Fraternité
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La fraternité ou l’amitié fraternelle est, au sens premier du terme, l'expression du lien affectif et moral qui unit une fratrie. Par extension, cette notion désigne un lien de solidarité et d’amitié à d’autres niveaux : on peut parler de fraternité à l’échelon d'un groupe telles la fraternité au sein d'une association qui unit ceux qui luttent pour la même cause, la fraternité d’armes qui unit des combattants, ou encore les fraternités scoute, monacale, sportive... Au sens le plus large, la fraternité universelle - qui s'exprime notamment dans des idéaux comme l'universalisme, l'œcuménisme, le cosmopolitisme, l'internationalisme, le christianisme, etc... - fait résonner l'idée que tous les hommes sont frères et devraient se comporter comme tels, les uns vis-à-vis des autres. C'est le sens de la devise de la République française « Liberté, égalité, fraternité ». La Fraternité est un état d'unité, entre plusieurs individus. C'est un sentiment qui dépasse l'égo, qui rassemble plusieurs "moi" pour faire un "nous". Cet ensemble porte à son fondement, l'individu, le "moi", c'est donc un ensemble d'individualismes assemblés, de volontés personnelles combinées en un mouvement ; l'individu apporte par son unicité la valeur de la Fraternité. "L'individu pour le groupe" est la cause, le terreau, qui permet comme conséquence "le groupe pour l'individu".[1]
Sommaire |
Étymologie [modifier]
Fraternité vient du latin fraternitas qui fait référence à la relation entre frères et sœurs : la fraternité correspond au sentiment qui peut accompagner ce lien et comporte lorsqu'elle est culturellement valorisée, une dimension affective. Son contraire renvoie aux notions de désunion, de discorde, d'isolement, d'individualisme, associées à des comportements allant de la simple ignorance à l'inimitié.
En droit [modifier]
La notion de fraternité est citée dans le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »
Historique en France [modifier]
Le terme figure en troisième position dans la devise de la France « Liberté, Égalité, Fraternité », mise en place par la constitution de 1848.
- La fraternité est un terme clé de la Révolution française : « Salut et fraternité » est le salut des révolutionnaires de 1789. La Constitution de 1791 n'y fait allusion que pour justifier l'institution de fêtes nationales ( « Il sera établi des fêtes nationales pour conserver le souvenir de la Révolution française, entretenir la fraternité entre les citoyens, et les attacher à la Constitution, à la Patrie et aux lois. » Constitution du 3 septembre 1791, Titre I ). Les autres textes majeurs comme la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, la Constitution de l’an I (1793), ou la Charte de 1830 ne consacrent pas explicitement ce principe. Jacques Guilhaumou rappelle la devise imputée par les thermidoriens aux partisans de la terreur : " la fraternité ou la mort ", selon l'adage « Sois mon frère ou je te tue[2] » ; cette fraternisation peut être pratiquée par un « ensemble de moyens en vue d'établir ou de resserrer les liens d'une étroite union ».
- Adopté sur proposition de Jean-Baptiste Belley, ( un des premiers députés noirs, représentant de Saint-Domingue ) le terme apparaît pour la première fois dans les textes en 1848 à l'article IV de cette constitution : « Elle (la République française) a pour principe : la liberté, l’égalité et la fraternité. »
- Sous l’Occupation, Fraternité est le titre d'un journal clandestin de la Résistance française.
En morale [modifier]
Le concept de fraternité entre les hommes est largement évoqué. La morale stoïcienne s'en fait l'écho de façon précoce :[3]. « L'unité du genre humain, l'égalité des hommes, l'égale dignité de l'homme et de la femme, le respect des droits des conjoints et des enfants, la bienveillance, l'amour, la pureté dans la famille, la tolérance et la charité envers nos semblables, l'humanité en toute circonstance et même dans la terrible nécessité de punir de mort les criminels, voilà le fonds d'idées qui remplit les livres des derniers stoïciens. » (Maurice Denis)
Pour Charles Péguy, « la fraternité est un devoir d'urgence, celui d'arracher les misérables à la misère, plus important selon lui que la notion d'égalité matérielle, qui serait un devoir de convenance[4],[5]. »
Pour Jacques Attali: « On peut définir la fraternité comme un ordre social, dans lequel chacun aimerait l'autre comme son propre frère. [...] La fraternité est un but de civilisation, pas un état de nature [6]. »
En religion [modifier]
Dans le christianisme [modifier]
La fraternité est également présente dans la doctrine chrétienne.
En termes de statut [modifier]
il y a égale dignité de tous les hommes et femmes. Dans l'Évangile selon Matthieu, on peut lire : « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères [7]. »
Le texte de la Genèse rappelle -de manière symbolique- que tous les descendants d'Adam et Ève forment une même famille.
En termes de comportement [modifier]
il y a une invitation à la fraternité qui consiste à dépasser :
- les prescriptions de la Loi du Talion ( « œil pour œil, dent pour dent ») pour considérer le prochain comme soi-même : Il ne s'agit pas seulement de manière négative « de ne pas faire à autrui ce que l'on voudrait pas qu'on nous fit ».
- les préséances naturelles ou sociales : « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers. Quiconque s'élève sera abaissé, quiconque est abaissé sera relevé »
- les rapports de possession ou de propriété , par la charité, le partage et la promotion de la « destination universelle des biens »
- les situations d'inimitié ou de conflit : « Lorsque tu veux déposer une offrande (à Dieu), si tu as un différend avec ton frère, va d'abord te réconcilier avec ton frère »
- la violence et les rapports de forces : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tend la joue gauche »
Dans l'Islam [modifier]
Dans le Judaïsme [modifier]
Conflit entre frères dans les mythes fondateurs [modifier]
Le mot de fraternité est souvent utilisé pour désigner le lien positif qui unit deux frères, ou deux hommes comme s'ils étaient frères. Mais les mythes fondateurs font aussi état de rivalités fraternelles : le meurtre d'Abel par son frère Caïn ; Joseph vendu par ses frères; Esau qui vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles; le Fils prodigue, méprisé par ses frères. Dans la mythologie romaine Romulus et Rémus , les deux jumeaux fondateurs de Rome avec le meurtre par le premier du second.
Psychanalyse [modifier]
L'ouvrage « Le Frère du précédent»[8] du psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis présente une réflexion sur la fraternité. Pontalis s'intéresse seulement à la fraternité de deux frères; lui-même Jean-Bertrand et Jean-François Pontalis. « Un jour, il y a une vingtaine d'années de cela, Jean-François me dit : « Tu sais, ce que j'espère, c'est que, si ton nom apparaît dans un dictionnaire, j'y sois mentionné aussi comme frère du précédent. Cela me fit sourire à l'époque, cela m'émeut profondément aujourd'hui. »(p.15)
Notes et références [modifier]
- http://pensees-errantes.blogspot.fr/2013/04/fraternite.html
- Marcel David, Fraternité et révolution française, 1987, 350 p.
- http://www.infologisme.com/fr/article.php?AIndex=45#1.2
- Charles Péguy, Jean Coste, éd. Actes Sud Labor L'Aire, coll. Babel, 1993, p. 55
- http://fr.wikiquote.org/wiki/Charles_P%C3%A9guy#De_Jean_Coste
- Jacques, Attali, Fraternités. Une nouvelle utopie, Éd. Fayard, 1999
- Évangile selon Matthieu 23,8
- Le Frère du précédent par Jean-Bertrand Pontalis, Éditions Gallimard, 2006.
Bibliographie [modifier]
- Régis Debray, Le Moment fraternité, Paris, 2009 Gallimard, (essai)