et Supplément], Michaud frères, (lire en ligne) ;
  • Philippe Le Bas, France: Dictionnaire encyclopédique, vol. 11, Firmin Didot frères, (lire en ligne) ;
  • L'Univers : histoire et description de tous les peuples, vol. 11, Firmin Didot frères, (lire en ligne) ;
  • François-Xavier Feller et Charles Weiss, Biographie universelle : ou, dictionnaire historique des hommes qui se sont fait un nom par leur génie, leurs talents, leurs vertus, leurs erreurs ou leurs crimes, vol. 6, J. Leroux, Jouby, (lire en ligne) ;
  • Jules Nollet, Histoire de Nicolas-Charles Oudinot : maréchal d'empire et duc de Reggio, Rolin, , 312 p. (lire en ligne) ;
  • « Pajol (Pierre-Claude, Comte) », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition], Lettres P  ;
  • « Pierre Claude Pajol », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] , passage PAGES_PANAT ;
  • Albert Révérend, Armorial du Premier Empire ; Titres, Majorats Et Armoiries Concédés Par Napoléon Ier, au Bureau de l'annuaire de la noblesse, Alphonse Picard, 1894-1897 ;
  • Joseph Valynseele, Les maréchaux du Premier empire : leur famille et leur descendance, Boulevard de Magenta, 126, , 334 p. ;
  • Thierry Choffat, Jean-Marie Thiébaud et Gérard Tissot-Robbe, Les Comtois de Napoléon : cent destins au service de l'Empire, Éditions Cabédita, , 268 p. (ISBN 2882954786, lire en ligne) ;

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]