Héraclide du Pont

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Héraclide du Pont ou Héraclide le Pontique (en grec ancien Ἡρακλείδης ὁ Ποντικός est un philosophe et astronome grec, platonicien du IVe siècle av. J.-C. (v. 388 - v. 310 av. J.-C.), actif vers 340 av. J.-C.. Selon Sotion, doxographe et grammairien d’Alexandrie, il devint élève d’Aristote après avoir quitté son premier maître.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est né à Héraclée du Pont[1] dans une famille riche du royaume du Pont ; son père et son fils s'appellent Eutyphron. Vers - 365, il se rend à Athènes et y fréquente l'Académie de Platon, où il rencontre Speusippe et Aristote. Il prend temporairement l'intérim à l'Académie de Platon lorsqu'il entreprend son dernier voyage en Sicile.

En - 339, à la mort du Speusippe — neveu et successeur de Platon — Xénocrate est élu scolarque de l'Académie à sa place, à une courte majorité. Il quitte alors définitivement l'Académie et va fonder sa propre école, dans sa ville natale. Héraclide du Pont semble avoir eu comme jeune disciple un certain Dionysios[2].

Soucieux de gloire, des témoignages antiques le décrivent comme le corrupteur d'émissaires que la cité Héraclée du Pont avait envoyés recueillir un oracle de la Pythie à Delphes, et ce, pour lui permettre d'occuper un poste politique[3]. Il mourut — dit-on — en tombant d'un théâtre, alors qu'il était déjà âgé.

Sa théorie de l'invention du mot "philosophie"[modifier | modifier le code]

« Au témoignage d'Héraclide du Pont, Pythagore aurait eu un entretien savant avec Léon, le tyran de Phlionte. Comme ce dernier admirait son génie et son éloquence, lui demandant sur quel art il s'appuyait, Pythagore aurait décliné l'épithète de "sage" (« sophos ») et répondu qu'il ne connaissait aucun art, mais qu'il était "philosophe" (philo-sophos). Léon s'étonna de ce terme nouveau et demanda quelles étaient les différences entre les philosophes et les autres hommes. Pythagore répondit que la vie humaine était comparable à ces assemblées où se rendait la Grèce entière lors des grands jeux : les uns y viennent lutter pour obtenir une couronne ; d'autres cherchent à y faire du commerce ; les autres, enfin, ne s'intéressent ni aux applaudissements ni au gain, mais viennent pour voir simplement ce qui se passe aux jeux. De même, dans la vie, les uns sont esclaves de la gloire, les autres de l'argent, mais d'autres, plus rares, observent avec soin la nature : "Ce sont eux qu'on appelle amis de la sagesse, c'est-à-dire philosophes", commente Cicéron »[4].

Cette anecdote était relatée dans un dialogue d'Héraclide, dit Abarys aujourd'hui perdu, mais dont rendent compte Cicéron, et surtout Jamblique.

Philosophie[modifier | modifier le code]

Héraclide du Pont est un disciple de Platon, mais son œuvre relève tout autant de l'aristotélisme. F. Wehrli le range parmi les aristotéliciens. « Héraclide du Pont fut successivement disciple de Platon, de Speusippe et d'Aristote » (Jean-Paul Dumont). Comme Cléarque de Soles, il fait partie des aristotéliciens qui ne penchent pas vers le matérialisme (Dicéarque, Aristoxène, Straton de Lampsaque) mais vers un platonisme qui sépare l'âme du corps[5]. Héraclide reprenait les théories des Pythagoriciens, qui pensaient que les âmes dépouillées de leur corps suivaient la voie lactée, car les âmes sont composées de lumière astrale[6].

Science[modifier | modifier le code]

Représentation en 1573 par Valentin Naboth du modèle astronomique géo-héliocentrique d'Héraclide transmis par Martianus Capella.

D'après Chalcidius[7], il exposa la thèse d'un système géocentrique où Vénus tourne autour du Soleil pour en expliquer les variations d'éclat.

Ce système, étendu à Mercure, est connu d'Asdrate d'Aphrodisias (cité par Théon de Smyrne[8]), Vitruve[9], Cicéron cité par Macrobe[10] et Martianus Capella[11]. Il semble anticiper le modèle que développera Tycho Brahe.

Héraclide aurait été le premier à soutenir la thèse de la rotation de la Terre sur elle-même en son axe, chaque jour de 24 heures, afin d'expliquer le mouvement apparent des étoiles au cours de la nuit[12]. Pour lui la sphère du ciel étoilé est donc toujours fixe. Ainsi il sut éviter de croire la fausse et trompeuse évidence de l'apparente rotation journalière des corps célestes en mouvement autour de la Terre. Comme les pythagoriciens Ecphantos et Hicétas de Syracuse, Héraclide du Pont croyait au mouvement journalier causé par la rotation de la planète Terre sur son axe. Ils soutiennent que la voûte céleste est fixe, et que seule la Terre est en mouvement et tourne autour de son axe ; ce mouvement explique selon lui l’illusion du mouvement de tous les astres. Il s’avisa de maintenir que c’était la terre qui se mouvait par le cercle oblique du Zodiaque tournant à l’entour de son essieu.

En faisant tourner Mercure et Vénus autour du Soleil, mais en conservant à la Terre sa place centrale, il fut finalement un des premiers philosophes à ouvrir la voie à l’héliocentrisme. Plus tard dans ses propres écrits Copernic revendiquera Héraclide comme son digne prédécesseur quant à cette judicieuse hypothèse : « Héraclide du Pont et Ecphantos le Pythagoricien ne donnent pas, il est vrai, à la Terre un mouvement de translation [mouvement autour du Soleil, héliocentrisme]… Partant de là, j'ai commencé, moi aussi, à penser à la mobilité de la Terre[13]. »

Ses études historiques[modifier | modifier le code]

Dans divers dialogues qu'il rédigea, il mettait en scène des orateurs, rois, poètes célèbres entamant des joutes oratoires. Son Traité sur le Pouvoir[14] donnait de nombreuses informations sur l'histoire des rois grecs, et notamment il précisait que « Périandre, fils de Cypsélos, natif de Corinthe, descendait des Héraclides. Il épousa Lysidé, qu’il appelait Mélissa : c’était la fille de Proclée, le tyran d’Épidaure, et d’Éristhénée, fille elle-même d’Aristocrate et sœur d’Aristodème, lesquels étendaient leur pouvoir sur presque toute l’Arcadie »[15]. Ainsi les rois d'Orchomène auraient régné sur presque toute l'Arcadie. Il indiquait aussi que les Lydiens, un peuple d'Asie Mineure occidentale, furent les premiers à battre monnaie. Le philosophe péripatéticien Théophraste contredit Héraclide du Pont au sujet de la loi de Dracon qui condamnait à mort toute personne déclarée oisive, c'est-à-dire dont on ne peut définir ou deviner ni la condition ni les ressources : Héraclide dit que c'est une loi de Solon, et que Pisistrate l'a imitée et généralisée ; Théophraste prétend que c'est une loi de Solon qui avait déjà été appliquée[16].

Ses théories sur la poésie[modifier | modifier le code]

Selon l'opinion d'Héraclide, l’Iliade et l’Odyssée d’Homère, seraient les plus anciens textes allégoriques. Héraclide de Pont citait dans son ouvrage, les Allégories homériques, la cinquante-huitième ode d'Anacréon, comme un modèle parfait du genre.

Ses ouvrages[modifier | modifier le code]

Auteur d’œuvres nombreuses dans les domaines les plus variés, il ne reste que les titres de ses œuvres et quelques fragments de ses textes. Il aurait écrit des Constitutions à partir des Constitutions d'Aristote[17], mais on n'en a aucune certitude ; il pourrait s'agir d'un autre auteur du même nom, Héraclide Lembos.

  • Sur le Pouvoir (dialogue politique)
  • Sur la Nature (dialogue philosophique)
  • Sur le Plaisir (dialogue philosophique)
Édition latine de 1593 des fragments politiques d'Héraclide du Pont.

Il ne faut pas le confondre avec un autre Héraclide du Pont, un grammairien du Ier siècle ap. J.-C., qui fut l'élève de Didyme : Héraclide du Pont le Grammairien.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ereğli
  2. Ce Dionysios Heracleota aurait ensuite suivi les enseignements d'Alexinos et Ménédème d'Érétrie. Héraclide a embrassé les doctrines pythagoriciennes, cyrénaïques ou épicuriennes à la fin de sa vie (d'après le Dictionnaire des philosophes - DPhA II. édition du CNRS).
  3. Voir Diogène Laërce, et Philodème dans son Index Academicorum.
  4. Témoignage de Cicéron dans les Tusculanes livre V, cité par Jean-François Mattéi, Pythagore et les Pythagoriciens, Que sais-je ? no 2732, Presses Universitaires de France, p. 3 et 4.
  5. Joseph Moreau, Aristote et son école (PUF, 1962) p. 269-271.
  6. Héraclide du Pont, fragments 93-99.
  7. Th. H. Martin, op. cit.
  8. « Il se peut aussi qu’il n’y ait qu’une seule sphère creuse commune aux trois astres et que les trois sphères solides, dans l’épaisseur de celle-là, n’aient qu’un seul et même centre, la plus petite serait la sphère vraiment solide du soleil, autour de laquelle serait celle de Mercure ; viendrait après, entourant les deux autres, celle de Vénus qui remplirait toute l’épaisseur de la sphère creuse commune. »Théon de Smyrne, Exposition des connaissances mathématiques utiles à la lecture de Platon, Astronomie, 33.
  9. « L'étoile de Vénus et celle de Mercure, faisant leur révolution autour du soleil qui leur sert de centre, reviennent sur leurs pas et retardent dans certains cas ; dans d'autres même elles restent stationnaires au milieu des signes, par l'effet de leur marche circulaire. » De Architectura, L.IX, chap. 1,6.
  10. « L'orbite du soleil est placée au-dessous de celle de Mercure, et celle-ci a au-dessus d'elle l'orbite de Vénus ; d'où il suit que ces deux planètes paraissent tantôt au-dessus, tantôt au-dessous du soleil, selon qu'elles occupent la partie supérieure ou inférieure de la ligne qu'elles doivent décrire. » Macrobe, Commentaire du Songe de Scipion, L. 1, chap. 19.
  11. « Vénus et Mercure, bien qu'ils aient des levers et des couchers chaque jour, n'entourent cependant pas la Terre de leurs cercles, mais ils tournent autour du Soleil en faisant un circuit plus étendu, et placent enfin le centre de leurs cercles dans le Soleil ». Les Noces de Philologie et de Mercure.
  12. Fragments 104-108 édi. Wehrli.
  13. Copernic : Lettre au pape Paul III, préface à Des révolutions des orbes célestes. De revolutionibus orbium caelestium (1543).
  14. Le Papyrus Oxyrhynque IV 664 contient les vestiges de trois colonnes de cet ouvrage d'Héraclide, en grec ancien : Περὶ ἀρχῆς. L'ouvrage est parfois traduit par « Du Gouvernement ».
  15. Livre sur le Pouvoir Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres [détail des éditions] [lire en ligne] : Les 7 sages
  16. Traité des lois (XXV).
  17. Fragments édités par Adamantios Coray, texte Prodomos 1805, dans la revue Bibliothèque Hellénique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fragments d'Héraclide du Pont[modifier | modifier le code]

  • O. Voss, De Heraclidis Pontici vita et scriptis, 1896.
  • Fritz Wehrli, Die Schule des Aristoteles. Texte und Kommentare, Bâle, éd. Schwabe, 1944-1960, t. VII : Herakleides Pontikos, 1953, rééd. Bâle et Stuttgart 1969.
  • Graziella Fanan, Heraclides Ponticus. Fragmenta et testimonia, apud Corpus dei papiri filosofici greci et latini, Florence, 1992, p. 214-219.
  • Heraclides of Pontus. Texts and translations, edited by Eckart Schütrumpf; translators Peter Stork, Jan van Ophuijsen, and Susan Prince, Piscataway, N.J., Transaction Publishers, 2008.

Études sur Héraclide du Pont[modifier | modifier le code]

  • Pierre Boyancé, « Sur l'Abaris d'Héraclide le Pontique », Revue des Études Anciennes (REA), 36 (1934), p. 321-352 (enligne).
  • Pierre Duhem, Le système du Monde, Hermann, 1913 ss, T. I, p. 404-418, T. III, p. 47–50.
  • H. B. Gottschalk, Heraclides of Pontus, Oxford, 1990.
  • Th. H. Martin, Mémoires sur l'histoire des hypothèses astronomiques chez les grecs et les Romains, partie 1, ch. v, § 3 (Mémoires de l'Académie des Inscriptions et belles lettres, t. XXX, 2e partie, 1881).
  • Paul Tannery, "Sur Héraclide du Pont" (1899), Mémoires scientifiques, Gauthiers-Villars, 1912 ss, t. IX, p. 253-259.
  • Fritz Wehrli, Die Schule des Aristoteles. Texte und Kommentare, Bâle, éd. Schwabe, 1944-1960, t. VII : Herakleides Pontikos, 1953, rééd. 1969.
  • Heraclides of Pontus. Discussion, edited by William W. Fortenbaugh, Elizabeth Pender, New Brunswick, N.J. : Transaction Publishers, 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]