Garde impériale (Premier Empire)

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Garde Impériale
Napoléon passant la garde en revue à la bataille d'Iéna le 14 octobre 1806.
Napoléon passant la garde en revue à la bataille d'Iéna le 14 octobre 1806.

Création 28 floréal an XII (), (Cent-Jours)
Dissolution , (Cent-Jours)
Pays France
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Rôle Protection de l'Empereur des Français, réserve d'élite
Effectif 9 798 (création) à 112 482 (dissolution)
Fait partie de Grande Armée
Composée de Vieille Garde, Moyenne Garde, Jeune Garde
Ancienne dénomination Garde des Consuls
Couleurs Bleu, blanc et rouge
Équipement Fusils à silex modèle 1777, artillerie Gribeauval, chevaux de guerre, sabres, etc.
Guerres Deuxième Coalition

Troisième Coalition


Quatrième Coalition


Cinquième Coalition


Guerre d'Espagne


Sixième Coalition


Septième Coalition

Batailles Ulm, Austerlitz, Iéna, Eylau, Friedland, Essling, Wagram, Moskowa, Leipzig, Waterloo
Décorations Médaille et ordres napoléoniens
Commandant Empereur Napoléon Ier
Emblème Aigle napoléonien

La Garde impériale était sous le Premier Empire et sous les Cent-Jours un corps d'armée d'élite, constitué de soldats vétérans et destiné à protéger fidèlement l'Empereur des Français et à servir de réserve à la Grande Armée lors des batailles. Elle fut créée par l'Empereur Napoléon Ier le 28 floréal an XII () à partir de l'ancienne Garde des consuls, simple unité assurant la protection du gouvernement à l'intérieur ainsi que la sécurité des Consuls de la République.

La Garde impériale constitua la force sur laquelle Napoléon pouvait s'appuyer en toutes circonstances. Composée des plus valeureux soldats de l'armée, totalement dévoués à sa personne, son effectif ne cessa d'augmenter. De 9 798 hommes en 1804, elle atteint celui d'une armée, 112 482 hommes en 1814, placée sous ses propres ordres. Elle fut finalement divisée en Jeune, Moyenne et Vieille Garde, chacune possédant leurs unités de cavalerie (dont les chasseurs à cheval au célèbre uniforme vert), d'artillerie et d'infanterie, dont les célèbres grenadiers.

Genèse[modifier | modifier le code]

Ce corps servait à l'origine de garde particulière aux gouvernements de la période révolutionnaire (Garde du Directoire) puis aux Consuls (Garde Consulaire) et enfin à l'Empereur (Garde Impériale). Elle était à l'origine constituée de Grenadiers à pied, à cheval et de quelques unités d'artillerie. À la suite de l'intervention de Lucien Bonaparte, elle se ralliera à Napoléon lors de son coup d'État du 18 Brumaire.

La Garde devant servir de modèle à l'armée, elle se transforma en unité combattante d'élite et devint la réserve ultime de l'armée. Elle est utilisée, en dernier ressort, pour donner le coup de grâce ou débloquer une situation périlleuse, à l'instar de la Garde prétorienne romaine.

Mission[modifier | modifier le code]

La mission principale de la Garde était la protection de l'Empereur, mais rapidement la Garde est devenue une unité combattante. Réserve de l'armée, elle forme son épine dorsale. Servant de modèle à l'armée, elle doit être irréprochable. Passivement, elle encadre également les autres troupes, et renforce la cohésion au sein de toutes les unités par sa seule présence et son comportement. Elle est le ciment de la Grande Armée.

La Garde accompagne l'Empereur dans ses déplacements en campagne. Il n'est pas rare de la voir à marche forcée sur les traces de l'Empereur pour le rejoindre à tel ou tel bivouac prévu.

Quand Napoléon couchait au milieu de ses troupes, c'était invariablement au milieu de la Garde. La Garde possède un uniforme plus prestigieux et de meilleure coupe, ainsi qu'un armement qui lui est propre. La solde y est supérieure, la nourriture meilleure. Elle est prioritaire en ravitaillement pendant les campagnes. Et en temps de paix, elle a souvent le privilège de cantonner à Paris. Elle a son propre corps de musiciens. Au combat, la Garde porte la Grande Tenue (sauf à Waterloo).

Grenadier de la vieille garde par Édouard Detaille

La Garde comprend également des corps de cavalerie, dont les fameux Chasseurs à Cheval ainsi qu'une unité de Lanciers polonais, particulièrement fidèles à l'Empereur. Les Chasseurs à Cheval étaient les unités favorites de l'Empereur. Sachant ménager la chèvre et le chou, il dormait au milieu de la Garde à Pied mais portait très souvent l'uniforme vert de colonel des Chasseurs à cheval de la Garde. Citons aussi les Grenadiers à cheval, les Dragons de l'Impératrice, la gendarmerie d'élite, etc. Dans ces régiments montés l'on peut être de Vieille Garde, de Moyenne ou de Jeune Garde, les premiers régiments ou escadrons indiquant l'appartenance par ordre décroissant. La Garde possède également sa propre artillerie, à pied ou à cheval, célèbre pour ses pièces de 12, « les plus belles filles de l'Empereur ».

La Garde a compté dans ses rangs des régiments aussi hétéroclites que des mamelouks ou des éclaireurs tartares, des Gardes hollandais à l'uniforme blanc et une petite Garde attachée au Roi de Rome, fils de l'Empereur, futur Napoléon II. Il était d'ailleurs consigné que pour ces enfants le port de la moustache n'était pas obligatoire. Cette unité se battra avec courage dans les vignes de Montmartre en 1814, refusant de décrocher jusqu'à l'ultime instant, pendant que les vétérans réformés de la Garde, « les vieux de la Vieille » se battaient comme des lions autour des Invalides. Elle contient également des unités d'artillerie, redoutable et redoutée, de marins qui furent de presque toutes les campagnes en combattant à pied, remplaçant le plus souvent les artilleurs de la Garde tués au combat. La Garde a ses instructeurs et une administration qui lui est propre. Son service de santé est commandé par le célèbre chirurgien Dominique Larrey.

Pour l'anecdote, lorsqu'un soldat de la Vieille Garde part en retraite ou est réformé, il devient « un vieux de la Vieille », expression restée de nos jours. Napoléon est particulièrement bienveillant envers sa Vieille Garde, qui lui voue en retour une admiration sans bornes. L'Empereur, qui savait mener les hommes, utilisait fréquemment sur ces soldats des gestes symboliques qui galvanisaient ces troupes ; le fameux « tirage d'oreille », ou la remise de sa propre légion d'honneur, appelée « La croix », à un soldat particulièrement valeureux. Ainsi, le fin du fin était de recevoir de l'Empereur sa propre croix qu'il détachait de sa poitrine pour l'accrocher lui-même à l'uniforme du soldat courageux. Hors campagne, Napoléon se promenant dans les parcs avec l'Impératrice et son fils, confiait souvent ce dernier à un Vieux Grenadier ou Chasseur de service, qui le portait dans ses bras. C'était pour le vieux soldat la récompense suprême.

Ainsi, celui que l'on appellera ultérieurement l'Aiglon, le Roi de Rome, était pour eux aussi un objet de vénération. À la restauration de 1814, la Vieille Garde rebaptisée « Grenadiers de France » avait une fâcheuse tendance à tomber subitement aphone au moment de crier « Vive le Roi ». Ces fidèles de Napoléon, pour ne pas être punis, eurent recours au subterfuge suivant : ils criaient « Vive le Roi », puis quelques-uns rajoutaient « de Rome », titre de l'Aiglon (il mourra en 1832).

Les vétérans de la Vieille Garde sont considérés comme les soldats les plus valeureux de l'histoire militaire française.

Formation et recrutement[modifier | modifier le code]

Boucle de ceinture d'officier de la Garde

La Garde impériale est constituée au début de l'Empire par décret impérial du 10 thermidor an XII (29 juillet 1804), la Garde consulaire devient la Garde impériale, créée officieusement dès le 19 mai. Elle comprendra deux régiments, un de grenadiers et un de chasseurs. Chacun de ses régiments était composé de trois bataillons ; deux bataillons de garde et un bataillon de vélites, et organisé comme suit :

Chaque bataillon de Garde est constitué de 8 compagnies comprenant chacune[1] : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 fourrier, 8 caporaux, 2 sapeurs, 80 grenadiers ou chasseurs et 2 tambours.

Le bataillon de vélites est constitué de 5 compagnies comprenant chacune  : 1 lieutenant, 1sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 fourrier, 8 caporaux, 172 vélites et 2 tambours. L'encadrement est assuré par des colonels et généraux en premier et en second. À sa tête un général d'armée ou un maréchal d'Empire.

Le vélite est un futur garde, il est destiné à être versé dans les effectifs des deux premiers bataillons si besoin est, et formera son encadrement (départ pour les vétérans de la Garde, pertes subies, mutations, promotions ou exclusions).

Une taille minimale est imposée, environ 1,76 m pour les grenadiers et 1,73 m pour les chasseurs (cela est valable aussi pour les unités de cavalerie).

Il fallait un minimum de 10 ans de service pour entrer au 1er régiment de grenadiers à pied de la Garde impériale, et 8 pour le second, ainsi qu'avoir eu au cours de combats un comportement irréprochable, être de bonne moralité et savoir lire et écrire. Bien que cette dernière consigne semble avoir été quelquefois oubliée, elle est néanmoins une condition d'entrée. Pour les officiers, deux ans sont ajoutés à chaque critère. La valeur de ces régiments provient ainsi des rigoureuses conditions de recrutement. Les soldats sont admis dans la Garde pour leurs qualités de soldat, non par qualité de naissance ou par népotisme.

La discipline au sein de ce corps est dure, mais humaine. Une sanction d'expulsion vers la ligne est définitive. Chaque garde obtient le grade supérieur dans la ligne. Un caporal de la Garde, par exemple, est caporal-chef dans la ligne.

Les châtiments corporels y sont interdits, les gardes se vouvoient et s'appellent « Monsieur ». Le port de la moustache « en crosse de pistolet » est obligatoire, ainsi que celui des pattes ou favoris. La moustache est cependant rasée pendant les quatre mois d'hiver. Les sapeurs portent la barbe. La Vieille Garde porte les cheveux longs en deux tresses nouées sur la nuque et poudrées de blanc/gris, attachées avec un cordonnet frappé d'une grenade d'argent ou à l'Aigle. Les cheveux poudrés blancs virant au gris ont contribué à son appellation « Vieille » Garde. Chaque soldat de la Vieille Garde porte, à chaque lobe d'oreille, un anneau d'or de la taille d'un écu.

Outre la Vieille Garde on trouve aussi la Moyenne Garde constituée en 1806 avec les vélites de la Garde et composée de fusiliers grenadiers et de fusiliers chasseurs, puis la Jeune Garde créée en 1808, composée de tirailleurs (futurs grenadiers) et de voltigeurs (futurs chasseurs), unités destinées à servir de pépinière à la Vieille Garde. La Moyenne Garde est plus exposée au combat que ses aînés. Quant à la Jeune Garde, elle y est engagée sans précautions particulières, et presque systématiquement ; ils formeront la future Vieille Garde et doivent donc être des combattants expérimentés. À Waterloo, la Moyenne Garde n'existe plus car elle est officiellement intégrée à la Vieille Garde. Néanmoins, ils sont toujours appelés Moyenne Garde par les autres troupes.

Tous les officiers de la Garde sont de Vieille Garde, les sous-officiers montent d'un cran dans la hiérarchie, un sous-officier de la Jeune Garde faisant partie de la Moyenne Garde, et ainsi de suite.

Notons que Napoléon veillait soigneusement à ce que rien ne soit écrit sur la Garde impériale. Même le journal militaire officiel ne publia jamais une seule ligne sur elle. Ainsi, l'ennemi pouvait difficilement en pénétrer la nature, ou en savoir la composition.

Période de la liste d'adresses (conseil d'administration) (1795–1799) :

  • Année 1795 - 242 hommes.
  • Année 1796 - 224 hommes.
  • Année 1799 - 2 089 hommes.

Période du consulat (1799–1804) :

  • Année 1800 - 4 178 hommes.
  • Année 1802 - 7 266 hommes.
  • Année 1804 - 9 798 hommes.

Période impériale (1804–1815) :

  • Année 1805 - 12 187 hommes.
  • Année 1807 - 15 361 hommes.
  • Année 1808 - 15 392 hommes.
  • Année 1809 - 31 203 hommes.
  • Année 1810 - 32 150 hommes.
  • Année 1811 - 51 960 hommes.
  • Année 1812 - 56 169 hommes.
  • Année 1813 - 92 472 hommes.
  • Année 1814 - 112 482 hommes.
  • Année 1815 - 25 870 hommes.

Combats de la Garde[modifier | modifier le code]

Grenadier du 3e Régiment de Grenadiers-à-Pied de la Garde Imperiale

La Garde impériale, unité prestigieuse, sert de réserve dans les batailles : elle n’est engagée qu’au moment décisif, ou même mieux, ne combat pas. Ainsi, de nombreux bulletins de victoire se terminent par les mots « La Garde n’a pas donné ».

Campagne d’Allemagne[modifier | modifier le code]

En 1805 en Allemagne, la Garde mène des combats sporadiques, combattant à Elchingen. À Langenau, les chasseurs à cheval chargent la division Wermeck à 400 contre 1 500. À Nuremberg, les chasseurs à cheval s'emparent d'un parc d'artillerie tandis que les grenadiers marchent en tête portant chacun un drapeau pris à l'ennemi, conséquence directe de la reddition d’Ulm.

À Austerlitz, la Garde à pied ne donne pas contrairement à l'artillerie et la cavalerie. Les grenadiers à cheval exécutent une charge contre la Garde impériale russe et font prisonnier le prince Repnine, commandant de cette dernière. Il y a au total 3 officiers (parmi lesquels le colonel Morland des chasseurs à cheval) et 22 sous-officiers et soldats tués ou mortellement blessés.

Campagne de Prusse[modifier | modifier le code]

Grenadier à cheval à la bataille d'Eylau

La Garde ne donne pas lors de la campagne de Prusse. À Eylau, le général Dalhmann, qui a succédé à Morland à la tête des chasseurs, est tué lors d'une charge. Le général Lepic traverse avec ses grenadiers à cheval plusieurs fois les rangs des grenadiers russes. Malgré tout, les Russes progressent vers l'église d'Eylau où Napoléon se tient avec son état-major. Napoléon ordonne aux 2e Chasseurs et 2e Grenadiers de les attaquer. C'est à ce moment que le général Dorsenne qui les commande crie à un grenadier qui voulait se servir de son arme : « Grenadiers, l'arme au bras ! La vieille garde ne se bat qu'à la baïonnette. »

La Garde arrête les Russes. Ney qui arrive tardivement sur le champ de bataille permet de remporter la victoire.

Campagne d’Espagne[modifier | modifier le code]

En 1810-1811, la jeune Garde est engagée dans de nombreux combats contre les Espagnols, à Luzzara, à Acedo, Santa Cruz ou Fort Mayor. La mission de la jeune Garde est d'assurer la tranquillité sur le Douro, de protéger la Navarre et les communications sur Valladolid.

Campagne d’Autriche[modifier | modifier le code]

Nouvelle campagne d'Allemagne, à Essling, l'Empereur est touché à la jambe, le général Walther qui commande la Garde lui dit : « Sire, retirez-vous ou je vous fais enlever par mes grenadiers. » Alors que la bataille est indécise, le général Mouton à la tête des tirailleurs de la Jeune Garde surgit sur les Autrichiens qui menaient une attaque à l'ouest. Cette petite victoire permet de faire retraite.

À Wagram, l'artillerie de la Garde enfonce le centre autrichien et permet au maréchal Macdonald de s'y engouffrer.

Campagne de Russie[modifier | modifier le code]

Chasseurs de la Vieille Garde v. 1811

En Russie, la Garde ne prend pas part aux combats, mais pendant la retraite, la Vieille Garde est la seule unité qui conserve un semblant d'ordre.

Campagne d’Allemagne[modifier | modifier le code]

En Saxe en 1813, le maréchal Bessières commandant de la cavalerie de la Garde est tué d'un boulet. La jeune Garde combat à Lützen où elle reprend le village de Kaja massacrant la garde prussienne. La jeune Garde donne à nouveau à Dresde où elle empêche les Alliés d'entrer dans la ville.

Campagne de France[modifier | modifier le code]

C’est pendant la campagne de France en 1814 que la Garde a le plus souvent donné. À Champaubert, la cavalerie s'empare de 21 canons et de l’état-major russe. À Montmirail, l'infanterie de la Garde se distingue. Mais la Garde, valeureuse, ne peut lutter indéfiniment contre la disproportion des forces. Napoléon qui avec la Garde, remporte de nombreuses batailles sur les arrières des alliés, ne peut éviter les défaites des maréchaux défendant la route de Paris. Il abdique à Fontainebleau, où il fait les adieux à sa garde. 600 soldats de la vieille garde accompagnent l'empereur sur l'île d'Elbe.

Bataille de Waterloo[modifier | modifier le code]

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Chasseur-à-Cheval de la Garde Impériale

À Waterloo, l'Empereur reste près de la Haye Sainte avec trois bataillons de la Garde, le 2e bataillon du 2e régiment de Grenadiers et de Chasseurs, menés respectivement par les généraux Roguet et Christiani et le 2e bataillon du 1er Chasseurs, commandé par le général Pierre Cambronne, célèbre depuis. Tous sont de la Vieille Garde. L'Empereur les fait s'ordonnancer en vue d'une attaque avec un bataillon au centre déployé et deux en colonne sur chaque flanc. Il peut ainsi soit appuyer l'attaque de Ney, quoique improbable, soit porter un autre coup de boutoir au centre droit anglais, soit les placer en vue de faire front à une offensive prussienne.

Toutefois la volonté de les ordonnancer de la sorte indique que la Garde va partir à l'attaque, à ce moment précis Napoléon est toujours occupé à une offensive.

Pendant ce temps, Ney emmène ses bataillons toujours en carrés à l'assaut du mont Saint-Jean. La ligne reçoit l'ordre de seconder son attaque.

L'artillerie à cheval de la Garde se glisse dans les espaces laissés entre les carrés. Quelques grenadiers à cheval survivant au carnage vont les aider.

Ils s'avancent contre la moitié de l'armée anglaise. Les cinq échelons vont bientôt être quatre, les deux bataillons du 3e Chasseurs s'étant rejoints et confondus. Sur la droite, le 1er bataillon du 3e Grenadier, ensuite le 4e Grenadier (un seul Bataillon), plus à gauche le 1er et 2e bataillon du 3e Chasseurs confondus ensuite le 4e Chasseur (un seul bataillon). Mais Reille a pris du retard et est maintenant distancé, trop loin pour être efficace. La Garde s'avance seule sur les Coalisés prévenus et préparés à l'attaque. Ney qui vient de perdre son cinquième cheval tué sous lui monte à pied à côté du général Friant. L'artillerie anglaise tire à double charge de mitraille, la Garde est battue de front et d'écharpe[Quoi ?] par l'acier ennemi. Les « Serrez les rangs » sont répétitifs, les carrés rétrécissent. « À chaque déflagration, les Français ondulaient comme blé au vent », racontent les Anglais[réf. nécessaire]. Bientôt à portée de tir des fusils, le calvaire de la Garde commence.

Le 1er bataillon du 3e Grenadiers emmené par Friant engage et met en déroute un corps de Brunswick, prend deux batteries anglaises et aborde la gauche de la 5e brigade britannique du Major Général Sir Colin Halkett (4 bataillons). Il refoule ensuite le 2e bataillon du 30e régiment (Cambridgeshire) ainsi que le 2e bataillon du 73e régiment (Highland) qui reculent en désordre.

Le général Friant, qui vient d'être blessé retourne près de l'Empereur pour lui annoncer que « Tout va bien », car les faits se déroulant sur une hauteur, il est impossible de les voir des lignes françaises. C'est vraisemblablement à ce moment que Napoléon fait mettre en colonne d'attaque sa Vieille Garde pour attaquer les Prussiens. En effet, l'Empereur n'ayant aucune raison de porter une attaque à un endroit où « Tout va bien », et sachant que les Prussiens menacent très sérieusement sa droite, c'est là qu'il décide de se porter. Ensuite il fera manœuvrer sur sa droite la Garde qui vient de monter dès qu'elle en aura fini avec les Anglais, puis il remontera à la Belle Alliance rechercher le 1er de la Garde, le lancera sur Plancenoit, puis après en avoir chassé les Prussiens continuera sa marche avec les troupes de la Garde déjà présentes à Plancenoit droit sur les Prussiens, le tout en appui avec la ligne. C'est en tout cas le scénario le plus vraisemblable : estimant maintenant l'armée de Wellington sur le point de rompre, on va tout naturellement se porter au-devant des Prussiens.

Le Général hollandais Chassé, ancien officier impérial, fait avancer la batterie Van der Smissen et prend de flanc le carré du 3e Grenadiers de la Garde déjà mal-en-point. Sortant de sa réserve, la brigade Detmer, forte de 3 000 hommes, écrase le faible carré français qui doit contenir moins de 400 hommes maintenant. Les grenadiers refoulés et rompus sont rejetés au bas de la pente, gravie si chèrement.

Le 4e Grenadier (un seul bataillon) avec à sa tête le général Harlet, engage pendant ce temps la droite de la même Brigade Colin Halkett, le 2e bataillon du 33e régiment (1er West Riding) et le 2e bataillon du 69e régiment (South Lincoln). Bien que fortement ébranlés, les Coalisés résistent. Halkett, le drapeau du 33e à la main, tombe grièvement blessé. Les balles pleuvent de part et d'autre. « C'est à qui tuera le plus longtemps », rapporte un soldat anglais.[réf. nécessaire]

Épisode célèbre, le bloc composé du 1er et 2e bataillon du 3e Chasseurs, menés respectivement par leurs chefs le général Michel et le Colonel Mallet, s'avance en direction du chemin creux de l'Ohain, distant de quelques dizaines de mètres. Devant eux un champ de blé, jaune doré d'abord, puis soudainement rouge, puis feu. Les 2 000 gardes de Maitland rangés sur quatre rangs se lèvent alors d'un bond et fusillent la Garde à moins de vingt pas. Ils étaient couchés, attendant l'attaque de la Garde et sortent comme un diable d'une boîte. Wellington en personne les commande, il est au bon endroit au bon moment.

Le choc est effroyable. Après le « carton » de l'artillerie sur ces Chasseurs, la fusillade tue net presque la moitié des deux bataillons. La ligne loin derrière déclarera que la fusillade était si intense qu'elle n'entendait plus ses propres coups de fusils. Il ne doit guère rester plus de 400 hommes à ce moment. À la prochaine salve, si un Anglais sur cinq fait mouche, l'échelon sera purement anéanti. Le général Michel est tué net. L'attaque est brisée, les premiers rangs sont fauchés, il faut désormais enjamber les cadavres. Les batteries anglaises Ramsay et Bolton ajoutent leur mitraille sur les flancs de cette unité décimée. Malgré tout, la Garde essaie de former une ligne pour répondre au feu anglais. On se fusille encore, les rangs français continuent de s'éclaircir, les Gardes de Maitland, désormais rassurés à près de 10 contre 1, chargent à la baïonnette. Contre toute attente, ce qui reste de la Garde attend l'assaut, obligeant les batteries anglaises à cesser le tir pour ne pas blesser les leurs. Instant de répit sur les flancs pour prendre de face un choc dont l'inertie de la masse seule fait décrocher les survivants français. Les débris des deux bataillons de Chasseurs sont balayés du plateau, et se retrouvent en bas de la pente, Anglais et Français pêle-mêle.

Le bataillon du 4e Grenadiers suivant son chef, le général Henrion, débouche soudain et tente de dégager ses compagnons d'armes qui viennent d'être refoulés. Les Gardes de Maitland à sa vue remontent les pentes aussi vite qu'ils les ont descendues. Chasseurs survivants et Grenadiers se reforment et remontent à l'assaut, de nouveau sous la mitraille. À peine franchi le chemin d'Ohain, la brigade Adam forte d'un bataillon du 52e (Oxfordshire), du 71 e léger (Highland) et de six compagnies du 95e Rifles, qui s'était portée en potence sur les flanc de la Garde ouvre le feu. La Garde meurtrie est de nouveau fusillée. Les Gardes anglais de Maitland, s'arrêtant de courir, font demi-tour et recommencent à tirer sur les Français, épaulés par la brigade de Colin Halkett. Les Hanovriens de William Halkett débouchent alors d'Hougoumont et fusillent dans le dos les survivants français. Le Colonel Mallet tombe mortellement blessé. Les Coalisés voient néanmoins les débris du bataillon des Chasseurs se déployer face aux Gardes de Maitland, les Grenadiers faisant marche sur la brigade Adam. La fusillade continue. Le colonel Colborn entraîne le 52e à la baïonnette, puis toute la troupe Coalisée à sa suite, les Chasseurs et les Grenadiers sont refoulés par cette marée humaine et retraitent, c'est la déroute.

Le cri de « la Garde recule », va par conséquent sonner le glas de la Grande Armée. L'inconcevable était arrivé. Pas tout à fait, car comme cela est expliqué dans l'annexe Garde Impériale, certains soldats de l'ancienne Moyenne Garde portaient des bonnets à poils, d'où la confusion. Pour les Anglais d'abord, qui crurent avoir repoussé la Vieille Garde, puis pour les Français qui prirent les débris de la Moyenne Garde pour la Vieille Garde. En tout cas, dans l'esprit qui régnait à ce moment-là sur le front, la seule vue de la Garde repoussée aura servi de déclencheur.

Des rumeurs de trahison circulaient depuis quelques jours ; on avait retrouvé des cartouches bourrées de son à la place de la poudre, la défection du Général Bourmont passé à l'ennemi avec son état-major, les manœuvres désorganisées et les attaques inefficaces avaient semé le doute parmi les soldats.

Aux cris de « La Garde recule », l'infanterie et les débris de la cavalerie qui devaient seconder l'attaque s'arrêtent net, pétrifiés, et commencent à redescendre la pente. Les têtes de colonnes prussiennes abordent les fantassins de Durutte à Papelotte. Un autre cri: « Sauve qui peut, nous sommes trahis ! » se fait entendre sur le champ de bataille ; la déroute se propage.

Quelques soldats qui se battaient encore sont balayés, les Prussiens se ruent à l'assaut. De la gauche à la droite, la ligne française cède et se débande.

Wellington s'avance sur le bord du plateau et agite son chapeau, c'est l'assaut des troupes coalisées sur les fuyards. 40 000 hommes se ruent sur les débris de l'armée française. À cette vue, le peu d'infanterie qui tenait encore ses lignes fait demi tour et regrimpe vers la Belle Alliance, on abandonne Hougoumont, la Haye Sainte. La cavalerie coalisée, soudain plus courageuse, sabre les fuyards aux cris de No quarter! (« Pas de quartier »). C'est la plus épouvantable confusion. Napoléon, qui préparait l'attaque de la Vieille Garde, sait maintenant qu'il est vaincu mais espère organiser une retraite cohérente. Il fait rompre la colonne d'attaque de la Vieille Garde et la fait établir en carrés par bataillon. Pour mémoire, le 2e bataillon du 2e Grenadiers, commandé par Roguet, le 2e bataillon du 2e Chasseurs ayant pour chef Christiani, et le 2e bataillon du 1er Chasseurs avec à sa tête le futur légendaire Cambronne. Ils sont positionnés à environ cent mètres sous la Haye Sainte, le carré de droite sur la route de Bruxelles.

Les fuyards passent à côté de ces carrés, les hussards de Vivian se refusent à les combattre, les contournent pour sabrer les fuyards, proie plus facile. D'autres cavaliers coalisés les suivent. Napoléon lance contre eux ses escadrons de service qui sont submergés. Non loin de la route, Ney tête nue, l'uniforme déchiré et le visage noir de poudre, n'a plus qu'un tronçon d'épée à la main. Il court rallier la brigade Brue de la division Durutte, seule troupe de ligne qui se replie en bon ordre, les jette dans la bataille en hurlant, « Venez voir mourir un Maréchal de France ». La brigade est dispersée rapidement. Ney refuse de quitter le champ de bataille, et entre dans un carré de la Garde. Les trois bataillons de la Garde repoussent sans peine la cavalerie, mais les carrés sont une proie facile pour les fusiliers ennemis. Les trois bataillons sont cernés de toute part, mitraillés par l'ennemi, Les canons anglais tirent à 60 mètres. L'empereur ordonne à la Garde de quitter cette position intenable et de battre en retraite. Il galope ensuite vers la Belle Alliance.

Les bataillons de la Vieille Garde rejoints par le bataillon du 3e Grenadier de Poret de Morvan, placé précédemment en réserve, entament leur retraite pas à pas. Bientôt, les carrés sur trois rangs deviennent triangles sur deux rangs, tant les pertes sont lourdes. Les soldats trébuchent à chaque pas, tous les cinquante mètres il faut s'arrêter pour repousser une charge de cavalerie ou répondre à un feu d'infanterie. La retraite est considérablement gênée par les fuyards, la marche entravée par les cadavres. La Garde est écharpée par les coalisés et bousculée par la ligne en déroute. Elle rétrograde entourée par l'ennemi qui est à portée de voix. Des officiers anglais crient à ces vieux soldats de se rendre. Exaspéré par la situation catastrophique et les incessantes sommations de l'ennemi, Cambronne à cheval au milieu d'un carré leur lance son fameux « Merde ! ». On[Qui ?] prétend qu'un sous-officier rajouta « La Garde meurt, mais ne se rend pas ». Cambronne tombera de cheval quelques instants plus tard, blessé à la tête par une balle, inconscient. Le célèbre tableau anglais montrant Halkett faisant prisonnier Cambronne au beau milieu de la Garde ne relate pas les faits. Cambronne sera fait prisonnier et épousera par la suite une anglaise.

Il semble d'ailleurs que le fameux « Merde » du général Cambronne soit un euphémisme, car plusieurs témoins ont déclaré : « Cambronne a dit aux Anglais d'aller se faire foutre! ». Il y eut même un procès à ce sujet. En tous cas, la vraie version ne sera jamais connue. Seule certitude, Cambronne a dit quelque chose à l'adresse des Anglais, et ça n'était sûrement pas un compliment. Cambronne est souvent associé aux Grenadiers alors qu'il commandait des Chasseurs.

La déroute est totale, les carrés de la Garde qui ont maintenant rejoint le plateau de la Belle Alliance sont presque anéantis. La confusion est telle que certains cavaliers coalisés se chargent mutuellement. La brigade Adam est prise pour cible par l'artillerie prussienne.

Dans Plancenoit c'est toujours le carnage, la Garde demeure inexpugnable. Les Prussiens des divisions Hiller, Tippelkirsh et Ryssel doivent prendre le village rue par rue, maison par maison, pièce par pièce. La résistance est farouche. Le village est en feu, les débris incandescents s'abattent sur les combattants, les toits de chaume s'embrasent. C'est un enfer. Un bataillon entier de la Jeune Garde est exterminé dans le cimetière. Son chef, Duhesme est mourant. Plancenoit sera le tombeau de la Jeune Garde. Le Tambour-Major Stubert du 2e Grenadiers assomme les Prussiens avec le pommeau d'argent de sa canne. On s'égorge comme à Ligny. Le Major Prussien Von Damitz, est obligé de constater : « Il faut anéantir les Français pour s'emparer de Plancenoit ».

Malgré une défense tenace, la Garde ou du moins ce qu'il en reste, submergée, est chassée du village. Le général Pelet qui se trouve au milieu de l'ennemi avec une poignée d'hommes et le porte-aigle des chasseurs de la Vieille Garde rallie ses troupes qui reforment un carré au milieu de la cavalerie anglaise : « À moi chasseurs de la Vieille Garde, sauvons l'Aigle ou mourons près d'elle »[2]. Tous les Gardes valides entendant ce cri retournent se rallier autour de leur emblème. De Plancenoit déboulent pêle-mêle Français et Prussiens.

Le 1er Grenadiers de la Vieille Garde à la bataille de Waterloo[modifier | modifier le code]

À Rossome, les deux carrés du 1er Grenadiers de la Garde font bloc et semblent très impressionnants. Quatre grenadiers sur dix sont légionnaires, c'est-à-dire récipiendaires de la légion d'honneur. Presque tous ont plus de quatorze ans de service, et les soldats à trois brisques[3] n'y sont pas rares. La taille moyenne des soldats du régiment est d'un mètre quatre-vingt-dix. Ces titans ont pris position devant la maison Decoster à gauche et à droite de la route.

Autour d'eux, le sol est jonché de cadavres et de chevaux d'ennemis venus provoquer ces briscards. Il y a aussi des cadavres de Français qui voulaient chercher protection à l'intérieur des carrés. La sûreté des carrés est à ce prix. « Nous tirions sur tout ce qui se présentait, amis ou ennemis, de peur de laisser rentrer les uns avec les autres, c'était un mal pour un bien », dira le Général Petit, commandant ce régiment. Les carrés sont débordés par la droite ou par la gauche, mais toutes les charges ennemies sont repoussées.

Ces deux bataillons tiennent tête à deux armées. L'Empereur qui à un moment a trouvé refuge dans l'un de ces carrés, ordonne de quitter la position. Le 1er Grenadiers commence sa retraite couvrant les arrières du fantôme de l'armée. Il s'arrête tous les 200 mètres environ pour rectifier la face des carrés et pour repousser l'ennemi qui depuis un moment hésite de plus en plus à charger ces redoutes vivantes. La bataille est presque terminée et personne n'a envie d'en être le dernier mort. L'Empereur va rejoindre le 1er bataillon du 1er Chasseurs de Duuring, apprend qu'il a repoussé une attaque prussienne qui visait à couper la retraite de l'Armée. Il lui ordonne de suivre la colonne en marche et de se placer juste avant les grenadiers, qui ferment la marche. Plus tard, les Grenadiers du 1er de la Garde se mirent en colonne par section, l'ennemi n'osant plus l'attaquer. Blessée à mort, la Garde l'impressionne toujours. Mais l'épopée militaire impériale vient de s'achever.

« Comme s'envole au vent une paille enflammée, s'évanouit ce bruit que fut la Grande Armée »

— Victor Hugo, Les châtiments

Certains blessés resteront sur le champ de bataille jusqu'au 21, attendant des secours débordés ou les pilleurs de morts. Charognards des champs de bataille, ceux-ci achèvent blessés et mourants pour dérober uniformes ou le peu d'objets de valeur que détiennent les soldats. Les Anglais fusillent sur place ceux qu'ils surprennent. La haine est tenace, certains soldats français blessés refusant les soins des ennemis. Des officiers de liaison prussiens affirmeront que le lendemain, des soldats de la Garde réfugiés dans les étages des maisons de Plancenoit les ont copieusement insulté et arrosé de cailloux, faute de munitions. Ceux-là se battent encore.

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Sans faire le détail en termes de régiments, les quatre jours de juin de la campagne de Belgique ont occasionné 11 500 morts - parmi lesquels 14 généraux - et 33 900 blessés dans les troupes françaises. D'une manière générale, avec 23 700 morts et 65 400 blessés toutes armées confondues, pertes correspondant au quart des troupes engagées, cette campagne est une des plus meurtrières campagnes militaire de la Révolution et de l'Empire en termes de victimes militaires, évidemment dépassée par les campagnes de Russie et d'Allemagne mais qui, elles, se sont déroulées sur plusieurs mois[4].

Épilogue[modifier | modifier le code]

Le retour du corps de Napoléon Ier en France en 1840 donnera lieu à des scènes de ferveur.

Les vieux soldats survivants ont ressorti leurs uniformes la veille, bivouaquant comme au bon vieux temps autour de feux de camps, le froid est intense. Le cortège funèbre est suivi par ces vieux grognards, traînant la patte, mais d'une dignité touchante. Le maréchal Moncey, 87 ans, qui depuis huit jours suppliait ses médecins de le faire vivre encore un peu pour « recevoir l'Empereur », aura à la fin de la cérémonie cette phrase qui résume bien la pensée des fidèles : « À présent, rentrons mourir ».

Émile Marco de Saint-Hilaire publia une Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale (Paris, Penaud, 1845-1847) qui fut un énorme succès.

La garde impériale en littérature[modifier | modifier le code]

Malgré des opinions pas toujours favorables au régime impérial, les écrivains du XIXe siècle ont souvent exprimé leur intérêt et même leur fascination pour les batailles napoléoniennes. On pense bien sûr à Victor Hugo mais Honoré de Balzac est peut-être le plus prolixe sur le sujet[5] en développant souvent la thématique particulière du difficile voire impossible retour à la vie civile des soldats de l'Empire[6].

Balzac avait projeté une vingtaine d'ouvrages pour constituer Les scènes de la vie militaire mais il n'en réalisa que deux : Les Chouans sur les guerres de Vendée et Une passion dans le désert, curieuse nouvelle mettant en scène un soldat de l'armée d’Égypte. Il utilisa cependant le matériau rassemblé dans nombre de ses romans et, traduisant bien le prestige des unités d'élite de l'armée napoléonienne, c'est le plus souvent à la garde impériale qu'il se réfère et à d'anciens colonels.

L'auteur de la Comédie Humaine fait d'abord une place notable aux dragons de la garde impériale :

  • avec le personnage emblématique est le colonel Chabert resté pour mort à la bataille d'Eylau qui dit à son retour romanesque : « Donnez - moi le grade de général auquel j'ai droit, car j'ai passé colonel dans la garde impériale, la veille de la bataille d' Eylau » . (Le Colonel Chabert, III, Page 340).

On peut raisonnablement induire que Chabert servait dans les dragons de la garde en suivant les propos de Bridau adressés à Giroudeau, ancien lieutenant-colonel des Dragons : « Que fais-tu là, toi qui a été de la charge du pauvre colonel Chabert à Eylau ? » (La Rabouilleuse p.45)

  • avec « le vieux Giroudeau, capitaine aux dragons, parti simple cavalier à l’armée de Sambre-et-Meuse, cinq ans maître d’armes au premier hussards, armée d’Italie ! [...] « un vieux capitaine des dragons de la Garde Impériale, retraité chef de bataillon, entré dans toutes les capitales de l’Europe avec Napoléon… » (dans Illusions perdues page 205-206).
  • ou encore l'ancien lieutenant-colonel des Dragons de la Garde Philippe Bridau : « un brave qui avait porté les ordres de Napoléon dans deux batailles », « ce grand frère qu’il avait vu dans le bel uniforme vert et or des Dragons de la Garde, commandant son escadron au Champ-de-Mai ! ». « Le 20 mars éclata, le capitaine Bridau, qui rejoignit l’empereur à Lyon et l’accompagna aux Tuileries, fut nommé chef d’escadron aux Dragons de la Garde. Après la bataille de Waterloo, à laquelle il fut blessé, mais légèrement, et où il gagna la croix d’officier de la Légion d’Honneur, il se trouva près du maréchal Davoust à Saint-Denis et ne fit point partie de l’armée de la Loire » (page 87). Demi-solde : « elle le revit en 1816, tombé de neuf mille francs environ d’appointements que recevait un commandant des Dragons de la Garde Impériale à une demi-solde de trois cents francs par mois », il aura un destin romanesque : bonapartiste refusant de se rallier aux Bourbons, déchéance, trafics, complots, retour en fortune et mort au combat lors de la conquête de l'Algérie (La Rabouilleuse[1]).

On trouve aussi les grenadiers de la garde impériale

  • avec le Maréchal Hulot : officier républicain dans Les Chouans, il devient «  le célèbre général Hulot , colonel des grenadiers de la Garde impériale , que l' Empereur avait créé comte de Forzheim , après la campagne de 1809 » (La Cousine Bette VII Page 56) - « le lieutenant général Hulot , le vénérable commandant des grenadiers à pied de la Garde impériale , à qui l' on devait donner le bâton de maréchal pour ses derniers jours » (idem, Page: 78). « Le portrait de Hulot , peint par Robert Lefebvre en 1810 , dans l' uniforme de commissaire ordonnateur de la Garde impériale » (idem, Page: 203).
  • le commandant Genestas  : il a servi en Egypte, à Austerlitz, à Ulm (régiment de Murat) et à Waterloo comme chef d'escadron dans les grenadiers de la garde. Il parle à l'empereur lors des adieux de Rochefort avant le départ de Napoléon pour Saint-Hélène. (Le Médecin de campagne).
  • le comte Mignon de la Bastie, le père de Pauline dans La peau de chagrin, chef d' escadron dans les grenadiers à cheval de la garde impériale. : « Au passage de la Bérésina , il avait été fait prisonnier par les Cosaques ; plus tard, quand Napoléon proposa de l' échanger, les autorités russes le firent vainement chercher en Sibérie ; au dire des autres prisonniers, il s' était échappé avec le projet d' aller aux Indes (La peau de chagrin,X , Page 140). Il fera fortune aux Indes.

Il est également le père de Modeste Mignon de La Bastie figure centrale de Modeste Mignon.

  • Max Gilet engagé à 17 ans en 1806, il sert en Espagne et au Portugal, prisonnier de 1810 à 1814, il rallie Napoléon à son retour, capitaine des grenadiers de la garde à Waterloo équivalant au grade de commandant,demi-solde, démissionnaire, il devient le mauvais garçon d'Issoudun (« Grand Maître de l'Ordre de la Désœuvrance »), tué en duel par Bridau (La Rabouilleuse p. 101).

Ou les cuirassiers de la garde impériale :

  • le Comte de Montcornet : colonel de la Garde impériale, bel homme avec « cette haute taille exigée pour les cuirassiers de la Garde impériale dont le bel uniforme rehaussait encore sa prestance, encore jeune malgré l'embonpoint qu'il devait à l'équitation », « Montcornet a commandé les cuirassiers au combat d' Essling » (Les Paysans et La Cousine Bette). Rallié aux Bourbons en 1814, puis à Napoléon lors des Cent_Jours, il réintègre l'armée en 1836 et finit maréchal (Le Cabinet des Antiques, p.61).
  • Michaud , « un ancien maréchal-des-logis-chef aux cuirassiers de la Garde, un homme de ceux que les troupiers appellent soldatesquement des durs à cuire », sous-officier de la Jeune Garde – devient un des gardes de la propriété du comte de Montcornet, assassiné par les ennemis du comte (Les Paysans).


L’œuvre présente encore de nombreux personnages au parcours militaire plus indéterminé ou qui ne sont parfois que des silhouettes comme :

  • Général de Montriveau : artilleur puis cavalier, retraite de Russie, chef d'escadron blessé à Waterloo ( colonel de la garde, il a le grade de général) – fêté dans les salons après son expédition et son évasion en Egypte, réintégré dans l'armée avec son grade –La Duchesse de Langeais
  • Victor d'Aiglemont colonel de cavalerie, officier d'ordonnance de l'Empereur. Rallié aux Bourbons, il est fait général (La Duchesse de Langeais).
  • Castagnier, ancien chef d'escadron de dragons, caissier malhonnête du baron Nucingen (Melmoth réconcilié).
  • Mitouflet : « au Soleil d' or , auberge tenue par Mitouflet , un ancien grenadier de la Garde impériale, qui avait épousé une riche vigneronne » (L'Illustre Gaudissart).
  • colonel Bixiou ( 21e de ligne) : père du caricaturiste Jean-Jacques Bixiou , il a été à la bataille de Dresde en 1813 (La Rabouilleuse) .
  • les vétérans Gondrin et surtout Goguelat, connu pour son portrait du « Napoléon du peuple » dans Le Médecin de campagne.
  • Granson, lieutenant-colonel d'artillerie tué à Iéna (La vieille fille).
  • Gravier, payeur-général des armées devient notaire par la suite (Les Paysans)
  • Montefiore, capitaine, italien servant dans les armées impériales en Espagne, assasssiné en 1826 (Les Marana).
  • le général baron Gouraud, « ce noble débris de nos glorieuses armées » (Pierrette - Les célibataires)...


Victor Hugo a aussi puissamment participé à la gloire napoléonienne à travers ses poèmes (Souvenir d'Enfance dans Les Feuilles d'Automne, A la Colonne, Napoléon II dans Les chants du crépuscule, A l'Arc de Triomphe dans Les Voix Intérieures, Après la bataille dans La légende des siècles. Son art culmine peut-être dans L'Expiation, dans Les Châtiments quand il évoque Waterloo et le combat désespéré de la garde (« La garde impériale entra dans la fournaise »). On retrouve ce champ de bataille sinistre dans le roman Les Misérables en 1862 (tome II, Livre premier : Waterloo) avec les massacres et le détrousseur de cadavres Thénardier.

À la fin du siècle, en 1900, une figure de théâtre rappelle encore la grandeur des soldats de l’Empereur, celle de Flambeau, grenadier à pied de la Garde dans L'Aiglon d'Edmond Rostand.


Articles connexes[modifier | modifier le code]

Citations[modifier | modifier le code]

« La Garde meurt mais ne se rend pas », citation apocryphe attribuée à Cambronne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Réglement concernant l'exercice et les manœuvres de l'infanterie : du 1er août 1791 ([Reprod.]), (lire en ligne)
  2. Le mot « Aigle » utilisé pour désigner un emblème est de genre féminin
  3. Chevron qui se porte sur la manche entre le coude et l'épaule, chacune d'entre elles indique que son possesseur a effectué sept ans de service
  4. Par Thierry Lentz, Waterloo, 1815, Perin, , p. 281
  5. Recherches sur la technique de Balzac: le retour systématique des personnages dans le Comédie humaine Ethel Preston - éd. Slakine reprints – Genève-Paris 1984 - p.104 le groupe des militaires
  6. Les parents pauvres d'Honoré de Balzac: La cousine Bette, Le cousin Pons Par André Lorant –Librairie Droz 1967 p.109 Les inadaptés de Comédie humaine