Hillel Hazaken

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La tombe de Hillel, sur le mont Meron

Hillel Ha Zaken (הלל הזקן, Hillel l'Ancien, Ha Zaken étant un titre honorifique, décerné aux membres de l'assemblée des Anciens et du Sanhédrin, comme plus tard Rebbi) était un Sage et dirigeant religieux qui vécut à Jérusalem au temps d'Hérode et de l'empereur Auguste.

D'un point de vue historique, il est la première personnalité distincte de la tradition talmudique[1].

Aharonim Rishonim Gueonim Savoraïm Amoraim Tannaim Zougot

Une figure importante[modifier | modifier le code]

Hillel est considéré comme l'une des plus importantes figures de l'histoire juive, au tournant des Zougot et des Tannaïm, les docteurs de la Mishna. Il est le fondateur, d'après le Talmud, de l'une des deux grandes écoles d'interprétation rabbinique de la Torah, appelée Beit Hillel (Maison de Hillel), ainsi que d'une dynastie de Sages, les Nessi'im, qui auraient été à la tête des Juifs vivant en terre d'Israël jusqu'au Ve siècle de l'ère commune.
Son prestige est tel que Flavius Josèphe mentionne encore la gloire de Hillel lorsqu'il évoque son arrière-petit-fils, Rabban Shimon ben Gamliel I, qui « appartient à une famille très honorée (γένους σφόδρα λαμπροῦ)[2] ».

Son école a pour principe qu'« on n'édicte pas de décret si la majorité ne peut le supporter[3] », prônant non la complaisance mais la compréhension. Outre ses enseignements sur la Loi juive, dont dérive en grande partie la pratique actuelle du judaïsme, il émet de nombreux aphorismes, dont :

  • « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? Si je suis pour moi, que suis-je ? Et si pas maintenant, quand[4] ? »

אם אין אני לי, מי לי; וכשאני לעצמי, מה אני; ואם לא עכשיו, אימתי (Im eyn ani li, az mi li ? Vékché ani léatzmi, ma ani ? Vé im lo akhchav, az matay ?)

  • « Ce qui est détestable à tes yeux, ne le fais pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie[5]. »

Hillel est né à Babylone ; il descendait, selon l'Iggeret deRav Sherira Gaon (une histoire exhaustive de la composition du Talmud du Xe siècle EC), de la tribu de Benjamin par son père, et de la famille de David par sa mère. Cependant, rien ne peut être établi avec certitude à ce sujet, et le nom de son père n'est jamais mentionné. Seul apparaît le nom de son frère, Shebna, riche marchand[6]. Cependant, Hillel ne voulut pas profiter de ses largesses, et gagna sa vie comme bûcheron, afin de pouvoir consacrer la moitié de la journée à l'étude la Torah.

D'après un midrash[7], Hillel aurait vécu, à l'instar de Moïse, trois fois quarante ans : il aurait quitté sa Babylonie natale pour la terre d'Israël à 40 ans, étudié 40 ans, et dirigé le peuple juif 40 ans.
Sa période d'activité s'étendrait donc, sur base du midrash, de -30 à +10 EC.

Biographie[modifier | modifier le code]

Toutes les informations concernant Hillel proviennent de sources rabbiniques.

Originaire de Babylone (cf. traité Souca 20a), Hillel est selon le Talmud d'ascendance davidique[8], bien que cette tradition soit contestée[9]

Selon le Sifre, Hillel vécut, comme Moïse avant lui, et plus tard Rabban Yohanan ben Zakkaï et Rabbi Akiva, 120 ans, divisés en trois périodes de 40 ans.

C'est à 40 ans qu'Hillel se rend en terre d'Israël pour étudier auprès des deux maîtres de sa génération, Chemaya et Avtalion. Selon le Rav Adin Steinsaltz, Hillel avait commencé son étude de la Torah en Babylonie, où il était déjà considéré comme un érudit.
Bien que sa famille soit prospère[10], Hillel refuse d'en tirer avantage, préférant subvenir à ses besoins en exerçant le métier de bûcheron[11], qui possède l'avantage de lui laisser se consacrer aux études à mi-temps.
Cependant, l'accès aux études était à l'époque limité à ceux qui pouvaient en payer les droits d'entrée. Un jour, n'ayant pu se procurer le demi-dinar nécessaire, il se résolut à écouter les leçons des maîtres sur le toit. Ceux-ci le retrouvèrent à moitié gelé le lendemain, et décidèrent de l'acquitter du droit d'entrée ad vitam.

Il passa donc 40 ans de sa vie à étudier, avant d'être élu Nassi du Sanhédrin à la suite d'un heureux concours de circonstances, relaté dans les traités Pessa'him (Bavli 66a et Yeroushalmi 6,1) : une année, la veille de Pessah tombe un Chabbat. Situation inédite ! Lequel a-t-il préséance ? Faut-il déplacer la veille de Pessah et fausser ainsi le calendrier juif ?
Hillel se montre alors le seul de sa génération à détenir les connaissances et aptitudes suffisantes pour trancher la Loi.

On peut toutefois ne pas accorder une créance totale à cette version des faits, et supposer seulement qu'il a exercé ses fonctions de -30 à 10 EC.

Il fonda une école de pensée partisane d'un courant d'interprétation souple de la halakha, ensemble des règles de la vie ordinaire, religieuses et juridiques, en opposition à Shammaï, partisan d'une pratique plus rigoureuse. Il fut aussi président du Sanhédrin pendant une vingtaine d'années, et fonda la dynastie des Nessi'im (qui fut la seule véritable autorité reconnue par le peuple après le déclin de la royauté et avant la dissolution du Sanhédrin par Rome, vers le Ve siècle EC. Sa renommée est également soulignée par Flavius Josèphe, qui note que Shimon ben Gamaliel I, petit-fils d'Hillel, faisait partie d'une famille « très honorée »[2].

Hillel renouvela l'interprétation de la Loi en publiant sept règles herméneutiques reprises plus tard par Rabban Yohanan ben Zakkaï lorsqu'il transféra le Sanhédrin à Yavné après la destruction du temple en 70.

Quelques enseignements[modifier | modifier le code]

  • « Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ?
    Et si je ne suis que pour moi, qui suis-je ?
    Et si pas maintenant, quand ?
     »
    (Pirke Avot 1:14)

Explication : Chacun doit s'occuper de lui-même et assurer son salut, sans se reposer sur les autres, sans perdre un instant, car nos mérites sont si petits, le chemin est encore si long, et demain, nous aurons peut-être cessé de vivre.
D'après le Rav Moïse Schul, éditions Colbo des Pirke Avot, (ISBN 2-85332-175-4)

  • « Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fît, ne l'inflige pas à autrui. C'est là toute la Torah, le reste n'est que commentaire. Maintenant, va et étudie. » (Talmud de Babylone, traité Shabbat 31a.), à un homme qui lui aurait demandé de lui expliquer le sens de la Torah debout sur un pied. Cette réponse est souvent désignée sous le nom de « règle d'or ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, article « HILLEL » par Solomon Schechter & Wilhelm Bacher, une publication élevée dans le domaine public.

  • Personnages du Talmud du Rav Adin Steinsalz, éditions Pocket
  • Mireille Hadas-Lebel, Hillel, Un Sage au temps de Jésus, Albin-Michel 1999, 2005
  • André Cherpillod, Hillel la Saĝulo, La Blanchetière, Courgenard, 2005.
  • Roger-Pol Droit, Les Héros de la Sagesse, Plon 2009 (Hillel est un des 10 sages présentés)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Hillel » sur l'Encyclopædia Britannica
  2. a et b Flavius Josèphe, Vita, § 38
  3. T.B. Baba Kama 79
  4. Pirke Avot 1:14
  5. T.B. Shabbat 31a.
  6. Hertz 1936
  7. Sifre sur le Deutéronome, 357.
  8. T.B. Ketoubot 62b, T.Y. Taanit 4,2
    Pour l'arbre généalogique putatif de Hillel, voir celui de Rachi, lui-même descendant supposé de Hillel
  9. T.Y. Kilaïm 9,3
  10. Son frère Shebna est marchand -- T.B. Sota 21a.
  11. T.B Yoma 35b