Chuetas

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Les Chuetas (en catalan xuetes ou xuetons) sont un groupe social de l'île de Majorque, descendants des Juifs majorquins convertis au christianisme, ce dont ils ont conservé tout au long de leur histoire une conscience collective de par leurs noms de famille d'origine converse. Accusés de crypto-judaïsme, ils furent poursuivis par l'Inquisition à la fin du XVIIe siècle. Stigmatisés et victimes de ségrégation, ils ont pratiqué jusqu'à la première moitié du XXe siècle une stricte endogamie. Aujourd'hui, entre 18 000 et 20 000 habitants de l'île sont porteurs de l'un de leurs noms de famille[1],[2] .

Inquisition[modifier | modifier le code]

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Durant le premier tiers du XXe siècle, des changements significatifs se produisent à Majorque, rompant l'inertie sociale des siècles précédents. On assiste à une expansion urbaine de Palma en dehors de ses murs. Cette croissance conduit sur place de nouveaux résidents, originaires de l'Espagne continentale ou de l'étranger, et pour lesquels la condition des Chuetas n'a aucune signification. De même, la modernisation de l'économie met fin au modèle traditionnel d'assignation à certaines professions selon la naissance[3]. Dans ce contexte, Guillem Forteza Pinya (es), urbaniste et homme politique chueta est maire de Palma entre janvier et octobre 1923. Durant la dictature de Primo de Rivera, entre 1927-1930, deux autres chuetas accèdent à cette fonction : Joan Aguiló Valentí, alias Cera et Rafel Ignasi Cortès Aguiló, alias Bet[4]. Le bref intermède de la Seconde République espagnole, revêt aussi une importance pour l'amélioration du statut des chuetas, en raison de l'orientation séculariste des républicains. De ce fait, les chuetas adhèrent à ce nouveau modèle étatique, de même qu'ils l'avaient fait antérieurement avec le mouvement des lumières et les libéraux[5]. Pendant la période républicaine, pour la première fois un homme d'église d'origine chueta prononce un sermon au sein de la cathédrale de Palma de Majorque, fait qui revêt une grande importance symbolique[6].

Durant la guerre civile espagnole, certains Chuetas donnent leur appui à l’insurrection franquiste tandis que d'autres, en raison de leurs opinions républicaines subissent la répression du nouveau régime. Il semble qu'au début des années 1940, sous la pression de la Phalange et, de l'Allemagne nazie, des listes aient été constituées et des enquêtes effectués sur les Chuetas considérés comme liés au judaïsme européen afin de préparer une éventuelle déportation dans des camps d'extermination. On attribue à l'évêque Josep Miralles Sbert la constitution d'un dossier comportant un nombre si important de noms que les résultats en deviennent inutilisables[7].

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En 2011, le grand rabbin Nissim Karelitz (en), président du Bet Din de Bnei Brak reconnaît le caractère juif de la communauté des Chuetas. Pour Nissim Karelitz, la communauté a su préserver son caractère juif en mettant l'accent sur le mariage intracommunautaire[8]. La décision ne confirme pas le statut juif de chaque membre de la communauté car il faudra examiner les antécédents familiaux des individus pour déterminer s'ils sont juifs ou non[9].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Estimation réalisée à partir des données fournies par l'Institut national de la statistique espagnol.
  2. (en) The fascinating story of Nicolau Aguilo of Palma de Mallorca, who returned to his Jewish roots and is now a rabbi living in Shilo, Israel, HaModia Magazine.
  3. Moore, Los de la Calle… p. 158.
  4. Font, La fe vençuda… p. 150 y 151.
  5. Moore, Los de la Calle… p. 179.
  6. Forteza, Els descendents… p. 74.
  7. Font, La fe vençuda, pp. 154-158.
  8. (en) « 'Lost tribe' of Mallorca Jews welcomed back to the faith 600 years later », sur The Guardian,‎ 14 juillet 2011
  9. « Un rabbin israélien reconnaît la communauté juive de Majorque », sur RTBF,‎ 13 juillet 2011 (consulté le 15 juillet 2011)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Kenneth Moore, Los de la calle. Un estudio sobre los chuetas, Madrid, 1987.

Articles connexes[modifier | modifier le code]