Philon d'Alexandrie

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Philon.

Philon

Philosophe occidental

Antiquité

Description de l'image  PhiloThevet.jpg.
École/tradition Platonisme, philosophie judéo-alexandrine
Principaux intérêts Métaphysique, théologie, épistémologie, cosmologie, éthique
Idées remarquables doctrine du Logos, allégorisme
Œuvres principales Commentaire allégorique de la Bible
Influencé par Platon, Médio-platonisme, Néopythagorisme, Stoïcisme
A influencé Christianisme ancien, Pères de l'Église, Néoplatonisme

Philon d’Alexandrie (grec : Φίλων ὁ Ἀλεξανδρεύς Philôn o Alexandreus, hébreu : ידידיה הכהן Yedidia Hacohen) est un philosophe juif hellénisé, contemporain des débuts de l’ère chrétienne (Alexandrie, vers -20 – vers 45).

Son œuvre abondante est principalement apologétique, entendant démontrer la parfaite adéquation entre la foi juive et la philosophie hellène. Elle aura peu d’influence sur le judaïsme mais sera une source d’inspiration féconde pour les Pères de l’Église. Eusèbe de Césarée le cite aussi dans son Histoire ecclésiastique lorsqu’il décrit la vie des Thérapeutes d'Alexandrie.

Redécouvert par le monde juif à l’ère moderne, Philon a donné son nom au Kfar Yedidia situé dans le nord d’Israël.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Les rares détails biographiques le concernant se trouvent dans ses propres œuvres, en particulier Legatio ad Caium (« Légation à Caius » Caligula) et chez Flavius Josèphe (Antiquités xviii. 8, § 1 ; xix. 5, § 1 ; xx. 5, § 2). Le seul événement dont la date est sûre est d'ailleurs cette participation à l'ambassade que les Juifs d'Alexandrie envoyèrent à l'Empereur Caligula en l'an 40 pour demander sa protection à la suite des émeutes antijuives, dont ils avaient été victimes de la part des Grecs. Son âge à cette époque, de 50 à 70 ans, est incertain.

Présentation[modifier | modifier le code]

Il symbolise le judaïsme d’Alexandrie, étape vers le christianisme, dans la mesure où celui-ci est à la fois issu du judaïsme et de l'hellénisme. Pour les chrétiens, Philon est juif et rabbin. Mais pour les juifs orthodoxes qui représentent une minorité, lui et sa communauté d'Alexandrie sont les prototypes des « juifs assimilés ». Comme pour d'autres transfuges ultérieurs, Flavius Josèphe, Spinoza ou Freud, sa culture biblique, son attachement au peuple juif alimentent sa pensée universaliste. Il est convaincu que le monothéisme de Moïse est universel et veut en convaincre ses lecteurs grecs. Confronter Philon et Aristote n’est pas un exercice aisé et peut conduire à commettre anachronismes ou erreurs d’interprétation. Les traités de Philon écrits il y a plus de deux mille ans, s’inscrivent dans la filiation de la morale platonicienne, il puise également ses sources dans l’approche éthique d’Aristote, exposée notamment dans l’Éthique à Nicomaque, et surtout celle des stoïciens. Philon apporte un enseignement moral qui trouve son inspiration dans la méthode allégorique, en expliquant la Torah comme les Grecs, et notamment les stoïciens, expliquaient les récits homériques. Philon a été inspiré par certains principes aristotéliciens, la tradition des stoïciens et une tradition gréco-égyptienne propre à Alexandrie. Ici s’arrête la proximité des approches de Philon et d’Aristote. Aristote ne conçoit le courage que militaire, alors que Philon défend le courage politique vis-à-vis du peuple. Le contexte politique du temps de Philon, un État client sous la domination d’un gouverneur romain, y est très différent du temps de la grandeur de la monarchie macédonienne et de l’éclipse de la démocratie athénienne qu’a connue Aristote. Pour autant, la réflexion sur la vertu politique revêt quelques similitudes. Connaissant parfaitement les systèmes philosophiques grecs, Philon est à ce point influencé par Platon qu'il en épouse même le style, avec toutefois les hellénismes des Juifs d'Alexandrie. On cite souvent ce jeu de mots d'un contemporain : « Philon platonise, Platon philonise ». Ses textes sont intéressants pour l'étude de la philosophie néo-platonicienne, mais surtout pour sa lecture de la Bible, qu'il lisait dans la traduction des Septante. Il fait notamment des personnages bibliques des allégories. Il est bien possible qu'il ignorât l'hébreu, mais la question est controversée.

Système philosophique et religieux[modifier | modifier le code]

Son système philosophique se résume en trois thèses :

  • La transcendance de Dieu, et l’inconnaissabilité de Dieu. L’homme ne peut saisir l’essence de Dieu ni par le sens ni par l’intelligence. Philon pose ici une limite nette au pouvoir de la philosophie et de la théologie. Philon a créé la théologie négative : dans le De somniis I.67, il décrit Dieu comme indicible (arrêtos) et comme incompréhensible (akatalêptos). On retrouvera cette thèse de l’inconnaissabilité de Dieu chez les Cappadociens (Basile de Césarée, Jean Chrysostome).
  • La vacuité de l’homme. La terre n’appartient pas à l’homme. Le dialogue entre Dieu et l’homme que présuppose la Loi révélée est opaque et sourd, comme celui du maître et de l’esclave. De plus, renversant la célèbre maxime de Socrate, Philon affirme que l’homme ne se connaît même pas lui-même.
  • La médiation prophétique entre Dieu et l’homme.

Le Cosmos et l’homme ont capté quelque chose de divin, qui permet à ce dernier de s’y refléter. C’est pourquoi ils sont tous deux des images de Dieu.

Dieu se porte vers ce qui n’est pas lui par le principe d’Amour, c’est un don. Le mécanisme de cette transmission repose sur la théorie confuse (et relativement accessoire dans la pensée de Philon, mais qui aura un grand succès) des Puissances, des Anges, et surtout du logos.

Les Puissances divines[modifier | modifier le code]

Les Puissances divines sont les attributs de Dieu, le Logos est sa Sagesse même, son pouvoir créateur. Les Anges sont des émanations de Dieu, des hypostases dénommées « Fils de Dieu », « Ancien des Anges », etc. Il y a ensuite des archétypes de la Création, sortes de Verbes-idées, lieux et images de tout ordre créé. Enfin, l’esprit humain, l’âme et l’intelligence, sont eux-mêmes logos et susceptibles de s’ouvrir aux autres puissances dont l’enchevêtrement, la hiérarchie, l’harmonie forment la structure du monde.

Cette théorie est une sorte de synthèse autour des termes employés par la Bible grecque pour parler de Dieu, de la création et de la prophétie. Alliant la terminologie de la Bible à la mystique de Platon et au mystérisme de l’Orient, elle inspira (étant bien déformée au passage) la gnose, la philosophie de Plotin...

Disciples et successeurs[modifier | modifier le code]

Selon Claude Tresmontant, Philon d'Alexandrie aurait influencé les premières communautés chrétiennes.

Selon Ceslas Spicq, OP, l'auteur de l'épître aux Hébreux, selon lui Apollos originaire d'Alexandrie, serait un disciple de Philon converti au christianisme[1].

D'après la théologienne anglaise Foster, Philon aurait décrit les rois mages comme étant des scientifiques ou astrologues perses dont une des fonctions était de prédire la mort et la naissance de rois[réf. nécessaire].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Philon d'Alexandrie traduites en français[modifier | modifier le code]

  • Éditions du Cerf, collection Œuvres de Philon d'Alexandrie, bilingue, dirigée par Roger Arnaldez, Jean Pouilloux, Claude Montdésert, 1961 ss. :
    • Alexander (De animalibus), volume 36, 1988, 228 p. "Alexandre ou l'âme des bêtes".
    • Apologia pro judaeis. "Apologie en faveur des juifs". Notice sur les Esséniens.
    • De Abrahamo, volume 20, 1966, 140 p. "D'Abraham". Sur Abraham comme "loi vivante".
    • De aeternitate mundi, volume 30, 1969, 180 p., ISBN 2-204-03743-5. "De l'éternité du monde".
    • De agricultura, volume 9, 1976, 104 p. ISBN 2-204-03723-0. "De la culture de la terre". Sur Genèse IX, 20-21.
    • De cherubim, volume 3, 1963, 84 p. "Des chérubins". Sur Genèse III, 24 - IV, 2.
    • De confusione linguarum, volume 13, 1963, 192 p. "De la confusion des langues". Sur Genèse XI, 1-9.
    • De congressu eruditionis, volume 16, 1967, 272 p. "L'union et l'éducation". Sur Genèse, XVI, 1-6.
    • De Decalogo, volume 23, 1965, 168 p. "Du Décalogue". Sur la Loi, en général.
    • De ebrietate. De sobrietate, volumes 11 et 12, 1952, 164 p. "De l'ivresse". "De la sobriété". Sur Genèse IX, 21-27.
    • De fuga et inventione, volume 17, 1970, 332 p. "Fuir et découvrir". Sur Genèse XVI, 6-14.
    • De gigantibus , volumes 7, 1963, 156 p. "Des géants". Sur Genèse, 6.
    • De Iosepho, volume 21, 1964, 156 p. "De Joseph". Sur Joseph comme "loi vivante".
    • De migratione Abrahami, volume 14, 1965, 248 p. "De la migration d'Abraham". Sur Genèse XII, 1-4.
    • De mutatione nominum, volume 18, 1964, 164 p. "Du changement de nom". Sur Genèse XVII, 1-22.
    • De opificio mundi, volume 1, 1961, 260 p. "De la fabrication du monde". Le concept de Création. Interprétation dualiste de Platon. Sur Genèse, I.
    • De plantatione, volume 10, 1963, 112 p., ISBN 2-204-03724-9. "De la plantation".
    • De posteritate Caini, volume 6, 1972, 160 p. "De la postérité de Caïn". Sur Genèse IV, 16-22.
    • De praemiis et poenis. De exsecrationibus, vol. 27, 1961, 132 p., ISBN 2-204-03740-0. "Des récompenses et des peines". "Des malédictions".
    • De Providentia, volume 35, 1973, 376 p. "De la Providence".
    • De sacrifiis Abelis et Caini, volume 4, 1966, 212 p. "Les sacrifices d'Abel et de Caïn". Sur Genèse IV, 2-4.
    • De somniis, volume 19, 1962, 248 p. ISBN 2-204-03732-X. "Des rêves". Sur Jacob et Joseph, Genèse XXVIII, 10-18 et XXXVII, XL, XLI..
    • De specialibus legibus, volumes 24 (livres I, II) et 25 (livres III, IV), 1975 et 1970, 400 et 368 p. "Des lois spéciales". La législation de Moïse.
    • De virtutibus, volume 26, 1962, 164 p. "Des vertus".
    • De vita contemplativa, volume 29, 1963, 152 p. "De la vie contemplative". Sur la secte des Thérapeutes.
    • De vita Mosis, volume 22, 1967, 324 p. "De la vie de Moïse". Sur Moïse comme "loi vivante".
    • Hypothetica, volume 37.
    • In Flaccum, volume 31, 1967, 196 p. "Contre Flaccus". Contre le gouverneur Flaccus, qui avait favorisé un soulèvement populaire contre les juifs d'Alexandrie.
    • Legatio ad Caium, volume 32, 1972, 432 p. Sur l'ambassade auprès de Caligula en 39-40.
    • Legum allegoriae, volume 2, 1962, 320 p. "Allégories des Lois". Sur Genèse II et III.
    • Quaestiones in Exodum I-II, volume 34c, 1992, 300 p. "Questions sur Exode I et II".
    • Quaestiones in Genesim III-VI, vol. 34, 1984, ISBN 2-204-02228-4.
    • Quaestiones et solutiones in Exodum I et II, 1992, ISBN 2-204-04312-5. "Questions et réponses sur Exode I et II". Version arménienne, fragments grecs.
    • Quaestiones et solutiones in Genesim I-II, volume 34a, 1979, 336 p. "Questions et réponses sur Genèse I et II". Version arménienne.
    • Quaestiones et solutiones in Genesim III-IV-V-VI, volume 34b, 1984, 552 p. Version arménienne.
    • Qaestiones et solutiones in Genesim et in Exodum, volume 33, 1978, 316 p. Fragments grecs.
    • Quis rerum divinarum heres sit, volume 15, 1966, 348 p. "L'héritier des biens divins". Sur Genèse XV, 1-18.
    • Quod deterius potiori insidiari soleat, volume 5, 1965, 128 p. "Le mal s'en prend volontiers au bien". Sur Genèse IV, 8-15.
    • Quod omnis probus liber sit, volume 28, 1974, 272 p. "Que tout homme bon est libre". Quelques pages sur les Esséniens.
    • Quod Deus sit immutabilis, vol. 8. "Que Dieu est sans changement". Sur Genèse VI, 4-12.

Études sur Philon d'Alexandrie[modifier | modifier le code]

  • FILWNOS IOUDAIOU SUGGRAMMATA.* Philonis Iudaei omnia qua extant opera. Partim ab Adriano Turnebo, partim a Davide Hoeschelio. Huic novissimae editioni accessere variae lectiones et elegantissimus eiusdem Philonis de Septenario libellus, et de Providentia Dei fragmenta. Lutetiae Parisiorum. 1640. Cum Regis privilegio. Compagnie des Libraires Paris 1640. La première édition grecque de quelques parties de Philon furent publiées en 1553 par Adrien Turnèbe. Fédéric Morel en donna en 1616 une édition complétée de quelques ouvrages inédits qui manquaient à Turnèbe, et en y plaçant les traductions de Budé, Sigismund Gelenius, et les siennes propres. David Hoeschel ayant publié à son tour divers traités inédits, sept savants imprimeurs français (Sébastien et Gabriel Cramoisy, Denis Moreau, Claude Sonnius, Jean Branchu, Denis Thierry et Denis Bechet) donnèrent en 1640 cette édition "complète", rééditée, ou contrefaite en 1691 à Wittemberg.
  • Émile Bréhier - Les idées philosophiques et religieuses de Philon d'Alexandrie, Paris: Vin, 1950 (thèse de doctorat ès lettres soutenue en 1908).
  • Jean Daniélou, Philon d'Alexandrie, Fayard, Paris, 1958.
  • Baudouin Decharneux, L'ange, le devin et le prophète. Chemins de la parole dans l'œuvre de Philon d'Alexandrie dit le Juif", Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1994.
  • B. Decharneux, S. Inowlocki (eds.), Philon d'Alexandrie. Un penseur a l'intersection des cultures gréco-romaine, orientale, juive et chretienne, Brepols Publishers, Turnhout, 2009, ISBN 978-2-503-52885-4
  • Mireille Hadas-Lebel, Philon d'Alexandrie. Un penseur en diaspora, Fayard, 2003, ISBN 2-213-61740-6.
  • Édouard Herriot, Philon le juif : essai sur l'école juive d'Alexandrie, Paris, Hachette, 1898.
  • Benny Lévy, Le Logos et la lettre. Philon d’Alexandrie en regard des pharisiens, Verdier, 1988.
  • Valentin Nikiprowetzky, Le commentaire de l'Écriture chez Philon d'Alexandrie, Brill, Leyde, 1977.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ceslas Spicq, L'Épître aux Hébreux, tome I, collection « Sources bibliques », Gabalda, 1952, p. 39-91.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]