Histoire de Lille

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L'Histoire de la ville de Lille commence au XIe siècle.

Une légende aux origines de la ville[modifier | modifier le code]

Une légende, celle de Lydéric et Phinaert, situe la fondation de la cité de L'Isle en 640. La première mention de la ville dans les archives date de l'an 1054. La charte de consécration de la collégiale Saint-Pierre, en 1066, est le plus ancien document historique complet. Elle a fait l'objet d'une récente traduction par le professeur Stéphane Lebecq.

Le peuplement ancien[modifier | modifier le code]

Des éléments archéologiques trouvés dans le sous-sol de la ville indiquent un peuplement ancien de la vallée, au moins depuis le Mésolithique. En Gaule belgique, le site de la future ville se situe aux confins des territoires des Ménapiens et des Nerviens. Quelques fouilles anciennes d'Henri Rigaux au XIXe siècle ont révélé une présence gallo-romaine sur les rives de la Deûle (Palais Rameau) et un cimetière mérovingien à Esquermes. Plus récemment, des fouilles menées rue des Poissonsceaux et sur l'îlot des Tanneurs, ont mis au jour des vestiges romains. Un édifice rural de la fin du Xe siècle a été fouillé rue Virginie Ghesquière, dans l'ancienne paroisse d'Esquermes, non loin de la chapelle Notre-Dame-de-Réconciliation sous laquelle ont été également découverts des vestiges de la même période. Enfin, une maison carolingienne a été fouillée par le service municipal d'archéologie sous l'actuel conservatoire de musique, place du Concert. Aucun élément archéologique ne permet toutefois de faire remonter le fait urbain avant l’émergence tardive de Lille dans les textes au XIe siècle. Pourtant, des découvertes archéologiques récentes (2008 & 2009) ont révélé ou précisé l'existence d'une continuité urbaine ou néo-urbaine remontant aux temps très anciens, avant même l'occupation romaine, dans les environs immédiats de Lille. En particulier au sud d'une ligne Ouest-Est constituée par un repli crayeux (depuis Loos-epi de soil jusqu'à Wattignies-arbrisseau) avec une descente en pente douce vers le sud. Plusieurs fermes gallo-romaines ont également été trouvées à Wattignies, Seclin, Noyelles[Lequel ?], Wavrin, constituant une densité d'occupation inhabituelle. De même, en mars 2009, lors des creusements préparatoires d'un lotissement à Houplin-Ancoisne, on a mis au jour un cimetière mérovingien contenant plus de 500 tombes, le plus grand cimetière connu à ce jour au nord de Paris.

Le site et l'émergence de la ville[modifier | modifier le code]

Le site de Lille et les premiers lieux de peuplements attestés par les textes

Le nom de la ville vient de « insula », « l'Isla ». Lille est construite dans un élargissement de la vallée de la Deûle entre trois régions de relief modéré : le Barœul au nord-est, les Weppes à l’ouest et le Mélantois au sud. Dans le détail, le site originel de la ville est difficile à reconstituer car le réseau hydrographique, peu contraint par le relief, a très tôt été modifié.

À l'emplacement de Lille, plusieurs petits cours d’eau convergeaient vers la Deûle : Le Bucquet[1], La Riviérette[2], le « Ruisseau de Fives »[3]. L’ensemble formait un lacis de zones humides. Des zones d’alluvions lœssiques, légèrement plus élevées, en émergeaient, formant autant de rives marquées ou d’îlots exondés. Vers l’aval, la Deûle s’encaissait en un lit plus étroit et régulier (avenue du Peuple Belge).

Jusqu’au creusement du canal de l’Esplanade au XVIIIe siècle, les marchandises transportées par voie d’eau devaient transiter par voie de terre entre la « Haute » et la « Basse » Deûle. Historiens et géographes ont considéré cette rupture de pente longitudinale, induisant une activité portuaire, comme un facteur primordial du développement de la ville[4].

En outre, la configuration du fond de vallée permet, à cet endroit, un franchissement relativement aisé, entre la paroisse Saint-Maurice et la motte féodale. Les deux bas de versants opposés constituent d’ailleurs les premiers noyaux de peuplement[5] cités dans les textes médiévaux au XIe siècle. Le toponyme insula (l’île) est né dans ce contexte. Il désigne : soit la motte féodale artificiellement séparée sur son côté ouest du versant du Weppes par le canal de la Monnaie et le Saint-Pierre qui reprenait les eaux du Bucquet, soit un îlot plus haut et plus sec au centre de la vallée, utilisé pour la traversée de la vallée (approximativement à emplacement de l’Opéra).

Ces deux axes de circulation ont favorisé, au Moyen Âge, l’urbanisation de « l’île » et de ses abords. La ville médiévale était traversée de nombreux canaux. Ils reprennent partiellement les anciens cours d’eau à l’origine de la ville mais beaucoup sont totalement artificiels, issus des fossés des enceintes successives ou creusés pour des besoins spécifiques. Soumis à un fort envasement et considérés comme des agents infectieux, ils ont été comblés ou recouverts au cours du XIXe siècle.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Carte des Pays-Bas bourguignons en 1477
En orange, les acquisitions des Ducs de Bourgogne et de Charles Quint.
- 1384 : Artois (5), Flandre (9), Malines (15)
- 1427 : Namur (8)
- 1428 : Hainaut (6), Zélande (10), Hollande (7)
- 1430 : Brabant (1), Limbourg (3)
- 1443 : Luxembourg (4)
- Sous Charles Quint
- Utrecht (17), Frise occidentale et orientale (14), Gueldre (2)
- provinces perdues et reprises: Groningue (14), Overijssel (16), Zutphen (11)
- la Picardie va à la France en 1477.
En vert, La principauté de Liège indépendante
En rouge, l'Angleterre
En bleu, la France
En gris, d'autres États du Saint-Empire romain germanique

Les 17 provinces[modifier | modifier le code]

1. le duché de Brabant
2. le duché de Gueldre
3. le duché de Limbourg
4 le duché de Luxembourg
5. le comté d'Artois
6. le comté de Hainaut
7. le comté de Hollande
8. le comté de Namur
9. le comté de Flandre
10. le comté de Zélande
11. le comté de Zutphen
12. le marquisat d'Anvers
13. la seigneurie de Frise
14. la seigneurie de Groningue
15. la seigneurie de Malines
16. la seigneurie d'Overijssel
17. la seigneurie d'Utrecht

Au moment de son émergence dans l'histoire, Lille appartient au comté de Flandre, alors une des régions les plus prospères d'Europe. Lille intègre un réseau de villes dont certaines sont héritées de l’urbanisme antique (Boulogne, Arras, Cambrai) tandis que d'autres sont de développement plus tardif, à l'époque carolingienne (Valenciennes, Saint-Omer, Gand, Bruges, Anvers, Douai). L’essor ou le renouveau urbain repose alors sur la fabrication, la diffusion de draps de laine et sur le commerce.

Dès le XIIe, la renommée de la foire aux draps de Lille s'accroît. En 1144 apparaît dans les sources la « paroisse saint Sauveur » qui donna son nom au quartier « Saint-Sauveur ».

En 1213, Philippe Auguste vient par trois fois ravager les environs de Lille, pour punir les comtes de Flandre qu'il ne juge pas assez coopératifs[6].

Les comtes de Flandre, de Boulogne et du Hainaut, l'Angleterre et le Saint Empire Germanique s'unissent pour faire la guerre à la France et à son roi Philippe Auguste. Lors de cette guerre, le roi de France Philippe Auguste bat le comte de Flandre et l'Empereur Germanique Othon IV, elle s'achève par la victoire française de Bouvines en 1214. Le comte Ferrand de Portugal est emprisonné et le comté tombe en « quenouille » : c'est son épouse, Jeanne, comtesse de Flandre et de Constantinople qui gouverne la ville. La comtesse était, dit-on, fort aimée des Lillois. Lille compte alors 10 000 habitants.

En 1224, l'ermite Bertrand de Rains, sans doute poussé par des seigneurs locaux, essaye de se faire passer pour Baudoin Ier de Constantinople, père de Jeanne de Flandre disparu à la bataille d'Andrinople. Il pousse les comtés de Flandre et du Hainaut à la sédition contre Jeanne pour recouvrer ses terres. Elle en appelle à son cousin le roi Louis VIII le Lion. Celui-ci démasque l'imposteur qui est ensuite pendu par la comtesse Jeanne. Le roi consent en 1226 à libérer Ferrand de Portugal, qui meurt en 1233, ainsi que sa fille, Marie, peu après. En 1235, Jeanne octroie une charte à la ville de Lille par laquelle les mayeurs et les échevins sont choisis à chaque Toussaint par quatre commissaires désignés par le souverain. Le 6 février 1236 elle fonde, dans l'enceinte de son palais lillois, l'hôpital Comtesse, qui demeure l'un des plus beaux bâtiments du Vieux-Lille. C'est en son honneur que la maternité du centre hospitalier régional universitaire de Lille fut baptisée hôpital Jeanne de Flandre au XXe siècle.

À la mort de la comtesse, sans descendance, en 1244 en l'Abbaye du repos de Notre-Dame de Marquette, les comtés de Flandre et du Hainaut échoient à sa sœur Marguerite II de Flandre puis au fils de Marguerite, Gui de Dampierre. À la suite de la victoire des milices flamandes, en 1302, lors de la bataille des Eperons d'Or, Lille à son tour, chasse les Leliaerts et se joint à ses compatriotes flamands[7]. Lille passera tout de même sous la tutelle de la France de 1304 à 1369, après la bataille de Mons-en-Pévèle.

Le comté de Flandre est rattaché au duché de Bourgogne après le mariage en 1369 de Marguerite de Male, comtesse de Flandre, et de Philippe II le Hardi, duc de Bourgogne. Le duc crée en 1385 le Conseil de Lille comprenant une Chambre des Comptes et une cour de justice, le Conseil de Flandre. Ce conseil est sédentaire et s'occupe des affaires financières et judiciaires de l'ensemble des territoires du duc à l'exception de la Bourgogne. Par la suite, Jean sans Peur déplace le Conseil de Flandre à Gand mais conserve la Chambre des Comptes à Lille où elle a la charge des affaires financières de tous les territoires à l'exception du Brabant, de la Hollande, de la Frise et de la Bourgogne[8]. Lille devient alors l'une des trois capitales du duché bourguignon avec Bruxelles et Dijon. En 1445, Lille compte 25 000 habitants. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et plus puissant que le roi de France, fit de Lille une capitale administrative et financière.

Le 17 février 1454, soit un an après la prise de Constantinople par les Turcs, Philippe le Bon organise en son palais ducal de Lille un banquet pantagruélique resté célèbre sous le nom de « Banquet du Vœu du faisan ». Le duc et ses suivants y firent le serment sur un faisan richement paré de porter secours à la Chrétienté.

En 1477, à la mort de Charles le Téméraire dernier duc de Bourgogne, son héritière Marie de Bourgogne épouse Maximilien d'Autriche, apportant la ville aux Habsbourg, qui prend ainsi le titre de comte des Flandres. À Lille, en 1477, la Chambre des Comptes de Lille est alors supprimée[9]. À la fin du règne de l'empereur romain germanique Charles V, dit Charles Quint, les Flandres espagnoles échoient à son fils aîné. Lille passe donc sous la tutelle de Philippe II d'Espagne, roi d'Espagne. La ville resta sous autorité espagnole jusqu'au règne de Philippe IV d'Espagne.

Porte de Paris, construite en l'honneur de Louis XIV

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Le XVIe siècle est surtout marqué par les épidémies de peste, l'essor de l'industrie textile dans la région, et les révoltes protestantes.

Le Magistrat de Lille crée une école latine en 1529 ; les Jésuites s'établissent à Lille en 1562 et prennent la direction du collège municipal.

En 1542, la commune recense les premiers calvinistes. En 1555 a lieu une répression anti-protestante. Au début de l'année 1560, les Hurlus, rebelles protestants se réclamant de l'autorité du prince d'Orange, écument la région de Tournai, détruisant églises et couvents, ce qui leur vaut la répression par les Tercios espagnols menés par le duc d'Albe, envoyé par Philippe II d'Espagne. En avril 1578, les Hurlus prennent le château des comtes de Mouscron. Après s'en être fait déloger quatre mois plus tard par un régiment wallon catholique, et s'être fait reprendre la ville de Courtrai par le bailli de Mouscron, ils tentent à plusieurs reprises de prendre la ville de Lille pendant les années 1581 et 1582, mais en vain. Les Hurlus auraient notamment été repoussés par l'héroïne légendaire Jeanne Maillotte. Dans le même temps (1581), avec l'appui d'Élisabeth Ire d'Angleterre, le nord des Pays-Bas espagnols, devenu majoritairement protestant, se révolte avec succès et devient les Provinces-Unies.

En 1667, la ville, redevenue riche et prospère, est assiégée et prise par Vauban en huit jours (20-27 juillet) simultanément avec Douai[10] sous les yeux du Roi Soleil. Lille devient alors française en 1668 par le traité d'Aix-la-Chapelle, ce qui provoque le mécontentement des Lillois. Vauban fortifie la ville et en est nommé gouverneur en 1668[11]. D’autres grands travaux de 1667 à 1670, outre la citadelle, comme la création des quartiers de Saint-André et de la Madeleine, rallient la confiance des sujets flamands. D'avril à décembre 1672, le Roi nomme D’Artagnan gouverneur de la ville en remplacement momentané du maréchal d'Humières[12].

Carte décrivant le siège et la prise de la ville (éditée en 1709 par Eugène-Henri Fricx).

Au cours de la guerre de Succession d'Espagne, qui oppose entre autres la France à la coalition entre la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies, l’Autriche et la Prusse, la ville fortifiée est assiégée mi-août 1708 par les 75 000 hommes du duc de Marlborough et du prince Eugène de Savoie. La garnison lilloise, commandée par le maréchal de Boufflers, est de 15 000 hommes. Fin octobre, Boufflers doit abandonner la ville, et se replie avec 5 000 hommes dans la citadelle Vauban. Il capitule finalement début décembre. La ville est alors occupée pendant cinq ans par les troupes de la coalition. Lille est rendue à la France quand la paix est signée à Utrecht le 11 avril 1713.

Carte du XVIIIe siècle du vieux Lille et de la citadelle Vauban

Pendant le XVIIIe siècle, siècle des Lumières, Lille reste profondément catholique, et en 1789 la ville ne connaît pas véritablement de révolution populaire. Elle subit cependant des émeutes et la destruction de nombreuses églises. En 1790, a lieu l'installation de la première municipalité élue.

La Révolution française[modifier | modifier le code]

Boulets de canon factices sur les façades de la place du Théâtre à Lille
L'actuelle gare de Lille-Flandres, construite en 1867 en remplacement de la gare édifiée en 1848.
On voit sur cette carte postale du tout début du XXe siècle des tramways tractés par des chevaux de la Compagnie des tramways du département du Nord.

La Révolution française pousse en 1792 les Autrichiens, alors présents dans les Provinces-Unies, à assiéger Lille le 20 avril, jusqu’à une trêve le 18 mai. Un nouveau siège commence à l’automne, accompagné d’un bombardement qui dure du 29 septembre au 3 octobre. Confronté à la résistance des Lillois conduits par leur maire François André et à la pression des armées révolutionnaires, Albert de Saxe-Teschen lève le siège le 8 octobre[13].

Le 12 octobre 1792, la Convention nationale décrète à l'unanimité que « Lille a bien mérité de la patrie ». Pour célébrer la résistance de la ville, les habitants placèrent sur certaines façades des boulets de canon factices (notamment dans les façades du « rang du beau regard »), autour de la « place du théâtre». De même la « colonne de la Déesse », initialement sculptée pour figurer sur l'Arc de triomphe de l'Étoile, a été érigée en 1845 sur la « Grand'Place » en commémoration de l'évènement[14].

La ville continue de grandir, et en 1800 elle compte 53 000 habitants. Elle devient le chef-lieu du département du Nord en 1804 et développe son enseignement public, rue des Arts.

Au début du XIXe siècle, le Blocus continental du Royaume-Uni par Napoléon Ier permet à la région de développer encore son industrie textile. Lille travaille le coton, et les proches communes de Roubaix et Tourcoing, la laine.

En 1843, Lille dispose du chemin de fer avec la mise en service d'une ligne entre Lille et Tourcoing, puis, en 1846, de la ligne de Paris-Nord à Lille.

En 1853, Alexandre Desrousseaux compose sa fameuse berceuse, (L'Canchon-Dormoire), « Dors min p’tit quinquin ».

La ville développe son enseignement supérieur en établissant une faculté des sciences et une École des arts industriels et des mines en 1854.

En 1858, un décret impérial annexe les communes limitrophes de Fives, Wazemmes, Moulins et Esquermes à Lille. Lille compte 158 000 habitants en 1872, plus de 200 000 en 1891 et 217 000 habitants en 1912. En 1896 Lille devient la première municipalité de France présidée par un socialiste, Gustave Delory. La grande ville vit pleinement la révolution industrielle. Grâce notamment à la machine à vapeur et aux métiers à tisser mécaniques, la ville devient opulente[15].

Les facultés universitaires se développent entre la rue Jean-Bart et la rue Jeanne-d'Arc et forment l'université de Lille.

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le haut de la rue Faidherbe, face à la gare, en 1916

Lille est déclarée « ville ouverte » le 1er août 1914 (ses fortifications sont déclassées depuis 1910) et l’État-major l'évacue le 24 août. La ville retrouve une importance stratégique avec la « course à la mer » et est réoccupée le 3 octobre par l'armée française. Du 4 au 13 octobre 1914, en faisant tourner l'unique canon dont les troupes lilloises disposent, les défenseurs réussissent à duper l'ennemi et à lui tenir tête plusieurs jours sous les intenses bombardements qui détruisent plus de 2 200 immeubles et maisons, en particulier dans le quartier de la Gare. C'est précisément pendant cette période que se signalent les Lilloises qui soignent les blessés des 2 camps, en particulier une forte personnalité qui fera parler d'elle en 1915 : Louise de Bettignies, âgée de 28 ans (paraissant 20, détail important pour la suite) et parlant quatre langues dont l'allemand et l'anglais. Traversant les ruines de Lille, elle assure la navette (munitions et aliments) avec les soldats qui tiraient encore sur les assiégeants. Dans les hôpitaux de fortune, elle écrit les lettres en allemand dictées par les mourants allemands pour leur famille. En 1915, pour les services anglais, elle va construire le réseau de renseignement (derrière les lignes allemandes) qui se révélera le plus étendu et le plus efficace de toute la guerre, sur 40 km de front autour de Lille. Elle dirige plus de 100 personnes appartenant à toutes les couches de la société du département du Nord. Elle permit le premier bombardement aérien d'un train qui transportait le Kaiser en visite secrète à Lille en février 1915. Son dernier message, avant d'être arrêtée à Tournai en septembre 1915 fut pour annoncer la préparation de l'offensive allemande sur Verdun pour début 1916, information considérée comme absurde par l'état-major français.

Avec de nombreuses réquisitions en nourriture, matériel et des prises d'otages, l'occupation allemande est dure, comme partout au nord du front.

La nuit du , le « dépôt de munition des dix-huit ponts » explose sur le Boulevard de Belfort. La déflagration, énorme, est entendue jusqu'au centre des Pays-Bas. Elle souffle le quartier Moulins, détruisant une vingtaine d'usines, des centaines de maison et provoquant la mort de 104 civils et plusieurs centaines de blessés. On peut penser qu'un nuage de vapeur de mercure a pollué la zone située sous les retombées de l'explosion. On n'a pas su si un sabotage ou un accident était à l'origine de l'explosion.

La ville est libérée, sans résistance, le par les troupes britanniques du général William Birdwood accueillies par une foule lilloise en liesse. Le 28 octobre, le général Birdwood reçoit le titre de citoyen d’honneur de la ville de Lille.

Les Années folles, la Crise et le Front populaire[modifier | modifier le code]

Carte de Lille et de ses environs en 1922. La grande urbanisation entre les villes n'a pas encore eu lieu.

En juillet 1921, à l'institut Pasteur de Lille, Albert Calmette et Camille Guérin mettent au point le premier vaccin antituberculeux, plus connu sous le nom de BCG pour « Bacille de Calmette et Guérin ».

Dès 1931, Lille subit les répercussions de la crise de 1929 et le tiers de la population lilloise vit dans la pauvreté en 1935. En 1936, le maire de Lille, Roger Salengro devient ministre de l'Intérieur du Front populaire, et se suicide à la suite de la calomnie menée à son encontre par les milieux d'extrême droite.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La poche de Lille est prise le 31 mai 1940 par les Allemands, après une héroïque résistance du groupement du général Molinié. Les Allemands impressionnés leur rendirent les honneurs sur la Grand Place le 1er juin.

Dès l'invasion de la Belgique, les Lillois encore marqués par la Première Guerre mondiale fuient en grand nombre. Lille, dans la zone rattachée au commandement allemand de Bruxelles, ne fit jamais partie du gouvernement de Vichy. Le Nord et le Pas-de-Calais sont pour l'essentiel libérés en cinq jours du 1er au 5 septembre 1944 par des troupes britanniques, américaines, canadiennes et polonaises ; à l'exception de la côte, et spécialement de Dunkerque qui fut une des dernières villes libérées de France. Le 3 septembre, les troupes allemandes commencent à quitter la ville pour ne pas être encerclées par les troupes britanniques déjà en route vers Bruxelles. La résistance lilloise reprend une partie de la ville au cours de furieux combats entre Allemands en déroute et FFI qui commenceront par l'ordre d'insurrection lancé le 2 septembre. La résistance s'empare des principaux sièges administratifs et attaque les troupes allemandes en retraite puis, par un audacieux coup de main, trois groupes d'élèves policiers commandés par le lieutenant Basseux prennent la citadelle en faisant plus de 300 prisonniers. Ils s'emparent d'un important matériel qui permet à la résistance de continuer les combats contre les colonnes allemandes qui arrivent à pénétrer jusqu'à l'hôtel des postes. Le 3 septembre 1944 vers 17 heures, c'est dans une ville de Lille qui s'est déjà en partie libérée qu'entrent triomphalement les chars britanniques. Le dernier échange de feu eut lieu le 4 septembre, au sud de Lille, au village de Noyelles-lès-Seclin, sous la menace du dernier carré d'irréductibles : une compagnie de SS ayant obligé les éléments de la Wehrmacht (qui voulaient fuir vers la Belgique) du fort de Seclin à tenir une position dans le bois d'Emmerin. La concentration d'artillerie et de munitions allemande provoqua la destruction de 2 chars britanniques entre Noyelles et Houplin Ancoisne. Un 3e char évita de justesse de connaitre le même sort grâce à un habitant du village parlant l'anglais et put, caché par la petite église de Noyelles, détruire la totalité de la position allemande en une suite d'obus ajustés sur le bois d'Emmerin, déclenchant l'explosion des stocks de munitions. Le rationnement prit fin en 1947 et le ravitaillement ne redevint normal qu'en 1948.

De l'Après-Guerre à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960 et 1970, la région doit faire face à la crise du textile et de la métallurgie.

En 1962, l'agglomération Lille-Roubaix-Tourcoing est considérée comme l'une des huit « métropoles d'équilibre ». En 1967 les chambres de commerce de Lille, Roubaix et Tourcoing sont fusionnées. En 1968, est créée la « Communauté urbaine de Lille » (désormais « Lille Métropole communauté urbaine ») qui regroupe 87 communes autour de Lille. Lille compte en outre aujourd'hui deux communes associées : Hellemmes (1976) et Lomme (2000). La Ville de Lille a été une des premières en France à développer une démocratie participative en créant dix conseils de quartier (1978), un Conseil communal de concertation (1996), un conseil municipal d'enfants (1999). Elle compte actuellement 230 000 habitants. En 1998, Lille est désignée ville candidate de la France pour les JO de 2004 devant Lyon mais ne sera pas retenue par le CIO. L'agglomération de Lille est devenu le troisième pôle éducatif de France avec plus de 115 000 élèves, étudiants et stagiaires de plus de 15 ans. Le PRES université Lille Nord de France regroupe les six écoles doctorales du Nord-Pas-de-Calais, et rassemble 3 000 doctorants.

Imaginé en 1971, le Véhicule automatique léger (VAL), premier métro automatisé au monde, est inauguré en 1983. En 1993, la ligne TGV-Nord, qui relie Paris et Lille en une heure, « rapproche » les deux villes, et en 1994 l'ouverture du Tunnel sous la Manche, puis l'arrivée de l'Eurostar dans la nouvelle gare « Lille-Europe » placent Lille au centre du triangle Paris, Londres, Bruxelles.

Dès le début des années 1980, Lille se tourne vers le secteur tertiaire.

En 1991 débutent les travaux d'Euralille, projet d'aménagement urbain autour des gares TGV. Le quartier, d'architecture résolument moderne, comporte des immeubles de bureaux, des centres d'affaires, des commerces, des logements et des espaces verts. En 1994 sont inaugurés le centre Euralille et Lille Grand Palais.

La ville de Lille a été désignée « capitale européenne de la culture » en 2004 et, sous l'autorité de Martine Aubry, a développé une forte notoriété sur le plan international en accueillant, lors des évènements et créations artistiques, 9 millions de visiteurs.

Le titre de cocapitale européenne de la culture en 2004 et le classement du beffroi de l’hôtel de ville au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2005 augmente le rayonnement touristique de l'agglomération.

Frise chronologique[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Bucquet provenait des marais de la Citadelle et contournait la zone haute lœssique de la Place aux Oignons en passant approximativement vers ce qui deviendra la rue Royale. Il a été précocement détourné vers la basse Deûle via les fossés d’enceintes au nord-ouest de la ville. Il a laissé peu de traces dans la topographie urbaine. Elie Brun-Lavainne, dans son Atlas en propose un tracé précis qui contraste avec ceux des autres cours d’eau représentés, calqués sur les réseaux de fossé et parfois entachés d’anachronismes (E. Brun-Lavainne, Atlas topographique et historique de la ville de Lille, accompagné d'une histoire abrégée de cette ville, de notes explicatives, de cartes et de vues, Lille, 1830). Nous ne connaissons pas, hélas, ses sources. À noter la proximité du toponyme du Bucquet avec le légendaire château du Buc, parfois identifié comme la motte féodale proche (à l’emplacement de l’église de la Treille).
  2. Approximativement rue Lydéric, rue du Plat, rue de la Riviérette.
  3. Le ruisseau provenant de Fives est également appelé « Becquerel » et plus tardivement « Chaude Rivière ». Il passait approximativement entre les deux gares. Le canal du Becquerel y prenait son eau mais aboutissait plus au Sud (vers la rue de Paris).
  4. R. Dion, "La géographie de la circulation dans la partie centrale de la région du Nord", Annales de la Société de Géographie du Nord, n° 64, 1939, p 97-129
  5. À l’est, Fins (à l'emplacement de la paroisse Saint-Maurice), toponyme ancien désignant une frontière. Ce lieu de peuplement jouxtait le lit mineur de la Deûle (rue des Ponts de Comines). À l’ouest, le complexe castral du comte de Flandres composé d'une motte féodale (arasée en 1848), de la collégiale Saint-Pierre (disparue, aujourd’hui en partie sous le Palais de Justice) et, vraisemblablement, d’un petit lieu de peuplement centré sur la Place aux Oignons. Ce dernier élément n’a pas été vérifié par l’archéologie. Il est toutefois plausible au vu de la géomorphologie (extrémité du versant « sec ») et de l’extrême densité des parcelles cadastrales
  6. « Ascq dans les luttes séculaires de 863 à 1794 », Part. 1, Chap. 4, pages 33 et 34, Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Pierre Delebart, Imprimerie R. Boulonnais, Ascq, 1952.
  7. Miroir de la Flandre, Patricia Carson, p. 66, ISBN 90-209-2002-2
  8. Miroir de la Flandre, Patricia Carson, pp. 127-128, ISBN 90-209-2002-2
  9. Miroir de la Flandre, Patricia Carson, p. 129, ISBN 90-209-2002-2
  10. Martin Barros, Nicole Salat et Thierry Sarmant. Vauban - L’intelligence du territoire. Éditions Nicolas Chaudun et Service historique de l'armée, Paris, 2006. Préface de Jean Nouvel. 175 p, ISBN 2-35039-028-4, p 166 et 45
  11. Barros et alii, p. 164
  12. Mille ans d'histoire dans le Nord-Pas-de-Calais et en Picardie, Jean Callens, p. 100, ISBN 978-2-87415-695-3
  13. Jean Delmas (historien) (directeur), De 1715 à 1870, Presses universitaires de France, Paris, 1992, in André Corvisier (directeur), Histoire militaire de la France, ISBN 2-13-043872-5, p 265
  14. Eric Maitrot, Sylvie Cary, Lille secret et insolite, Les beaux jours, 2007
  15. Mémoire de recherche sur l'agrandissement de Lille de 1858 publié par Jonathan Cortet