Lavandière

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Lavandière
Image illustrative de l'article Lavandière
Lavandières, peintes par Degas, carton, 46 x 61, collection H. J. Sachs, New York

Une lavandière désigne toute femme qui lavait le linge à la main, dans un cours d'eau ou un lavoir[1] tandis qu'une laveuse est une femme qui faisait profession de laver le linge[2]. Un nom voisin était buandière. On disait également blanchisseuse.

Travail et conditions de vie[modifier | modifier le code]

Lavandières dans le lavoir de La Courneuve sur le Croult au début du XXe siècle
Blanchisseuse emportant le linge à laver, par Jean-Louis Forain en 1898.

En toutes saisons, une lavandière ou blanchisseuse devait d'abord apporter le linge au bord d'un cours d'eau ou dans un lavoir ou un bateau-lavoir public ou privé. À genoux sur une pierre plate ou sur le bord incliné du lavoir, elle jetait le linge dans l'eau, le frottait avec de la cendre, le rinçait et le tordait en le pliant plusieurs fois. Elle le battait ensuite avec un battoir en bois afin de l'essorer le plus possible. Finalement elle plaçait le linge essoré dans un panier ou une brouette pour l'amener vers le lieu de séchage. Elles utilisaient également d'autres techniques de lavage, impliquant l'usage de baquets et lessive.

Durant très longtemps la corporation des blanchisseuses est très importante. À Paris, elle travaille dans des dizaines de lavoirs et bateaux-lavoirs, appelés également bateaux lessives. Ces bateaux sont amarrés sur la Seine ou le canal Saint-Martin[3].

Blanchisseuses de Saint-Domingue.

Un rapport de la chambre syndicale des blanchisseurs adressé vers 1880 au ministère de l'intérieur évalue à 104 000 personnes la population que le blanchissage fait vivre à Paris. Il y a parmi elles 94 000 femmes et 10 000 hommes, soit presque 10 femmes pour un homme[4].

En 1885, E. Robichon écrit que[5] : « La blanchisseuse parisienne est soigneuse de sa personne et c'est une exception d'avoir à signaler chez elle des négligences de costumes et de propreté. Elle est gaie, babillarde, »...

En 1890, Auguste Vitu décrivant un lavoir à Paris, souligne le caractère joyeux et vivant des blanchisseuses :

A l'angle nord-ouest de la rue de l'Hôtel-Colbert et de la rue de la Bûcherie, on voit s'élever au-dessus des maisons une monumentale rotonde terminée en coupole. Plongeant notre regard par la porte cochère de la maison qui porte le numéro 13 sur la rue de la Bûcherie, un spectacle curieux nous attend. Devant nous une sorte de cloître à arcades ogivales renferme le bruyant et joyeux personnel d'un lavoir, qui s'intitule le lavoir Colbert[6].

Les blanchisseuses sont très importantes par leur nombre et aussi par leur présence quotidienne dans la rue. Car elles lavent mais aussi cherchent le linge sale et livrent le linge propre. Le linge transporté et leur habit permet de les identifier. Voir ainsi passer de nombreuses femmes et jeunes filles seules transportant du linge fait rêver, voire fantasmer, plus d'un homme sur leur passage. Qui leur attribue des exploits sexuels et une réputation de filles faciles qui relève très probablement de l'imaginaire.

En témoigne le jadis célèbre poème de Charles Monselet Les petites blanchisseuses souvent évoqué par les journalistes dans leurs articles parlant de la Fête des Blanchisseuses. De ce poème grivois ils ne citent jamais que le premier quatrain[7], qui ne laisse pas entrevoir la suite. Ça devient plus chaud dès le deuxième et très chaud et explicite à la fin. On peut le lire en entier sur la base Wikisource.

Voiture de blanchisseuse photographiée en 1896 au pont de Sèvres à Paris[8].

En 1868, Adrien Marx, pour Le Petit Journal parle des blanchisseuses :

Vous avez certainement remarqué comme moi les voitures de blanchisseuses que la banlieue nous expédie tous les jours et qu'on voit stationner à Paris devant la porte des maisons.
Ce sont, pour la plupart, d'énormes carrioles à deux roues recouvertes d'une bâche qui protège les paquets de linge contre les intempéries de l'air.
Le cheval qui traîne cette cargaison immaculée est généralement dirigé dans les rues par une grosse femme dont les façons sont légèrement brusques… Observez la commère, lorsqu'elle ravive par un coup de fouet l'énergie défaillante de son vieux bidet. Ses traits se contractent, son visage prend une physionomie virile, et sa bouche lâche un Hue ! qui fait trembler les vitres d'alentour.
Eh bien ! ne vous y trompez pas : ces luronnes sont presque toutes d'excellentes mères de famille cachant sous la rudesse de leur allure des sentiments exquis, un cœur d'or et de précieuses qualités, dont beaucoup de belles dames sont dépourvues,
Elles ne craignent pas, j'en conviens, de laisser voir leurs chevilles empâtées quand elles quittent ou gravissent le haut marche-pied de leurs carrosses[9]. La peau de leurs bras hâlée par le grand air et les vagues du fleuve n'a aucune analogie avec le satin, et leurs doigts macérés dans l'eau de savon manquent de la distinction et de la grâce inhérentes aux mains des duchesses. Mais les blanchisseuses de la campagne ont d'autres avantages[10]

Les artistes, peintres et poètes, ont souvent embelli l'image de ces femmes du peuple, en les présentant dans un cadre romantique et des paysages magnifiés. En fait, leur condition sociale et matérielle était dans la plupart des cas difficile : les femmes devaient, tout en lavant, s'occuper de leurs plus jeunes enfants. Certaines exerçaient parallèlement l'activité de nourrice. Leurs mains étaient très souvent abîmées pour avoir trempé trop longtemps et trop fréquemment dans l'eau très chaude ou au contraire dans l'eau parfois glacée des lavoirs.

Les blanchisseries ont pris la relève de cette activité, et la généralisation de l'eau courante dans les habitations, puis la généralisation de l'emploi des machines à laver, ont définitivement fait disparaître ce métier pénible au milieu du XXe siècle.

Les bateaux-lavoirs de Laval[modifier | modifier le code]

La ville de Laval possède deux des derniers bateaux-lavoirs conservés au monde : le Saint Julien et le Saint Yves. Risquant de couler, ils ont du être mis hors d'eau l'un et l'autre. Le Saint Julien, construit en 1904, en activité jusqu'au tout début des années 1970, devenu musée en 1985, a été classé monument historique en 1993. Sa restauration terminée en 2013, il a été remis à l'eau quai Paul Baudet, sur la Mayenne, dans le centre ville de Laval le 17 octobre 2013[11]. Le Saint Yves en cours de restauration devrait le rejoindre en 2014.

La Fête des Blanchisseuses[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mi-Carême au Carnaval de Paris.

À la Mi-Carême jadis, les blanchisseuses de Paris élisaient des Reines, se costumaient, faisaient la fête et défilaient dans la rue.

On appelait cette fête la Fête des Blanchisseuses, le cortège des lavoirs, ou encore la Fête des grenouilles, en référence à l'eau omniprésente au lavoir.

C'était, avec la Promenade du Bœuf Gras un des deux grands moments du Carnaval de Paris.

Après une éclipse d'une soixantaine d'années, cette fête créée par les blanchisseuses est reparue depuis 2009.

Lavandières célèbres[modifier | modifier le code]

  • Catherine Ségurane, est une « bugadiera » du XVIe siècle, qui s'illustra en montant aux créneaux du bastion Sincaïre, à Nice, pour assommer avec son battoir à linge un porte-étendard ottoman avant de lui arracher son drapeau.
  • La Mère Denis, de son vrai nom Jeanne Marie Le Calvé, née en 1893 était, dans les années 1970, une des dernières lavandières authentiques ayant exercé de 1944 à 1963. Au cours des années 1970, elle devint célèbre en étant l'emblème des publicités pour la marque de machines à laver Vedette.

Dans les arts et la littérature[modifier | modifier le code]

  • Gervaise Macquard, héroïne de L'Assommoir d'Émile Zola est lavandière. Au milieu du roman, elle détient sa propre boutique. En grande partie à cause de l'alcool, elle perd sa boutique, et finit blanchisseuse, n'étant plus capable de repasser correctement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lavandière
  2. Laveuse
  3. Dans un article écrit avant 1871, cité par Francis Magnard dans la rubrique Paris au jour le jour, Le Figaro, 22 mars 1873, p. 3, 1re colonne, Jules Vallès indique que : « Il y a environ cent vingt lavoirs dans Paris, sans compter les lavoirs publics et gratuits et les quatre-vingts bateaux établis tant sur la Seine que sur le canal Saint-Martin. »
  4. Ali Coffignon, Paris-vivant. Les coulisses de la mode, Librairie illustrée, Paris, vers 1880, page 110.
  5. E. Robichon Paris qui travaille, La grève des blanchisseuses, La Presse, 4 février 1885, page 1, 5e colonne. Voir l'article en entier reproduit sur la base Commons.
  6. Auguste Vitu, Paris, Quantin éditeur, Paris 1890, page 144.
  7. Par exemple, en 1893, Adolphe Brisson dans La Revue illustrée, page 221.
  8. Détail d'une photo, qu'il est possible de voir en entier.
  9. À l'époque, et encore dans les années 1920, il était considéré en France comme érotique et mal vu qu'une femme laisse voir sa cheville.
  10. Adrien Marx, Mademoiselle Aubépine, Le Petit Journal, 16 mai 1868, page 2, 1re colonne
  11. Voir le reportage sur la remise à l'eau du Saint Julien.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Verdier, Façons de dire, façons de faire, La laveuse, la couturière, la cuisinière, Gallimard, Paris, 1979 (ISBN 978-2070282463)
  • F. Wasserman, Blanchisseuse, laveuse, repasseuse, la femme, le linge et l’eau, écomusée du Val de Bièvre.

, 1986

  • Gérard Boutet, Nos vieux métiers, tome 3 : La Lavandière - La Femme de journée - La Ravaudeuse - La Basse courière, Jean-Cyrille Godefroy, 2004 (ISBN 978-2865531721)
  • Michèle Caminade, Linge, lessive, lavoir : Une histoire de femmes, éditions Christian, Paris, 2010 (ISBN 978-2864961314)

Articles connexes[modifier | modifier le code]