Véda

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La tradition du chant védique *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Apprentissage des veda à Nachiyar Kovil (Tamil Nadu) en 2011
Apprentissage des veda à Nachiyar Kovil (Tamil Nadu) en 2011
Pays * Drapeau de l'Inde Inde
Région * Asie et Pacifique
Liste Liste représentative
Fiche 00062
Année d’inscription 2008
Année de proclamation 2003
* Descriptif officiel UNESCO

Le Veda (devanāgarī : वेद - sanskrit : « vision » ou « connaissance »)[1] est un ensemble de textes qui auraient été révélés (par l'audition, Shruti) aux sages indiens nommés Rishi. Cette « connaissance révélée » a été transmise oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l'hindouisme jusqu'à nos jours sur une période indéterminée.

Les premiers textes de la tradition védique sont composés à partir du XVe siècle av. J.-C.[2],[3] et sont progressivement réunis en collections nommées Saṃhitā. Pour marquer l'unité du Véda qui se manifeste en une multiplicité de textes, la tradition hindoue nomme « Triple Véda » l'ensemble des trois premiers recueils de textes : un recueil de poèmes (stances) forme le Rig-Veda, un recueil de chants rituels le Sama-Veda, une collection de formules sacrificielles le Yajur-Veda. Une famille de brahmanes nommée Atharva donne son nom à l'Atharva-aṅgiras, livre de magie blanche et noire, qui est accepté comme constituant du « Quadruple-Véda », sous le nom de Atharva-Veda, après une longue période de controverses.

Le passage du védisme au brahmanisme commence avec la rédaction des Brāhmaṇa, spéculations rituelles en prose. Et la transition du brahmanisme à l'hindouisme s'accompagne de la rédaction des Āraṇyaka puis des Upaniṣad. La compilation de ces textes est attribuée au sage Vyāsa, et les parties les plus récentes des écritures du Véda dateraient du Ve siècle av. J.-C.[2] Ce corpus littéraire, un des plus anciens que l'on connaisse, est la base de la littérature indienne. Ces textes, qui traitent du rituel et de philosophie, contiennent des passages qu'étudieront l'astrologie et l'astronomie, pour tenter de dater ces textes. « La tradition du chant védique » a été proclamée en 2003 puis inscrite en 2008 par l'UNESCO sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité[4].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le thème nominal indo-aryen veda-, passé tel quel en sanskrit (वेद) ajoute une voyelle thématique -a à la racine VID- transformée en VED- par alternance vocalique: VID- > VED- > veda-[5].

Pour Jean Varenne, le lexème VID- donne deux thèmes verbaux différenciés mais de sens complémentaires : VID- > VED- > VET- > vetti (il sait) et VID- > VIND- > vindati (il trouve : hij vindt en néerlandais, he finds en anglais)[6].

La sémantique du nom veda- s'étend donc du sens de « découverte, révélation » qui correspond à l'expérience des premiers sages védiques qui entendirent le son primordial manifesté par le Véda originel, jusqu'au sens de « science, savoir » donné aujourd'hui par l'hindouisme à ce mot. Louis Renou étend ainsi la traduction du mot veda- : « connaissance, science, notamment science sacrée, textes sacrés, Saintes Écritures, Véda au nombre de quatre ou de trois »[7].

Le Veda[modifier | modifier le code]

La tradition indienne conçoit la science sacrée, « le » Veda, comme une connaissance éternelle et unique qui, au fil du temps, intègre successivement ses multiples manifestations.

L'unique Veda[modifier | modifier le code]

Le Veda des origines intègre d'abord sa « perception » par chacun des sages Rishis primordiaux au sein d'une écoute, la Shruti, transmise de bouche à oreille de génération en génération et perpétuellement « écoutée » jusqu'à nos jours[8].

Le Triple-Veda[modifier | modifier le code]

Au cours de l'histoire du monde indien, le Veda intègre la traduction poétique de cette écoute en stances qui forment la tradition primitive du Rigveda. Le Veda intègre aussi l'invention des modes de cantillation de ces stances qui forment une seconde tradition, celle du Samaveda. Le Veda intègre de même les dédicaces et invocations en prose constitutives d'une troisième tradition, celle du Yajurveda. Cette intégration de trois traditions orales culmine avec l'institution et le développement du sacrifice védique, la Yajña, le Veda est alors nommé Triple-Véda pour marquer l'unité de la connaissance manifestée sous trois aspects (connaissance des stances, connaissance des chants, connaissance de la liturgie védique). À ce niveau d'intégration le mot veda peut désigner, outre la connaissance en elle-même, chacune de ses modalités et l'indien dit alors, avec Louis Renou, que le Triple-Véda contient trois « védas » (Rig- Sama- Yajur-)[9].

Le Quadruple-Veda[modifier | modifier le code]

Le Veda intègre ensuite une tradition nommée Atharvangiras de formules magiques utilisées hors du contexte sacrificiel du Yajña, employées durant les rites domestiques par lesquels le brahmane en fonction de purohita protège son commanditaire de puissances numineuses néfastes. Après de nombreuses réticences de brahmanes védiques le Véda intègre enfin cette tradition nouvelle devenue Atharvaveda à celle du Triple-Véda, cette intégration forme celle d'un Quadruple-Véda, un Véda manifesté en quatre traditions complémentaires[10].

Par extension du mot veda-, l'indien désigne maintenant chacun de ces recueils de textes sacrés par le terme véda, et Louis Renou traduit « vedas » par « Saintes Écritures ». Dans son livre Upanishads, Max Müller décrit ces textes védiques et les classe sous la forme d'un tableau synoptique[11].

Le Multiple-Veda[modifier | modifier le code]

L'évolution du védisme au brahmanisme voit ensuite le Véda intégrer les traditions orales et écrites des Brahmanas. L'évolution vers l'hindouisme contemporain mène à l'intégration des Upanishads au Véda qui peut finalement être qualifié de Multiple-Véda sans que ce terme signifie que le Véda éternel perd sa foncière unité[12].

Les Rishi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rishi.

Les Rishi (ṛ ṣi en IAST, ऋषि en devanāgarī) sont les sages primordiaux mythiques qui écoutent, et entendent le ṛ ta[13], rythme du cosmos manifesté dans le cours régulier des étoiles (ṛ kṣa) et la succession régulière des saisons (ṛ tu).

L'écoute perpétuelle (Shruti) de l'ordre éternel (ṛ ta) permet aux Rishi[14] de connaître (Veda) cet ordre et de trouver (Veda) les moyens de l'exprimer en strophes (ṛ cā) rythmées, bien mesurées, qui se transmettent régulièrement de bouche à oreille jusqu'aux indiens d'aujourd'hui[15] et les dépassent, éternellement transmises aux générations hindouistes à venir car, « Aryas pères d'une heureuse lignée, puissions-nous chanter longtemps encore dans le sacrifice »[16].

La Shruti[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Shruti.

Le mot Shruti (écrit श्रुति en devanāgarī et transcrit śruti en IAST) est construit sur la racine sanscrite ŚRU- qui signifie « écouter, entendre, apprendre »[17]. L'adjonction d'un suffixe -ti permet de construire un nom féminin signalant une action, śruti est littéralement une « audition » qui manifeste une « révélation »[18]. La Shruti révèle le Veda, l'écoute mène à la découverte et au savoir[19]. Cette Shruti est le fruit d'une cognition intuitive de la vérité éternelle[20] par des sages inspirés nommés Rishi (ṛṣi).

Le Veda[modifier | modifier le code]

Veda est un mot hérité du vieil-indien[21] passé ensuite dans la langue sanscrite, qui peut se traduire par « vision » ou « connaissance »[22]. En tant que concept de la culture indienne archaïque, le Veda est une puissance agissante fondamentale qui se manifeste dans l'intuition cognitive de l'ordre cosmique par des hommes inspirés[23]. On y trouve certaines tendances au monisme[24] ils ne conçoivent donc aucune séparation au sein d'un monde unitaire, monde cyclique car sans commencement et sans fin, monde dynamique car ils perçoivent les phénomènes naturels et mentaux comme des manifestations de forces cachées numineuses[25]. En cohérence avec cette mentalité, les indiens de tous les temps considèrent aussi le Veda comme unique, dynamique, et incréé.

La coopération du Veda aux cycles cosmiques permet à la culture indienne d'y accrocher les phases successives de son évolution. Le Veda est considéré, dès l'origine, comme manifestation des régularités de l'ordre cosmique dans l'écoute attentive des sages primordiaux (la Shruti des Rishi). Cette « écoute » marque la naissance du védisme, pour lequel le rituel du yajña[26] est le « nombril » de la manifestation du Veda, centrée sur la vedi, une excavation superficielle recouverte d'herbe barhis[27]. Le Veda reste toujours cette force agissante singulière qui manifeste le fondement dynamique de l'univers.

Après les Sages Rishi primordiaux, le védisme, le brahmanisme, puis l'hindouisme considèrent tous l'unicité et la perpétuité du Véda, manifesté dans l'expression de leurs vœux (vrata) qui fleurissent dans une multitude de « poèmes » (rig) oralement en recueils (saṃhitā), car seule la récitation consciente et correcte et à haute voix prend valeur de Véda. « Le mortel qui par le feu sacré, par l'invocation, par le Veda, par l'offrande, par les rites pieux, honore Agni, obtient des coursiers rapides et vainqueurs, et une gloire éclatante »[28] ainsi chante Sobhari, fils de Kaṇva.

Lokamanya Bāl Gangādhar Tilak, dans son livre Orion ou Recherches sur l'Antiquité des Védas écrit en 1893[29] s'efforce, à l'aide d'observations astronomiques tirées des Veda-saṃhitā, de démontrer, pour certains des « hymnes », une datation reculant d'au moins quatre mille ans, voire davantage.

Shruti et Smrti[modifier | modifier le code]

Shruti et littérature sacrée[modifier | modifier le code]

La littérature indienne classique comprend deux catégories de textes, les textes « sacrés » qu'elle rattache à la Shruti, écoute des manifestations du Veda, et les œuvres profanes nées de l'inventivité humaine, transmises par la Smrti, la mémorisation.

Aujourd'hui encore ils ne sont transmis qu'oralement[30] par une technique mnémonique unique, mot par mot, syllabe par syllabe, une technique plus fiable encore que la retranscription, qui tourne vite au téléphone arabe. Les premiers traducteurs européens du Triple Véda le considèrent comme un ouvrage de poésie lyrique, et nomment « hymnes » les stances du Rig-Veda[31]. Pour la culture indienne, ces textes fondamentaux intègrent le Véda, « connaissance » absolue, qui s'exprime par le son primordial de l'univers révélé aux Rishi, et le murmure produit par son activité modulé dans l'expression orale du contenu littéraire des Saṃhitā.

La multiplicité des Veda-saṃhitā et des textes « sacrés » qui s'intègrent ensuite progressivement au Veda incite certains érudits à nommer « les védas » les différentes Saṃhitā et les textes subséquents qui s'y rattachent, tels les Brahmana, les Aranyaka, les Upanishad.

Smrti et littérature profane[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature indienne.

Prise au sens large, la mémorisation (Smrti) de textes « profanes » inclut différentes collections de Sutra, des textes explicatifs de techniques védiques également écrits sous la forme de sutra, des traités légaux dits Dharmashastra, des textes éthiques dits Nitishastra, et des textes épiques tels le Mahābhārata et le Ramayana[32].

Védisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Védisme.

Les trois premières collections, dont l'ensemble se nomme Triple-Véda pour bien souligner l'unité du Veda[33], sont les stances védiques du Rig-Véda, les chants védiques du Sama-Véda, et les formules védiques sacrificielles du Yajur-Véda.

Triple Veda-samhita[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Rig-Veda, Sama-Véda et Yajur-Véda.

Les Saṃhitā (devanagarī : संहिता) du Triple Véda sont :

La Rigveda-saṃhitā (devanāgarī : ऋग्वेद) contient des hymnes pour féliciter et appeler les devas. Le Rig-Véda est le recueil de base dont sont dérivés les autres Véda-samhitas. Il comporte 1028 hymnes répartis en 10462 stances, le premier étant dédié à Agni, protecteur du Rig-Véda. Ils constituent un trésor poétique source d'inspiration de prières ou de récitations liturgiques.

La Sāmaveda-saṃhitā consiste principalement en stances tirées du Rig-Véda et adaptées à la récitation chantée. C'est un cantique avec des notations musicales et des indications de mélodies.

La Yajurveda-saṃhitā regroupe des formules en vers et en prose mêlés, directement affectés au culte et disposés dans l'ordre où elles sont utilisées lors des cérémonies de la liturgie.

Quadruple Veda-samhita[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Atharva-Véda.

Le premier texte à intégrer le Véda après les trois Saṃhitā nommé Triple-Véda est l'Atharvaveda-saṃhitā, recueil de textes utiles au purohita- (protecteur, homme-médecin) mais non utilisés au cours du rituel des yajñâ (sacrifices védiques).

La Atharvaveda-saṃhitā contient des charmes magiques de longue vie, contre la maladie, la possession démoniaque, pour gagner l'amour d'autrui ou la richesse.

Beaucoup plus tard, ce quatrième recueil, le Atharva-Véda (de « Atharva », nom d'une famille de prêtres) fut progressivement accepté comme intégrante du Quadruple-Véda.

La société védique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Védisme.

Les Véda-samhitas permettent de connaître les bases de la culture des Aryens. Ils font référence aux ennemis des Aryens comme étant les Dâsas (esclaves), décrits comme noirs de peau (peut-être les Dravidiens). Les Aryens constituent des monarchies tribales dirigées par le rajah (râja), terme apparenté au latin « rex ». Il partage sa souveraineté avec deux conseils de tribu, la sabhâ et la samiti, qui participent à son élection. Il est assisté par un général (senâni) et un grand prêtre officiant (purohita) qui, par des sacrifices, assure la prospérité de la tribu et sa victoire à la guerre.

Dès l’âge védique se constituent les quatre grandes divisions de la société aryenne (varna) : les brahmanes (prêtres), les kshatriya (guerriers), les vaishya (paysans) et les sudra (serfs). La famille constitue la cellule de base de la société, le village est fréquemment décrit comme le regroupement d’une lignée plutôt que comme un regroupement territorial.

La religion védique est une religion sociale et non individuelle. À l’âge de sept ans, le jeune garçon, élevé jusque-là par les femmes dans le gynécée, reçoit l’initiation (upanayana) et doit ensuite commencer à apprendre ses devoirs religieux. Un maître lui enseigne des rites en lui faisant répéter des formules, tout en relatant les mythes qui les expliquent. À dix-sept ans, alors qu’il maîtrise le savoir religieux (Véda), il se marie. Les filles sont exclues de l’initiation.

Le sacrifice védique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Yajña.

La religion domestique comporte un certain nombre de rites obligatoires comme l’agnihotra, sacrifice quotidien qui consiste en une libation de lait fraîchement trait avant le lever du soleil, puis le soir. D’autres sacrifices (concernent des victimes animales en de grandes occasions, qui sont mises à mort et leur chair, cuite selon des règles strictes, est consommée par les fidèles. On offre parallèlement des substances végétales, mais un autre groupe important de rites, réservé à une élite d’initiés, s’organise autour de la consommation d’un breuvage sacré, le Soma (obtenu à partir d'une plante, encore indéfinie aujourd'hui).

Brahmanisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Brahmanisme.

Après une période d'écoute (la Shruti des Rishis), suivie d'une période de découverte de la puissance cosmique fondamentale manifestée dans le rituel védique (première forme du Veda), naît une période d'intelligence spéculative qui mène les brahmanes à réfléchir sur l'importance d'un pouvoir affermissant fondamental (le brahman)[34].

Brāhmana[modifier | modifier le code]

Par leurs interprétations du brahman, les brahmanes tentent d'expliquer les spécificités rituelles du yajña, le sacrifice védique, manifestées dans les stances (Rik) proclamées par l'officiant hotṛ, dans les mélodies (Sama) chantées par l'officiant udgātṛ, et dans les formules variées (Yajus) utilisées par l'officiant adhvaryu. Le fruit de leurs recherches est consigné dans un ensemble d'écrits nommés Brāhmana (ब्राह्मण), dont l'écriture s'étale entre le Xe et le VIIe siècle avant l'ère courante.

Ce sont des commentaires en prose du Triple-Véda. Ceux relatifs à la Rigveda-samhita sont les Aitareya-brahmana et Kausitaki-brahmana. Ceux qui concernent la Samaveda-samhita sont les Pañcavimsha-brahmana et Jaiminiya-brahmana. Ceux qui s'attachent à commenter la Yajurveda-samhita sont les Taittiriya-brahmana et Shatapatha-brahmana, et certaines parties en prose de la Yajurveda-samhita, initiatrices de ce nouveau mode de pensée de l'Inde ancienne.

Plusieurs branches (shakha) de brahmanes distinctes conservent des Veda-samhita et les Brahmana qui leur sont relatives comme un trésor de famille. Ces branches (shakha) se nomment Aitareya, Kausitaki, Jaiminiya, Taittiriya. Les Shatapatha-brahmana connaissent deux recensions, celle de la shakha des Kanviya et celle des Mandhyandina.

Le contenu des Brahmana présente des explications et des étymologies préscientifiques, des combinaisons numériques, diverses classifications entrecoupées de mythes et fables anciennes, qui tentent de justifier tous les détails du rituel védique[35].

Sūtra[modifier | modifier le code]

La littérature du brahmanisme complète ensuite les Brahmana par des recueils de sūtra. La tradition indienne considère ces textes comme produits de la mémorisation humaine (Smrti) et non comme émanations de l'écoute du Véda (Shruti) exception faite des Shrautasûtra.

Les Shrautasûtra et particulièrement les Latyayana-shrautasûtra contiennent les plus anciens sûtra de cette tradition, destinés à guider les officiants dans l'exécution la plus juste des modalités du rite védique.

Les Grihyasûtra commentent l'activité du purohita, guérisseur du rajah père de famille.[36][37] Ces sūtra ne concernent donc pas le rituel du sacrifice yajña. Des recensions remarquables de grihyasûtra sont celles des lignées brahmaniques Apastambiya, Ashvalayana, Baudhayana, Gobhila, Hiranyakesi, Paraskara, et Shankhayana[38].

Les Kausika-sûtra intègrent l'Atharvaveda-samhita et contiennent deux catégories d'explications, celles relatives au rituel domestique (Grihya) et celles relatives aux rites magiques[39].

Hindouisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hindouisme.

L'hindouisme conçoit peu à peu les devas comme des personnes, qu'il n'hésite pas à représenter par l'iconographie auparavant inconnue, et culmine dans la bhakti par laquelle le Veda se manifeste dans la relation éminente nouée entre le roi Arjuna et son cocher Krishna[40].

Différents textes s'ajoutent ensuite au premier corpus de textes védiques, les Āranyaka et les Upanishad qui marquent la transition du védisme à l'hindouisme, et sont considérés par chaque nouvelle couche culturelle comme intégrant le Véda, unique et éternel.

Aranyaka[modifier | modifier le code]

Les Āranyaka (आरण्यक), contiennent les explications ésotériques et mystiques des mantra.

Le ritualisme cesse progressivement d'être le seul souci des brahmanes, il semble ne pas satisfaire leur psychisme en quête d'explications philosophiques plus profondes. Certains d'entre eux se retirent dans les forêts pour méditer. Et pour écrire dans les « livres de la forêt » (Aranyaka) un savoir ésotérique considéré dangereux pour les tenants du rituel védique traditionnel. Ces écrits forment la transition entre le brahmanisme et l'hindouisme ancien.

Upanishad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Upanishad.

Les Upanishad (उपनिषद्), contiennent des écritures philosophiques et métaphysiques traitant de la nature et du rapport de l'âme (atman) à l'esprit suprême Brahman. Le canon Muktika recense 108 Upanishads dont la composition s'étale de -800 à 1300 de notre ère. On distingue traditionnellement douze Upanishads majeures ou principales et quatre-vingt seize Upanishads mineures réparties en six catégories[41].

Les textes ultérieurs[modifier | modifier le code]

Chaque Véda-samhita s'élargit progressivement en divers livres de loi et manuels rituels qui dépendent de lui : le Dharmashastras, Grihyasutras, etc., mais la plupart des érudits ne les considèrent pas comme partie intégrante de la littérature issue de la Shruti ou de Véda en prose. Ils rattachent ces écrits à la mémorisation (Smrti) de sciences humaines « profanes ».

Transition du védisme à l'hindouisme[modifier | modifier le code]

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  • Le védisme utilise un ensemble de notions exprimées par des mots que l'hindouisme recevra en héritage, qu'il « remplira » de conceptions nouvelles et inconnues des anciens arya.
  • Le védisme ne s'est pas encore inventé une vie spirituelle intérieure (bhakti), il extériorise en r.câ des appels (évocatifs) aux pouvoirs de la régularité (rita).
    L'hindouisme utilise les versets (ricâ) comme mantra permettant de les intérioriser. « La connaissance doit être dite seulement par celui qui sait, à celui qui s'est présenté comme il convient et qui est habilité à entendre » Shankara (Prasna Upanishad 6-1).
  • Le védisme ne connait d'autres auteurs aux Védas que les sept rishi traditionnels.
    L'hindouisme attribue la rédaction des textes anciens à Vyâsa (l'action diffusante) à qui l'on assigne aussi la rédaction de l'épopée Mahâbhârata.
  • Pour le védisme, le deva est littéralement l'action brillante, lumineuse, d'un des pouvoirs imprévisibles du rita (DIV signifie illuminer comme le jour, mais aussi jouer aux dés, et deva est l'action de DIV). Les puissances agissantes sont grammaticalement nommées au masculin ou au féminin, mais ne sont pas des « déesses » comme Junon ou Vénus chez les Romains.
    L'hindouisme considérant un deva comme une « divinité » sera une nouveauté hindouiste.
  • Dans le védisme, le brahman est cette énergie du rita dont la fonction est de fonder l'ordre, de le fixer, et non une personne ou une chose.
    L'hindouisme intègre Brahmâ au sein d'une trimûrti (Brahmâ, Vishnou, Shiva).
  • Dans le védisme, les dévas constituent une véritable société. Agni était le prêtre actuel. Mitra symbolise l’alliance entre les hommes et les demi-dieux, et Varuna, le châtiment que méritent ceux qui la rompent. Ils sont assistés d’Aryaman et de Bhaga. Mitra garde la lumière, Varuna préside à la nuit. Indra détient la fonction guerrière.
    D’après le Ṛgveda, il y a 33 dieux, mais ce nombre est incomplet[42]. Ce chiffre, symbolique, de 33 se retrouve dans la Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (3, 9, 1) : « Le nombre des dieux est celui mentionné par les Écritures. Leur nombre est trois cent trois et trois mille trois. »[43] Dans l’hindouisme tardif, il est représenté par le nombre de 33 crores (330 000 000)[44].

Ces différences ne sont pas des oppositions mais le résultat d'une lente évolution des mentalités en Inde. Védisme, brahmanisme et hindouisme considèrent tous que le Véda est unique et éternel, mais que ses manifestations au cours du cycle cosmique prend un nombre infini de nuances.

Veda et hindous aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En 1966, la Cour suprême de l'Inde a décrété le cadre de la foi hindoue en sept points. Le premier point part de « l’acceptation respectueuse des Vedas en tant que plus Haute Autorité sur les sujets religieux et philosophiques et l’acceptation respectueuse des Vedas par les penseurs et philosophes hindous comme base unique de la philosophie hindoue »[45],[46]. Cependant, l'UNESCO constate que si le Veda joue toujours un rôle important en Inde, seules treize branches védiques sur les mille jadis existantes sont toujours présentes[47].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. The Sanskrit Heritage Dictionary de Gérard Huet
  2. a et b Les maîtres spirituels de l'hindouisme. Alexandre Astier. Éd. Yerolles, 2008, page 26. (ISBN 9782212541946)
  3. L'inde. Michel Angot. Éd. PUF, 2012, voir le début de la section « Les religions védiques (entre c. 1500 et c. 500 AEC) ». (ISBN 9782130576273)
  4. UNESCO, « La tradition du chant védique »
  5. Jean Varenne, Grammaire du sanskrit, page 29, §38.
  6. Jean Varenne, opus citatum, page 86, §118 remarques.
  7. Stchoupak & Nitti & Renou, Dictionnaire sanskrit-français, page 693.
  8. Jan Gonda, Les religions de l'Inde : Védisme et hindouisme ancien, page 19.
  9. David M. Knife, professeur au département des études sud-asiatiques de l'Université du Wisconsin, article Veda dans The Perennial Dictionary of World Religions (alias Abingdon Dictionary), pages 785 & 786.
  10. Jan Gonda, opus citatum, pages 22 & 23.
  11. Upanishads. F. Max-Muller et Suren Navlakha. Éd. Wordsworth Editions, 2000, pages IX et X. (ISBN 9781840221022)
  12. Richard Waterstone, op. cit., pages 8 à 24.
  13. Jan Gonda, opus citatum, page 58: « Çraddhâ, qui selon ÇB 12, 8, 2, 4 est une forme de consécration (Dîksâ) et parfois (cf. Rk 10, 151) reçoit un culte comme une déesse, est même appelée Première-née de Rta, soit première et plus importante manifestation de la structure harmonique de l'univers (TB 3,12, 3, 2) ».
  14. la mentalité des Rishi n'a pas encore inventé les notions de Deus, ou d'Esprit, ou de transcendance, car leur pensée moniste ne crée aucune division dans leur monde (pas même celle des castes, invention ultérieure elle aussi).
  15. Jan Gonda, op. cit., page 19: « Ce « savoir », qui, d'après la tradition indienne, est éternel, n'a été que formulé par la divinité et « contemplé » aux origines par des sages inspirés (Rsi's), est né pour la majeure partie dans des familles de chanteurs brahmanes, à partir de la croyance populaire et a été transmis dans les « écoles » des brahmanes, les détenteurs de la science sacerdotale et ésotérique, pendant très longtemps sous la seule forme orale. ».
  16. Alexandre Langlois, op. cit., (RV 2,8,7, verset 3 partim), page 191
  17. Stchoupak & Nitti & Renou, op. cit., page 743.
  18. Jean Varenne, op. cit., page 38, traduit śruti par révélation.
  19. Jean Varenne, op. cit., page 127 : le thème nominal indo-aryen veda, passé tel quel en sanskrit, ajoute une voyelle thématique -a à la racine VID transformée en VED par alternance vocalique : VID > VED > veda. Le lexème VID donne aussi deux thèmes verbaux différenciés mais de sens complémentaires : VID > VED > VET > vetti (il sait) et VID > VIND > vindati (il trouve : hij vindt en néerlandais, he finds en anglais. Veda peut se traduire « savoir » ou « trouvaille » (on nommera « trouvères » certains poètes du Moyen Âge) ou « découverte ».
  20. Jan Gonda, op. cit., page 132 : « Les Çrautasûtras déclarent reposer sur la Çruti (c'est-à-dire l'« Audition » de la vérité éternelle par des sages inspirés des premiers temps) ».
  21. A. Z. Caland, Altindisches Zauberritual, Amsterdam 1900.
  22. Maurice Blondel, dans le Vocabulaire technique et critique de la philosophie de André Lalande, page 171, dit : « Connaître et connaissance diffèrent surtout de croire et croyance en ce que ces derniers termes impliquent que le motif de l'adhésion ne réside pas dans la clarté directe et intrinsèque de l'objet considéré ».
  23. Jan Gonda, op. cit., page 19.
  24. Jan Gonda, opus citatum, page 240 : « Il ne faut pas oublier que les tendances monistes n'ont pas tardé à se manifester d'une façon ou d'une autre ».
  25. Rudolf Otto, Le Sacré.
  26. le « sacrifice » védique.
  27. Jan Gonda, op. cit., page 172, « Les cérémonies avaient lieu soit dans la maison de celui qui prenait l'initiative du sacrifice, soit sur un terrain avoisinant, où celui-ci (au sud du feu âhavanîya), sa femme et le prêtre brahmane prenaient place; le lit sacrificiel (vedi), morceau du champ légèrement creusé et recouvert ensuite d'herbe à sacrifices (barhis), se trouvait au milieu. »
  28. Alexandre Langlois, op. cit., (RV 6,1,8, versets 5 & 6), page 412.
  29. voir bibliographie.
  30. Jan Gonda, op. cit. p. 148: La durée des études était, nous l'avons dit, de douze ans pour chaque Véda, ou d'autant qu'il fallait pour que l'élève le comprît.
  31. Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes, éditions Jean Maisonneuve, Paris 1872.
  32. James S. Bare, article Smrti dans The Perennial Dictionary of World Religions (Abingdon), page 696.
  33. manifesté au travers d'une multitude de traditions et de textes véhiculés successivement par les rishi, les arya (aR-ya né du R., de l'ordre), les brahmanes, les hindous médiévaux, puis ceux de l'ère internet.
  34. James Helfer, de l'Université Wesleyan (États-Unis), dans The Perennial Dictionary of World Religions (Abingdon), pages 117 et 118.
  35. Jan Gonda, Inleiding tot het Indische Denken, Antwerpen 1948.
  36. Oldenberg, Hermann, trans., Max Müller, ed. Sacred Books of the East Vol. XXIX, "The Grihya-sûtras, rules of Vedic domestic ceremonies", part 1, Oxford, The Clarendon press 1886
  37. Oldenberg, Hermann, trans. Müller, Max, trans. Sacred Books of the East Vol. XXX, "The Grihya-sûtras, rules of Vedic domestic ceremonies", part 2, Oxford, The Clarendon press 1892
  38. Jan Gonda, op. cit., pages 17 à 19.
  39. Wilhelm Caland, Altindisches Zauberritual, Amsterdam 1900.
  40. A.C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada, La Bhagavad-gîtâ telle qu'elle est.
  41. India History. Krishna Reddy. Éd. Tata McGraw-Hill, 2006, page 119. (ISBN 9780070635777)
  42. Jan Gonda, Védisme et hindouisme ancien, p. 65
  43. A. Daniélou : Mythes et dieux de l’Inde, p. 129
  44. A. Daniélou : Mythes et dieux de l’Inde, p. 134
  45. Définition de l'hindouisme par la Cour suprême de l'Inde
  46. The vedic religion in the trial of universalization: A sight on current Hinduism. Guébi Noel Adjo. Éd. L'Harmattan, 2011 page 33. (ISBN 9782296469938)
  47. La tradition du chant védique

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Malamoud, Nguyen T.T., LE CHAMP DES ARTS MARTIAUX, LA SCÈNE DU SACRIFICE. Propos croisés sur des formes de rituels dans le monde sino-japonais et dans l’Inde, 2013, particulièrement pp.22-28
  • Jean Varenne, Le Véda, Les Deux Océans, réédition 2003, (ISBN 2-86681-010-4)
  • Lokamanya Bâl Gangâdhar Tilak, Orion ou Recherches sur l'Antiquité des Védas (original écrit en 1893), 240 pages, Éditions Archè, Milan 1989, distributeur français : Les Belles Lettres.
  • Gerhard J. Bellinger, Knaurs Grosser Religions Führer, 1986, traduction française préfacée par Pierre Chaunu sous le titre Encyclopédie des religions, 804 pages, Librairie Générale Française, Paris 2000, Le Livre de Poche, (ISBN 2-253-13111-3)
  • Kreith Crim, General Editor, The Perennial Dictionary of World Religions, originally published as Abingdon Dictionary of Living Religions, 830 pages, Harpers and Row, Publishers, San Francisco, 1981, (ISBN 978-0-06-061613-7)
  • Georges Dumézil, Les dieux souverains des Indo-Européens, 3e édition 1977, NRF Gallimard (ISBN 2-07-029586-9)
  • Jan Gonda, Die Religionen Indiens, Band 1: Veda und älterer Hinduismus, 1960, traduction italienne de Carlo Danna sous le titre Le religioni dell'India : Veda e antico induismo, 514 pages, Jaca Book, Milano, 1980 ISBN
  • Jan Gonda, Védisme et hindouisme ancien. Traduit de l'allemand par L. Jospin, 432 pages, Payot, Paris 1962, ISBN (épuisé en français)
  • Alexandre Langlois, Rig-Véda ou Livre des hymnes, 646 pages, Maisonneuve et Cie, 1872, réédité par la Librairie d'Amérique et d'Orient Jean Maisonneuve, Paris 1984, (ISBN 2-7200-1029-4)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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