Bataille de Medina de Rioseco

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Bataille de Medina de Rioseco
Schéma de la bataille de Medina de Rioseco.
Schéma de la bataille de Medina de Rioseco.
Informations générales
Date
Lieu Medina de Rioseco
Nord de Valladolid, Espagne
Issue Victoire française
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français Drapeau de l'Espagne Espagne
Commandants
Jean-Baptiste Bessières Joaquín Blake y Joyes
Gregorio Garcia de la Cuesta
Forces en présence
12 550 à 12 800 fantassins
950 à 1 200 cavaliers
32 canons[1],[2]
21 300 à 22 000 réguliers et miliciens
600 cavaliers
20 canons[1],[2]
Pertes
400 à 500 tués ou blessés[1],[3] 1 000 tués ou blessés
1 200 disparus ou prisonniers[4]
13 canons[1]
Guerre d'indépendance espagnole
Batailles
Première invasion du Portugal (1807-1808) et Insurrection espagnole (1808)

Dos de Mayo · Tolède · Bruc · Valdepeñas · Pont d'Alcolea · Port de Cadix · Olhão · Cabezón · Gérone (1er) · Saragosse (1er) · Valence (1er) (es) · Medina del Rio Seco · Bailén · Évora · Roliça · Vimeiro

Convention de Cintra ‎
Coordonnées 41° 53′ 00″ N 5° 02′ 00″ O / 41.88333, -5.0333341° 53′ 00″ Nord 5° 02′ 00″ Ouest / 41.88333, -5.03333  

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(Voir situation sur carte : Castille-et-León)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Medina de Rioseco.

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 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Medina de Rioseco.

La bataille de Medina de Rioseco se déroule le 14 juillet 1808 à Medina de Rioseco, pendant la guerre d'Espagne, et oppose les troupes françaises du maréchal Jean-Baptiste Bessières à l'armée espagnole de Galicie commandée par les généraux Blake et la Cuesta. Elle est aussi connue sous le nom de bataille de Moclín.

Au mois de juillet 1808, l'armée de Galicie, composée de miliciens et de réguliers espagnols, fait mouvement de façon à rompre les lignes de communications françaises avec Madrid. Sous le commandement conjoint des généraux Blake et la Cuesta, les Espagnols sont toutefois interceptés et battus par le maréchal Bessières au nord de Valladolid. Bessières profite de la mauvaise coordination entre les deux commandants pour vaincre ses adversaires en détail, Blake étant expulsé d'une hauteur sans que la Cuesta ne juge nécessaire d'engager ses propres troupes. L'armée de Galice, seule formation capable d'enrayer l'avance française en Vieille Castille, est anéantie, ce qui porte un sérieux coup à l'insurrection générale de l'Espagne.

Cependant, Medina de Rioseco s'est avéré être un triomphe isolé pour les Français. Ces derniers échouent en effet à occuper les grandes villes du pays et à pacifier les provinces rebelles, ce qui, réuni à la défaite de Bailén, contraint les forces impériales - dont le corps de Bessières - à repasser l'Èbre. Une nouvelle campagne, menée par Napoléon en personne à la tête de la Grande Armée, est nécessaire pour redresser la situation.

Situation en Espagne du Nord[modifier | modifier le code]

Les récentes opérations françaises dans la région sont bien loin des attentes de Napoléon. En juin, le corps du maréchal Jean-Baptiste Bessières tente de marcher sur Santander afin de sécuriser les communications françaises et garder la côte d'un possible débarquement britannique, mais, accablé par une résistance massive de la région, Bessières est forcé de tourner les talons. L'Empereur engage alors encore plus de troupes et formule une nouvelle stratégie. En juillet, il ordonne à Bessières de renouveler son offensive à l'Est.

En face des Français se trouve le général Joaquín Blake y Joyes qui, coopérant difficilement avec le général Gregorio de la Cuesta, rassemble une armée hétéroclite de recrues, miliciens et soldats réguliers en provenance de garnisons provinciales isolées.

Préparatifs espagnols[modifier | modifier le code]

Portrait d'un général espagnol du XIXe siècle.
Joaquín Blake y Joyes, capitaine général de l'armée espagnole. Portrait anonyme, XIXe siècle.

La Cuesta, très découragé par sa défaite à Cabezón le mois précédent, propose d'effectuer un coup de main sur Valladolid, à cheval entre les lignes de communication françaises - et accessoirement son ancien quartier-général qu'il a du évacuer après la déroute de Cabezón. Cuesta rassemble dans ce but quelque 350 cavaliers et plusieurs bataillons d'infanterie, mais pas un seul canon. Les juntes du nord de l'Espagne accueillent froidement les propositions de la Cuesta : celle des Asturies refuse de se laisser entraîner dans ce qu'elle considère comme une folie, mais envoie plusieurs bataillons en signe de bonne volonté ; la Galice, quant à elle, se montre plus ouverte et charge le général Joaquín Blake de coopérer avec la Cuesta[5]. Officier de carrière, compétent, quoique nouveau au commandement[6], Blake doute de la sagesse d'affronter la Grande Armée en rase campagne et juge plus prudent de profiter des collines et du terrain accidenté du nord de l'Espagne pour neutraliser la supériorité des troupes françaises[7]. En outre, le général est particulièrement préoccupé par l'état de délabrement de la cavalerie espagnole, qui rend hasardeux toute descente dans les plaines de Castille. Il préconise donc d'occuper les provinces de Léon et de Galice et de les fortifier en tenant compte de la nature particulière du terrain, mais se reporte finalement aux ordres de la Cuesta[8].

Les efforts des deux généraux espagnols aboutissent à la mise sur pied d'une armée d'environ 25 000 hommes, la plupart démoralisés et mal équipés. En mai 1808, la Royal Navy débarquent près de 5 000 ex-prisonniers de guerre espagnols - essentiellement capturés lors des raids britanniques contre les colonies hispaniques quelque temps auparavant - avec armes et munitions, avec la présence notable de 800 réguliers du bataillon Colorados habillés de rouge en raison du manque d'uniformes espagnols[9]. La Cuesta, arguant de son ancienneté, prend le commandement suprême et met l'armée en marche le 12 juillet malgré les objections de Blake. Le généralissime, en totale méconnaissance des mouvements français faute de cavalerie suffisante, s'attend à trouver le maréchal Bessières près de Valladolid.

Le 14 juillet, l'armée de la Cuesta s'établit près de Medina de Rioseco. Tandis que Blake occupe une hauteur en avant de la ville, la Cuesta se déploie à environ un mile en arrière avec le gros des troupes. La faible cavalerie espagnole se tient à proximité de la route entre les deux corps[10].

Réaction française[modifier | modifier le code]

Le maréchal Jean-Baptiste Bessières, informé des plans espagnols par un agent double, fait mouvement en direction de Burgos le 9 juillet afin d'empêcher la jonction de Blake avec la Cuesta, tout en regroupant ses forces en cours de route. L'arrivée du gros d'une division à Palencia le 10 juillet porte le corps français de Bessières à 14 000 hommes et 40 canons, avec lesquels le maréchal marche à la rencontre de ses adversaires. Les troupes impériales se présentent devant les positions espagnoles à l'aube du 14 juillet. L'armée française aligne à ce moment trois divisions de qualité inégale : une division de réserve, une division de vétérans venue de France et les unités de la Garde impériale expédiées depuis Madrid[11].

Déroulement de la bataille[modifier | modifier le code]

Un général à cheval, la pipe à la main, pendant une charge.
Le général comte de Lasalle menant une charge de sa cavalerie. Illustration de Louis-Ferdinand Malespina.

Blake, séparé de la Cuesta par une erreur tactique flagrante, doit affronter les Français à flancs découverts et avec la menace de voir sa ligne de retraite coupée[7]. Bessières saisit très rapidement la faiblesse du dispositif espagnol et fait mouvement sur le centre de Blake, tout en prenant soin de garder la Cuesta à distance en détachant face à lui la division du général Mouton. L'infanterie française prend la crête d'assaut sous la supervision du maréchal ; dans un même temps, vingt pièces d'artillerie positionnées sur le mont Moclín pilonnent les Espagnols et occasionnent de nombreuses pertes dans leurs rangs[2]. Le général Merle dirige l'attaque sur l'aile gauche de Blake tandis que Mouton, sur la droite, effectue une démonstration de force contre la Cuesta.

Blake, de son côté, réagit promptement à la menace qui pèse sur son armée. Il étend sa ligne de bataille pour éviter l'encerclement et riposte à la canonnade adverse avec ses propres batteries. La cavalerie française du général Lasalle charge dans la brèche maintenue ouverte par Mouton, enfonce le flanc droit de Blake et disloque sa petite armée qui est poursuivie jusqu'au sommet de la crête. Les Espagnols échappent néanmoins à l'anéantissement grâce au sacrifice d'un bataillon régulier de Navarre, qui stoppe les cavaliers impériaux suffisamment longtemps pour permettre au reste des troupes de Blake de fuir en direction de la rivière Sequillo[3].

Portrait d'un général de Napoléon.
Le général Georges Mouton, commandant une division du corps d'armée du maréchal Bessières. Gravure du XIXe siècle.

Avant que Bessières ne puisse contourner la Cuesta, le général espagnol, très réticent à suivre la retraite de Blake, forme ses troupes en colonnes et les lance contre les Français à présent maîtres de la crête. Les tirailleurs de la division Mouton, brutalement chargés par 300 carabiniers et gardes espagnols, sont rejetés dans le ravin, alors que l'infanterie de la Cuesta s'avance jusqu'à la crête derrière ses cavaliers. La cavalerie française de la Garde impériale charge à son tour et culbute sa faible homologue espagnole qui est ramenée sur les fantassins placés en soutien. L'armée de la Cuesta n'en continue pas moins à gagner du terrain, capturant deux canons de l'artillerie de la Garde et menaçant l'ensemble des positions françaises sur la crête[12].

Merle, pendant ce temps, poursuivant sa marche le long de son axe initial, conduit sa division sur l'aile droite de la deuxième ligne espagnole ; saisissant l'occasion, Bessières ordonne à son subordonné de charger à la baïonnette[12]. Les tirailleurs de Mouton se déploient face à la gauche espagnole et, sous la pression conjuguée des Français, les hommes de la Cuesta craquent et cèdent à la panique. Les bataillons de grenadiers espagnols tiennent encore un moment contre le centre français avant d'être pris sous un feu croisé et d'être expulsés des hauteurs, contraignant la Cuesta à évacuer le champ de bataille. De la même manière que pour la retraite de Blake, les bataillons réguliers en arrière-garde tiennent les Français à distance tandis que le reste de l'armée fuit au nord de Medina.

Conséquences[modifier | modifier le code]

La déroute espagnole est complète. Si les deux généraux, Blake et la Cuesta, réussissent à s'enfuir, l'armée de Galice cesse d'exister en tant que force combattante. Les troupes de Blake sont celles qui ont le plus souffert, avec la perte de 13 canons et d'environ 3 000 hommes[7]. De nombreux bataillons de vétérans espagnols ont été sévèrement malmenés lors des combats sur la crête ; les Colorados, par exemple, ont été quasiment anéantis[13]. Craignant d'être poursuivi, Cuesta conduit son infanterie au nord des Asturies puis gagne Salamanque avec un petit corps de cavalerie, tandis que Blake retourne en Galice.

À la suite de Medina de Rio Seco, Bessières capture aisément Léon et Zamora. Les Français se rendent coupables de sauvages représailles contre les prisonniers aussi bien qu'envers la population des villes voisines, qui ironie du sort, étaient parmi les très rares villes à n'avoir pas été emportées par des soulèvements populaires. Bessières, informé de la séparation des deux armées espagnoles, n'en profite pas et rappelle le général Lasalle, commandant de sa cavalerie, à son quartier-général.

La victoire de Bessières apporte une grande amélioration à la position stratégique de l'armée française dans le nord de l'Espagne. Enchanté, Napoléon affirme : « Si le maréchal Bessières a été capable de battre l'Armée de Galice avec si peu de pertes et peu d'efforts, le général Dupont sera capable de renverser n'importe qui il pourrait rencontrer. ». Quatre jours plus tard, le général Dupont se faisait battre à Bailén par les Espagnols et se soumettait avec 20 000 hommes à une capitulation humiliante. Le commandement français fut pris de panique et ordonna une retraite générale jusqu'à l'Èbre, défaisant l'œuvre durement acquise de Bessières.

Analyse de la bataille[modifier | modifier le code]

Portrait d'un maréchal de Napoléon.
Le maréchal Jean-Baptiste Bessières, duc d'Istrie. Peinture du XIXe siècle.

Medina de Rioseco a été une bataille durement disputée. L'attaque de l'infanterie espagnole sur la crête, menée avec « précision et audace », a en particulier été saluée par les contemporains : en Grande-Bretagne, l'écrivain Thomas Hamilton célèbre la lutte acharnée des troupes espagnoles contre une armée française beaucoup plus expérimentée. Les divisions de la Cuesta, à l'inverse de leur commandant, reçoivent des éloges pour avoir failli faire basculer la victoire dans le camp espagnol, même après la déroute de Blake.

« La bataille de Rio Seco, si malheureuse, est loin d'être déshonorante en regard des prouesses espagnoles… Dans les circonstances les plus défavorables et désespérées, la deuxième ligne des Espagnols a combattu avec un courage et une ténacité digne d'un meilleur général… Ceci, après la défaite de la première ligne, l'issue de la bataille un temps douteuse, est une circonstance qui fait honneur au courage des troupes espagnoles. »

— Thomas Hamilton, Annals of the Peninsular Campaigns, p. 232[14].

Un autre contemporain, le général français Maximilien Sébastien Foy, porte ce jugement sur l'armée espagnole à Medina de Rioseco : « C'était un échantillon de l'ancienne armée espagnole, qui montra ce qu'elle aurait pu faire : c'était beaucoup pour une armée neuve, qui était aux mains pour la première fois avec des troupes aguerries. »[15]. En revanche, le duo Blake-la Cuesta a fait l'objet de nombreuses critiques et les dispositions tactiques choisies par la Cuesta ont également été commentées sévèrement[7]. Un historien militaire espagnol de l'ère napoléonienne a attribué la défaite au fait que les généraux espagnols ont agi de façon contradictoire : « pour avoir une chance de succès, les Espagnols devaient nécessairement frapper rapidement avec toutes leurs forces, mais Blake réticent a fait mouvement très lentement, tout en laissant deux de ses quatre divisions d'infanterie derrière lui pour couvrir sa retraite. »[11]. L'historien militaire britannique David Chandler, de son côté, rejette la responsabilité sur Cuesta qui, pour des raisons peu claires, refuse de déployer ses troupes contre l'ennemi. De même, selon le général Foy, le déploiement espagnol n'offrait guère de chances de réussite : l'approche de l'ennemi de front le long du défilé, les deux flancs à découvert sous le risque permanent d'une attaque, un écart trop important entre les deux lignes enfin, annonçaient une défaite à coup sûr pour les défenseurs. Foy, cependant, ne blâme pas Blake pour avoir accepté de livrer une bataille rangée : presque totalement dépourvu de cavalerie, le général espagnol devait faire face à la sombre perspective de retraiter à travers un terrain découvert poursuivi par 1 500 sabres français sous les ordres d'un des plus grands commandants de cavalerie de tous les temps, le général Lasalle[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Esdaile 2006, p. 627.
  2. a, b et c Gates 2001, p. 79.
  3. a et b Gates 2001, p. 80.
  4. Esdaile 2003, p. 73.
  5. Gates 2001, p. 77.
  6. Chandler 1995, p. 625.
  7. a, b, c et d Gates 2001, p. 78.
  8. Hamilton 1829, p. 228.
  9. Chartrand 1999, p. 18.
  10. Hamilton 1829, p. 229.
  11. a et b Esdaile 2003, p. 71.
  12. a et b Foy 1827, p. 312.
  13. Chartrand 1999, p. 14.
  14. Hamilton 1829, p. 232.
  15. a et b Foy 1827, p. 313.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Maximilien Sébastien Foy, Histoire de la guerre de la Péninsule sous Napoléon, vol. 3, Paris,‎ . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Charles Esdaile, « Battle of Medina de Río Seco (14 July 1808) », dans Gregory Fremont-Barnes, The Encyclopedia of the French Revolutionary and Napoleonic Wars, ABC-CLIO,‎ . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) David Gates, The Spanish Ulcer : A History of the Peninsular War, Da Capo Press,‎ (ISBN 0-306-81083-2). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) David Chandler, The Campaigns of Napoleon, New York, Simon & Schuster,‎ (ISBN 0-02-523660-1). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) René Chartrand, The Spanish Army of the Napoleonic Wars, Osprey Publishing,‎ (ISBN 978-1-85532-765-8). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Thomas Hamilton, Annals of the Peninsular Campaigns: From 1808 to 1814, Blackwood,‎ . Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Charles Esdaile, The Peninsular War : A New History, Macmillan,‎ (ISBN 978-1-4039-6231-7). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Jeux de simulations historiques[modifier | modifier le code]