Grande famine en Irlande

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Représentation de Bridget O'Donnel avec ses deux enfants, qui subirent la Grande famine irlandaise. Image publiée dans l'Illustrated London News le 22 décembre 1849.

La Grande Famine (en irlandais An Gorta Mór ou An Drochshaol, en anglais the Blight, The Irish Potato Famine ou The Great Famine) est le nom donné à une famine majeure en Irlande entre 1845 et 1852. Cette catastrophe fut en grande partie le résultat de cinquante années d'interactions désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inappropriées et l'apparition du mildiou sur l'île, un parasite qui anéantit quasi radicalement les cultures locales de pommes de terre, nourriture de base des paysans irlandais.

Contexte[modifier | modifier le code]

La révolte des catholiques irlandais contre Oliver Cromwell entraîna en 1649 une répression brutale et la mise en place des Penal laws destinées à les discriminer. Parmi cette série de mesures, le Property Act instituait que les terres des catholiques, au lieu d'être transmises au fils aîné, devaient être divisées entre tous les fils d'une même famille, ce qui entraîna une baisse importante de la taille des exploitations agricoles et une vulnérabilité croissante de leurs exploitants. Pour subsister, les Irlandais pratiquèrent surtout la culture de la pomme de terre – tubercule nourrissant et ne nécessitant que peu d'espace pour être cultivé. Par ailleurs, beaucoup de paysans n'étaient pas propriétaires de leur terre et devaient payer un loyer à un landlord protestant et britannique. Au début du XIXe siècle, la relative prospérité des campagnes avec un climat clément permettait à une parcelle de nourrir une famille correctement et la population qui en 1801 se situait entre 4 et 5 millions d’habitants passa à 9 millions quarante ans plus tard. Les parcelles se révélèrent trop petites pour nourrir une famille.

Une catastrophe de grande ampleur[modifier | modifier le code]

Production de pommes de terre pendant la Grande Famine[1].

La venue d'Europe continentale du mildiou, un parasite appelé Phytophtora infestans, alliée à l'humidité du climat, provoqua une forte chute, de l'ordre de 40 %[2], de la production de pomme de terre en 1845 et entraîna une famine de grande ampleur. Contrairement à ce qui s'était passé pendant la famine de 1780, les ports irlandais restèrent ouverts sous la pression des négociants protestants et l'Irlande continua à exporter de la nourriture. Alors que dans des régions de l'île des familles entières mouraient de faim, des convois de nourriture appartenant aux landlords, escortés par l'armée, partaient vers l'Angleterre. Certains propriétaires expulsèrent même leurs paysans, y compris s'ils étaient en mesure de payer leur loyer comme lors de l'incident de Ballinglass. Malgré tout, en 1845, la pénurie ne fut pas de plus grande ampleur que d'autres crises régionales précédentes qui ne sont pas restées dans les mémoires. Ce n'est que l'anéantissement de la récolte de pomme de terre au cours de trois des quatre années qui suivirent qui entraîna la famine et les épidémies auxquelles les institutions de secours, qu'elles soient gouvernementales ou privées, s'avérèrent incapables de faire face[2].

Plusieurs initiatives de charité furent prises. En 1845, par exemple, le sultan ottoman Abdülmecit Ier déclara son intention d'envoyer 10 000 £ pour les paysans irlandais, mais la reine Victoria demanda que le sultan n'envoie que 1 000 £, car elle-même avait donné seulement 2 000 £. Le sultan envoya donc 1 000£ et 3 navires remplis de nourriture, que les soldats britanniques tentèrent de bloquer.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Article connexe : diaspora irlandaise.
Evolution des populations irlandaise et européenne pendant la Grande Famine.

S'il n'existe pas de décompte officiel du nombre de décès entre 1846 et 1851, diverses estimations récentes évaluent à un million le nombre total de victimes, particulièrement dans les comtés les plus pauvres[2]. La Grande Famine eut d'ailleurs des conséquences importantes en matière foncière, en accentuant le phénomène de concentration des terres et d'augmentation de la taille moyenne des exploitations souhaité par les landlords : entre 1841 et 1851, la part des tenures de moins de cinq acres passa de 35 à 20 %, quand celle des tenures de quinze acres et plus augmenta de 31 à 48 % des terres agricoles irlandaises[2].

La famine perdura jusqu'en 1851, mais eut des répercussions pendant encore plus longtemps, en particulier sur la démographie de l'Irlande. Aux morts de la famine, il faut en effet ajouter près de deux millions de réfugiés, et autant d'émigrants, essentiellement à destination de la Grande-Bretagne, des États-Unis, du Canada et de l'Australie[3]. Si les émigrants venaient de toutes les régions d'Irlande, ils étaient plus nombreux à venir des comtés et des classes sociales pauvres. L'émigration irlandaise de l'époque se caractérisait en outre par la plus grande part de femmes à s'exiler, contrairement à ce que l'on pouvait constater généralement dans les autres pays[3]. En tout, la population irlandaise baissa de près d'un quart en dix ans, passant de huit à environ six millions de personnes. L'émigration devint dès lors un phénomène structurel[3] : elle se poursuivit jusqu'en 1911, date à laquelle la population irlandaise tomba à 4,4 millions de personnes, soit son niveau de 1800.

Sur le plan culturel, la famine fut aussi l'un des facteurs du déclin de la langue gaélique (ou irlandais)[4] , langue parlée par plus de 90 % des Irlandais avant 1845, et dont la vitalité était le principal signe de résistance du peuple irlandais, et que les Britanniques ne parvenaient pas à éradiquer, à moins de 20 % de la population en 1860. Un grand nombre des orphelins de la famine reçurent dans les orphelinats la langue anglaise en héritage. La langue gaélique ne se remit jamais de la grande famine de 1845-1851, et aujourd'hui, seul un tiers des Irlandais parlent la langue de leurs ancêtres. Pour les émigrants, la langue fut abandonnée avec le temps, et les générations, l'émigration se concentrant en des pays anglo-saxons. (ex : États-Unis, Canada)

Les Irlandais accusèrent le Royaume-Uni de les avoir volontairement abandonnés. L'armée britannique possédait les plus grandes réserves alimentaires d'Europe, qu'elle refusa de partager. Cette catastrophe est à l'origine d'un renouveau du nationalisme irlandais, se traduisant notamment par la naissance du mouvement Young Ireland. John Mitchel, l'un des leaders du mouvement, a écrit en 1860: «Le Tout-Puissant, en effet, a envoyé le mildiou, mais les Anglais ont créé la famine».

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

La Grande Famine dans la littérature :

  • Trinité, 3 tomes (la Jeunesse de Conor, Caroline, Shelley), Leon URIS
  • Famine, Roman de Liam O'Flaherty publié en 1937. Traduction en français par C.D. Jonquières publiée en 1983 par Jean Picollec Éditeur. (ISBN 2253031895)
  • L'adieu au Connemara, Roman d'Hervé Jaouen. Presses de la Cité, 2003 - Pocket no 12069, 2005.
  • Pendant la famine, en Irlande : journal de Phyllis McCormack, 1845-1847 / Carol Drinkwater.- Gallimard jeunesse (Mon histoire), 2006. Trad. de l'anglais par Bee Formentelli
  • Chimères, roman de Nuala O'Faolain, publié en 2001, réédité chez 10/18 domaine étranger.

The Fields of Athenry est une chanson irlandaise reprenant le thème de la Grande Famine. Le nom du groupe Black 47, fondé en 1989, fait référence à la Grande famine.

"Primordial - The Coffin Ships. Est une musique créée par le groupe irlandais de black metal Primordial, en mémoire de la famine de 1845.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF](en) P. M. Austin Bourke, « The Extent of the Potato Crop in Ireland at the time of the Famine », Dublin: Journal of the Statistical and Social Inquiry Society of Ireland, Dublin, Ireland, Statistical and Social Inquiry Society of Ireland, vol. XX, Part III,‎ 1960, p. 1–35 (ISSN 00814776, lire en ligne)
  2. a, b, c et d Sean Duffy (dir), Atlas historique de l'irlande, éditions Autrement, 2002, p. 92
  3. a, b et c Sean Duffy (dir), Atlas historique de l'Irlande, éditions Autrement, 2002, p. 102
  4. « 'L'histoire de la langue irlandaise' », eu2013.ie (présidence irlandaise de l'Union européenne 2013) (consulté le 26 avril 2013).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christine Kinealy, This Great Calamity: The Irish Famine 1845-52, Gill & Macmillan, 1995.
  • (en) Cecil Woodham-Smith, The Great Hunger: Ireland 1845-1849, Signet, New York, 1964.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]