Théorie aristotélicienne de la causalité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La théorie aristotélicienne de la causalité désigne la conception de la causalité développée par le philosophe Aristote. Forgée au IVe siècle av. J.-C., cette vision de la causalité s'écarte grandement de ce qu'on nomme « cause » à l'époque contemporaine. Pour Aristote, la cause (αἰτία, transcrit aitia) n'est pas simplement ce qui précède l'effet : c'est une notion métaphysique complexe. Il distingue ainsi quatre types de causes :

  • cause matérielle (la matière qui constitue une chose),
  • cause formelle (l'essence de cette chose),
  • cause motrice ou cause du changement (ce qui produit, détruit ou modifie la chose),
  • et cause finale (ce « en vue de quoi » la chose est faite).

Cette typologie est exposée dans plusieurs ouvrages, et en particulier en Physique (II, 3-9). La théorie des causes est importante au sein de l’œuvre d'Aristote : celui-ci définit l'enquête philosophique elle-même comme une recherche des causes. Elle est aussi historiquement signifiante : de nombreux penseurs réassumeront totalement ou en partie cette théorie au cours des siècles. Elle est moins utilisée à partir de l'époque moderne. A l'époque contemporaine elle ne reste vivante que chez les philosophes thomistes.

La cause matérielle[modifier | modifier le code]

Il s'agit de la cause la plus inaccessible, la moins connaissable, bien qu'elle soit en même temps la plus évidente. La matière et la forme sont fondues dans le sunolon, la substance composée.

Et s'il est possible à l'intellect de l'homme de dégager la forme de la matière, ce qui rend la connaissance possible, il ne lui est pas possible d'envisager la matière seule, pure. Elle est le pondérable, le sensible, le corps d'un animal ou d'une œuvre.

Dans les concepts fondamentaux d'Aristote, la puissance est associée à la matière.

La cause formelle[modifier | modifier le code]

La forme d'un objet n'est pas que sa forme géométrique : c'est sa définition, ce qui le rend définissable. Par exemple, ce qui différencie un homme d'une statue qui le représenterait, c'est la possession d'une âme. Plus que ses caractéristiques physiques, c'est la possession de cette faculté qui va permettre de définir l'homme ; ainsi, l'âme est la forme du corps. La forme d'une œuvre d'art, c'est l'idée qu'en a l'artiste. Elle est d'une importance capitale dans la théorie de la connaissance d'Aristote.

La cause motrice ou du changement[modifier | modifier le code]

Les disciples d'Héraclite, notamment Cratyle, affirmaient qu'il était impossible de connaître quoi que ce soit (paragraphe 1010a de La Métaphysique d'Aristote), du fait que toute chose est en mouvement permanent — ce pour quoi Platon proposera sa théorie des Formes, ou Idées, immuables. Pour Aristote, le mouvement n'est pas chaotique, mais obéit lui aussi à des lois : l'univers accessible aux sens est donc connaissable en lui-même.

Le mouvement reflète, chez Aristote, une acception beaucoup plus large que celle communément acceptée aujourd'hui : il ne s'agit pas seulement d'un changement de lieu. Des phénomènes comme la génération et la corruption sont aussi, pour Aristote, des formes de mouvement. Ainsi, la croissance d'un oiseau dans son œuf, ou la décomposition du cadavre de ce même oiseau, sont des formes de mouvement.

En bref, un mouvement est n'importe quel changement (ou, dans son vocabulaire une altération).

Par la suite, dans la philosophie médiévale, la cause motrice devient causa efficiens. Elle n'est alors plus seulement une explication du changement dans les étants, mais aussi une explication de leur existence même : les choses sont ce qu'elles sont parce que l'existence leur est apportée de l'extérieur. Ce qui donne l'existence (i.e. Dieu) est alors aussi nommé cause efficiente.

La cause finale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cause finale.

Elle est souvent difficile à distinguer de la cause formelle. C'est la raison d'être de la chose, ce en vue de quoi elle existe. Comme « La nature ne fait rien en vain ni de superflu » (Parties des Animaux), le rôle qu'un être a à accomplir lui sera rendu possible par les moyens dont il dispose — moyens dont la cause formelle rend compte.

La finalité est un concept capital de la philosophie d'Aristote : « Tout art et toute investigation, et pareillement toute action et tout choix, tendent vers quelque fin. » (Éthique à Nicomaque)

Cette dernière cause, en engendrant la question « QUID EST » (« qu'est-ce que c'est ? »), entraîne la réflexion philosophique.

Voir aussi[modifier | modifier le code]