René Guénon

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René Jean Marie Joseph Guénon
(’Abd al-Wâhid Yahyâ)

Métaphysicien français naturalisé égyptien

Époque moderne (XXe siècle)

Description de cette image, également commentée ci-après

Photographie de 1925 (à 38 ans).

Naissance 15 novembre 1886
Blois, Loir-et-Cher, France
Décès 7 janvier 1951 (63 ans)
Le Caire, Égypte
Nationalité Drapeau de la France France , Drapeau de l'Égypte Égypte
École/tradition Advaïta védanta, soufisme
non-dualité, platonisme
Principaux intérêts Métaphysique, ésotérisme, symbolisme, mythologie, gnose, textes sacrés, franc-maçonnerie, mathématiques, histoire, société, religion comparée
Idées remarquables Critique de la modernité sous l'angle des traditions anciennes ; reconstruction de l'ésotérisme occidental en se basant sur la spiritualité orientale « toujours vivante »
Œuvres principales Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues
Le Roi du monde
La Crise du monde moderne
Le Symbolisme de la croix
Aperçus sur l'initiation
Influencé par Adi Shankara, Ibn Arabî, Ivan Aguéli, Pseudo-Denys l'Aréopagite, Lao Zi, Platon, Plotin, Maître Eckhart
A influencé Antonin Artaud, Frithjof Schuon, Michel Vâlsan, Titus Burckhardt, Jean-Louis Michon, Martin Lings, Julius Evola, Marco Pallis, Ananda Coomaraswamy et beaucoup d'autres

René Guénon, également connu sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, né le 15 novembre 1886 à Blois, en France, et mort le 7 janvier 1951 au Caire, en Égypte, est un métaphysicien français.

Il a publié dix-sept ouvrages de son vivant, auxquels s'ajoutent dix recueils d'articles publiés à titre posthume, soit au total vingt-sept titres régulièrement réédités. Ces livres ont trait, principalement, à la métaphysique, à l'ésotérisme et à la critique du monde moderne.

Dans son œuvre, il se propose soit d'« exposer directement certains aspects des doctrines métaphysiques de l'Orient[1] », doctrines métaphysiques que René Guénon définissait comme étant « universelles[2] », soit d'« adapter ces mêmes doctrines [pour des lecteurs occidentaux] en restant toujours strictement fidèle à leur esprit[3] ». Il ne revendiqua que la fonction de « transmetteur » de ces doctrines[4], dont il déclarait qu'elles sont de nature essentiellement « non individuelle[5] », reliées à une connaissance supérieure, « directe et immédiate », qu'il nomme « intuition intellectuelle[6] ». Ses ouvrages, écrits en français (il contribua également en arabe pour la revue El Maarifâ), sont traduits en plus de vingt langues.

Son œuvre oppose les civilisations restées fidèles à l'« esprit traditionnel »[7] qui, selon lui, « n'a plus de représentant authentique qu'en Orient »[8] à l'ensemble de la civilisation moderne, considérée comme déviée. Elle a modifié en profondeur la réception de l'ésotérisme en Occident dans la seconde moitié du XXe siècle[9], et a eu une influence marquante sur des auteurs aussi divers que Mircea Eliade, Hubert Benoit, Raymond Queneau ou encore André Breton.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Les années de jeunesse[modifier | modifier le code]

René Guénon est né le 15 novembre 1886 à Blois, en France, dans une famille catholique[10]. Son père était architecte. De santé fragile, c'est un excellent élève, en sciences comme en lettres[11]. Il entre en classe de mathématiques élémentaires en 1904 puis s'installe à Paris pour étudier les mathématiques (il s'inscrit à l'Association des candidats à l'École polytechnique et à l'École normale). Mais, à la suite de difficultés, dues entre autres à sa santé déficiente, il ne persévère pas, et abandonne ses études en 1906. Installé rue Saint-Louis-en-l'Île, il pénètre alors les milieux occultistes papusiens sans les prendre au sérieux[12]. Papus lui ouvre également les portes de la revue L'Initiation, dans laquelle le jeune homme publie ses premiers articles début 1909. En 1908, Papus organise le IIe Congrès spiritualiste et maçonnique, qui se déroula du 7 au 10 juin, et dont l'un des objectifs affichés était l'édification d'une Maçonnerie dont Teder (Charles Détré) souhaitait arracher la direction au Grand-Orient[13]. Guénon se désolidarise alors immédiatement du Congrès en raison des tendances « réincarnationnistes » affichées par Papus ; de nombreuses années plus tard, il propose une réfutation globale des thèses réincarnationnistes dans son ouvrage L'Erreur spirite. Cet événement, joint à un autre - la constitution de l'Ordre du Temple Rénové (voir infra) - parachèvent la rupture totale de René Guénon avec ce milieu.

Ce passage de René Guénon dans le milieu occultiste a donné lieu à plusieurs commentaires, à commencer par ceux de Guénon lui-même ; ainsi on apprendra beaucoup plus tard qu'il avait un temps nourri le projet d'écrire un ouvrage intitulé L'Erreur occultiste, pour faire pendant à son autre livre L'Erreur spirite, mais qu'il avait finalement renoncé à ce travail après avoir fait la constatation que ce mouvement ne représentait plus rien. Dans un chapitre de son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps[14], écrit en 1945, René Guénon revient sur le mouvement occultiste français, qu'il met en comparaison avec un autre courant « néo-spiritualiste » (le mouvement théosophiste de H. P. Blavatsky) et il décrit le premier comme réduit à une somme d'individualités ayant fabriqué de toutes pièces une pseudo-théorie faite d'éléments disparates empruntés à diverses doctrines qu'ils n'ont pas comprises, ne reposant sur aucune filiation authentique et finalement infiltré par des individus aux intentions douteuses. D. Gattegno écrit que par quelque bout qu'on prenne les choses, le niveau intellectuel et culturel de cette vague occultiste « s'avère totalement affligeant »[15], et qu'elle fut surtout l'occasion pour René Guénon de pénétrer un milieu afin d'en attirer les individualités les plus remarquables. Par ailleurs, autour de Papus, écrit D. Gattegno, les orientations « néo-spiritualistes » vont emprunter des chemins très divers, notamment avec Émile Gary de Lacroze, Léonce de Larmandie, sans parler d'individualités jugées bien plus intéressantes par Guénon et qui ne feront que traverser l'occultisme papusien sans se confondre avec lui : Stanislas de Guaita, Joséphin Peladan, Paul Vulliaud, Albert de Pouvourville et bien d'autres encore qui défrayèrent la chronique de ce « Paris occultiste » dont l'histoire se confond avec la Belle Époque et la protéiforme effervescence du Symbolisme artistique et littéraire. Pour D. Gattegno cependant l'œuvre de Guénon ne procède à aucun degré de ce mouvement[16]. Paul Chacornac note que la présence de René Guénon dans ce milieu lui permit au moins de pénétrer une organisation d'un caractère à la fois plus sérieux et énigmatique : l'Hermetic Brotherhood of Luxor (H. B. of L.), héritée au moins en partie des multiples organisations de Paschal Beverly Randolph (dont la fraternité d'Eulis). René Guénon dira plus tard qu'il avait effectivement appartenu à la H. B. of L., dépositaire, selon Paul Chacornac, de certaines « connaissances effectives[17]. »

Les biographes de René Guénon soulignent le caractère particulièrement désindividualisé de son œuvre, et s’intéressent très vite à ce qui en constitue les aspects les plus mystérieux : très tôt, dès sa collaboration à la revue La Gnose, c'est-à-dire entre 1909 et 1912, et sous la signature de T. Palingénius (voir infra), il publie un certain nombre d’articles sur le « néospiritualisme contemporain », « Le symbolisme de la Croix», les principes du calcul infinitésimal, « Les conditions de l’existence corporelle », le devenir de l’être humain selon le Vêdânta, les erreurs du spiritisme, qui contiennent, sous une forme résumée mais très reconnaissable, une grande partie de ce qui formera par la suite le cœur de son œuvre : « C’est donc entre 23 et 26 ans qu’on doit placer l’élaboration de plusieurs de ses livres essentiels »[18]. Ce caractère remarquable de l’œuvre guénonienne relativise fortement, selon plusieurs de ses biographes, quelques hypothèses formulées à propos de rencontres qu’il fit au lycée, par exemple avec son professeur de philosophie, Albert Leclère, qui devait l'année suivante être nommé professeur à l'université de Fribourg, en Suisse. Albert Leclère était un spécialiste des philosophies présocratiques et évoquait des idées qui étaient déjà un peu en vogue au XIXe siècle, notamment dans les ouvrages d'auteurs tels Frédéric Portal, Jallabert, ou F. de Rougemont, sur l’existence d’un savoir métaphysique commun à toute l’humanité[19]. Mais d'autres auteurs insistent sur le fait que la doctrine plus tard exposée par René Guénon sur l'unité fondamentale de la Métaphysique est sans commune mesure à l'idée, développée par quelques écrivains du XIXe siècle, d'une transmission historique diffuse de certaines données traditionnelles communes à toute l'humanité, et qu'elle s'inscrit beaucoup plus dans la perspective métaphysique selon laquelle « la doctrine de l'Unité est unique »[20].

Les biographes s'accordent cependant pour voir en l'abbé Ferdinand Gombault (1858-1947), qui était docteur en philosophie, une origine possible de certaines informations que Guénon tenait sur le spiritisme. Guénon entretint d'ailleurs une relation avec lui jusqu'au jour de son départ pour l'Égypte, en 1930. Dès son adolescence, il rencontra le chanoine chez sa tante. L'abbé avait des préventions contre la philosophie allemande (voir ses Dialogues philosophico-théologiques sur la Providence, 1895), condamnait sévèrement le spiritisme (L'Imagination et les phénomènes préternaturels, 1899) et était convaincu de l'existence d'une langue hiéroglyphique originelle (Similitude des écritures figuratives, 1915)[21].

L'Ordre du Temple Rénové et l'Église gnostique[modifier | modifier le code]

Un événement précipite toutefois la rupture avec les groupes papusiens : la participation, centrale pourrait-on dire, de René Guénon à l'Ordre du Temple Rénové (OTR).

L'Hermetic Brotherhood of Luxor, ou H. B. of L., était une organisation possédant un caractère extrêmement secret auquel l'Ordre Martiniste d'alors servait, selon Paul Chacornac, de couverture extérieure. Or depuis le 19 janvier 1908 des séances se déroulaient à l‘hôtel du 17 rue des Canettes, séances dont les participants étaient des membres de l'Ordre Martiniste et qui reçurent l'ordre de constituer un « Ordre du Temple Rénové », constitué de 21 membres, et dont René Guénon devait être le « Souverain Grand Commandeur ». Contacté par les martinistes, ce dernier répondit favorablement à l'appel. Les conditions dans lesquelles se déroulèrent ces séances furent diversement interprétées : Jean-Pierre Laurant, ainsi que D. Gattegno parlent d'« écriture automatique[22] » tandis que Michel Vâlsan mentionne des « moyens appropriés » pour la réactualisation d'une forme initiatique proprement occidentale[23]. En tous cas, la constitution de cet ordre entraîna les foudres de Teder et celui-ci rédigea, pour le compte du « Grand Maître Papus », un acte d'accusation comportant des fausses lettres de Guénon, selon une méthode qu'il avait déjà utilisée pour discréditer deux Grands Maîtres des débuts de la franc-maçonnerie française : le chevalier écossais James Hector MacLeane, et Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, tous deux jacobites[24]. Teder avait commencé sa carrière avec un livre intitulé Les apologistes du crime, d'inspiration « taxilienne » habituelle dans certains milieux antimaçonniques de cette époque et dirigé contre la Maçonnerie écossaise, les jésuites et les catholiques, puis était passé en Belgique d'où il s'était fait expulser pour une affaire de chantage, avant de se réfugier en Angleterre, pays dans lequel il rencontra John Yarker qui lui conféra ses titres de Maçonnerie « irrégulière »[25],[26]. Dans son « rapport », il engagea Papus à prendre « des mesures énergiques » contre Guénon, qui fut donc radié de l'Ordre Martiniste, ainsi que des loges affiliées. L'OTR fut dissous par René Guénon en 1911.

Un autre événement commenté par les biographes de Guénon concerne l'Église gnostique bien que, selon Charles-André Gilis, il soit d'une moindre importance : en 1893, plus de quinze années avant la formation de l'OTR, dans l'hôtel de la duchesse de Pomar, Lady Caithness, il est décidé de procéder à la restauration de l'Église gnostique, faisant référence à Guilhabert de Castres. Aussitôt, Jules Doinel dit avoir retrouvé toute une documentation à la Bibliothèque départementale à Orléans où il était employé, attestant de la validité de cette restauration. Il est élu patriarche de l'E. G. et adopte le nom de Valentin II. Il consacre alors trois « évêques » : Tau Vincent (Papus), Tau Synésius (Léonce Fabre des Essarts) et Tau Bardesane (Chamuel) : la lettre grecque tau est une signature épiscopale. Après sa fondation, Rome excommunie l'Église gnostique. Jules Doinel, qui avait reçu une solide éducation religieuse, n'avait rompu aucune de ses amitiés catholiques. Saisi par l'angoisse, il retourne dans le giron de l'Église de Rome, puis revient à l'E. G. et, au terme de toute une suite de « revirements », quitte ce monde « tant et si bien que nul n'a pu établir dans quelles dispositions il put bien, au juste, se trouver à sa mort »[27]. Léonce Fabre des Essarts (1848-1917), ami personnel de Victor Hugo, admirateur de Saint-Yves d'Alveydre, fut un temps militant socialiste républicain et franc-maçon, teinté d'orientalisme par la fréquentation de Tau Simon (Albert de Pouvourville) et Tau Théophane (Léon Champrenaud).

René Guénon avait rencontré Léonce Fabre des Essarts au Congrès spiritualiste. Quand Guénon se fit exclure des groupements de Papus à la suite de l'affaire de l'OTR, Léon Champrenaud l'invita chez Synésius. Guénon fut aussitôt élevé au rang d'évêque, sous le nom de Tau Palingénius (Re-né), et Synésius offrit à Guénon la direction de la revue La Gnose, « revue mensuelle consacrée à l'étude des sciences ésotériques », dont Tau Marnès (Alexandre Thomas) était le rédacteur en chef et le gérant, et Tau Mercuranus (Patrice Genty) le secrétaire de rédaction. C'est dans cette revue que Tau Simon, en tant que Matgioï, donna les premières pages de ses deux ouvrages sur les doctrines extrême-orientales : La Voie métaphysique (1905) et La Voie rationnelle (1907).

L'enseignement de l'Église gnostique, tel qu'il apparaissait par les numéros de sa revue, était, grâce aux contributions de certains de ses membres, loin d'être médiocre et tranchait avec les productions occultistes de l'époque : Matgioi (Albert de Pouvourville) et Léon Champrenaud, rattachés respectivement au taoïsme et à l'islam, exerçaient une influence intellectuelle majeure sur les autres membres, et Guénon se servit de cet appui : il comptait davantage sur eux que sur l'Église en elle-même et il écrit ultérieurement que les « néo-gnostiques » n'avaient reçu aucune transmission réelle.

L'Église gnostique prit fin peu de temps après la disparition de l'OTR.

La Gnose et les contacts orientaux[modifier | modifier le code]

En 1910, durant la collaboration de René Guénon à la revue La Gnose, Théophane-Champrenaud entre en contact avec le peintre suédois Ivan Aguéli (1869-1917)[28], qui se consacre à l'étude des traditions orientales et voyage beaucoup, jusqu'aux Indes. À son retour en Europe, Ivan Aguéli publie des articles et traductions en rapport avec l'ésotérisme islamique. Au Caire, le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir l'initia au soufisme (sous le nom d'Abdul-Hâdi) et le fit moqqadem(c. a. d. « représentant » de la tarîqa shâdhilite, habilité à recevoir des disciples et leur transmettre l'initiation). Le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir était un représentant très important de l'Islam, tant des points de vue ésotérique qu'exotérique. Dans ce dernier domaine, il fut le chef du madhab mâleki à al Azhar. La tarîqa shâdhilite fut fondée au XIIIe siècle (VIIe siècle de l'Hégire) par le sheikh Abu-l-Hassan ash-Shadhili, une des plus grandes figures spirituelles de l'Islam, et qui fut, dans l'ordre ésotérique, le « pôle » (« qutb ») de son temps, ce terme désignant une fonction initiatique d'un ordre très élevé. Par Abdul-Hâdi, Léon Champrenaud est initié au soufisme sous le nom d'Abdul-Haqq et René Guénon, sous celui d'Abdel Wâhed Yahia (« Le serviteur de l'Unique »).

Par ses relations avec Matgioi et avec Ivan Aguéli, René Guénon prit toutes les distances requises avec les publications de type occultiste. Il écrit plus tard à Nöelle Maurice-Denis Boulet n'être « entré dans le milieu de « La Gnose » que pour le détruire »[29].

L'apport intellectuel de Matgioi est décrit par René Guénon en ces termes :

«  Avant [Matgioi], la métaphysique chinoise était entièrement inconnue en Europe, on pourrait même dire tout à fait insoupçonnée. [...] Il faut bien reconnaître que rien de vraiment sérieux n'avait été fait à ce point de vue jusqu'aux travaux de Matgioi[30]. »

Dans son roman Le Maître des Sentences, Matgioi évoque, de façon plus ou moins précise, l'idée d'une filiation initiatique transmise par le Tong Song Luat, personnage éponyme du roman, côtoyé en Indochine. Cet homme, nommé Nguyen Van Lu dans le roman, avait confié son fils cadet aux soins du narrateur. Or le fils du « Maître des Sentences », Nguyen Van Cang, séjourna un certain temps à Paris, et il collabora à La Voie (l'ancien nom de La Gnose avant l'arrivée de Guénon). Paul Chacornac déduit de ces données une conjecture selon laquelle un enseignement oral fut donné à Guénon par Nguyen Van Cang, et André Préau alla dans le même sens dans son article « Connaissance orientale et recherche occidentale » paru dans Jayakarnataka en 1934. Selon Frans Vreede, dans une communication au Colloque de Cerisy-la-Salle, René Guénon reçut l'initiation d'une personnalité hindoue affiliée à une branche régulière d'un ordre remontant à Shankaracharya, donc relevant de l'Advaita Vedānta.

Cependant, si l'on sait que c'est par l'intermédiaire d'Ivan Aguéli qu'il est initié à l'ésotérisme islamique[31], en revanche, certains commentateurs de Guénon sont parfois plus prudents à propos de l'initiation taoïste qu'il aurait reçue : par la connaissance directe du Taoïsme[32], faut-il entendre la simple fréquentation de Matgioi[33] ou quelque chose d'un autre ordre ? Cependant, à l'un de ses correspondants, René Guénon écrivait, à propos de la voie extrême-orientale : « c'est l'une des voies les plus « dures » intellectuellement que je connaisse ».

Les milieux maçonniques et antimaçonniques[modifier | modifier le code]

La franc-maçonnerie était en France, au moins depuis les écrits de l'abbé Augustin Barruel, au cœur de polémiques qui opposaient férocement les milieux dits « traditionalistes » : ce que Balzac appela « l'envers de l'histoire contemporaine » et dont il mentionnait les linéaments dans son introduction à la trilogie L'Histoire des Treize touchait à « la question la plus troublante et la plus troublée de l'expansion moderne »[34], et cet « envers » s'exprimait dans une cacophonie d'événements contradictoires dont il était parfois bien difficile de comprendre les tenants et aboutissants.

C'est dans ce climat que l'une des plus extraordinaires impostures du XIXe siècle prit naissance : l'affaire Léo Taxil. De 1887 à 1895, Léo Taxil avait été le rédacteur en chef de La France chrétienne, organe du Conseil antimaçonnique de France. Un autre adversaire de la maçonnerie, Abel Clarin de La Rive avait tout d'abord cru à l'authenticité de la mystification taxilienne pour, finalement, avoir été l'instigateur de sa confusion.

À la suite de quoi il prit la direction de La France chrétienne. À partir de 1901, il voulut ouvrir ses colonnes à l'aspect traditionnel de la maçonnerie, faisant appel pour cela au président de la Grande Loge de France, Ch.-M. Limousin ; celui-ci en profitera pour dénoncer l'occultisme de Papus[35]. La France chrétienne accorda un vif intérêt aux écrits de Guénon, allant jusqu'à publier une mise au point sur le Dalaï-Lama[36].

De l'époque taxilienne, Clarin de la Rive avait réuni une importante documentation qu'il communiqua à Guénon, et celui-ci s'en servit non seulement pour déterminer qui agissait dans l'entourage de Taxil, mais aussi pour dénoncer, beaucoup plus tard, les origines « suspectes » des milieux qui prirent position, dans l'entre-deux guerres, pour la « défense de l'Occident » et contre « le complot judéo-maçonnique ».

Au vu des documents de Clarin de La Rive, Guénon retira la conviction qu'il existait des groupes qui s'efforçaient de jeter le discrédit sur tout ce qui pouvait subsister d'organisations traditionnelles, de nature religieuse ou initiatique. Pour René Guénon, « il convenait que la maçonnerie recouvrât sa véritable vocation, aussi bien contre les mystifications des adversaires qu'envers les maçons eux-mêmes »[36].

À destination des premiers il écrivit dans La France chrétienne devenue La France antimaçonnique ; pour s'occuper des seconds, quoique évincé de la Loge Humanidad, il trouva confirmation à la Loge Thébah, no 347 (il quittera cette loge en 1913 ou en 1914). Il participe alors, parfois sous couvert de pseudonymes[37] dans des publications maçonnique et antimaçonnique, se mêlant ainsi à des milieux opposés à la fois pour réaffirmer le caractère initiatique de la maçonnerie et pour se tenir au mieux informé de certaines campagnes antitraditionnelles particulièrement énigmatiques.

C'est au domicile de Clarin de La Rive que Guénon fit la connaissance du catholique anti-maçon Olivier de Fremond (1854-1940) qui reconnut chez Guénon « un parfait esprit catholique » mais qui ne parviendra pas à appréhender sereinement la relation de René Guénon avec l'islam.

Amitiés catholiques[modifier | modifier le code]

En 1912, peu après son rattachement à l'ésotérisme islamique, René Guénon se marie avec Berthe Loury, qu'il avait connue chez le chanoine Gombault. C'est à cette époque également que, dans La France antimaçonnique, René Guénon reçut une aide énigmatique de la part d'une signature anonyme (« un gnostique qui n'est pas évêque ») qui permit de dévoiler les accointances plus que compromettantes de certains occultistes. Certains auteurs, dont David Gattegno, pensent qu'il s'agissait de Pierre Germain, que René Guénon connaissait depuis longtemps.

À l'automne 1914, en compagnie de Pierre Germain donc, René Guénon s'inscrivait au cours de Philosophie des Sciences du professeur Milhaud, en Sorbonne. Il propose un mémoire sur la « Métaphysique » dans lequel il défiait toutes les inclinations au modernisme des professeurs de philosophie et de leurs étudiants. En 1925, il proposera la version définitive de cette conférence, encore à la Sorbonne : « La Métaphysique orientale ».

Une jeune étudiante de 19 ans, Noëlle Maurice-Denis Boulet, fut grandement impressionnée par l'exposé de Guénon. Elle avait elle-même fait un peu de remous en proposant « sans vergogne » les principes de la cosmologie thomiste dans un mémoire contre le « Mécanisme ». Elle s'approcha ainsi de René Guénon et de Pierre Germain, et finit par se lier d'amitié avec eux. En outre, dans la foulée de ces rencontres, certains jeudis parisiens furent consacrés à des « réunions méta-philosophiques » avec des camarades de l'Institut catholique. Noëlle Maurice-Denis Boulet entreprit de présenter Guénon au cercle néo-thomiste de l'Institut catholique dont le doyen, le père Émile Peillaube, avait fondé La Revue de philosophie. À partir de 1919, René Guénon y donnera des « comptes rendus » et quelques articles : « Le théosophisme », « La question des mahatmas », ou encore « Théosophisme et franc-maçonnerie », seules collaborations qu'il accordera, jusqu'en 1923.

C'est à cette époque que René Guénon entretint une longue correspondance avec Noëlle Maurice-Denis Boulet dans laquelle, patiemment et point par point, il exposa les imperfections inhérentes selon lui à la scholastique et au thomisme, doctrines qui, par leurs limitations à la seule ontologie s'interdisaient les conceptions véritablement illimitées de la pure Métaphysique orientale. Noëlle Maurice-Denis Boulet ne put admettre dans sa totalité l'ampleur des thèses guénoniennes (même si elle reconnut, quelque quarante années plus tard « la clarté d'exposition, et un sérieux qu'on ne pouvait qu'admirer »). De même, ses commentaires à propos du « Symbolisme de la Croix », qualifié par elle de « livre musulman », ajoutés à des comportements jugés peu élégants, conduisirent certains interprètes de l'œuvre de Guénon à voir dans cette attitude un résumé de l'incompréhension générale de l'exotérisme à l'égard de l'œuvre guénonienne.[réf. souhaitée]

René Guénon, « plutôt rétif à l'enseignement conventionnel »[38] échoue à l'épreuve orale de l'agrégation, celle-ci lui ayant réservé comme leçon un sujet de morale. Au même moment, il est licencié d'un établissement parisien dans lequel il enseignait la philosophie : le point de vue de Guénon sur des questions religieuses était totalement opposé à celles du directeur. Il projette alors de se consacrer désormais à ses ouvrages en chantier.

En parallèle, Guénon fréquente le cercle des philosophes et théologiens thomistes regroupé autour de Jacques Maritain, à qui il tentera, vainement, de faire accepter l'idée de la possibilité de l'existence d'un ésotérisme chrétien[39]. C'est grâce à l'intercession de Maritain que le jeune homme trouve à publier ses premiers ouvrages : L'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues et Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, en 1921[40].

Premières publications et premières ruptures[modifier | modifier le code]

L'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues fut proposé comme thèse à l'Université. Le projet, soumis à l'indianiste Sylvain Lévi, avait reçu l'accord de principe de ce dernier, mais il se rétracta in fine : dans son rapport, Lévi reproche à l'auteur de cette thèse d'« exclure tous les éléments qui ne correspondent pas à sa conception (Bouddhisme et Protestantisme) » et d'être « tout prêt à croire à la transmission mystique d'une vérité première apparue au génie humain dès les premiers âges du monde »[41].

La parution de L'Introduction... en librairie devait lui permettre en revanche de se faire de nouveaux contacts dans les milieux intellectuels et artistiques parisiens : il fait ainsi la connaissance du peintre cubiste Albert Gleizes (qui lui ouvre les portes du salon qu'il tient à Paris avec sa femme) ainsi que de l'écrivain et éditeur Gonzague Truc, qui devient alors « son principal conseiller en matière éditoriale[42] ».

C'est pourtant par l'intermédiaire des catholiques thomistes que René Guénon publie, la même année, une étude minutieuse, très documentée[43] et mordante[44] de la Société théosophique fondée par Héléna Blavatsky en 1875, sous le titre évocateur de : Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion.

Cet ouvrage était susceptible de plaire aux milieux catholiques conservateurs et cultivés : on y dénonçait, notamment, les antécédents révolutionnaires et anti-chrétiens d'Annie Besant[45], présidente en exercice de la société théosophiste[46], ainsi que, plus généralement, la prétention de l'organisation à renverser les religions établies, et notamment le christianisme[47]. Mais ces points de convergence circonstanciels ne pouvaient masquer longtemps le désaccord profond entre la conception guénonienne de la « Tradition » et le traditionalisme catholique : les relations avec le cercle Maritain se distendent à partir de 1923, tandis que la collaboration de Guénon à Regnabit, « revue universelle du Sacré-Cœur », s'interrompt brutalement en 1927, sous la pression de l'Archevêché[48].

À partir de 1925, René Guénon, dont les ouvrages déjà publiés lui ont attiré une certaine notoriété[49], publia ses articles dans la revue : Le Voile d'Isis, qui sous son impulsion perd son orientation occultiste, jusqu'à devenir, à partir de 1936, les Études traditionnelles.

Départ pour Le Caire : l'ésotérisme islamique[modifier | modifier le code]

En 1928, à la suite de deux deuils familiaux dont la mort de sa femme, la santé de Guénon se détériore, et il se plaint de souffrir de maux étranges, dont il décèle l'origine dans des « attaques psychiques » dirigées contre lui[50]. Le 15 mars 1930, il se rend cependant en Égypte, dans le cadre d'un projet initial de traductions de textes de l'ésotérisme islamique, projet qui est brusquement abandonné par son éditeur. Il reste au Caire, subsistant dans des conditions très précaires, et déclinant les propositions de retour en France provenant de ses amis européens, jusqu'à sa rencontre avec le cheik Mohammad Ibrahim, dont il épouse la fille, en 1934[51].

René Guénon vit au Caire sous le nom qui lui avait été donné lors de son initiation en 1910 à l'ésotérisme islamique : cheikh Abdel Wahid Yahia, adoptant le costume égyptien traditionnel, parlant arabe et évitant la communauté française d'Égypte. Il est naturalisé Égyptien en 1949. Il passe le plus clair de son temps à écrire dans sa maison[52] du faubourg de Dokki, face aux pyramides : ses articles et ses ouvrages, tout d'abord, mais également une volumineuse correspondance avec ses lecteurs[53], grâce à laquelle il suit l'évolution des idées en Occident, et qui lui permet de recueillir suffisamment d'informations pour soutenir plusieurs controverses, notamment avec le directeur de la revue Atlantis, Paul Le Cour[54], et surtout avec la revue « antijudéomaçonnique » de Monseigneur Jouin : la Revue internationale des sociétés secrètes, dont Guénon fut l'adversaire le plus actif : 1929 à 1933, il écrit plusieurs comptes-rendus et articles dénonçant les tentatives de la RISS pour exhumer et tenter de faire passer pour authentique un document dévoilant les prétendus dessous secrets de la Franc-maçonnerie (dans la lignée de l'affaire Léo Taxil)[55].

Ces polémiques n'empêchent pas Guénon de poursuivre la rédaction de ses ouvrages, dont l'intérêt qu'ils éveillent chez Jean Paulhan permet à certains d'entre eux d'être publiés aux éditions Gallimard, dans une collection dont le nom, « Tradition », renvoie directement au lexique guénonien[56].

Les proches[modifier | modifier le code]

Au fil des années et des publications, un groupe de proches se constitue autour de René Guénon. Outre l'iconographe chrétien Louis Charbonneau-Lassay et l'éditeur Paul Chacornac, déjà mentionnés, on peut citer le Sri Lankais Ananda K. Coomaraswamy (1877-1947), spécialiste de l'art bouddhique, qui entretient une correspondance régulière avec Guénon entre 1935 et 1947.

On y rencontre également des Européens islamisés vivant au Caire : l'Anglais Martin Lings (1909-2005), qui y enseigne la littérature anglaise à l'Université, et surtout le diplomate roumain Michel Vâlsan (1907-1974), qui devient de 1960 à sa mort le directeur des Études traditionnelles (succédant à un autre fidèle de la première heure : Jean Reyor, qui avait connu Guénon alors que ce dernier vivait encore à Paris).

L'artiste alsacien Frithjof Schuon (1907-1998) a lui aussi vu sa destinée bouleversée par la rencontre avec l'œuvre de Guénon (découverte dès 1924, avec Orient et Occident), qui le pousse à se rendre en Algérie recevoir l'initiation soufie du cheikh Ahmed Al-Allawi. Il devient par la suite le moqadem (représentant) du cheikh Ahmed al-Allawi qui l'a initié, et se voit autorisé à fonder une nouvelle branche de la tariqa (confrérie) en Europe : c'est vers elle que Guénon renvoie une centaine de lecteurs (ainsi que Michel Vâlsan) qui entrent ainsi dans la voie soufie[57].

Les relations entre Schuon et Guénon se détériorent à la suite d'une controverse d'ordre doctrinal : Schuon estime en effet (et il l'écrit dans les Études traditionnelles) que les sacrements chrétiens peuvent être considérés comme des sacrements initiatiques. Guénon écrit en réponse plusieurs articles sur l'initiation, dont une partie est recueillie en volume en 1946 sous le titre Aperçus sur l'initiation. Un dernier article de Schuon dans les Études traditionnelles, en juillet 1948[58], consomme la rupture entre les deux hommes[59]. Michel Vâlsan restant fidèle à Guénon, la tariqa européenne se divise alors en deux branches.

Il faut enfin citer le penseur italien Julius Evola, avec lequel Guénon entretient une correspondance cordiale et personnelle, malgré les divergences théoriques qui séparent le chantre de l'action[60] et le défenseur de la contemplation[61].

Mort et survivances de René Guénon[modifier | modifier le code]

René Guénon meurt le 7 janvier 1951, après avoir prononcé le nom d'Allah[62]. Il en est largement rendu compte dans la presse de la communauté francophone du Caire (une cinquantaine d'articles publiés), et dans la presse française : il en est fait mention dans Le Figaro, Combat, Rivarol, etc. La Radio nationale commente également l'événement[63].

Après la mort de Guénon, ses fidèles poursuivent la publication de son œuvre (un peu plus d'une dizaine d'ouvrages posthumes - essentiellement des recueils d'articles et de comptes-rendus - voient le jour) et se consacrent à l'exégèse des différentes traditions religieuses et initiatiques, au sein des Études traditionnelles (essentiellement, à partir de 1959 et sous l'impulsion de Michel Vâlsan, à l'étude des doctrines ésotériques de l'islam[64]) et ailleurs. La revue trimestrielle Vers la tradition reprend aujourd'hui la suite de cette lignée, et organise des colloques annuels.

Les principaux ouvrages de René Guénon ont été traduits dans toutes les langues européennes et l'influence de sa pensée n'a, depuis sa disparition, cessé de s'étendre[65].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Guénon est généralement présenté dans les dictionnaires et encyclopédies comme un « philosophe »[66]. Marie-France James le définit comme un « érudit franc-maçon et ésotériste »[67].

Dès 1911, alors même qu’aucun de ses ouvrages majeurs n’est encore écrit, dans un article publié dans la revue la Gnose[68], René Guénon cherchera à se désolidariser des différentes tendances et des différents mouvements caractérisant son époque. De son point de vue son travail n’est ni celui d'un scientifique, ni d'un philosophe, ni d'un sociologue. Son domaine d’étude ne concernerait pas plus la morale, que la religion. Il réfute les étiquettes d’occultiste, de mystique ou de spiritualiste. En 1921, dans son Introduction générale à l'étude des doctrines Hindoues, il prendra toutes les distances envers les orientalistes, précisant : « pour les comprendre [les doctrines Hindoues], il faut pour ainsi dire les étudier « du dedans », tandis que les orientalistes se sont toujours bornés à les considérer « du dehors »[69].

Ces mises au point sur la nature de son travail qu'il estimait aussi exempt de toute recherche d'originalité[70], seront à maintes reprises réaffirmées dans ses écrits ultérieurs[71], jusqu'à la fin de sa vie quarante ans plus tard[72].

Son proche et premier biographe, Paul Chacornac, reprendra ces affirmations : « On ne peut le définir […]. Il ne fut pas un orientaliste[73], bien que — ou peut-être par ce que — nul ne connaissait mieux que lui l'Orient ; il ne fut pas un historien des religions, bien que nul ne sût mieux que lui mettre en évidence leur fond commun […] ; il ne fut pas un sociologue, bien que nul n'ait analysé plus profondément les causes des maux dont souffre la société moderne […] ; il ne fut pas un poète […] ; il ne fut pas un occultiste […] ; il n'était surtout pas un philosophe[74], […] »[75], et plus récemment Jean Ursin : « Présenter l'œuvre de René Guénon est chose impossible : polémiste, théologien, mystique, philosophe, orientaliste […] Chaque qualificatif paraît correspondre mais aucun n'est suffisant et lui-même les eût tous rejetés en bloc. »[76],.

L'œuvre de René Guénon, telle que la concevait son auteur, ne doit pas être comprise comme l'expression d'une pensée individuelle qui se serait construite au fil des années et des ouvrages, encore moins comme un système philosophique[77], mais comme une exposition des « doctrines traditionnelles[78] ». Sa méthode le démarqua des milieux universitaires et il préféra parler « en oriental », dépourvu de ce qu'il appelait les préjugés occidentaux[79]. Guénon ne revendiquait à cet égard qu'une fonction de transmission de ces doctrines à destination exclusive de ceux qui, selon lui peu nombreux, sont aptes à les comprendre et à en tirer profit[80]. Cette volonté de ne pas se voir attribuer la paternité des idées qu'il exposait allait de pair avec la volonté de conserver la plus grande discrétion sur sa vie privée qui de toute façon, ajoutait-il, ne peut aider en rien à la compréhension de ses ouvrages[81].

L'œuvre de René Guénon peut être divisée en quatre grands axes :

  • Les exposés de principes métaphysiques (L'Introduction Générale à l'Étude des Doctrines Hindoues, L'homme et son Devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, Les Principes du Calcul infinitésimal) ;
  • Les études sur le symbolisme (notamment les nombreux articles qu'il écrivit pour les « Études traditionnelles », plus tard compilés par Michel Vâlsan sous le titre Symboles [Fondamentaux] de la Science Sacrée ; ou encore La Grande Triade) ;
  • Les études relatives à l'initiation (L'Ésotérisme de Dante, Aperçus sur l'Initiation, Initiation et Réalisation spirituelle, etc.)
  • La critique du monde moderne (Orient et Occident, La Crise du Monde moderne, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, etc.).

Le cloisonnement entre ces quatre axes n'est toutefois pas hermétique, Guénon rappelant que « la diversité des sujets que nous traitons dans nos études n'empêche point l'unité de la conception qui y préside et [que] nous tenons aussi à affirmer expressément cette unité qui pourrait ne pas être aperçue de ceux qui envisagent les choses trop superficiellement. »[82]. Cette « unité de la conception » étant garantie par le rattachement des différents points traités avec les « principes métaphysiques », qui en constituent à la fois le cœur et le sommet[83].

La métaphysique[modifier | modifier le code]

Quelques précisions de vocabulaire[modifier | modifier le code]

C'est dans l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, ouvrage publié en 1921, que René Guénon introduisit les caractères essentiels de la métaphysique, au sens qu'il donnait à ce mot, dont il affirmait n'attacher que peu d'importance à son origine historique[84], origine qui serait purement fortuite selon lui s'il fallait admettre l'opinion, peu vraisemblable à ses yeux, d'après laquelle il aurait servi tout d'abord à désigner ce qui venait « après la physique » dans la collection des œuvres d'Aristote. Pour René Guénon, le sens le plus naturel de ce mot est celui suivant lequel il désigne ce qui est « au-delà de la physique »[85], en entendant par « physique » « comme le faisaient toujours les anciens »[86], l'ensemble de toutes les sciences de la nature, envisagé d'une façon tout à fait générale[87]. C'est avec cette interprétation que René Guénon pose ce terme de métaphysique.

Dans ces conditions, « [...] la métaphysique, ainsi comprise, est essentiellement la connaissance de l'universel, ou si l'on veut, des principes d'ordre universel, auxquels seuls convient d'ailleurs proprement ce nom de principes »[86]. René Guénon précise cependant ne pas vouloir donner une définition précise de la métaphysique « ce qui est rigoureusement impossible », en raison de cette universalité regardée comme le premier de ces caractères. Ne peut être défini que ce qui est limité et la métaphysique est, dans son essence même, « absolument illimitée » ce qui, évidemment, ne permet pas, écrit René Guénon, d'en enfermer la notion dans une formule plus ou moins étroite : « une définition serait [...] d'autant plus inexacte qu'on s'efforcerait de la rendre plus précise. ».

René Guénon utilise, à propos de la métaphysique, le terme de « connaissance », qu'il distingue de celui de « science » : « notre intention, en cela, est de marquer la distinction profonde qu'il faut nécessairement établir entre la métaphysique d'une part et, d'autre part, les diverses sciences au sens propre de ce mot [...] »[88]. Les domaines respectifs de la métaphysique et des sciences sont, écrit-il, profondément séparés, et il en est de même à l'égard de la religion, cette séparation portant surtout sur les points de vue sous lesquels ces choses sont envisagées.

L'Être et le Non-Être[modifier | modifier le code]

Dans Les états multiples de l'être, René Guénon développe les notions d'Infini (qui est désigné, sous son aspect potentiel par le terme de Possibilité universelle), de manifestation universelle (sous un aspect personnel : l'Être) et de non-manifestation (le Non-Être). Le terme de Non-Être ne doit pas être pris dans un sens privatif, comme l'indice d'un manque ou d'une absence, mais au contraire comme signifiant l'au-delà de l'Être[89]. En effet, la manifestation universelle, c'est-à-dire la « Nature » au sens le plus vaste et le plus universel que l'on puisse donner à ce terme, correspond à l'expression de toutes les possibilités susceptibles d'exister, et notre propre monde n'est que l'une d'entre elles. Mais, à côté des possibilités de manifestation, il faut envisager les possibilités de non-manifestation[90], et « si l'on demandait cependant pourquoi toute possibilité ne doit pas se manifester, c'est-à-dire pourquoi il y a à la fois des possibilités de manifestation et de non-manifestation, il suffirait de répondre que le domaine de la manifestation, étant limité par là même qu'il est un ensemble de mondes ou d'états conditionnés [...], ne saurait épuiser la Possibilité universelle dans sa totalité : il laisse en dehors de lui tout l'inconditionné, c'est-à-dire précisément ce qui, métaphysiquement, importe le plus[91]. »

Le Non-Être représente donc l'ensemble des « possibilités de non-manifestation, avec les possibilités de manifestation elles-mêmes en tant qu'elles sont à l'état non-manifesté ; et l'Être lui-même s'y trouve inclus, car, ne pouvant appartenir à la manifestation, puisqu'il en est le principe, il est lui-même non-manifesté[92]. » Guénon prend comme métaphore les rapports du silence et de la parole pour illustrer son propos :

«  Comme le Non-Être, ou le non-manifesté, comprend ou enveloppe l'Être, ou le principe de la manifestation, le silence comporte en lui-même le principe de la parole ; en d'autres termes, de même que l'Unité (l'Être) n'est que le Zéro métaphysique (le Non-Être) affirmé, la parole n'est que le silence exprimé ; mais, inversement, le Zéro métaphysique, tout en étant l'Unité non-affirmée, est aussi quelque chose de plus (et même infiniment plus), et de même le silence, qui en est un aspect au sens que nous venons de préciser, n'est pas seulement la parole non-exprimée, car il faut y laisser subsister en outre ce qui est inexprimable, c'est-à-dire non susceptible de manifestation... Les États multiples de l'être, p. 29) »

Connaissance et réalisation[modifier | modifier le code]

Le but ultime de la connaissance métaphysique n'est donc rien de moindre que la réalisation de cet au-delà de l'Être, « l'état absolument inconditionné, affranchi de toute limitation », que les doctrines hindoues appellent la « Délivrance[93] ». Il s'agit bien d'une réalisation effective, et non pas seulement théorique, puisque toute connaissance véritable « implique une identification du sujet avec l'objet, ou, si l'on préfère considérer le rapport en sens inverse, une assimilation de l'objet par le sujet[94]. »

En l'occurrence, cette connaissance ne peut s'acquérir par le biais de la raison, faculté purement humaine et individuelle qui, n'étant qu'une « connaissance par reflet », ne peut servir que de préparation théorique (mais indispensable) à la compréhension des doctrines traditionnelles dont la connaissance effective ne peut être réalisée que par le moyen de « l'intuition intellectuelle pure », que Guénon appelle aussi « l'intellect transcendant » : au contraire des facultés rationnelles de l'homme, « cet au-delà de la raison est véritablement « non-humain » », il n'est plus une « faculté individuelle » mais est véritablement « d'ordre universel[95] ».

Tradition et transmission[modifier | modifier le code]

L'Initiation[modifier | modifier le code]

L'accession à cet « intellect transcendant », qui seul permet la réalisation spirituelle, est conditionnée au rattachement du postulant à une lignée initiatique traditionnelle : celles-ci sont en effet les dépositaires d'une « influence spirituelle » qu'elles transmettent à l'initié (ce qui constitue la transmission initiatique proprement dite[96], qui est comparable à celle qui est mise en œuvre dans certains rites religieux, par exemple celui de l'ordination des prêtres dans la religion catholique[97]). En l'absence d'une telle transmission, il est impossible « d'arriver à s'affanchir jamais des entraves et des limitations du monde profane[98]. » En effet,

«  [...] les aptitudes ou possibilités incluses dans la nature individuelle ne sont tout d'abord, en elles-mêmes, qu'une matiera prima, c'est-à-dire une pure potentialité, où il n'est rien de développé ou de différencié ; c'est alors l'état chaotique et ténébreux, que le symbolisme initiatique fait précisément correspondre au monde profane, et dans lequel se trouve l'être qui n'est pas encore parvenu à la seconde naissance. Pour que ce chaos puisse commencer à prendre forme et à s'organiser, il faut qu'une vibration initiale lui soit communiquée par les puissances spirituelles, que la Genèse hébraïque désigne comme les Elohim ; cette vibration, c'est le Fiat Lux qui illumine le chaos, et qui est le point de départ nécessaire de tous les développements ultérieurs ; et, au point de vue initiatique, cette illumination est précisément constituée par la transmission de l'influence spirituelle [...] (Aperçus sur l'initiation, pp. 33–34) »

Il faut donc au postulant être rattaché à une organisation authentiquement initiatique et véritablement détentrice de l'influence spirituelle, « ce qui exclut immédiatement toutes les formations pseudo-initiatiques, si nombreuses à notre époque[99] » (par exemple, la « multitude de groupements, d'origine toute récente, qui s'intitulent « rosicruciens », sans avoir jamais eu le moindre contact avec les Rose-Croix, bien entendu, fût-ce par quelque voie indirecte et détournée[99] ».) Une telle organisation ne peut être constituée par la simple volonté de quelques individus : pour être véritablement « traditionnelle », elle doit en effet, au même titre que les religions, être rattachée à un principe supérieur, « non-humain » et « transcendant[100]. » Qui plus est, à ce rattachement « vertical » s'en superpose un autre, « horizontal » et historique, qui relie l'organisation initiatique aux origines de l'humanité :

«  ce à quoi s'applique le nom de tradition, c'est ce qui est en somme, dans son fond même, sinon forcément dans son expression extérieure, resté tel qu'il était à l'origine ; il s'agit donc bien là de quelque chose qui a été transmis, pourrait-on dire, d'un état antérieur de l'humanité à son état présent. (Aperçus sur l'initiation, p. 63) »

De l'initiation virtuelle à l'initiation effective[modifier | modifier le code]

Si le fait d'être intégré dans une organisation traditionnelle constitue l'initiation proprement dite, celle-ci n'est au départ que virtuelle : c'est le travail intérieur de l'initié qui doit « permettre le développement « en acte » des possibilités auxquelles l'initiation virtuelle donne accès[101]. » Ce travail, « effort constant d'assimilation[102] », (qui fait de la voie initiatique une voie « active », que Guénon oppose au mysticisme, qui serait une voie purement « passive[103]. »), et les résultats qui en découlent pour l'initié constituent « l'initiation effective » : « entrer dans la voie, c'est l'initiation virtuelle ; suivre la voie, c'est l'initiation effective[101]. » Le travail initiatique est essentiellement constitué par la « concentration », qui doit tendre vers « l'unification de tous les éléments de l'être dans le travail intérieur, nécessaire pour que s'opère la « descente » de l'influence spirituelle au centre de cet être[104] ». La méditation sur les symboles et la participation aux rites ont pour fonction de faciliter cette concentration et peuvent être comparés « à un cheval à l'aide duquel un homme parviendra plus vite et plus facilement au terme de son voyage, mais sans lequel il pourrait aussi y parvenir[105]. »

Malheureusement, observe Guénon, « beaucoup restent sur le seuil[105] », et ne parviennent jamais au moindre commencement de réalisation spirituelle. Les obstacles qui l'empêchent peuvent venir de l'organisation initiatique auquel l'individu est rattaché, « surtout dans les conditions actuelles du monde occidental » :

«  par suite de la dégénérescence de certaines organisations qui, devenues uniquement spéculatives [...] ne peuvent par là même les [les initiés qui y sont rattachés] aider en aucune façon pour le travail opératif, fût-ce dans ses stades les plus élémentaires, et ne leur fournissent rien qui puisse même leur permettre de soupçonner l'existence d'une réalisation quelconque. (Aperçus sur l'initiation, p. 198) »

Mais les obstacles peuvent également venir de la personne même de l'initié, qui ne possède pas les qualifications requises pour actualiser son initiation : en effet, de même que dans le domaine des « activités profanes », « ce qui est possible à l'un ne l'est pas à l'autre, et que, par exemple, l'exercice de tel ou tel métier, exige certaines aptitudes spéciales, mentales et corporelles à la fois », il faut posséder « les aptitudes requises » pour accéder à la réalisation initiatique[106]. Celles-ci peuvent être variables suivant les organisations initiatiques : chacune d'elles possédant sa « technique particulière »,

«  [...] elle ne pourra naturellement admettre que ceux qui seront capables de s'y conformer et d'en retirer un bénéfice effectif, ce qui suppose, quant aux qualifications, l'application de tout un ensemble de règles spéciales, valables seulement pour l'organisation considérée, et n'excluant aucunement, pour ceux qui seront écartés par là, la possibilité de trouver ailleurs une initiation équivalente, pourvu qu'ils possèdent les qualifications générales qui sont strictement indispensables dans tous les cas. (Aperçus sur l'initiation, p. 99) »

Parmi ces qualifications générales, « la qualification essentielle, celle qui domine toutes les autres, est une question d'« horizon intellectuel » plus ou moins étendu[107]. » Mais il en existe d'autres, qui ont également leur importance, et Guénon mentionne à ce propos la nécessité de ne pas être atteint par certaines infirmités (par exemple, le bégaiement, ou « les dissymétries notables du visage ou des membres[108] ») qui sont « le signe extérieur de défauts correspondants dans les éléments subtils de l'être[109]. »

Le guru, un exemple de maître spirituel authentique selon René Guénon[modifier | modifier le code]

Pour René Guénon le guru est essentiellement le maître par qui le disciple, ou Brahmachâri (« étudiant de la Science sacrée »), se rattache à la Tradition. Il représente dans la société hindoue l’autorité spirituelle et intellectuelle des Brâhmanas. Pour cet auteur « l'attachement profond et indéfectible qui unit le maître à l’élève » dans l’Inde et dans tout l’Orient n’a pas d’équivalent dans l’Occident moderne. Aussi utilise-t-il dans son œuvre le mot de « guru » comme synonyme de « maître spirituel » d’une façon générale dépassant parfois le cadre des doctrines orientales. Le guru, connaissant la nature de l’enseignement spirituel qu’il transmet, va l’adapter aux possibilités intellectuelles des disciples auxquels il est transmis et qui devront faire un constant effort personnel pour l’assimiler effectivement.

Nature de la transmission[modifier | modifier le code]

Cette fonction d’instructeur serait celle d’une « paternité spirituelle », soulignée par le double sens d’ « instructeur » et d’ « ancêtre » contenu dans le mot de guru. La même fonction est tenue, pour Guénon, par le « sheikh » chez les arabes, mot dont le sens propre est aussi celui de « vieillard ». La paternité spirituelle est notamment exprimée par le rite d’initiation entre le maître et le disciple souvent nommé symboliquement « seconde naissance ». Outre l’initiation, la « filiation spirituelle » nécessite un enseignement direct et oral devant remonter de façon régulière et continue, « par la chaine ininterrompue de ses Sages, de ses Gurus … » jusqu’au premier maitre de la lignée spirituelle. Cette transmission orale est nécessaire car ce qui est transmis est essentiellement quelque chose de « vital » et non un simple enseignement théorique. Cela à tel point que d’après lui dans l’Inde « nul disciple ne peut s’asseoir en face du guru, cela afin d’éviter que l’action du prâna[110] qui est lié au souffle et à la voix, en s’exerçant trop directement, ne produise un choc trop violent et qui, par suite, pourrait n’être pas sans danger, psychiquement et même physiquement »[111]. René Guénon remarque dans son livre L'Homme et son devenir selon le Vêdânta que le guru, par son enseignement, ne transmet pas la « Connaissance » aux disciples car par nature celle ci est « strictement personnelle et incommunicable », ce qu’il enseigne et transmet c’est la façon de s‘éveiller à cette « Connaissance ».

Guru humain et « véritable guru »[modifier | modifier le code]

Pour cette raison René Guénon, distingue avec insistance dans ses livres la notion de « guru extérieur », humain et corporel, de celle de « véritable guru » qui se trouve dans le disciple lui-même. Le guru extérieur, celui qui est connu de tous, n’étant là que pour permettre au disciple de trouver au plus profond de son cœur le maitre intérieur qui seul le mènera à la « connaissance réelle »[112]. Ce guru intérieur est en fait Paramashiva identique au « Soi » (Atman). Dans un article dédié au sujet, Sur le rôle du guru, il précisera  : « le guru « humain » n’est en réalité … qu’une représentation extérieure et comme un « substitut » du véritable guru intérieur ». En fait le guru, dans son rôle de maître, ne doit pas être appréhendé comme un individu, mais comme symbolisant la Tradition elle-même « ... ce qui constitue bien exactement ce rôle de « transmetteur ». Si certains êtres exceptionnellement pré-disposés ont pu atteindre une réalisation spirituelle effective sans l'intervention d'un guru extérieur, la nécessité du guru intérieur, elle, ne revêtirait pas d'exception.

Guru et upaguru[modifier | modifier le code]

Pour René Guénon le mot « upaguru » désigne, dans la tradition hindoue, tout être, toute chose ou même circonstance dont la rencontre, l'avènement, peut être l'occasion pour l'élève d'un certain développement spirituel. L'être, si c'est le cas, qui se trouve dans cette situation d'upaguru n'a pas l'obligation d'être conscient de son rôle d'éveilleur, et les upagurus peuvent être multiples au cours d'un même processus spirituel. Leur action est essentiellement transitoire et occasionnel, les mêmes faits ne provoquant pas les mêmes résultats selon le disciple et le moment. Cette remarque laissant comprendre que la cause du progrès spirituel n'est pas l'upaguru lui-même mais la prédisposition de l'individu concerné et l'usage que saura en faire son guru s'il est un vrai maître spirituel. Dans cette mesure les upagurus sont donc des auxiliaires involontaires ou des « prolongements »[113] du guru. Savoir profiter de ces circonstances, les amplifier ou même les provoquer, selon la nature et l'aptitude du disciple, est un des rôles de l'instructeur spirituel.

Comme le guru humain et extérieur, mais à un moindre degré, les upagurus expriment d'une façon transitoire la réalité ultime du Soi (Atman) et donc du « guru intérieur ». Ils seraient les moyens utilisés par celui-ci pour communiquer avec le disciple qui n'est pas encore capable de voir en lui-même le guide ultime. René Guénon illustre l'action des upagurus par l'exemple du vieillard, du malade, du cadavre et du moine rencontrés successivement par le futur Bouddha et qui vont permettre son éveil[114]. Les dêvas cachés derrière ces personnages « n’étant ici que des aspects du Guru intérieur  ».

Une transmission authentique[modifier | modifier le code]

Un enseignement identique pour tous les disciples, ou encore un enseignement uniquement théorique et livresque, sont des critères invalidant la transmission du guru au disciple. C’est là une des critiques récurrentes que fait René Guénon aux enseignements occidentaux modernes. Précisant par exemple dans son ouvrage « Aperçus sur l’initiation » au chapitre « De la transmission initiatique » : « dans la tradition hindoue le mantra qui a été appris autrement que de la bouche d’un guru autorisé est sans aucun effet ».

Remarquant qu'à notre époque le simple rattachement initiatique est beaucoup plus fréquent que la rencontre d'un authentique guru permettant d´accéder à une réalisation spirituelle effective, René Guénon précise les critères permettant de distinguer un véritable instructeur. Ce travail étant rendu nécessaire, d'après lui, car l'époque moderne plus que toute autre voit fleurir un nombre toujours plus grand de faux gurus. Auto-illusionnés, manipulés ou charlatans plus ou moins malveillants, les individus sans qualification usurpant ce titre seraient généralement efficaces car possédant des « facultés psychiques très puissantes et plus ou moins anormales, ce qui évidemment ne prouve rien au point de vue du développement spirituel et est même d’ordinaire un indice plutôt défavorable à cet égard ».

  • « Quiconque se présente comme un instructeur spirituel sans se rattacher à une forme traditionnelle déterminée ou sans se conformer aux règles établies par celles-ci ne peut pas avoir véritablement la qualité qu’il s’attribue ». Valable pour le guru cette obligation l'est aussi pour le disciple  : un maître spirituel prétendant enseigner à un profane non engagé dans la forme traditionnelle qu'il représente se disqualifierait par le fait. Par exemple un guru hindou ne peut être efficace dans ses résultats que s'il respecte sans réserve les obligations et les rites de sa « religion » et s'il enseigne à un disciple lui-même intimement engagé de la même façon. Un guru sans son cadre religieux strict ne pourrait ainsi être qu'un imposteur et un disciple qui ne vénérerait pas avec rigueur le(s) dieu(x) de la forme traditionnelle considérée serait dupé. René Guénon relève que cette caractéristique permet de reconnaitre facilement la plupart des faux gurus, éliminant aussi ceux se rattachant à des « pseudo-initiations » récentes, ou à des formes traditionnelles aujourd'hui éteintes. Les « guides spirituels » qui fuyant le caractère pompeux de certaines cérémonies dénigrent aussi toute forme de rituel, pourtant nécessaire à la transmission des influences spirituelles, sont dénoncés dans un article intitulé « Rites et cérémonies ».
  • Les faux gurus « ont généralement, en commun ... l’habitude de manifester leurs « pouvoirs » psychiques à tout propos et sans aucune raison valable ». Ils ont aussi la prétention de vouloir développer, pour quelques raisons que ce soit, ces pouvoirs psychiques chez leurs disciples [115]. Il en serait de même pour les prétendus « pouvoirs » magiques[116].

Petits mystères et grands mystères[modifier | modifier le code]

La voie initiatique telle que la décrit Guénon peut se diviser en deux grandes étapes, qui sont parfois considérées, selon lui à tort, comme deux types d'initiation différents : « l'initiation royale » et « l'initiation sacerdotale », encore appelés, par référence aux doctrines antiques, les « Petits mystères » et les « Grands mystères[117] ». En réalité, explique Guénon, ces deux voies sont complémentaires, la première étant subordonnée à la seconde.

Les Petits mystères, auxquels appartiennent les « sciences traditionnelles » (par exemple, l'alchimie ou l'astrologie) ont pour but de rétablir l'individu dans « l'état primordial », l'état qui était celui de l'humanité aux origines et que Guénon, s'appuyant sur l'œuvre de Dante, rapproche du « Paradis terrestre[118] ». Celui qui a atteint ce stade atteint ainsi « la plénitude de l'état humain[119] », qui est en même temps le « centre » de cet état[120].

Ce n'est qu'une fois parvenu à ce centre qu'il peut « communiquer directement avec les états supérieurs de l'être[121] » et accéder ainsi aux états supra-individuels qui, seuls, « ont pour domaine la connaissance métaphysique pure[122] » et peuvent être véritablement qualifiés de « spirituels ». À la fin de son cheminement, l'initié, libéré de toutes les contingences, réalise ce que l'ésotérisme islamique nomme « l'Identité Suprême », qui pour Dante est « le Paradis céleste », et qu'il devient ainsi « l'Homme Universel[123] ».

Ésotérisme et exotérisme[modifier | modifier le code]

L'Écorce et le noyau[modifier | modifier le code]

Reprenant la distinction « qui existait, dans certaines écoles philosophiques de la Grèce antique, sinon dans toutes [...] entre deux aspects d'une même doctrine, l'un plus extérieur et l'autre plus intérieur[124] », Guénon définit les domaines respectifs de l'exotérisme et de l'ésotérisme : le premier, accessible au plus grand nombre, constitue, d'après une métaphore utilisée par Ibn Arabi, l'« écorce » de la doctrine, tandis que le second en est le « noyau » et est réservé à une « élite », seule apte à en tirer véritablement profit[125].

Cette distinction entre ésotérisme et exotérisme, si elle se rencontre dans la plupart des traditions orthodoxes, n'est pas pour autant universelle : les doctrines hindoues, par exemple les Upanishads, ne connaissent pas cette distinction, celles-ci étant purement métaphysiques (et donc ésotériques) sans que l'on puisse y déceler quoi que ce soit qui tiendrait lieu d'exotérisme[126]. En revanche, la tradition islamique est « peut-être celle où est marquée le plus nettement la distinction de [...] l'exotérisme et de l'ésotérisme[127] », la voie exotérique, « commune à tous », étant figurée par la shariyah, tandis que la « vérité » intérieure, réservée à l'élite (les mutaçawwuf, que l'on désigne généralement, à tort selon Guénon, sous le nom de « soufis »[128]), est appelée haqîqah. Cet ésotérisme « n'est point quelque chose de « surajouté » à la doctrine islamique, quelque chose qui serait venu s'y adjoindre après coup et du dehors », mais « en est au contraire une partie essentielle puisque, sans lui, elle serait manifestement incomplète, et même incomplète par en haut, c'est-à-dire quant à son principe même[129] ».

Ce cœur de la doctrine est en même temps ce qui est commun à toutes les traditions spirituelles authentiques, « le fond qui demeure toujours rigoureusement identique à lui-même[130] », alors que l'exotérisme, qui constitue la forme « dans [laquelle] cette doctrine est en quelque sorte incorporée[130] », est susceptible d'adaptations diverses suivant les lieux et les époques, donnant à ceux qui se tiennent à la surface des choses l'impression de se trouver face à des traditions différentes, voire antagonistes[131]

L'ésotérisme, en tant qu'il constitue le fond de vérité commun à toutes les traditions spirituelles authentiques de l'humanité, est donc hiérarchiquement supérieur à l'exotérisme. Il ne s'ensuit pourtant pas que l'initié, qui a accès au domaine ésotérique d'une tradition donnée, puisse se dispenser de la pratique de l'exotérisme correspondant, ne serait-ce que parce que « le « plus » doit forcément comprendre le « moins »[132] » et que c'est par l'exotérisme que l'on accède à l'ésotérisme :

«  [...] là où l'exotérisme et l'ésotérisme sont liés directement dans la constitution d'une forme traditionnelle, de façon à n'être en quelque sorte que comme les deux faces extérieure et intérieure d'une seule et même chose, il est immédiatement compréhensible pour chacun qu'il faut d'abord adhérer à l'extérieur pour pouvoir ensuite pénétrer à l'intérieur, et qu'il ne saurait y avoir d'autre voie que celle-là. (Initiation et réalisation spirituelle, p. 73) »

Catholicisme et franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

En Occident, l'exotérisme a revêtu une forme religieuse : celle du christianisme, et plus précisément du catholicisme, qui d'après Guénon est la seule organisation exotérique authentiquement traditionnelle, à l'exclusion donc du protestantisme[133]. Néanmoins, les représentants de la tradition catholique lui semblent avoir perdu de vue sa signification profonde :

«  il est assez douteux que le sens profond en soit encore compris effectivement, même par une élite peu nombreuse, dont l'existence se manifesterait sans doute par une action ou plutôt par une influence que, en fait, nous ne constatons nulle part. (La Crise du monde moderne, p. 115) »

Qui plus est, l'Occident a depuis longtemps rompu avec l'organisation sociale traditionnelle dont la religion catholique était la clé de voûte :

«  La date précise de cette rupture est marquée dans l'histoire extérieure de l'Europe, par la conclusion des traités de Westphalie, qui mirent fin à ce qui subsistait encore de la « Chrétienté » médiévale pour y substituer une organisation purement « politique », au sens moderne et profane de ce mot. (Aperçus sur l'initiation, p. 243, note 3) »

À cet affaiblissement de « l'esprit traditionnel » dans le catholicisme, où il n'est plus conservé qu'à « l'état latent[134] » correspond la disparition quasi totale des organisations authentiquement initiatiques en Occident, avec d'une part, la destruction de l'Ordre du Temple, et d'autre part le départ pour l'Orient des véritables Rose-Croix[135]. Ceux-ci étaient en réalité les initiés à l'ésotérisme chrétien qui, « d'accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique [s'étaient réorganisés] pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été rompu par cette destruction[136]. » Si l'on excepte quelques groupes très restreints et très fermés qui peuvent subsister encore, l'occidental moderne qui voudrait accéder à l'initiation, si toutefois il ne se tourne pas vers les traditions orientales, n'a pas d'autre choix que d'accéder à la seule organisation initiatique encore en activité en Occident : la franc-maçonnerie.

L'équerre et le compas, symboles maçonniques étudiés par René Guénon dans La Grande Triade

Celle-ci est néanmoins considérée par Guénon comme étant une « dégénérescence[137] » de la Franc-maçonnerie originelle, qui n'était pas seulement « spéculative », mais également « opérative. » Guénon conteste en effet l'opinion selon laquelle « les Maçons « opératifs » étaient exclusivement des hommes de métier », qui peu à peu « « acceptèrent » parmi eux, à titre honorifique en quelque sorte, des personnes étrangères à l'art de bâtir[138]», ce qui aurait marqué le passage d'une Maçonnerie opérative à une Maçonnerie spéculative. Loin d'être un progrès, explique-t-il, il s'agit d'un amoindrissement qui « consiste dans la négligence et l'oubli de tout ce qui est « réalisation », car c'est là ce qui est véritablement « opératif », pour ne plus laisser subsister qu'une vue purement théorique de l'initiation[139]. »

Les conséquences de cet amoindrissement sont l'impossibilité pour l'initié de passer de l'initiation virtuelle à l'initiation effective :

«  [...] la transmission initiatique subsiste bien toujours, puisque la « chaîne » traditionnelle n'a pas été interrompue ; mais, au lieu de la possibilité d'une initiation effective toutes les fois que quelque défaut individuel ne vient pas y faire obstacle, on n'a plus qu'une initiation virtuelle, et condamnée à demeurer telle par la force même des choses, puisque la limitation « spéculative » signifie proprement que ce stade ne peut plus être dépassé, tout ce qui va plus loin étant de l'ordre « opératif »«  » par définition même. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les rites n'aient plus d'effet en pareil cas, car ils demeurent toujours, et même si ceux qui les accomplissent n'en sont plus conscients, le véhicule de l'influence spirituelle ; mais cet effet est pour ainsi dire « différé » quant à son développement « en acte », et il n'est que comme un germe auquel manquent les conditions nécessaires à son éclosion, ces conditions résidant dans le travail « opératif » par lequel seul l'initiation peut être rendue effective. (Aperçus sur l'initiation, p. 95–196) »

Cette dégénérescence n'est toutefois pas inéluctable, puisque la « nature essentielle » de l'organisation reste la même tant que la « continuité de la transmission » initiatique est assurée : une restauration est toujours possible, « cette restauration devant alors nécessairement être conçue comme un retour à l'état « opératif »[140]. »

Le Pseudo-ésotérisme contemporain[modifier | modifier le code]

Quoi qu'il en soit de l'état actuel de la franc-maçonnerie, Guénon refuse de la mettre sur le même plan que les organisations « pseudo-initiatiques » qui, n'étant rattachées à aucune « chaîne » authentique, ne sont pas même aptes à transmettre une initiation virtuelle[141] : il en est ainsi des divers courants occultistes, de la « théosophie » anglo-saxonne contemporaine ou encore de tous les mouvements qui prétendent se rattacher au courant rosicrucien : le point commun entre toutes ces organisations est qu'elles ne bénéficient d'aucun rattachement réel à une tradition spirituelle régulière[142] et qu'elles ont une tendance marquée au « syncrétisme », c'est-à-dire à juxtaposer de l'extérieur « des notions fragmentaires empruntées à différentes formes traditionnelles, et généralement mal comprises et plus ou moins déformées[143] [...] mêlées à des conceptions appartenant à la philosophie et à la science profane[144] ».

René Guénon, qui utilise aussi dans ses exposés des exemples tirés de différentes traditions (Hindouisme, Islam et Taoïsme principalement) tenait à bien marquer la différence fondamentale qui existe entre la « synthèse » à laquelle il se livrait, et le « syncrétisme » qu'il attribuait aux organisations « pseudo-initiatiques » :

«  Tout ce qui est réellement inspiré de la connaissance traditionnelle procède toujours « de l'intérieur » et non « de l'extérieur » ; quiconque a conscience de l'unité essentielle de toutes les traditions peut, pour exposer et interpréter la doctrine, faire appel, suivant les cas, à des moyens d'expression provenant de formes traditionnelles diverses, s'il estime qu'il y a là avantage ; mais il n'y aura jamais là rien qui puisse être assimilé de près ou de loin à un syncrétisme quelconque... (Aperçus sur l'initiation, p. 47) »

Qui plus est, selon Guénon, ces organisations se proposent généralement de développer des « pouvoirs psychiques » latents chez l'homme ordinaire. Or, ces pouvoirs (dont la réalité n'est pas niée), en tant qu'ils appartiennent au domaine « psychique », restent par là-même individuels, et n'ont rien à voir avec la véritable spiritualité, qui dans son essence est supra-individuelle. Qui plus est, la recherche de ces pouvoirs n'est pas sans présenter des dangers de toutes sortes :

«  [...] soit quant aux troubles psychiques et même physiologiques qui sont l'accompagnement habituel de ces sortes de choses, soit quant aux conséquences plus éloignées, encore plus graves, d'un développement désordonné de possibilités inférieures qui [...] va directement au rebours de la spiritualité. (Aperçus sur l'initiation, p. 149) »

Guénon est revenu à plusieurs reprises sur « l'expansion de ces théories diverses qui ont vu le jour depuis moins d'un siècle, et que l'on peut désigner, d'une façon générale, sous le nom de « néo-spiritualisme »[145] », en lesquelles il voyait un symptôme inquiétant de la « crise du monde moderne ».

Le symbolisme[modifier | modifier le code]

S'il est aujourd'hui admis en Occident que le symbole est bien plus qu'un simple code, un sens artificiellement donné, et qu'« il détient un essentiel et spontané pouvoir de retentissement »[146], pour René Guénon ce « retentissement » dépasse immensément le domaine psychique : le symbolisme est « la langue Métaphysique par excellence »[147], capable de mettre en relation tous les degrés de la manifestation universelle, ainsi que toutes les composantes de l'Être, et le symbolisme est le moyen dont dispose l'homme pour « assentir » à des ordres de réalité qui échappent, par leur nature même, à toute description par le langage ordinaire. Cette compréhension de la nature profonde du symbolisme, René Guénon dit que l'Orient, par son élite intellectuelle, ne l'a jamais perdue[148], qu'elle est inhérente à la transmission initiatique qui, selon lui, donne les véritables clés à l'homme pour lui permettre de pénétrer le sens profond des symboles : de ce point de vue, la méditation sur des symboles (visuels ou sonores, yantras, mantras ou dhikr, répétition des Noms Divins) fait partie intégrante de l'initiation et du processus de réalisation spirituelle[149].

Symbolisme et analogie[modifier | modifier le code]

Le Labarum, un symbole fondé sur la figure du chrisme

Pour René Guénon l'art est avant toute chose connaissance et compréhension, plutôt qu'affaire de sensibilité[150]. De même, le symbolisme possède une indéfinité conceptuelle qui n'est « point exclusive d'une rigueur toute mathématique »[151] : le symbolisme est avant tout une science, et il est fondé, de la façon la plus générale sur « les correspondances qui existent entre les différents ordres de réalité »[152]. Et, en particulier, l'analogie elle-même, entendue suivant la formule hermétique du « rapport de ce qui est en bas avec ce qui est en haut », est susceptible d'être symbolisée : il existe des symboles de l'analogie (mais tout symbole n'est pas nécessairement l'expression d'une analogie, car il y a des correspondances qui ne sont pas analogiques). Le rapport analogique implique essentiellement la considération du « sens inverse de ses deux termes », et les symboles de l'analogie, qui sont généralement construits sur la considération primitive de la roue à six rayons, appelée chrisme dans l'iconographie chrétienne, inscrivent clairement, selon René Guénon, la considération de ce « sens inverse » : dans le symbole du « sceau de Salomon » les deux triangles opposés représentent deux ternaires dont l'un est « comme le reflet ou l'image inversée de l'autre »[153] et « c'est en cela que ce symbole est une figuration exacte de l'analogie »[154]. Cette considération du « sens inverse » permet à René Guénon de proposer une explication à certaines figurations artistiques, telle celle rapportée par Ananda Coomaraswamy dans son étude The inverted tree : certaines images de l'« Arbre du Monde », un symbole de la Manifestation universelle, le représentent avec les racines en haut et les branches en bas : les positions correspondantes de l'arbre correspondent à deux points de vue complémentaires suivant lesquels on peut se placer : celui de la manifestation ou celui du Principe. Cette considération du « sens inverse » est l'un des éléments de cette « science du symbolisme » à laquelle se réfère René Guénon, et elle est utilisée par lui en de nombreuses occasions. Ainsi, dans son ouvrage La Grande Triade, consacré principalement à l'explication de certains symboles de la tradition extrême-orientale, les symboles généraux du « Ciel » et de la « Terre » sont mis en relation, du point de vue du développement cyclique, avec la sphère et le cube, avec pour point de rencontre la « ligne d'horizon », car c'est « à leur périphérie, ou à leurs confins les plus éloignés, c'est-à-dire l'horizon, que le Ciel et la Terre se joignent suivant les apparences sensibles »[155] ; la considération du « sens inverse » apparaît ici dans la réalité symbolisée par ces apparences car, « suivant cette réalité, ils s'unissent au contraire par le centre »[156]. De là vient, selon René Guénon, l'explication du symbolisme de la « face ventrale » que le Ciel présente au « Cosmos », et la Terre présente une face « dorsale ». Ce symbolisme explique ainsi la forme des monnaies chinoises, qui sont percées en leur centre par un carré. De même, parmi les symboles de l'Anima Mundi, l'un des plus usuels est le serpent, qui est souvent figuré sous la forme circulaire de l'Ouroboros : « cette forme convient en effet au principe animique en tant qu'il est du côté de l'essence par rapport au monde corporel ; mais [...] il est au contraire du côté de la substance par rapport au monde spirituel, de sorte que, suivant le point de vue où on l'envisage, il peut prendre les attributs de l'essence ou ceux de la substance, ce qui lui donne pour ainsi dire l'apparence d'une double nature »[157].

Le serpent circulaire de l'Ouroboros est un symbole de l'Anima Mundi. On remarquera les deux couleurs associées aux faces dorsale et ventrale du serpent. Dessin signé Theodoros Pelecanos, daté de 1478, en provenance d'un traité d'alchimie intitulé Synosius.

Symbolisme et unité des formes traditionnelles[modifier | modifier le code]

L'importance du symbolisme dans les ouvrages de René Guénon provient de ce que le symbolisme étant, selon ses propres mots, la « langue métaphysique par excellence », il est peut être utilisé pour mettre en relation des concepts ayant des formulations distinctes dans des traditions différentes. Le symbolisme est ainsi utilisé par René Guénon dans « La Grande Triade » pour relier l'« opération du Saint-Esprit », dans la génération du Christ, à l'activité « non-agissante » de Purusha ou du « Ciel », et Prakriti à la Substance Universelle et à la Vierge, le Christ devenant ainsi identique, selon ce symbolisme à l'« Homme Universel ». Son livre Le Symbolisme de la Croix met également en relation le symbole de la Croix avec les données de l'ésotérisme islamique.

Symbolisme et tradition primordiale[modifier | modifier le code]

En Orient, écrivait René Guénon, le symbolisme est avant tout une connaissance. Il consacre donc un nombre important d'articles à une exposition traditionnelle des symboles. La plupart de ces articles ont été réunis par Michel Vâlsan dans l'ouvrage posthume « Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée », qui propose, en une synthèse remarquable, des clés permettant d'interpréter un nombre considérable de symboles, en particulier préhistoriques : les symboles du Centre du Monde, les bétyles, les symboles axiaux, du cœur, de la manifestation cyclique etc. Pour René Guénon, l'existence de symboles identiques à différentes formes traditionnelles, éloignées dans le temps ou l'espace, serait un indice sur une origine historique remontant à la « tradition primordiale ».

Symboles, mythes et rites[modifier | modifier le code]

Dans les Aperçus sur l'initiation, René Guénon propose d'autre part des relations entre le rite et le symbole « qui sont, l'un et l'autre, des éléments essentiels de toute initiation »[158].

La distinction qu'on a voulu parfois établir entre « mythes » et « symboles » serait infondée en réalité. Les deux sont essentiellement fondés sur les rapports, analogiques ou autres, entre une idée qu'il s'agit d'exprimer et sa représentation, qu'elle soit graphique, sonore ou autre : « une réalité d'un certain ordre peut être représentée par une réalité d'un autre ordre, et celle-ci est alors un symbole de celle-là »[159]. Cela le conduit à préciser la signification du mot « mythes » : en grec ancien, muthos, « mythe » vient de la racine mu et celle-ci représente la bouche fermée, et donc le silence ; muein veut dire fermer la bouche, se taire, et, par extension, fermer les yeux. De l'infinitif muein dérive muô, puis muaô, mueô et mullô, murmurer ; or mueô signifiait également initier aux « mystères », et ce dernier mot provenait aussi également de la même racine. Selon René Guénon, cette idée de « silence » doit être rapportée aux choses qui, en raison de leur nature même, sont inexprimables en langage ordinaire ; et c'est là, toujours selon lui, que se retrouve cette idée essentielle du symbolisme : faire assentir ce qui est inexprimable, ce qui serait « précisément la destination première des mythes »[160].

Les tentatives de subversion de la tradition dans le monde moderne[modifier | modifier le code]

Lois générales du développement cyclique[modifier | modifier le code]

René Guénon expose, dans plusieurs de ses ouvrages et articles, ce qu'il appelle la « dégénérescence spirituelle de l'Occident », et il en propose une explication d'une part en la situant dans un processus cyclique général et naturel « d'éloignement des principes » propre au déroulement du manvantara, lequel s'applique à l'ensemble du monde humain sans distinction, et d'autre part à l'intervention spécifique d'influences, dont il précise la nature, destinées à favoriser une « action de dissolution » dans ce même milieu humain et qui, pour des raisons historiques circonstancielles se manifestèrent d'abord en Occident durant les deux derniers cycles du présent manvantara. (La crise du monde moderne, Orient et Occident, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Le règne de la quantité et les signes des temps, Initiation et contre-initiation, Les contrefaçons de l'idée traditionnelle, Le Sanglier et L'Ourse etc.).

C'est dans Autorité spirituelle et pouvoir temporel qu'il introduit les « fonctions du sacerdoce et de la royauté », et les pouvoirs respectifs que ces deux fonctions impliquent, reliés par lui d'une façon générale respectivement à « la connaissance » et à « l'action ». Ces deux pouvoirs apparaissent parfois en opposition « à peu près chez tous les peuples » car cette opposition « correspond à une loi générale de l'histoire humaine, se rattachant d'ailleurs à tout l'ensemble de ces « lois cycliques » auxquelles [...] nous avons fait de fréquentes allusions »[161]. En particulier, cette opposition n'est pas propre à l'Occident, et elle se serait manifestée par exemple en Inde, notamment dans les cycles antérieurs au présent Kali-Yuga, sous la forme de la révolte des kshatriyas contre les brahmanes et « à laquelle mit fin Parashu-Rama »[162], c'est-à-dire le sixième avatara de Vishnu, donc à une époque antérieure au début du présent Kali-Yuga selon la chronologie hindoue, telle qu'elle est exprimée, entre autres, dans les puranas.

Mais, dans le chapitre « La révolte des Kshatriyas » de son livre « Autorité spirituelle et pouvoir temporel », René Guénon écrit :

«  Chez presque tous les peuples, à des époques diverses, et de plus en plus fréquemment à mesure qu'on s'approche de notre temps, les détenteurs du pouvoir temporel tentèrent (..) de se rendre indépendants de toute autorité supérieure, prétendant ne tenir leur propre pouvoir que d'eux-mêmes (...) »

Cette révolte, écrit René Guénon, se manifeste par une impossibilité de connaître toutes les implications de la pure transcendance, connaissance propre à l'autorité spirituelle, et marque en particulier la naissance de tendances naturalistes à des degrés divers, par l'impossibilité de reconnaître des principes supérieurs aux lois naturelles de la manifestation[163]. Cela donne naissance à une doctrine déviée et à une attitude « qui, bien que condamnable au regard de la vérité, n'est pas dépourvue encore d'une certaine grandeur »[164] et[165] :

«  qui pourrait être caractérisée assez exactement par la désignation de « luciférianisme », qui ne doit pas être confondu avec le « satanisme », bien qu'il y ait sans doute entre l'un et l'autre une certaine connexion : le « luciférianisme » est le refus de reconnaissance d'une autorité supérieure ; le « satanisme » est le renversement des rapports normaux et de l'ordre hiérarchique ; et celui-ci est souvent une conséquence de celui-là, comme Lucifer est devenu Satan après sa chute. »

En Occident, la naissance à proprement parler de ce que René Guénon appelle « la déviation moderne » se manifeste précisément par l'évènement historique de la « destruction de l'Ordre du Temple »[165] en 1314, « point de départ de l'époque moderne », qui entrainera, en raison de l'importance de l'Ordre dans la géographie initiatique de l'Occident, une réorganisation complète et plus « cachée » des organisations initiatiques occidentales, en relation étroite avec les organisations initiatiques islamiques[166], et « les vrais Rose-croix furent proprement les inspirateurs de cette réorganisation »[167]. Mais il arriva un moment « où, par suite d'autres évènements historiques, le lien traditionnel (...) fut définitivement rompu pour le monde occidental, ce qui se produisit au cours du XVIIe siècle. »[165].

Le « néospiritualisme » contemporain[modifier | modifier le code]

René Guénon étudie plus particulièrement certains aspects de ce qu'il désigne sous le terme d'« action anti-traditionnelle » aux XIXe siècle et XXe siècle, dans ses ouvrages : Le théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, L'erreur spirite, Le règne de la quantité et les signes des temps, dans ses articles ainsi que dans ses compte-rendus d'ouvrages. Il examine en particulier le « théosophisme », mot qu'il introduisit pour le différencier de certains courants ésotériques chrétiens désignés habituellement par le nom de « théosophie ».

Dans « Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion », René Guénon propose une histoire du mouvement créé par H. P. Blavatsky, et en particulier il s'intéressa au rôle et à l'intervention que jouèrent dans celui-ci, des organisations qui sont décrites plus précisément, dans « Le règne de la quantité et les signes des temps », comme relevant de ce qu'il appellera la « pseudo-initiation » ; en particulier, des organisations « pseudo-rosicruciennes » et ne détenant, selon René Guénon, aucune filiation authentique avec les vrais Rose-croix : la Societas Rosicruciana in Anglia fondée en 1867 par Robert Wentworth Little, l'« Ordre de la Rose-Croix ésotérique » du Dr. Franz Hartmann, etc. Il étudia également le rôle joué par « la question des « Mahâtmas », qui tient une place considérable dans l'histoire de la Société Théosophique [...] En effet, cette question est plus complexe qu'on ne le pense d'ordinaire ». Il dénonce le caractère syncrétique du théosophisme, sa connexion avec la théorie de l'évolution dans « La doctrine secrète » (le principal ouvrage de Madame Blavastky), le rôle et les relations qu'entretint la Société théosophique avec une multitude d'organisations « pseudo-initiatiques » : entre autres, l'O.T.O. fondé en 1895 par Carl Kellner et propagé à partir de 1905 par Theodor Reuss, la Golden Dawn, à laquelle appartiendra un nombre important de figures du « néo-spiritualisme » anglo-saxon du début du XXe siècle etc. ; quelques fois il y aura, écrit René Guénon, une connivence avec une action politique liée à « l'impérialisme britannique » et au missionarisme protestant anglo-saxon. En Inde en particulier, il dénonce les connexions marquées avec le théosophisme d'organisations créées au XIXe siècle telles l'Arya Samaj. Il étudie également le rôle d'Annie Besant, qui succéda à H. P. Blavatsky à la tête de l'organisation après la mort de celle-ci, dans l'affaire Krishnamurti. René Guénon conclut que le théosophisme ne peut se revendiquer d'aucune organisation spirituelle orientale authentique, contrairement à ses prétentions, et qu'en particulier ce que celui-ci appelle « La Grande Loge Blanche » n'est « qu'une grossière parodie d'un centre initiatique », et qu'il ne s'agit que d'une production du néo-spiritualisme moderne d'origine purement occidentale. Dans l'article « F.-Ch. Barlet et les sociétés initiatiques » (F.-Ch. Barlet était une figure connue du milieu occultiste parisien de la fin du XIXe siècle), article paru initialement en 1925 dans le Voile d'Isis, René Guénon reproduit le sentiment qu'avait Peter Davidson à l'égard de la Société théosophique, et qu'il met en relation avec le départ de F.-Ch. Barlet de cette même société pour rejoindre une autre organisation d'un caractère plus secret, et dont René Guénon parlera également : la H.B. of L. ou Hermetic Brotherhood of Luxor.

Ce sont précisément certains membres du « cercle intérieur » de la H.B. of L., auquel appartenait Emma Hardinge-Britten, qui auraient produit les phénomènes ayant donné naissance au spiritisme[168] c'est-à-dire un autre courant « anti-traditionnel » né en 1848. René Guénon part pour appuyer cette affirmation de déclarations d'Emma Hardinge-Britten elle-même et qui seront confirmées bien plus tard, en 1985, par la publication aux éditions Archè des documents de la H.B. of L.. Cette dernière organisation aurait reçu en partie, selon René Guénon, l'héritage d'autres sociétés secrètes, dont la « Fraternité d'Eulis » à laquelle appartenait Paschal Beverly Randolph, personnage désigné par René Guénon comme « fort énigmatique »[165] et qui se suicidera en 1875.

René Guénon s'attache à démonter tous les aspects du spiritisme, notamment la théorie de la réincarnation, dont les fondements sont faux parce que, dit-il, impliquant « une limitation de la possibilité universelle »[169] comparable à la théorie nietzschéenne de l'« éternel retour ». Autrement dit, il n'y a jamais de répétition dans la manifestation universelle, et un être ne repasse jamais deux fois par le même état. René Guénon distingue la théorie de la réincarnation de la « métempsycose » des Anciens, il s'oppose à la possibilité de « communiquer avec les morts », propose une explication des phénomènes totalement indépendante du spiritisme, étudie les liens de celui-ci avec l'occultisme français (mot introduit par Alphonse-Louis Constant alias Éliphas Lévi), et dénonce les dangers du spiritisme.

René Guénon décrivit également la « confusion du psychique et du spirituel »[170], et en particulier l'interprétation psychanalytique des symboles, notamment dans la branche jungienne de celle-ci, qu'il condamna avec la plus grande fermeté en y voyant les prémisses d'une interprétation inversée - ou en tous cas déformée - des symboles[171]. Cet aspect de la question est repris dans certaines études[172] et en particulier dans un livre de Richard Noll paru en 1999[173] qui parle incidemment (p. 280) du rôle joué par la Société théosophique chez Carl Gustav Jung[174].

Contre-initiation et subversion[modifier | modifier le code]

Enfin, René Guénon décrit succinctement dans quel sens on peut identifier une « source » aux influences de dissolution qui devront s'exercer au maximum dans le milieu humain avant l'apparition d'un nouveau cycle. Cette « source », qu'il décrit comme « la plus redoutable de toutes les possibilités incluses dans la manifestation cyclique » et qu'il relie à la nomenclature coranique des « awliyâ esh-Shaytân » (litt. « saints de Satan »), expliquée notamment par Mohyddin Ibn Arabi, réfère à l'existence d'une contre-hiérarchie « opposée apparemment » à la véritable hiérarchie spirituelle. Cette question est abordée à la fin du « Règne de la quantité et des signes des temps » ainsi que dans d'autres articles et comptes-rendus ; René Guénon introduit le terme de « contre-initiation » pour la décrire. Cette « fausse spiritualité » devra s'exprimer, selon René Guénon, jusque dans le domaine social par la constitution d'un « contre-ordre » opposé à ce que la haute maçonnerie écossaise désigne sous le nom de « Sanctum Regnum » et dont la devise est « Ordo ab Chao ». Il identifia, dans certains courants souterrains manifestés à partir du XVIIe siècle et poursuivis tout au long des XIXe siècle et XXe siècle, les prémisses de cette phase ultime de dissolution.

La Réception de l'œuvre de René Guénon[modifier | modifier le code]

Continuateurs et exégètes[modifier | modifier le code]

La « Boussole infaillible » et la « cuirasse impénétrable »[modifier | modifier le code]

René Guénon avait écrit dans Orient et Occident, que la doctrine traditionnelle pouvait être qualifiée de « boussole infaillible » et de « cuirasse impénétrable ». Ces qualificatifs seront repris, à propos de son œuvre, par Michel Vâlsan, dans le numéro spécial des Études traditionnelles paru en novembre 1951 à l'occasion de la mort de Guénon ; dans son article intitulé « La fonction de René Guénon et le sort de l'Occident. », il indiquait que, selon lui, ces qualitatifs pouvaient s'appliquer à l'œuvre de Guénon elle-même dans la mesure où celle-ci représentait fidèlement la doctrine traditionnelle.

Devenu à partir de 1960 directeur des Études traditionnelles, Michel Vâlsan contribuera à développer le thème d'une fonction providentielle de l'œuvre guénonienne, parallèlement à la publication d'articles consacrés essentiellement à l'approfondissement des doctrines du tasawwuf telles qu'elles sont présentées dans l'œuvre d'Ibn Arabî. Il invitera les chercheurs à travailler à partir de l'œuvre plutôt que sur l'œuvre[175].

Cette direction sera poursuivie par Charles-André Gilis qui, dans le premier chapitre de son ouvrage Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon précise :

«  L'enseignement de René Guénon est l'expression particulière, révélée à l'Occident contemporain, d'une doctrine métaphysique et initiatique qui est celle de la Vérité unique et universelle. Il est inséparable d'une fonction sacrée, d'origine supra-individuelle, que Michel Vâlsan a définie comme un « rappel suprême » des vérités détenues, de nos jours encore, par l'Orient immuable, et comme une « convocation » ultime comportant, pour le monde occidental, un avertissement et une promesse ainsi que l'annonce de son « jugement ». »

Pour Charles-André Gilis, cette façon de comprendre l'œuvre guénonnienne est « généralement méconnue ou négligée dans les présentations qui en sont données »[176], en particulier par celles de R. Amadou ou J.-P. Laurant. René Guénon avait par ailleurs écrit : « Nous n'avons point à informer le public de nos « sources » et [...] d'ailleurs celles-ci ne comportent point de « références » » (réponse à un article qui lui était consacré dans la revue Les Études de juillet 1932 et reprise dans le recueil « Comptes Rendus », p. 130), ce qui conduit certains exégètes, dont Luc Benoist, à mettre en doute l'utilisation de méthodes de critique historique appliquées à l'œuvre de René Guénon[177].

Jean-Pierre Laurant, dans son approche critique des écrits de René Guénon, utilisera cependant ces méthodes qui font usage des sources historiques pour expliquer l'œuvre.

Les Catholiques guénoniens[modifier | modifier le code]

Mircea Eliade pensait que la plupart des continuateurs de l'œuvre de Guénon sont des convertis à l'Islam ou se livrent à l'étude de la tradition indo-tibétaine[178]. Ils ont été moins nombreux en revanche à tenter de concilier l'étude de l'œuvre guénonienne et la pratique du Christianisme, notamment en raison des réserves importantes exprimées par les milieux catholiques sur cette œuvre, déjà du vivant de Guénon (Jacques Maritain qui écrivit que « l'hyperintellectualisation ésotérique [de la Connaissance] n'est qu'un spécieux mirage [qui] mène la raison à l'absurde, l'âme à la seconde mort[179] »), mais également après sa mort, qu'il s'agisse des catholiques « intégristes » ou progressistes[180].

Quelques tentatives ont été faites pourtant, à l'intérieur même de l'Église catholique, pour concilier le Christianisme et la « doctrine traditionnelle » : on peut citer notamment un ouvrage intitulé Doctrine de la non-dualité (Advaita-vada) et Christianisme[181] et publié en 1982 « avec la permission des supérieurs » par un « moine d'Occident » anonyme, qui représente une tentative de conciliation entre le Vêdânta (en reprenant les analyses de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, publié par Guénon en 1925) et la théologie chrétienne.

Mais l'on retiendra surtout les travaux de l'abbé Henri Stéphane qui, ayant découvert les ouvrages de Guénon semble-t-il en 1942[182], écrivit de nombreux textes recueillis en deux volumes publiés sous le titre très guénonien de : Aperçus sur l'ésotérisme chrétien[183].

Le cas de l'abbé Stéphane reste néanmoins isolé, comme le fut celui-ci, qui n'exerça officiellement aucun ministère, si ce n'est, après le Concile Vatican II, mais « de façon presque clandestine », à destination d'un « groupe de chrétiens soucieux de conserver la tradition latine dans l'Église [qui] avait demandé à l'abbé de dire chaque semaine une messe du rite ancien et de prononcer l'homélie[184] ».

Un guénonien critique : Frithjof Schuon[modifier | modifier le code]

Le même numéro spécial des Études traditionnelles dans lequel Michel Vâlsan analysait la fonction providentielle de l'œuvre de René Guénon accueillait une autre contribution, beaucoup plus nuancée dans l'éloge : celle de Frithjof Schuon. Cet article, intitulé « L'Esprit d'une œuvre », commençait par rappeler le caractère « universel » et surtout « traditionnel » de cette œuvre « en ce sens que les données fondamentales qu’elle transmet sont strictement conformes à l'enseignement des grandes traditions, ou de l'une d’elles quand il s'agit d'une forme particulière[185]. » Néanmoins, il tenait à marquer ses distances avec la position défendue par Michel Vâlsan : « l'unicité » de l'œuvre guénonienne ne saurait être tenue pour « prophétique[186]. » De plus,

«  c'est dans l'énonciation des principes que son génie intellectuel s'exerce avec une maîtrise incontestable ; mais qu’on admette sans réserve tous les exemples et toutes les déductions que l'auteur nous propose au cours de ses nombreux écrits, cela nous paraît être une question d’opinion, voire de foi, d'autant plus que la connaissance des faits dépend de contingences qui ne sauraient intervenir dans la connaissance principielle (Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256) »

De fait, Frithjof Schuon relèvera par la suite dans l'œuvre de Guénon plusieurs points de détails qui lui semblent erronés, qu'il s'agisse de l'affirmation selon laquelle l'Hindouisme n'est pas une religion, de la définition guénonienne des modalités de l'existence corporelle, ou encore de sa présentation de la doctrine hindoue des « cycles cosmiques[187]. » Plus fondamentalement, sur plusieurs points doctrinaux importants, Frithjof Schuon s'est écarté des analyses guénoniennes, affirmant que les rites chrétiens possédaient un caractère indubitablement initiatique, ou encore que l'initiation soufie n'était pas incompatible avec l'appartenance à une religion autre que l'Islam[188]. Pour Jean-Pierre Laurant, cette interprétation « ruin[e] l'édifice guénonien bâti sur la séparation stricte de l'ésotérisme et de l'exotérisme[189] ».

Enfin, une « Note » consacrée à René Guénon, parue dans le « Cahier de l'Herne », précise la position de Schuon vis-à-vis de l'individualité de l'auteur des États multiples de l'Être : Guénon aurait selon lui été un « « pneumatique » du type « gnostique » », autrement dit qu'il serait né « avec un état de connaissance qui, pour d'autres, serait précisément le but et non le point de départ[190] ». C'est ainsi que Guénon, « personnification, non de la spiritualité tout court, mais de la seule certitude intellectuelle », aurait été conduit, « en partie [en raison de] traumatismes, renforcés par l'absence de facteurs compensatoires dans l'âme et dans l'ambiance », à sous-estimer « et les valeurs esthétiques et les valeurs morales, surtout sous le rapport de leurs fonctions spirituelles[191]. »

René Guénon est considéré comme une figure fondamentale du pérennialisme au XXe siècle[192] ; d'autres chercheurs ont cependant mis en question la validité de cette désignation de « pérennialisme », et les multiples sens qu'elle recouvre : « perennialist school » (le terme introduit par M. Sedgewick, « Philosophia perennis », terme qui provient de la Renaissance), « Religio perennis » (terme provenant de Schuon et désignant la « religion du cœur »), « traditionalisme » (une réaction décrite comme purement moderne par R. Guénon[193]) et « political perennialism »[194].

Universitaires[modifier | modifier le code]

À plusieurs reprises dans ses ouvrages, René Guénon a raillé les prétentions de l'Occident moderne à posséder un ensemble de sciences qui le mettrait à l'avant-garde de la connaissance du monde : ces sciences « profanes », affirme l'auteur de La Crise du monde moderne, ne sont que les « résidus » des sciences sacrées dont le sens s'est perdu[195], résidus incapables de faire accéder celui qui les étudie à quelque certitude que ce soit concernant le monde qui l'entoure[196]. La totalité du savoir enseigné dans les universités, depuis la philosophie jusqu'à la sociologie, en passant par l'histoire, la géographie, l'ethnologie ou encore la psychologie est ainsi disqualifiée au profit des « savoirs traditionnels », seuls aptes à transmettre la connaissance véritable[197].

Ces critiques radicales n'empêcheront pas les universitaires de s'occuper de l'œuvre et de la démarche de Guénon, de manière plus ou moins critique.

Umberto Eco[modifier | modifier le code]

Selon le philosophe Umberto Eco, Guénon est un des principaux représentants de la pensée hermétique contemporaine, dont il critique la méthode argumentative fondée sur l'analogie et la ressemblance plutôt que sur le discernement de la rationalité occidentale (avec les principes de non-contradiction et de tiers exclu). Il explique son propos dans Les Limites de l'interprétation :

«  Presque toutes les caractéristiques de la pensée hermétique sont réunies dans les procédés d'argumentation d'un de ses épigones contemporains : René Guénon[198] »

Eco appuie son propos par une étude critique de Le Roi du monde, un ouvrage de Guénon qu'il étudie selon l'approche de la sémiotique et dans lequel il relève en particulier l'usage très fréquent, et selon lui abusif, d'affirmations sans sources, de « on dit », d'étymologies présumées souvent fondées sur de simples proximités phonétiques et d'analogies vagues qui forment finalement un discours visant davantage à conforter le lecteur dans ses convictions qu'à démontrer rationnellement ses affirmations :

«  En somme, Guénon suggère un système, mais un système qui n'autorise aucune exclusion [...] à travers un entrelacs d'associations, certaines fondées sur la similitude phonétique, d'autres sur une étymologie présumée, en un relais incessant entre synonymies, homonymies et polysémies, en un continuel glissement de sens où toute nouvelle association délaisse ce qui l'a provoquée pour pointer vers de nouveaux rivages, et où la pensée coupe en permanence les ponts derrière elle[199]. »

Par ailleurs, selon Eco, René Guénon fait preuve d'« un mépris souverain pour tout critère historique et philologique »[200]. Ces analyses d'Umberto Eco ont été contestées par l'auteur guénonien Patrick Geay qui, dans sa thèse de doctorat publiée sous le titre de Hermès trahi (1996), reproche au sémioticien italien d'avoir « manqué de rigueur dans sa démarche et de prudence dans ses conclusions »[201].

Mircea Eliade[modifier | modifier le code]

En revanche, l'historien des religions Mircea Eliade s'est montré plutôt réceptif aux thèses guénoniennes, considérant « que cette doctrine est considérablement plus rigoureuse et valable que celle des occultistes et hermétiques des XIXe siècle et XXe siècle[202]. » Il remarque par ailleurs l'antithèse radicale et paradoxale à laquelle l'historien des religions est confronté, entre, d'un côté :

« une explosion d'occultisme, sorte de religion « pop » caractéristique surtout de la contre-culture de la jeunesse américaine, qui proclame le grand renouveau consécutif à l'âge du Verseau  »

et de l'autre :

« la découverte et [l']acceptation de l'ésotérisme traditionnel, tel que l'a reformulé René Guénon par exemple, un ésotérisme qui rejette l'espoir optimiste d'un renouveau cosmique et historique sans la préalable désagrégation catastrophique du monde moderne (Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240) »

Cette dernière tendance étant encore modeste mais « progressivement croissante[203] ».
Il est à noter que Mircea Eliade a été en contact avec Guénon, à qui il envoya un exemplaire de son ouvrage Techniques du yoga. Guénon écrivit à cette occasion qu'Eliade était « en réalité beaucoup plus près des idées traditionnelles que ses écrits n'en donnent parfois l'impression », mais que son « grand défaut » était « de ne pas oser se mettre trop nettement en opposition avec les idées officiellement admises »[204].

Artistes et écrivains[modifier | modifier le code]

L'œuvre atypique de René Guénon, développement polysémique d'une pensée critique du monde moderne, a marqué plusieurs artistes et écrivains[205], qu'ils aient été en guerre contre leur époque et les valeurs de l'Occident, ou bien attirés par une exposition de la spiritualité distincte de la morale chrétienne en même temps qu'opposée à toutes les formes d'occultisme en vogue au début du XXe siècle : on ne s'étonnera pas d'y retrouver plusieurs auteurs qui ont participé, ou ont été des « compagnons de route », du mouvement surréaliste.

Albert Gleizes[modifier | modifier le code]

René Guénon fréquenta dans les années 1920 le salon parisien qu'Albert Gleizes tenait avec sa femme, et suivit avec sympathie les tentatives du peintre cubiste de retrouver la « tradition dans le métier[206] » et commenta avec bienveillance les essais théoriques de ce dernier, qui tentaient de concilier les approches artistiques de l'avant-garde avec l'art sacré en se libérant des contraintes perspectivistes et mimétiques héritées de la Renaissance[207].

Il se montra toutefois plus réservé dans sa correspondance privée, estimant que les travaux de Gleizes, s'ils étaient plein de bonnes idées, restaient désordonnés[208]. Il semble en effet que Gleizes, au moment où il rencontre Guénon, a déjà achevé sa formation intellectuelle (il a quarante-six ans en 1927) et que si ses théories concernant l'art et l'artisanat rejoignent souvent celles défendues par René Guénon, il n'en reste pas moins que cet accord s'est fait en suivant « des voies radicalement différentes[209] », bien que dans une certaine mesure parallèles.

André Breton[modifier | modifier le code]

André Breton a manifesté à plusieurs reprises l'intérêt que lui inspirait l'œuvre de René Guénon, en particulier Les États multiples de l'Être, dont un long passage est cité à la fin du texte Du Surréalisme en ses œuvres vives, daté de 1953[210]. La même année, dans un article intitulé « René Guénon jugé par le surréalisme[211] », l'auteur d'Arcane 17 précisait la position du mouvement à l'égard de l'auteur de La Crise du monde moderne :

«  Sollicitant toujours l'esprit, jamais le cœur, René Guénon emporte notre très grande déférence et rien d'autre. Le surréalisme, tout en s'associant à ce qu'il y a d'essentiel dans sa critique du monde moderne, en faisant fond comme lui sur l'intuition supra-rationnelle (retrouvée par d'autres voies), voire en subissant fortement l'attrait de cette pensée dite traditionnelle que, de main de maître, il a débarrassée de ses parasites, s'écarte autant du réactionnaire qu'il fut sur le plan social que de l'aveugle contempteur de Freud, par exemple, qu'il se montra. Il n'en honore pas moins le grand aventurier solitaire qui repoussa la foi par la connaissance, opposa la délivrance au SALUT et dégagea la métaphysique des ruines de la religion qui la recouvraient. »

En revanche, dans les quelques occasions où il s'exprima sur le sujet, Guénon devait fermement condamner l'entreprise surréaliste fondée sur une forme d'intuition qui, faisant largement appel aux théories alors récentes de la psychanalyse, ne pouvait que s'appuyer sur « le domaine psychique inférieur », c'est-à-dire sur « ce qu'il y a de plus éloigné de toute spiritualité[212]. »
Aussi Guénon jugea-t-il que les surréalistes étaient partie-prenante du plan général de subversion de l'authentique spiritualité traditionnelle, autrement dit qu'ils étaient « des agents d'exécution du plan luciférien. » Même si, à ses yeux, ils constituaient avant tout un « petit groupe de jeunes gens qui s'amusent à des facéties d'un goût douteux[213] ».

Antonin Artaud[modifier | modifier le code]

Guénon se montra toutefois plus réceptif aux thèses exposées par Antonin Artaud sur le théâtre oriental et sur la distance qui le sépare du théâtre occidental. Rendant compte d'un article publié dans la NRF sous le titre « La mise en scène et la métaphysique[214] », dans lequel il était d'ailleurs cité[215] Guénon, bien que déplorant que les propos d'Artaud soient parfois confus, y voit « en quelque sorte comme une illustration de ce [que lui-même disait] sur la dégénérescence qui a fait du théâtre occidental quelque chose de purement « profane », tandis que le théâtre oriental a toujours conservé sa valeur spirituelle[216]. »

S'il faisait « grand cas des ouvrages de René Guénon », « Orient et Occident et Les États multiples de l'Être [ayant] plus particulièrement attiré son attention[217] », il est difficile de savoir précisément quel impact a eu cette œuvre dans le cheminement d'Antonin Artaud, qui expliquera quelques années plus tard avoir voulu « fuir la civilisation européenne, issue de sept à huit siècles de culture bourgeoise[218] » afin de se rendre au Mexique, « le seul endroit de la terre qui nous propose une vie occulte, et la propose à la surface de la vie »[219].

René Daumal[modifier | modifier le code]

Le poète René Daumal, que sa quête spirituelle amena à apprendre le Sanskrit et à traduire des textes sacrés hindous, ne pouvait passer à côté de l'œuvre de René Guénon : non seulement ils partagent un même intérêt pour la métaphysique orientale, mais on trouve dans les essais de Daumal un vocabulaire proche de celui utilisé par Guénon (l'adjectif « traditionnel » est ainsi utilisé dans un sens proche, sinon identique, par l'un et l'autre[220]. On s'étonne même de ne pas trouver chez le premier des références plus nombreuses aux travaux du second.

Le poète du Grand Jeu écrivit tout de même un article en forme d'hommage en 1928 (« Encore sur les livres de René Guénon »[221]), dans lequel sont précisés les points de convergence et les limites de son adhésion. Après avoir constaté que « les mains occidentales changent l'or en plomb », et qu'entre ces mains la métaphysique hindoue « s'émiette [...] en curiosités de mythologie et d'exotisme, en recherches bien consolantes de paradis précis, en conseils salutaires que ne désavouerait pas un clergyman[222]... », Daumal loue en Guénon celui qui « ne trahit jamais la pensée hindoue au profit de besoins particuliers de la philosophie occidentale » :

«  S'il parle du Véda, il pense le Véda, il est le Véda[223]. »

Cette justice rendue à la « pensée hindoue » a toutefois selon Daumal comme corolaire l'incompréhension de la philosophie occidentale :

«  Ce qu'il y a de plus profond dans des penseurs d'Europe comme Spinoza, Hegel ou les post-kantiens allemands, lui échappe tout à fait[223]. »

Cette incompréhension, néanmoins, est dans le fond de peu d'importance, Daumal avouant préférer voir Guénon « garder cette dure loi, palpable dans le ton de ses phrases, qui le défend de tout compromis[223] ». Là où en revanche l'auteur du Mont Analogue se détache du métaphysicien, c'est dans le refus de ce dernier de se mêler aux luttes de son époque contre l'ordre établi et dans son choix de se placer exclusivement sur le plan des principes doctrinaux :

« René Guénon, je ne sais rien de votre vie proprement humaine ; je sais seulement que vous espérez peu convaincre des multitudes. Mais je crains que le bonheur de penser ne vous détourne de cette loi - historique au sens le plus large - qui pousse nécessairement ce qu'il y a d'homme en nous vers la révolte ; révolte que nous considérons non comme une tâche que nous sommes chargés d'exécuter, mais comme une œuvre que nous laissons s'accomplir par le moyen des enveloppes humaines qu'abusivement nous nommons « nôtres »[224]. »

Raymond Queneau[modifier | modifier le code]

Raymond Queneau fut un lecteur attentif et assidu de l'œuvre de René Guénon, qu'il découvre avec étonnement[225] dès la parution de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, en 1921. À partir de cette date et jusqu'à la fin des années 1920, Queneau se procure les ouvrages de Guénon dès leur parution[226], et n'omet pas de lire les articles publiés dans la revue Le Voile d'Isis, se disant qu'il devrait chercher à faire la connaissance de leur auteur[227], et échangera même une brève correspondance avec lui en 1936[228].

Cette influence de la pensée « traditionnelle », telle que l'expose Guénon, sur l'œuvre de Raymond Queneau, est nettement perceptible dans un curieux essai inachevé écrit vers 1936-1937, et qui ne sera publié qu'à titre posthume en 1993 : Le Traité des vertus démocratiques, dans lequel est proposé « un autre monde, une autre civilisation », dont la fin dernière est « la Paix sur terre - et ailleurs - pour tous les Hommes de bonne Volonté et tout homme sera de bonne volonté[229]. » Cette société, qui aurait pris acte de la « trahison » de la social-démocratie, qui se défierait du Fascisme comme du Communisme, sans pour autant verser dans l'anarchisme, devra aller voir du côté de l'Orient ou de l'Occident médiéval, dont il décrit ainsi la « démocratie » : « égalité de tous les hommes devant Dieu, liberté de la Grâce ; fraternité : société fondée sur l'amour. Discipline, hiérarchie, rigueur[230]. »

L'évolution personnelle et intellectuelle de Raymond Queneau lui fera abandonner ce projet de traité, qui restera à l'état de brouillon, et il relativise également la portée de l'œuvre de Guénon[231], continuant toutefois à s'intéresser aux conceptions mathématiques de l'auteur des Principes du calcul infinitésimal[232]
Queneau retournera à la lecture des ouvrages de Guénon à partir de 1969 et ce jusqu'à la fin de sa vie, reprenant dans Morale Élémentaire (1975) des développements issus de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta[233]. Il aurait vers cette époque confié à son fils Jean-Marie : « J'ai trop lu René Guénon[234]. »

Annexes[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, Paris, Marcel Rivière,‎ 1921
    nombreuses rééditions
  • Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, Paris, Nouvelle Librairie Nationale,‎ 1921
    nombreuses rééditions
  • L'Erreur spirite, Paris, Marcel Rivière,‎ 1923
    nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles. ISBN 2-7138-0059-5
  • Orient et Occident, Paris, Payot,‎ 1924
    nombreuses rééditions, dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. ISBN 2-85829-449-6
  • L’Ésotérisme de Dante, Paris, Ch. Bosse,‎ 1925
    nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles, 1949
  • L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, Paris, Bossard,‎ 1925
    nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles. ISBN 2-7138-0065-X
  • Le Roi du monde, Paris, Ch. Bosse,‎ 1927
    nombreuses rééditions, dont Gallimard, Paris. ISBN 2-07-023008-2
  • La Crise du monde moderne, Paris, Bossard,‎ 1927
    nombreuses rééditions, dont Gallimard, Paris. ISBN 2-07-023005-8
  • Saint Bernard, Publiroc,‎ 1929
    réédition Éditions Traditionnelles. Sans ISBN
  • Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Paris, Vrin,‎ 1929
    nombreuses rééditions, dont (1952) Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. ISBN 2-85-707-142-6
  • Le Symbolisme de la Croix, Véga,‎ 1931
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. ISBN 2-85-707-146-9
  • Les états multiples de l'être, Véga,‎ 1932
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. ISBN 2-85-707-143-4
  • La Métaphysique orientale, Editions traditionnelles,‎ 1939
    multiples rééditions, il s'agit de la transcription d'une conférence donnée à la Sorbonne en 1926
  • Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Gallimard,‎ 1945
    multiples rééditions
  • Les Principes du Calcul infinitésimal, Gallimard,‎ 1946
    multiples rééditions
  • Aperçus sur l'Initiation, Éditions Traditionnelles,‎ 1946
    multiples rééditions
  • La Grande Triade, Gallimard,‎ 1946
    multiples rééditions

Recueils posthumes d'articles de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Éditions Traditionnelles (1954). ISBN (?).
  • Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Gallimard, Paris,(1973). (ISBN 2-07-028547-2).
  • Comptes rendus, Éditions traditionnelles(1986). (ISBN 2-7138-0061-7).
  • Études sur l'Hindouisme, Éditions Traditionnelles, Paris,(1967). ISBN (?).
  • Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 1,(1964) Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0066-8).
  • Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, (1965)Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0067-6).
  • Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Gallimard, Paris (1970). (ISBN 2-07-027053-X).
  • Initiation et Réalisation spirituelle, Éditions Traditionnelles,1952).(ISBN 978-2-7138-0058-0).
  • Mélanges, Gallimard, Paris(1976). (ISBN 2-07-072062-4).
  • Symboles de la Science sacrée (1962), Gallimard, Paris. (ISBN 2-07-029752-7).
  • Articles et Comptes-Rendus, Tome 1, Éditions Traditionnelles (2002).(ISBN 2-7138-0183-4).
  • Recueil, Rose-Cross Books, Toronto (2013).(ISBN 978-0-9865872-1-4).

Liste de revues ayant publié des articles de René Guénon de son vivant[modifier | modifier le code]

  • En langue française : L’initiation (1909). L’Acacia (1909). La Gnose (1909-1912) rééditée en fac-simile en 2010 par les éditions de l'homme libre. La France Chrétienne (1909), devenant La France chrétienne antimaçonnique (1910) puis La France antimaçonnique (1911-1914). Le Symbolisme (1913). Bulletin municipal de Saint-Germain-en-Laye (1917). La Revue philosophique (1919-1920). Revue de philosophie (1921-1924). Revue bleue (1924-1926). Les Nouvelles Littéraires (1924). Le Radeau (1925). Les Cahiers du mois (1925). Europe (1925). Voile d’Isis (1925-1936) devenant Études Traditionnelles (1936-1951). Regnabit (1925-1927) Bulletin paroissial de Saint-François-Xavier (1925). Les Cahiers du mois (1926). Vers l’Unité (1926-1929). Vient de paraître (1927-1929). Vers l’Unité (1927). La Revue Hebdomadaire (1927). Le Monde nouveau (1930). Bulletin des Polaires (1931). Cahiers du Sud (1935-1945). La Revue de la Table Ronde (1946-1950).
  • Revues italiennes : Atanor. Rivista di studi iniziatici (1924). Ignis (1925). Krur (1929). Diorama filosofico (1934).
  • En langue anglaise : Speculative Mason (1935-1944). The Visva-Bharati Quarterly (1936-1938). The Journal of the Indian Society of Oriental Art (1937-1941).
  • En langue arabe : Al-Maarifah (1931).

Bibliographie diverse[modifier | modifier le code]

Ouvrages collectifs au sujet de René Guénon et de la doctrine traditionnelle[modifier | modifier le code]

  • Études Traditionnelles n. 293-295 : Numéro spécial consacré à René Guénon. Sans ISSN.
  • La Lettre G - Revue maçonnique en langue française et italienne. Sans ISSN.
  • Sigaud, Pierre-Marie (éd.) : Dossier H René Guénon, L'Âge d'Homme, Lausanne. (ISBN 2-8251-3044-3).
  • (Collectif), René Guénon. Colloque du Centenaire Domus Medica, Le Cercle de lumière, 1996, 293 p., (ISBN 2-909972-00-3).
  • Jean-Pierre Laurant et Barbanegra, Paul (éd.) : « Cahiers de l'Herne » 49 : René Guénon, Éditions de l'Herne, Paris. (ISBN 2-85197-055-0).
  • (Collectif), Quelle humanité ? demain…, Vers la Tradition, Châlons-sur-Marne (France). Sans ISSN.
  • (Collectif), Il y a cinquante ans, René Guénon…, Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0180-X). (Notes.)
  • Narthex n° trimestriel 21-22-23 de mars-août 1978 (et semble-t-il dernier), Numéro spécial René Guénon constitué de deux contributions de Jean Hani et de Bernard Dubant (malheureusement cette remarquable revue tirée à seulement 600 exemplaires est introuvable et ne peut être consultée qu'à la BN).

Autres ouvrages au sujet de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • Abd Ar-Razzâq Yahyâ (Ch.-A. Gilis) : Tawhîd et Ikhlâs, Aspects ésotériques, Le Turban noir, 2006, Paris.
  • Accart, Xavier : L'Ermite de Duqqi, Archè. (ISBN 88-7252-227-7). (Notes.)
  • Accart, Xavier : Guénon ou le renversement des clartés : Influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), 2005, Edidit. (ISBN 978-2-912770-03-5).
  • Barazzetti, Enrico : L'espace symbolique. Développements du symbolisme mathématique des états multiples de l'être, Archè, Milano, 1997.
  • Batache, Eddy : Surréalisme et Tradition, Éditions traditionnelles. Sans ISBN.
  • Chacornac, Paul : La Vie simple de René Guénon, Éditions traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0028-5).
  • Gattegno, David : Guénon : qui suis-je ?, Pardès, Puiseaux (France). (ISBN 2-86714-238-5).
  • Geay, Patrick : Hermès Trahi : Impostures philosophiques et néo-spiritualisme d'après l'œuvre de René Guénon Dervy. (ISBN 2-85076-816-2).
  • Geay, Patrick : Mystères et significations du Temple maçonnique, Dervy, Paris, 2000. (ISBN 2-84454-056-2). (Notes.)
  • Gilis, Charles-André : Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Les Éditions de l'Œuvre, Paris. (ISBN 2-904011-03-X).
  • Gilis, Charles-André : Les Sept Étendards du Califat, Éditions traditionnelles. (ISBN 2-7138-0141-9).
  • Gilis, Charles-André : René Guénon et l'avènement du troisième Sceau. Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0133-8).
  • Grossato, Alessandro : Psychologie (attribué à René Guénon), Archè. (ISBN 88-7252-231-5). (Notes.)
  • Hapel, Bruno : René Guénon et l'Archéomètre, Guy Trédaniel, Paris. (ISBN 2-85707-842-0).
  • Hapel, Bruno : René Guénon et l'esprit de l'Inde, Guy Trédaniel, Paris. (ISBN 2-85707-990-7).
  • Hapel, Bruno : René Guénon et le Roi du Monde, Guy Trédaniel, Paris. (ISBN 2-84445-244-2).
  • James, Marie-France : Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon, Nouvelles Éditions Latines, Paris. (ISBN 2-7233-0146-X).
  • Jean-Pierre Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, Lausanne, Suisse, L'âge d'Homme,‎ 1975, 282 p. (ISBN 2-8251-3102-4)
  • Jean-Pierre Laurant, L'Ésotérisme, Paris, Les Éditions du Cerf,‎ 1993, 128 p. (ISBN 2 7621 1534 5)
  • Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, Paris, Dervy,‎ 2006, 400 p. (ISBN 2 84454 423 1)
  • Maxence, Jean-Luc : René Guénon, le Philosophe invisible, Presses de la Renaissance, Paris. (ISBN 2-85616-812-4). (Notes.)
  • Mercier, Raymond : Clartés Métaphysiques, Éditions Traditionnelles, Paris. Sans ISBN.
  • Montaigu, Henry : René Guénon ou la mise en demeure. La Place Royale, Gaillac (France). (ISBN 2-906043-00-1).
  • Nutrizio, Pietro (e altri) : René Guénon e l'Occidente, Luni Editrice, Milano/Trento, 1999.
  • Prévost, Pierre : Georges Bataille et René Guénon, Jean Michel Place, Paris. (ISBN 2-85893-156-9).
  • Reyor, Jean : Études et recherches traditionnelles, Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0134-6).
  • Reyor, Jean : Sur la route des Maîtres maçons, Éditions Traditionnelles, Paris. Sans ISBN.
  • Robin, Jean : René Guénon, témoin de la Tradition, 2e édition, Guy Trédaniel Éditeur. (ISBN 2-85707-026-8).
  • Sérant, Paul : René Guénon, Le Courrier du livre, Paris. (ISBN 2-7029-0050-X).
  • Tamas, Mircea A : René Guénon et le Centre du Monde, Rose-Cross Books, Toronto, 2007, (ISBN 978-0-9731191-7-6)
  • Tourniac, Jean : Melkitsedeq ou la tradition primordiale, Albin Michel, Paris. (ISBN 2-226-01769-0).
  • Tourniac, Jean : Présence de René Guénon, t. 1 : L'œuvre et l'univers rituel, Soleil Natal, Étampes (France). (ISBN 2-905270-58-6).
  • Tourniac, Jean : Présence de René Guénon, t. 2 : La Maçonnerie templière et le message traditionnel, Soleil Natal, Étampes (France). (ISBN 2-905270-59-4).
  • Ursin, Jean : René Guénon, Approche d'un homme complexe, Ivoire-Clair, Lumière sur..., Groslay (France). (ISBN 2-913882-31-5).
  • Vâlsan, Michel : L'Islam et la fonction de René Guénon, Chacornac frères, Paris, 1953 (sans isbn)
  • Vivenza, Jean-Marc : Le Dictionnaire de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2002. (ISBN 2-913826-17-2).
  • Vivenza, Jean-Marc : La Métaphysique de René Guénon, Le Mercure Dauphinois, 2004.(ISBN 2-913826-42-3).
  • Vivenza, Jean-Marc : René Guénon et le Rite Écossais Rectifié, Les Éditions du Simorgh, 2007. (ISBN 2-915769-03-6).
  • Vivenza, Jean-Marc  : René Guénon et la Tradition primordiale, Les Éditions du Simorgh, 2012.(ISBN 2-915769-18-4).

Correspondance de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • Paris-Le Caire, Correspondance entre Louis Cattiaux et René Guénon, éditions du Miroir d'Isis, février 2012.
  • Fragments doctrinaux, éléments de doctrine extraits de 600 lettres de Guénon avec 30 correspondants au cours de sa vie, éditions Rose-Cross Books, Toronto (novembre 2013).(ISBN 978-0-9865872-2-1).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Guénon, Le Symbolisme de la croix, « Avant-propos ».
  2. René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, avant-propos, p. 8.
  3. Ibid.(c'est-à-dire sans les "vulgariser"), p. 7 et René Guénon, Le Symbolisme de la croix, op. cit., « Avant-propos ».
  4. Selon Ch.-A. Gilis : « Toute l’œuvre de Guénon a pour but de faire prendre conscience à ses lecteurs de la réalité et des exigences de la Tradition. Il n’a revendiqué pour lui-même que la fonction d’interprète et de porte-parole. Jamais il n’a entendu substituer son enseignement à celui des formes providentiellement instituées par la Sagesse divine » (Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Paris Éditions de l'Œuvre, 1986).
  5. « [...] les individualités [...] ne comptent pas dans l'ordre des choses dont nous nous occupons [...] » (René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, tome I, p. 182.)
  6. « En effet, l'intuition intellectuelle n'est-elle pas ce qui constitue proprement et essentiellement la métaphysique ? Sans cela, celle-ci ne pourrait pas être « supra-rationnelle » comme elle doit l'être ; ne pas lui reconnaître ce caractère équivaut pour moi à nier la métaphysique [...] », Lettre à Noëlle Maurice-Denis Boulet, 19 décembre 1918 et « [...] c'est seulement dans cette expression rationnelle ou discursive que l'erreur risque de s'introduire, l'intuition n'en étant pas susceptible en raison de son caractère direct et immédiat. », ibid
  7. René Guénon écrivait, en 1924, dans La crise du monde moderne (p. 31, édition de 1973) : « Dans l'état présent du monde, nous avons donc, d'un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l'esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l'autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. »
  8. Ibid. chapitre 2, page 47.
  9. Dans son L'ésotérisme. Qu'est-ce que l'ésotérisme ? (Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1990), Pierre A. Riffard, dont le regard qu'il porte sur l'œuvre de Guénon est pourtant critique, écrit néanmoins : « Au XXe siècle, l'ésotérisme, d'une façon ou d'une autre, renvoie à Guénon. Il y a l'avant et l'après Guénon. Il y a les pro- et les anti-Guénon » (p. 842).
  10. Famille qui recevra de Louis XIV un titre, et dont le nom complet est Guénon de La Saulaye en vertu d'un édit de 1696 dont une attestation fut transmise à la famille Guénon en 1913. Voir Muhammad Vâlsan, « R. G. de La Saulaye », Science sacrée, numéro spécial, juin 2003,p. 11-13
  11. Paul Chacornac, La Vie simple de René Guénon, Éditions traditionnelles, p. 26 (ISBN 2-7138-0028-5)
  12. René Guénon écrira plus tard, dans son article sur Martines de Pasqually (reproduit dans le volume 2 des Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage) que la prétendue filiation revendiquée par les martinistes papusiens avec l'ordre des Chevaliers des Élus-Coëns, créé au XVIIIe siècle, est imaginaire et sans fondement. De même Paul Chacornac écrit, à propos de la régularité de la transmission revendiquée par l'Ordre Martiniste : « Nous savons maintenant qu'il n'y avait rien de tel dans cet ordre » (op. cit., p. 31).
  13. D. Gattegno, op. cit. p. 24.
  14. Chapitre : La pseudo-initiation.
  15. op. cit. p. 7.
  16. Op. cit. p. 10.
  17. P. Chacornac, op. cit. p. 32.
  18. P. Chacornac, La vie simple de René Guénon, chapitre III, page 40
  19. Paul Chacornac (l'un des biographes de René Guénon) signale la forte personnalité de Leclère et Jean-Pierre Laurant, qui fut chargé de conférences à l'École pratique des hautes études est l'auteur de plusieurs études sur Guénon dont Le sens caché selon René Guénon, René Guénon, les enjeux d'une lecture, ainsi que des repères biographiques et bibliographiques publiés dans le Cahier de l'Herne consacré à Guénon, voit en Leclère une figure qui marqua Guénon intellectuellement : voir op. cit., p. 38-46, où Laurant affirme que l'on « trouve dans les écrits du philosophe certains thèmes fondamentaux de la pensée que son élève développa par la suite, joints à un réel « air de famille » dans la manière d'argumenter » (p. 39). Cette affirmation est contestée par d'autres auteurs. Ainsi David Gattegno (D. Gattegno, René Guénon, Pardès, p. 14, ISBN 2-86714-238-5 et ISSN 1624-1568) écrit qu'il « [...] n'y a rien sur quoi tabler pour établir le degré d'influence de » Leclère (ibid. p. 14.), et il reproduit également une citation de René Alleau qui précise que, par la connaissance de « ce point de départ » (la pensée de Leclère) on est davantage capable « d'admirer la disproportion entre les sources et le point d'arrivée ». D. Gattegno ajoute : « [...] cette excellente formule vaut pour tout l'ensemble des sources objectives de René Guénon », op. cit., p. 14.
  20. René Guénon écrit, dans l’introduction à son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps la manière dont il considère les circonstances de la vie relativement à ses projets d’ouvrages.
  21. D. Gattegno, op. cit. p. 15.
  22. Autrement dit, « dans des conditions assez banales pour les occultistes » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 68.)
  23. Charles-André Gilis, Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Éditions traditionnelles, ch. VI, p. 59.
  24. Sur cette curieuse affaire, c.f. D. Roman, Maçonnerie templière, Maçonnerie jacobite et Maçonnerie écossaise, in René Guénon et les destins de la Franc-maçonnerie, pp. 96-97, Éditions Traditionnelles, ISBN 2-7138-0146-X.
  25. Les Anglo-Saxons emploient les mots de « irregular » masonry ou « fringe » masonry. Le Rite Cerneau est qualifié par D. Roman de « falsification [...] à l'origine de ce qu'il y a de plus « sinistre » dans la Maçonnerie irrégulière »
  26. Sur Teder, voir Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe siècle et XXe siècle.
  27. D. Gattegno, op. cit. p.31.
  28. Sur Ivan Aguéli, on peut consulter Jean-Pierre Laurant, op. cit., pp. 90-93, D. Gattegno, ibid. pp. 35-36, P. Chacornac, La Vie simple de René Guénon, pp. 43-44. P. Chacornac note que lorsqu'il vint à Paris en 1890, il entra dans l'atelier du peintre Emile Bernard, et c'est alors qu'il prit son nom d'artiste Ivan Aguéli (son nom d'origine était John Gustaf Agelii). Chacornac et Laurant évoquent sa fréquentation des milieux anarchistes, ainsi que son intérêt d'alors pour la Société théosophique. Il fut arrêté pour avoir donné asile à un anarchiste recherché par la police, ce qui lui valut un emprisonnement à Mazas pendant plusieurs mois. Il mit à profit sa détention pour étudier l'arabe et l'hébreu.
  29. c.f. D. Gattegno, ibid. p. 36.
  30. René Guénon, « À propos d'une mission dans l'Asie centrale », La Gnose, janvier 1910, repris dans Mélanges, p. 212.
  31. Sur la question des relations Guénon-Aguéli, voir Vers la Tradition n°s 72,73,77 ainsi que l'ouvrage Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon par Ch.-A. Gilis.
  32. Affirmée très clairement en 1934 (voir Jean Reyor, « De quelques énigmes dans l'œuvre de René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, pp. 136-137.)
  33. Ce dont doutent beaucoup de guénoniens tels Pierre Grison, qui remarque que Guénon ne se référerait « qu'avec circonspection » aux travaux de Matgoï, « qui ne connaissait pas beaucoup la Chine, et rien de la langue chinoise » (« L'Extrême-Asie dans l'œuvre de René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 145).
  34. D. Gattegno, loc. cit., p. 43.
  35. D. Gattegno, loc. cit. p. 45.
  36. a et b D. Gattegno, ibid., p. 46.
  37. Entre autres : « Le Sphinx ».
  38. D. Gattegno, loc. cit., p. 56.
  39. « Guénon était persuadé que les oppositions apparentes entre la théologie et l'ésotérisme tenaient pour beaucoup à des questions de formulation » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 120).
  40. Le second est d'ailleurs publié dans la collection « Bibliothèque française de philosophie », dirigée par Jacques Maritain à la Nouvelle Librairie nationale (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., pp. 117-121, pour tout ce paragraphe). Cette maison d'édition de l'Action française était dirigée par Georges Valois
  41. Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 109. Les principes méthodologiques défendus dans l'ouvrage qui paraît la même année sous le titre d'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues sont définis ainsi par Pierre A. Riffard : « refus de la méthode historico-critique, respect de la Tradition et de l'orthodoxie des idées, de la régularité des rites, opposition et complémentarité de l'exotérisme et de l'ésotérisme... » (L'ésotérisme. Qu'est-ce que l'ésotérisme ?, p. 857). Jean-Pierre Laurant interprète d'une certaine façon ce refus de l'institution universitaire : « L'université résuma désormais pour lui tous les travers intellectuels de l'Occident et focalisa une grande partie de ses critiques. » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 110). Ces commentaires sont vigoureusement contestés par d'autres auteurs, notamment D. Gattegno (loc. Cit., pp. 53-54), qui, implicitement, met sérieusement en doute la clarté des intentions et le propre désintérêt de J.-P. Laurant sur les questions touchant à l'Université, et pour qui la dénonciation des travers de l'Occident par Guénon n'entretient aucun rapport avec la non-acceptation de sa thèse.
  42. Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 127. La matière de La Crise du monde moderne, publié en 1927, est largement issue des conversations de Guénon avec Truc, selon les dires de ce dernier (Ibid., p. 116).
  43. À cette occasion, Guénon ne dédaigne pas d'utiliser les méthodes « historico-critiques ».
  44. « Ces affirmations [selon lesquelles la Société théosophique aurait été l'héritière de sociétés secrètes du XVIIe siècle] sont peut-être encore moins fondées, et ce n'est pas peu dire, que celles par lesquelles les théosophistes essaient de se rattacher aux néo-platoniciens, sous prétexte que Mme Blavatsky a effectivement adopté quelques théories fragmentaires de ces philosophes, sans d'ailleurs se les être vraiment assimilées », lit-on par exemple dans l'« Avant-Propos » (pp. 9-10 de l'édition de 1965).
  45. « Très anticonformiste, elle avait été liée aux libre-penseurs et aux milieux socialistes révolutionnaires [...] C'est après 1889 seulement qu'elle se tourna vers le spiritualisme » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 123, note 46)
  46. Ce néologisme, emprunté à l'anglais, est forgé par Guénon afin de différencier la Théosophie telle que l'entendent les membres de la société fondée par Héléna Blavatsky des doctrines d'un Jacob Boehme, d'un Eckartshausen ou d'un Louis-Claude de Saint-Martin, qui, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, revendiquaient déjà cette appellation (« L'organisation qui s'intitule actuellement « Société théosophique » [...] ne relève d'aucune école qui se rattache, même indirectement, à quelque doctrine de ce genre. », Le Théosophisme..., p. 8).
  47. Voir les chapitres XIII (« Le Théosophisme et les religions ») et XVIII (« Le Christianisme ésotérique ») du Théosophisme...
  48. « Le directeur de Regnabit, inspiré par l'archevêque de Reims, aurait réagi vivement à l'affirmation de la perte par l'Église de sa tradition initiatique. » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 182).
  49. Il avait participé à une table ronde radiophonique en 1924, peu après la parution d’Orient et Occident, ouvrage qui attira l'attention d'André Malraux (Jean-Pierre Laurant, op. cit., pp. 133-134).
  50. « Si on s'est proposé de continuer mon travail (et au fond il n'y a pas autre chose là-dedans), je dois reconnaître que l'on n'y réussit que trop bien, du moins pour le moment », écrit-il le 6 avril 1929 (Jean-Pierre Laurant, op. cit., pp. 184-185).
  51. Avec laquelle il a quatre enfants : Khadija (née en 1944), Leila (1947), Ahmed (1949), enfin Abdel Wahid, fils posthume né en mai 1951.
  52. Qui contient une bibliothèque de 4 000 volumes (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 29).
  53. Guénon a eu, au cours de sa vie, plus de trois cents correspondants réguliers (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 27).
  54. Que Pierre A. Riffard surnomme le « souffre-douleur de René Guénon » (L'ésotérisme. Q'est-ce que l'ésotérisme ?, p. 215.).
  55. Guénon voit derrière cette affaire une émanation de la « contre-initiation » (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., pp. 176-177).
  56. Collection d'ailleurs dirigée par un « fidèle » de Guénon : Luc Benoist (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 192). Le premier livre de Guénon à être publié aux éditions Gallimard est Le Règne de la Quantité et les signes des temps, en 1945.
  57. voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 205.
  58. Article intitulé « Mystères christiques » (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 217).
  59. Cette rupture doctrinale n'empêcha pas la poursuite d'une correspondance cordiale entre les deux hommes (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 278).
  60. Ce culte de l'action qui conduit Evola à se rapprocher du fascisme italien, puis du National-Socialisme.
  61. En 1929 déjà, Guénon avait évoqué la supériorité de la contemplation sur l'action dans son ouvrage Autorité spirituelle et pouvoir temporel, qui avait marqué la fin d'un rapprochement esquissé avec l'Action Française de Charles Maurras.
  62. Voir Jean-Pierre Laurant,op. cit., p. 287.
  63. Voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 288. Les articles publiés dans le Figaro et dans Combat sont reproduits sur le site soufisme.org.
  64. Les Études traditionnelles ont cessé de paraitre en 1992.
  65. En 2005, on comptait déjà huit cent cinquante titres de livres, articles ou compte-rendus consacrés à Guénon (Xavier Accart, Guénon ou le renversement des clartés..., cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 331). En France, l'ensemble de ses ouvrages a fait l'objet d'au moins trois ou quatre rééditions (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 327).
  66. « C'est au philosophe français René Guénon (1886-1951) qu'on doit une codification méthodique et précise de ses principes directeurs [de l'ésotérisme] et de son champ d'application, grâce à un effort acharné pour distinguer la « métaphysique traditionnelle » de ce qu'on aurait eu que trop tendance à confondre avec elle ». René Guénon, codificateur de l'ésotérisme doctrinal, article Ésotérisme, Encyclopædia Universalis, version 1.2_1. Le Petit Robert des Noms Propres le classe comme « philosophe », et le Petit Larousse en « philosophe ésotériste »
  67. « René Guénon … Érudit Franc-maçon et ésotériste », in Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles, p. 144.
  68. Ce que nous ne sommes pas, la Gnose, 1911, In René Guénon et l'Esprit de l'Inde,Bruno Hapel, pp. 7-9
  69. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, René Guénon, 1921, p. 45
  70. « ... nous ne sommes et ne voulons être des novateurs à aucun titre ni à aucun degré. » Ce que nous ne sommes pas, la Gnose, 1911, In René Guénon et l'Esprit de l'Inde, Bruno Hapel, p. 8
  71. par exemple dans L'Homme et son devenir selon le Védanta p. 10 : « [...] il ne s'agit pas d'histoire, nous l'avons déjà dit, et il ne s'agit pas davantage de philologie ou de littérature ; et nous ajouterons encore [...] qu'il ne s'agit pas non plus de philosophie »
  72. Un de ses derniers articles paru en 1950 traite encore spécifiquement du sujet : La science profane devant les doctrines traditionnelles. In Études traditionnelles, avril-mai l950.
  73. Voir aussi Ananda K. Coomaraswamy : « M. Guénon n'est pas un « orientaliste », mais ce que les Hindous appellent un « Maître », Sagesse orientale et savoir occidental,In Suis-je le gardien de mon frère ?, Editions Pardes, 1997, p.67
  74. Le dénigrement de la philosophie par R. Guénon semble commencer très tôt, J.-P. Laurant dans le sens caché dans l'oeuvre de René Guénon, p. 24, cite le début d'un roman de jeunesse inédit (1905 ou 1906) où un démon (Adamastor) déclare raisonner comme Descartes car « les philosophes sont les meilleurs auxiliaires du démon »
  75. La vie simple de René Guénon, Paul Chacornac, p. 9
  76. René Guénon approche d'un homme complexe, Éditions ivoire-clair, 2005, p.3 et 4ème de couverture
  77. « [...] il ne s'agit pas d'histoire, nous l'avons déjà dit, et il ne s'agit pas davantage de philologie ou de littérature ; et nous ajouterons encore [...] qu'il ne s'agit pas non plus de philosophie » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, Éditions traditionnelles, p. 10).
  78. « Nous n'avons point « d'opinions », mais quelques connaissances que nous exprimons de notre mieux à l'intention de ceux qui sont capables d'en profiter » (dans Comptes Rendus, p. 137) ; « « nos doctrines » n'existent pas, pour la bonne raison que nous n'avons jamais fait autre chose que d'exposer de notre mieux les doctrines traditionnelles, qui ne sauraient être la propriété de personne » (Ibid., p. 141).
  79. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, partie 1, chapitre 3 : Le préjugé classique.
  80. « [...] il serait ridicule de vouloir « mettre à la portée de tout le monde », comme on dit si souvent à notre époque, des conceptions qui ne peuvent être destinées qu'à une élite... » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, p. 11).
  81. « Il est [...] inutile de nous demander des renseignements « biographiques » sur nous-mêmes, attendu que rien de ce qui nous concerne personnellement n'appartient au public, et que d'ailleurs ces choses ne peuvent avoir pour personne le moindre intérêt véritable : la doctrine seule compte, et, devant elle, les individualités n'existent pas » (compte-rendu d'article de revue de novembre 1932, repris en annexe au Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion.
  82. Orient et Occident, éditions Véga, p. 14.
  83. « [...] ces études ne risqueront jamais de devenir ce que les érudits et les « spécialistes » appellent des monographies, car les principes fondamentaux n'y seront jamais perdus de vue, et les points secondaires eux-mêmes n'y devront apparaître que comme des applications directes ou indirectes de ces principes dont tout dérive... » (L'Homme et son devenir selon le vêdânta, p. 8).
  84. c.f. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, deuxième partie, « Les modes généraux de la pensée orientale », chapitre V, «Caractères essentiels de la métaphysique », p. 95, Guy Trédaniel éditeur, ISBN 2-85707-883-8.
  85. ibid. p.96.
  86. a et b ibid. p. 96.
  87. C'est-à-dire l'Existence entière (ou « manifestation universelle »).
  88. ibid. p. 97.
  89. Voir Les États multiples de l'Être, pp. 25-26.
  90. « On peut encore dire que toute possibilité de manifestation doit nécessairement se manifester par là-même et que, inversement, toute possibilité qui ne doit pas se manifester est une possibilité de non-manifestation » (Les États multiples de l'Être, p. 21).
  91. Les États multiples de l'Être, pp. 21-22.
  92. Les États multiples de l'Être, p. 25.
  93. La Métaphysique orientale, pp. 19-20.
  94. Les États multiples de l'Être, p. 87.
  95. Voir La Métaphysique orientale, p. 11 (pour tout ce paragraphe).
  96. Voir Aperçus sur l'initiation, p. 33.
  97. Voir Initiation et réalisation spirituelle, p. 48.
  98. Aperçus sur l'initiation, p. 39.
  99. a et b Aperçus sur l'initiation, p. 40.
  100. Voir Aperçus sur l'initiation, chapitre VIII, « De la transmission initiatique »
  101. a et b Aperçus sur l'initiation, p. 198.
  102. Aperçus sur l'initiation, p. 226.
  103. Voir aperçus sur l'initiation, chapitre I, « Voie initiatique et voie mystique. » Dans ce chapitre, Guénon critique le fait de qualifier de « mystiques » les doctrines ésotériques orientales : « le mysticisme proprement dit, explique-t-il, est quelque chose d'exclusivement occidental et, au fond, de spécifiquement chrétien. » (Aperçus sur l'initiation, p. 15.)
  104. Initiation et réalisation spirituelle, p. 184, note 1.
  105. a et b La Métaphysique orientale, p. 16.
  106. Voir Aperçus sur l'initiation, p. 96, d'où sont extraites les citations précédentes.
  107. Aperçus sur l'initiation, p. 98.
  108. Aperçus sur l'initiation, p. 107.
  109. Aperçus sur l'initiation, p. 105
  110. « Cette action est d’autant plus puissante, en effet, que le prâna lui-même, en pareil cas, n’est que le véhicule ou le support subtil de l’influence spirituelle qui se transmet du guru au disciple »
  111. « Là est aussi l’explication de la disposition spéciale des sièges dans une Loge maçonnique, ce dont la plupart des Maçons actuels sont assurément bien loin de se douter » précise-t-il ailleurs.
  112. « Le guru intérieur étant le véritable guru que le guru extérieur ne fait que représenté tant que l’être ne peut pas encore se mettre en communication consciente avec le « Soi » écrit-il encore.
  113. R. Guénon parle aussi « d'instruments »
  114. Česky, « Siddhartha Gautama - Wikipédia », Fr.wikipedia.org (consulté le 2013-11-08)
  115. Ce point est développé ailleurs comme « La confusion du psychique et du spirituel ». Les « pouvoirs » psychiques étant considérés par R. Guénon comme une tare entravant le développement spirituel.
  116. « Prétendus » pouvoirs, car pour R. Guénon la magie, comme la sorcellerie dans un ordre inférieur, ne nécessite pas la possession de pouvoirs, mais simplement la connaissance toute extérieure de certaines lois dépassant la physique commune.
  117. Voir Aperçus sur l'initiation, chapitres XXXIX et XL.
  118. Aperçus sur l'initiation, p. 249.
  119. La Grande triade, p. 153.
  120. La Grande triade, p. 155.
  121. La Grande triade, p. 156.
  122. Aperçus sur l'initiation, p. 252.
  123. Voir Aperçus sur l'initiation, chapitre XXXIX.
  124. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, p. 133.
  125. Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, chapitre II, « L'Écorce et le noyau ».
  126. Voir L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 23.
  127. Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le Taoïsme, p. 13.
  128. « [...] le çûfî, au vrai sens de ce mot, est seulement celui qui a atteint le degré suprême », ce qui constitue « un « secret » (sirr) entre [lui] et Allah » (L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 16.
  129. L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, pp. 18-19.
  130. a et b L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, p. 106.
  131. Voir Initiation et réalisation spirituelle, chapitre XII, À propos de « conversions ».
  132. Initiation et réalisation spirituelle, p. 71.
  133. Auquel Guénon reprochait de vouloir « humaniser » la religion, et donc de perdre de vue l'élément « supra-humain» constitué par la Révélation (Voir La Crise du monde moderne, p. 112).
  134. La Crise du monde moderne, p. 115.
  135. Qui doit essentiellement être entendu dans un sens symbolique pour signifier qu'ils se sont retirés dans le « centre spirituel suprême, où sont en effet conservées à l'état latent [...] toutes les formes traditionnelles, qui pour une raison ou pour une autre, ont cessé de se manifester à l'extérieur » (Aperçus sur l'initiation, p. 243, note 4).
  136. Aperçus sur l'initiation, p. 243.
  137. Aperçus sur l'initiation, p. 194.
  138. Aperçus sur l'initiation, p. 192.
  139. Aperçus sur l'initiation, pp. 194-195.
  140. Aperçus sur l'initiation, p. 196.
  141. Aperçus sur l'Initiation, p. 196.
  142. Le rattachement idéal avec une tradition disparue (par exemple le druidisme, ou l'ancienne tradition égyptienne n'est que « vanité » (Aperçus sur l'initiation, p. 40).
  143. Ainsi par exemple de la croyance en la réincarnation, qui selon Guénon est une invention moderne et n'a aucun rapport avec ce que les anciens nommaient « transmigration » et « métempsycose » même s'il y a « des expressions plus ou moins symboliques qui peuvent donner lieu à des malentendus, mais seulement quand on sait pas ce qu'elles veulent dire » (L'Erreur spirite, p. 206). Cette croyance est qualifiée d'« absurdité pure et simple » (Aperçus sur l'initiation, p. 196)
  144. Aperçus sur l'initiation, p. 44.
  145. L'Erreur spirite, p. 3.
  146. Gilbert Durand, Les structures anthropologiques de l'imaginaire. Introduction à l'archétypologie générale, PUF, 1963 (Introduction et conclusion, passim), p. 21).
  147. Voir Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, deuxième partie « Les modes généraux de la pensée orientale », chapitre VII « Symbolisme et anthropomorphisme », p.116 de l'édition de 1997 chez Guy Trédaniel éditeur, (ISBN 2-85707-883-8).
  148. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, idem.
  149. Voir Aperçus sur l'Initiation, chapitres XVI, XVII et XVIII.
  150. Compte rendu par René Guénon de l'ouvrage de A. K. Coomaraswamy The Christian and Oriental or True Philosophy of Art, conférence donnée au Boston College, Newton, Massachusetts, en mars 1939. Ce compte rendu figure page 36 de l'ouvrage Compte Rendus, Éditions Traditionnelles, 1986.
  151. Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, ibid., p.116.
  152. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », publié dans les Études traditionnelles, 1943, et repris dans les Symboles fondamentaux de la science sacrée, chapitre L.
  153. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », op. cit.
  154. René Guénon, « Les symboles de l'analogie », Ibid.
  155. Voir René Guénon La Grande Triade, chapitre III, Ciel et Terre, Paris, Gallimard, p. 35.
  156. Ibid., p.36
  157. Ibid., chapitre XI « Spiritus, Anima, Corpus ».
  158. Voir René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, chapitre XVI, Le rite et le symbole.
  159. Ibid., chapitre XVII.
  160. Ibid.
  161. c.f. Autorité spirituelle et pouvoir temporel, chapitres II et III.
  162. c.f. Le Sanglier et l'Ourse in Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  163. c.f. Les racines des plantes in Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  164. c.f. Connaissance et action in Autorité spirituelle et pouvoir temporel.
  165. a, b, c et d ibid.
  166. c.f. L'ésotérisme de Dante et Aperçus sur l'initiation.
  167. c.f. Rose-croix et rosicruciens in Aperçus sur l'initiation.
  168. c.f. le chapitre Les origines du spiritisme in L'erreur spirite.
  169. c.f. L'erreur spirite, chapitre VI.
  170. c.f. le chapitre La confusion du psychique et du spirituel in Le règne de la quantité et les signes des temps.
  171. c.f. l'article Tradition et inconscient dans les Symboles fondamentaux de la Science sacrée.
  172. dont la thèse de Patrick Geay, Hermès trahi, Dervy, 1996.
  173. c.f. Jung. Le Christ Aryen, Plon, 1999.
  174. Sur ce sujet cependant, voir la critique de Anthony Stevens, On Jung (1999) à propos des ouvrages de Noll.
  175. C'est la réponse qu'il fit à Jean-Pierre Laurant qui lui présentait un projet de travail sur René Guénon (cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 311.
  176. Ch.-A. Gilis loc. cit. p. 21.
  177. Ainsi Luc Benoist écrira, à propos d’un article de J.-P. Laurant consacré à Guénon dans la Revue d'histoire des religions, qui fut repris dans « Le Sens caché » : « On peut regretter [que Jean-Pierre Laurant] ait […] emprunté ses moyens d’approche à la plus dérisoire des écoles de critique historique, celle de Taine, aussi officielle que fausse, et heureusement en défaveur, qui cherche dans la vie d’un écrivain l’inspiration de son œuvre, alors que l’œuvre est souvent le complément, la réaction inversée, la revanche contre la vie. […] D’ailleurs rien ne saurait être plus contraire à la position de Guénon lui- même, vis-à-vis de son œuvre, que le rapprochement de cette dernière avec sa vie, alors qu’il avait volontairement protégé cette œuvre de toute compromission terrestre. […] La dialectique de M. Laurant basée sur les preuves écrites a l’air d’ignorer que le papier supporte l’erreur comme la vérité, et surtout est aussi lacunaire que la chance et le hasard. »
  178. Mircea Eliade, Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240.
  179. Jacques Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932, cité par François Chenique, dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 246.
  180. « L'Église « intégriste » ne veut pas entendre parler d'ésotérisme, et l'Église « moderniste » se moque éperdument de Guénon, de l'intégrisme, etc. », commente Jean Tourniac dans un entretien reproduit dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon (p. 437).
  181. Sous-titré Jalons pour un accord doctrinal entre l'Église et le Védânta, Paris, Dervy-Livres, 1982, préfacé par Jean Tourniac.
  182. C'est du moins ce que suppose François Chenique, qui l'a connu personnellement, dans l'article qu'il lui consacre dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon (« La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », p. 417).
  183. Notice complète : abbé Henri Stéphane, Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Paris, Dervy-Livres, 1979 et 1983.
  184. François Chenique, « La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », loc. cit., p. 418.
  185. Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  186. Schuon affirme même qu'il s'agit d'une « supposition exclue que Guénon lui-même a déjà rejetée par avance », dans Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  187. Ces critiques sont développées dans l'article intitulé justement « Quelques critiques » paru dans le « Dossier H » consacré à René Guénon (1984).
  188. C'est à ce dernier point que répond l'article de René Guénon intitulé « Nécessité de l'exotérisme traditionnel », recueilli par la suite dans le recueil Initiation et Réalisation spirituelle.
  189. Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, p. 276.
  190. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 366.
  191. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », loc. cit., p. 367.
  192. voir par exemple « Ésotérisme et université » par Antoine Faivre, ou Mark Sedgwick, Against the Modern World: Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century - Michael Fitzgerald qui a fortement critiqué ce livre [1] place aussi Guénon parmi les auteurs importants de l'école pérennialiste [2]
  193. c.f. Le Règne de la quantité, chapitre « Tradition et traditionalisme ».
  194. c.f. K. H. Oldmeadow, « The Comparative Study of Eastern and Western Metaphysics: A Perennialist Perspective », R. Fabbri, « The perennialist school »
  195. Voir La crise du monde moderne, p. 89 (édition « Folio Essais »).
  196. « La science moderne, procédant d'une limitation arbitraire de la connaissance à un certain ordre particulier, et qui plus est le plus inférieur de tous, celui de la réalité matérielle ou sensible, a perdu, du fait de cette limitation et des conséquences qu'elle entraîne immédiatement, toute valeur intellectuelle, du moins si l'on donne à l'intellectualité la plénitude de son vrai sens [...] » (La Crise du monde moderne, p. 99 (édition « Folio Essais »).
  197. Dans son article « Sciences et tradition » (dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 48), Michel Michel remarque à ce propos que, « retournant, avec verve, les reproches d'obscurantisme que l'esprit rationaliste faisait aux sciences traditionnelles, René Guénon dévoile au contraire le caractère « empirique » de la science profane ».
  198. Umberto Eco, Les Limites de l'interprétation, Grasset, Paris, 1992, p. 118.
  199. Umberto Eco, op. cit., p. 122.
  200. Umberto Eco, « Préface » à l'édition de 1990 de Histoire des Rose-Croix et les origines de la franc-maçonnerie de Paul Arnold
  201. Patrick Geay, Hermès trahi. Impostures philosophiques et néospiritualistes selon l'œuvre de René Guénon, Dervy, Paris, 1996.
  202. Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, Gallmiard, 1978, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 241, note 3.
  203. Mircea Eliade, dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240.
  204. Lettre à Pierre Pulby du 17/07/1948, citée par Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, pp. 260-261.
  205. L'influence de Guénon sur les milieux littéraires a été étudiée en détail par Xavier Accart, dans sa thèse publiée sous le titre : Guénon ou le renversement des lumières, influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Edidit, 2005.
  206. « La tradition retrouvée dans le métier » est le titre d'un article que signe Guénon en janvier 1937 dans les Études traditionnelles pour soutenir l'entreprise de Gleizes de fonder une communauté d'artistes et d'artisans à Moly-Sabata (voir Jean-Pierre Laurant, René Guénon, Les enjeux d'une lecture, p. 259).
  207. Voir Albert Gleizes, La Signification humaine du cubisme (1939) et le compte-rendu qu'en fit Guénon dans les Études traditionnelles (repris dans le recueil Comptes-rendus, pp. 30-31).
  208. Voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 259.
  209. Pierre Alibert, « Albert Gleizes-René Guénon », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 398.
  210. Mentionné par Eddy Batache, « René Guénon et le surréalisme », dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 379.
  211. Publié dans la NRF de juillet 1953, et cité par Eddy Batache, loc. cit., dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 380
  212. Symboles fondamentaux de la science sacrée, p. 366, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 385.
  213. Études sur la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, T.I, p. 188, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 390.
  214. Texte d'une conférence donnée en Sorbonne le 10 décembre 1931 et publié dans la NRF deux mois plus tard, recueilli à partir de 1964 dans le recueil Le Théâtre et son double.
  215. Le point de vue qui fait voir en la métaphysique une idée « inhumaine », « inefficace et morte » « tient, comme dit René Guénon, à notre façon purement occidentale, à notre façon antipoétique et tronquée de considérer les principes (en dehors de l'éat spirituel énergique et massif qui leur correspond) » (Antonin Artaud, « La Mise en scène et la métaphysique », dans Le théâtre et son double, Gallimard, « Folio Essais », p. 66). La phrase citée, sans référence, est apocryphe, et Guénon se montrera surpris de se la voir attribuer, même s'il n'en désapprouve pas l'idée. « Pour autant que nous la comprenons », ajoute-t-il toutefois prudemment (appendice au Théosophisme..., p. 450).
  216. « Comptes-rendus d'articles de revue », mai 1932, recueillis en appendice au Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, pp. 449-450.
  217. Ainsi qu'il est écrit dans le Théâtre et son double (Gallimard, « Folio Essais », p. 236, note 5 ; ou s'agit-il d'une note de Paule Thévenin ?).
  218. « Je suis venu au Mexique pour fuir la civilisation européenne... », écrit-il dans un texte de 1936, recueilli dans Messages révolutionnaires, Gallimard, « Folio Essais », Paris, 1971, p. 139.
  219. Antonin Artaud, « Le théâtre et les dieux », conférence prononcée le 29 février 1936 à Mexico, recueilli dans Messages révolutionnaires, p. 48.
  220. Selon Daumal, une civilisation traditionnelle est une civilisation dans laquelle « l'ordre du monde, l'ordre des institutions et l'ordre de la vie humaine sont soumis à une idée centrale qui a forme et force, tous les savoirs et toutes les techniques concourent cet ordre, selon une hiérarchie de sciences sacrées et d'arts sacrés (le « sacré » étant défini par là même) », citation tirée de « Dictionnaires et encyclopédies » (1936), recueilli dans Chaque fois que l'aube paraît. Essais et notes, t. I, Paris, Gallimrard, 1953, p. 165.
  221. Repris dans le recueil Chaque fois que l'aube paraît, pp. 31-33.
  222. Ces deux citations sont extraites de Chaque fois que l'aube paraît, p. 31.
  223. a, b et c Chaque fois que l'aube paraît, p. 32.
  224. Chaque fois que l'aube paraît, p 32. Il est à noter que si Daumal aimait « Guénon et ses vitupérations », il n'en allait pas de même avec ceux qu'il nommait les « guénonistes », expliquant que ceux qu'il avait pu connaitre « étaient des fanatiques intolérants et, en général, assez étroits d'esprit » (lettre à Geneviève Lief du 16/09/1942, citée par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 325),
  225. Ainsi qu'il le note dans son Journal le 5 décembre 1921 (cité par Michel Lécureur, Raymond Queneau, biographie, Les belles Lettres/Archimbaud, Paris, 2002, p. 59.
  226. Qu'il lit et relit : cinq fois entre 1922 et 1927 pour l'Introduction générale..., L'Erreur spirite, Le Théosophisme..., trois fois pour Orient et Occident, etc. (voir Michel Lécureur, op. cit., p. 58).
  227. « Il y a deux hommes dont je devrais chercher à faire la connaissance : René Guénon et Picasso » (Journal du 2 janvier 1927, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 93).
  228. Michel Lécureur, op. cit., p. 176.
  229. Le Petit traité des vertus démocratiques, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 175.
  230. Raymond Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 183.
  231. Qui est, sinon à « compléter, du moins [à] comprendre », et que de toute façon, on ne peut, en tant que « profane », qu'« assimiler rationnellement » (Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 228.
  232. Voir, selon Michel Lécureur (op. cit., p. 430) les articles de mathématiques réunis dans Bords (1963).
  233. Michel Lécureur, op. cit., p. 513.
  234. Cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 60.