Maria Deraismes

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher
Portrait de Maria Deraismes par Jean-Baptiste Daniel-Dupuis, 1893.

Marie Adélaïde Deraismes, dite Maria Deraismes est une féministe et femme de lettres française née le 17 août 1828 à Paris et décédée le 6 février 1894 dans le 17e arrondissement de Paris[1]. Elle est la première femme à avoir été initiée, en France, à la franc-maçonnerie à la fin du XIXe siècle.

Sommaire

Biographie [modifier]

Nécrologie de Maria Deraismes parue en 1894 dans Le Petit Parisien[2].

Inscrite dans son siècle où les idées féministes prolifèrent et agitent la vie intellectuelle au même titre que les oppositions entre républicains et conservateurs[3], sa culture et son éloquence lui donnent l'occasion de mettre en valeur ses talents d'oratrice : les rédacteurs du journal L’Opinion nationale, M. Labbé et Léon Bicher, organisateurs des conférences du Grand Orient de France, l'invitent à y prendre la parole. De 1866 à 1870, Maria Deraismes développe dans de multiples conférences des sujets divers sur la morale, l'histoire, la littérature, l'éducation, à travers le prisme du féminisme. Elle est la cofondatrice en 1869 avec Paule Minck, Louise Michel et Léon Richer la « Société pour la revendication des droits civils des femmes », puis en 1870, toujours avec L. Richer, l'Association pour le droit des femmes, qu'elle préside. Pendant ces deux années elle soutient activement le groupe de Louise Michel, André Léo, Élisée Reclus visant à l'instauration d'une éducation pour les filles. Après la guerre de 1870, Maria Deraismes, propagandiste de la jeune République, défend les idées démocratiques, et en 1876 elle fonde la « Société pour l'amélioration du sort de la femme ». Elle entreprend alors une nouvelle série de conférences sur les Droits de l'enfant, le suffrage universel, etc. En 1878, elle coorganise avec Léon Richer le Congrès international du droit des femmes, qui aborde cinq principaux thèmes : histoire, éducation, économie, morale et législation[4]. En 1881, elle organise, avec Victor Poupin, le 1er Congrès anticlérical au G.O.D.F. ; elle devient dirigeante du journal Le Républicain de Seine et Oise la même année où ce droit est accordé aux femmes[5].

Idéologies [modifier]

Libre-penseuse, anticléricale et théoricienne du féminisme[6] elle dénonce initialement la différence des droits civils entre hommes et femmes, puis défend ultérieurement, mais de façon moins centrale, le droit de vote pour les femmes. Avec Josephine Butler, elle se bat pour l'abolition de la prostitution, alors régulée par l'État. Selon elle, ce n'est pas seulement la femme qui est une victime de l'oppression masculine, de l'antagonisme entre hommes et femmes, mais la société tout entière qui doit examiner les avantages ou inconvénients tirés de cette inégalité.

Farouche défenseur de l'égalité entre hommes et femmes, « les deux genres sont coexistants et nécessaires à la procréation; donc ils sont égaux », et distinguant genre et sexe, elle affirme : « L’infériorité des femmes n’est pas un fait de la nature, nous le répétons, c’est une invention humaine, c’est une fiction sociale »[7]

La lutte aux côtés des homme républicains qui la soutiennent lui pose un problème, puisqu'elle doit lutter avec des personnes qu'elle considère comme étant opposés à une réelle émancipation des femmes[5]. L'influence de Léon Richer dans son mouvement est d'ailleurs dénoncée par les militantes, et en premier chef par elle-même et Julie-Victoire Daubié, lorsqu'elles pointent que « ces messieurs ne vont pas aussi loin que nous » dans les revendications qu’ils portent au nom des femmes, puisque « leurs intérêts ne sont pas les mêmes ». À la mort de Léon Richer, les femmes reprennent le contrôle du mouvement, et les hommes qui interviennent ne le font que dans un rôle d'auxilaire[8].

Elle dénonce en parallèle une vision trop romantique de la femme, une divinisation, qui bride son émancipation ; que ce soit dans la peinture, la littérature, le théâtre, domaines pour lesquels elle se livre, à travers des conférences, à des revues critiques argumentées d'auteurs aussi bien historiques, que contemporains[5]. Jean-Jacques Rousseau, après avoir été encensé par les républicains les décennies précédentes, n'échappe pas à ses critiques, bien qu'elle soit moins virulente que Séverine dans son expression. Tout en lui trouvant la circonstance atténuante d'avoir répliqué des propos tenus par d'autres, elle s'appuie sur les idées de Rousseau développées dans le création des inégalités, mais dénonce son mépris de la femme et le modèle d'éducation proposé aussi bien pour L'Émile que pour Sophie, les trouvant aussi pernicieux pour l'homme que pour la femme. À l'inverse elle est très critique avec l'homme du peuple, qui selon elle méprise et humilie sa compagne, et elle attribue les inégalités entre sexes plus à la paresse des uns et des autres qu'aux structures politiques gouvernantes[9].

Vie maçonnique [modifier]

En janvier 1882, une loge maçonnique régulièrement constituée, Les Libres-Penseurs à l'Orient du Pecq, membre de la « Grande Loge symbolique écossaise », se prépare à l'initier. La GLSE ayant refusé de donner son accord, cet atelier proclame son autonomie le 9 janvier pour procéder son initiation le 14 janvier. Pour ne pas causer d'ennuis à ses frères précurseurs, elle se retire ensuite, et la loge du Pecq rejoint, sans elle, son obédience d'origine peu de temps après[10]. Mais Maria Deraismes ne reste pas pour autant inactive : le docteur Georges Martin, ardent féministe et cherchant à faire admettre les femmes dans la maçonnerie, l'aide dans cette tâche.

Onze ans après, Maria Deraismes réunit chez elle, les 1er juin 1892 et 4 mars 1893, seize femmes de la bourgeoisie républicaine à qui elle va donner la Lumière Maçonnique. Assistée de Georges Martin, elle leur confère le premier grade symbolique d' apprenti-maçon le 14 mars 1893; celui de compagnon le 24 mars et celui de maître le 1er avril. En tant que Vénérable fondatrice, elle fait procéder le 4 avril à l'élection des officiers et à la lecture des articles de la Constitution déposée au Ministère de l'Intérieur et à la Préfecture de Police, articles qui furent adoptés par vote[10]. La « Grande Loge Symbolique Écossaise mixte de France « Le Droit Humain » » est ainsi définitivement constituée qui deviendra, très vite l'Ordre maçonnique mixte international « le Droit humain ».

Maria Deraismes ne verra pas son travail achevé. Le mal[Quoi ?] dont elle souffrait l'emporte le 6 février 1894. La tâche d'organisation et de développement du Droit Humain reviendra alors au docteur Georges Martin.

Hommages [modifier]

Une statue, hommage public inauguré en 1898, lui est dédié dans le square des Épinettes (17e arrondissement). Cette œuvre de Louis-Ernest Barrias est détruite par l'occupant allemand en 1943 pour récupération des métaux non ferreux à destination de l'armement. La statue a été refondue en 1983 par la fonderie de Coubertin et ré-érigée dans le square[11]. Une des rues longeant ce square porte son nom.

Elle possédait une maison à Pontoise, alors en Seine-et-Oise, et un buste la représentant se trouvait dans le quartier de l'Hermitage. Ce buste avait subi le même sort que la statue du square des Épinettes. Il a été ré-érigé en octobre 2000, grâce à l'action de l'Association laïque des Amis de Maria Deraismes.

En 1894, la rue Maria-Deraismes dans le 17e arrondissement de Paris prend son nom et vers 1980, un lycée professionnel situé au no 19 de la même rue lui rend hommage.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Notes et références [modifier]

  1. Voir son acte de décès sur les archives en ligne de Paris. Les tables décennales du XVIIe arrondissement ont répertorié Maria de manière erronée à Deraisons Marie Adélaïde.
  2. Le Petit Parisien, 7 février 1894, page 2, 3e colonne. La date de naissance indiquée ici est erronée.
  3. Le féminisme sous la troisième république: 1870-1914 Klejman Laurence, Rochefort Florence, Matériaux pour l'histoire de notre temps. 1985, N. 1. Histoire des femmes et du féminisme. pp. 8-11, doi : 10.3406/mat.1985.403977
  4. Léon Richer et Maria Deraismes Litterama, janvier 2011
  5. a, b et c Maria Deraismes, Ève dans l’humanité Jean-Claude Caron, Revue d'histoire du XIXe siècle, Éditions Abeille et Castor, 2008. ISBN : 978-2-917715-00-0
  6. Destins de femmes. Religion, culture et société (France, XIXe-XXe siècles) Letouzey et Ané, Anne Cova, Bruno Dumons (éd.), Paris, , coll. « Mémoire chrétienne au présent », 2010
  7. Le gender est-il une invention américaine ?Karen Offen, Editeur Presses univ. du Mirail, Clio 2006/2 (n° 24)
  8. Les hommes pro-féministes : compagnons de route ou faux amis? Francis Dupuis-Déri, Recherches féministes, vol. 21, n° 1, 2008, p. 149-169
  9. La critique féministe de Rousseau sous la Troisième République Tanguy L’Aminot, C.N.R.S. – UMR 8599 de Paris IV-Sorbonne, 1995
  10. a et b (Daniel Ligou et al. 2000, p. 154-155)
  11. La signature du fondeur et la date de la fonte sont lisibles sur le socle de la statue.

Voir aussi [modifier]

Bibliographie [modifier]

Ouvrages utilisés pour la rédaction de cet article [modifier]

  • Françoise Jupeau-Réquillard, La Grande Loge Symbolique Écossaise 1880-1911 ou les avant-gardes maçonniques, Éditions du Rocher, 1998, 316 p. (ISBN 2-268-03137-3).
  • Daniel Ligou et al., Histoire des Francs-Maçons en France, vol. 2, Privat, 2000 (ISBN 2-7089-6839-4) 

Autres sources de l'article [modifier]

Ouvrages de M. Deraismes en éditions modernes [modifier]

  • Eve dans l'humanité, articles et conférences de Maria Deraismes, Préface d'Yvette Roudy, éd. Abeille et Castor, Angoulême, 2008
  • Les Droits de L'enfant : Conférence de Maria Deraismes, Éd. Mario Mella, Lyon, 1999
  • Ce que veulent les femmes, articles et discours de 1869 à 1894, éd. Syros, 1980

Ouvrages de M. Deraismes en éditions originales [modifier]

  • Nos principes et nos mœurs,éd. Michel Lévy frères, Paris, 1868
  • L’Ancien devant le nouveau, Librairie nationale, Paris, 1869
  • Lettre au clergé français, éd. E.Dentu, Paris, 1879
  • Les Droits de l’enfant, éd. E.Dentu, Paris, 1887
  • Épidémie naturaliste [Émile Zola et la science, discours prononcé au profit d’une société pour l’enseignement en 1880] par Maria Deraismes, éd. E.Dentu, Paris, 1888
  • Ève dans l’humanité, éd. L. Sauvaitre, Paris 1891

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :