Création monétaire

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La création monétaire, souvent appelée familièrement "la planche à billets", est le processus par lequel la masse monétaire d'un pays ou d'une région (comme la zone euro) est augmentée.

Au plan matériel, cela s'est d'abord traduit par la récolte de biens ayant une valeur reconnue (métaux précieux etc) ou leur fabrication (frappe de pièces, impression de billets), ou de plus en plus de nos jours par un jeu d'écriture dans un livre comptable (inscription d'un montant au crédit d'un client par un établissement financier en contrepartie de l'engagement d'un emprunteur).

Sous l'empire de la monnaie métallique (argent ou or), la masse monétaire était directement liée à la quantité de métal disponible, en fonction du destin des mines (découvertes, épuisement, ruée vers l'or) et des autres flux de métal (commerce, pillage, tribut et rançon, etc.).

Dans le monde contemporain, l'essentiel de la monnaie est scripturale, créée par le crédit (émission de dette échangeable) dans les limites qui sont imposées aux établissements de crédits (réserves obligatoires etc.) et détruite par extinction des dettes sous-jacentes (par remboursement ou autre) ; la masse monétaire évolue constamment.

Les monnaies non fiduciaires et fiduciaires[modifier | modifier le code]

Monnaie non fiduciaire[modifier | modifier le code]

On parle ici d'instrument monétaire ayant une valeur propre, dont le meilleur exemple est une pièce d'or ou d'argent d'un poids et d'un titre fixé.

La création en est très simple, il suffit (dans notre exemple d'une pièce) de prendre du métal et de le mettre en forme. Les États s'en sont progressivement attribué le monopole, mais sans ces contraintes légales l'émission est à la portée de tout acteur économique disposant du métal en quantité suffisante.

Création de monnaie fiduciaire[modifier | modifier le code]

Les monnaies ayant une valeur propre égale à leur valeur faciale (comme les pièces de métal précieux) ayant quasiment disparu, il ne reste aujourd'hui que des monnaies fiduciaires, qui sont en principe représentatives de biens de valeur ou de créances.

Le principe de la création de ce genre de monnaie est tout aussi simple, même si les variantes et déclinaisons sont en nombre illimité en fonction des détails pratiques : il suffit de disposer d'une quantité de biens (bien au sens le plus large, en y incluant la capacité à rendre des services), ou de créances et d'émettre des titres pour une valeur rigoureusement identique, donnant droit à une part proportionnelle des biens en question. Chaque titre matérialise ainsi une promesse de pouvoir disposer du bien que la monnaie représente.

La différence fondamentale, c'est que l'émission n'est plus contrainte par un élément physique (ce qui est le cas pour les devises modernes depuis l'abandon de l'étalon de change or). La masse monétaire est donc potentiellement infinie, au risque de faire perdre toute valeur à la monnaie, ce qui menacerait l'économie en rendant plus difficiles les échanges. La création monétaire est donc encadrée par des règles et des pratiques.

Cas des devises modernes[modifier | modifier le code]

Il s'agit de monnaies fiduciaires. La création monétaire contemporaine fait intervenir trois principaux acteurs[réf. nécessaire] :

  • La banque centrale. Elle détient le monopole de l'émission de la monnaie de base (les "billets de banque").
  • Le système bancaire et financier. On détaillera ci-après par quel moyen il peut émettre de la monnaie.
  • L'État. Il assure la valeur de la monnaie de base en acceptant (voire en exigeant) qu'on l'utilise pour payer ce qu'on lui doit (impôts, etc.) ou ce qu'on doit à autrui (cours légal voire cours forcé). Il assure aussi indirectement la valeur de la monnaie créée par les banques, en contrôlant qu'elles respectent les règles prudentielles en vigueur (par exemple Bâle II) et par un mécanisme de garantie des dépôts. Enfin il assure la confiance générale en s'abstenant d'abuser de ses pouvoirs (forcer la banque centrale ou les banques à lui verser de la monnaie qu'elles émettent).

Une quantité innombrable d'acteurs économiques à l'importance bien moindre est aussi capable d'émettre des monnaies fiduciaires, souvent limitées, par exemple : jetons de casino et de kermesse, Disney Dollar et Nintendo Points, chèque cadeau et titre restaurant, Mile (transport aérien), etc. (voir infra)


Principes généraux[modifier | modifier le code]

Dans le système monétaire actuel, la monnaie est essentiellement scripturale (environ 90 %) : elle est créée par les banques par un jeu d'écritures, sur simple demande, et dans certaines limites, en échange d'une promesse de remboursement (dette). Dans ce dernier cas est créée de la monnaie d'endettement. Il y a création monétaire lors de l'octroi d'un crédit, et destruction monétaire lors du remboursement de ce crédit. La masse monétaire totale ne correspond pourtant pas aux en-cours initiaux de crédit, ceux ci pouvant être gonflés si les intérêts sont cumulés.

Le jeu d'écritures consiste en l'inscription par le banquier en ses livres du montant du crédit d'un côté à l'actif (détention d'une créance) et de l'autre au passif (approvisionnement d'un compte). La contrepartie de la monnaie scripturale est donc l'engagement des agents économiques qui ont emprunté.

Les limites à la création de monnaie sont gérées par des ratios réglementaires, notamment par rapport aux fonds propres de la banque et à la liquidité de ses actifs (Bâle III).

La création de monnaie scripturale par le crédit bancaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Effet multiplicateur du crédit.

Le pouvoir du système bancaire dans son ensemble de créer de la monnaie apparaît bien si pour simplifier on considère l'ensemble du système bancaire comme une banque unique. Tout prêt à un agent est dépensé et la monnaie sort du compte du déposant concerné mais la monnaie revient, dans les comptes des fournisseurs ou prestataires, à la banque qui dispose à nouveau de la liquidité nécessaire à d'autres prêts.

Les banques, collectivement, disposent donc d’une possibilité remarquable : l’expansion de leur actif (par émission de créances accordées aux Agents Non Financiers – ANF), entraîne instantanément celle de leur passif à l’équivalence (les dépôts à vue).

Mais l’expansion du passif est limitée car il existe des possibilités organisées ou spontanées de ponction sur leur circuit monétaire propre. Ces « fuites » sont :

  • la demande de monnaie fiduciaire (pièces et billets) qui est actuellement estimée à 15 % dans la zone euro ;
  • les réserves obligatoires (pourcentage des dépôts, actuellement de 1 % dans la zone euro depuis le 18 janvier 2012[1]).


Il y a donc bien création de monnaie par le système bancaire à partir du montant de monnaie centrale dont elles disposent (base monétaire).

Cette création n’est pas sans limite.

Le potentiel de création de monnaie se réduit au fur et à mesure des crédits émis : la multiplication du crédit comme nous l'avons vu finit par s'arrêter.

La formule du multiplicateur de crédit du système bancaire est:

k = 1 / (b + h(1-b))

avec b, coefficient de fuite sous forme de billets, et h le coefficient de fuite des réserves obligatoires.

Sachant que dans la zone euro b = 15 % et h = 1 %, le système bancaire peut multiplier la base monétaire par 6,31 au moyen du crédit.

Les banques commerciales sont tenues également à des règles dites prudentielles (Bâle IIratio McDonough) afin que les crédits qu’elles font ne dépassent pas différents ratios par rapport aux fonds propres et aux dépôts de leur clientèle. L'extension de la titrisation et des opérations hors bilan leur a permis largement d'échapper à ces contraintes durant les années qui ont précédé la crise bancaire de 2008.

Pour limiter l’expansion du crédit et donc de la masse monétaire, la banque centrale peut agir pour réduire la liquidité générale (opération d'open market) ou augmenter les taux de refinancement en monnaie centrale (ce levier a été le moyen privilégié de contrôle de la plupart des banques centrales ces dernières années).

Dans certaines formes d'organisation du contrôle bancaire, les autorités peuvent aussi agir directement sur la quantité de crédit offerte par les banques. C’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les années soixante.

Les crédits doivent être remboursés. Lorsqu’ils le sont la destruction monétaire suit exactement les mêmes règles que la création dans le sens contraire. L’activité monétaire de crédit joue donc dans les deux sens. Si globalement les banquiers freinent puis réduisent leurs crédits il y aura diminution de la masse monétaire.

La création monétaire globale des banques dépendra donc à la fois :

  • Du désir d'encaisse liquide des agents économiques qui dépend étroitement de leurs anticipations en matière de revenu, d'épargne, d'inflation ainsi que de l'idée qu'ils se font de la solidité des placements possibles.
  • Des anticipations des banquiers qui, selon la conjoncture, privilégieront l'extension ou la défense de leur bilan.
  • De l'action des autorités de régulation, par la réglementation ou par l'intervention.
  • Des autres sources de création monétaire qui l'alimentent plus ou moins généreusement en dépôts (solde de balance des paiements, création monétaire par le trésor public là où elle est possible).

Cette complexité où la confiance et les facteurs psychologiques jouent un rôle important, explique l'instabilité associée à la création monétaire des banques et son rôle dans les mouvements de la conjoncture et dans le cycle économique.

Création par la banque centrale[modifier | modifier le code]

Mécanisme[modifier | modifier le code]

À l'origine, les billets étaient simplement représentatifs d'un stock de métal précieux (or ou argent) et échangeables à vue. Mais très rapidement on trouva commode et légitime d'élargir l'assiette susceptible de servir à l'émission de billet : la doctrine des effets réels[2] justifie qu'on utilise toute sorte de reconnaissance de dette pourvu qu'elle soit bien garantie. Et la banque centrale a toute latitude pour apprécier si les garanties qu'on lui présente sont suffisantes. Ainsi, les types de biens suivants sont ou ont été acceptés pour servir à l'émission par la banque centrale :

  • du métal précieux,
  • des devises étrangères, à leur taux de change officiel,
  • des titres d'emprunt par l'État,
  • toute sorte de titres mobiliers (actions, obligations, créances commerciales,...), notamment dans le cadre d'une prise en pension.

D'un point de vue comptable, les billets émis par la banque centrale ne sont rien d'autre qu'une reconnaissance de dette au porteur, inscrits à son passif quand elle les met en circulation[3]. Chaque billet valant par définition son montant nominal, la banque centrale peut émettre autant de billets qu'elle veut sans déséquilibrer son bilan ; en revanche cela ne sera pas sans incidence sur la valeur de la monnaie par rapport aux autres biens.

La banque centrale peut émettre tout aussi facilement de la monnaie scripturale, selon le même mécanisme que tout établissement financier (voir infra).

Limites[modifier | modifier le code]

La première et principale limite pour l'émission par la banque centrale est sa propre crédibilité. Même si les économistes divergent (notamment entre keynésianisme et monétarisme) sur les effets d'une émission monétaire inadaptée, il y a consensus entre eux pour estimer qu'il y a des effets (inflation ou déflation, bulles financières, resserrement du crédit, crise de liquidité, etc.).

Dans ce cadre les emprunts d’État ont une place particulière, de par les volumes considérables qu'ils peuvent représenter et les moyens de conviction que l’État peut avoir sur sa banque centrale, pour la convaincre par exemple qu'un titre d'emprunt d’État de 100 € vaut bien 100 €, même si les autres agents économiques plus méfiants ne l'évaluent que 95 € ou même moins. C'est pourquoi diverses réglementations sont en place, limitant l'influence de l'État sur la banque centrale.

L'utilisation par l'État de la "planche à billets"[modifier | modifier le code]

"Planche à billets" est une expression populaire pour désigner la création de monnaie. Elle fait référence aux processus de production de monnaie physique, mais en pratique il s'agit aujourd'hui plus d'écriture comptable. L'expression est souvent employée avec une connotation péjorative.

La planche à billets : caricature visant la politique inflationniste de l'administration Lincoln pour soutenir les dépenses de guerre après la défaite des Nordistes à Bull Run.

La capacité des États et des banques centrales à créer massivement de la monnaie ex-nihilo est un outil économique puissant, qui peut contribuer à stimuler l'économie, mais peut également la déstabiliser durablement.

Les États ont fréquemment abusé de la création monétaire, par exemple pour financer des guerres coûteuses, avec souvent des conséquences graves sur l'économie[4] notamment des crises hyperinflationnistes. La crainte de ces abus a conduit la plupart des États à interdire la création de monnaie par la banque centrale pour satisfaire les besoins publics : cette disposition est par exemple inscrite dans la Constitution allemande[5] ou les traités de l'Union européenne (article 101 du traité CE repris par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne (TFUE) issu de la signature du Traité de Lisbonne en 2007). Les déficits publics doivent donc être financés par emprunts - très majoritairement obligataires - auprès d'organismes privés, aux taux d'intérêt proposés par le marché.

La "planche à billets" n'a pas pour autant disparu. Si certains courants radicaux (libertarianisme, partisans de l'étalon or...) souhaiteraient interdire ou drastiquement limiter la création de monnaie, ou la confier à des acteurs non politiques, la plupart des économistes s'accordent à considérer qu'une création de monnaie contrôlée, accompagnée d'une inflation raisonnable, font partie du fonctionnement normal d'une économie[6].

Certains économistes notamment keynésiens considèrent que la création massive de monnaie peut être un moyen de répondre aux dépressions économiques graves et que le risque d'inflation est soit surévalué, soit un moindre mal[7],[8].

Dans le but d'éviter une aggravation de la crise des subprimes de 2007-2008, elle a massivement fonctionné aux États-Unis[9], sous la forme d'une politique d'assouplissement quantitatif. En Europe, pour faire face à la crise de l'endettement de certains pays de l'Union monétaire européenne, la Banque centrale européenne (BCE) a elle-même dérogé à cette interdiction par décision du 10 mai 2010. Dans ces circonstances, afin de justifier ces dérogations, le terme "méthode non conventionnelle" a été utilisé.

Création par le système bancaire et financier[modifier | modifier le code]

"Un acte de création monétaire consiste à transformer des créances sans pouvoir libératoire (titres de crédit, obligations, actions) en moyens de paiement. C'est un acte qui met en relation un agent non financier (particulier, entreprise, collectivité publique) et une institution disposant d'un pouvoir monétaire, c'est-à-dire émettant une créance sur elle-même qui sera acceptée comme moyen de paiement." Rappelons que "la monnaie n'est finalement qu'une dette de banque qui circule, un élément du passif bancaire accepté comme moyen de paiement"[10]. L'engagement des emprunteurs auprès des banques fait ainsi contrepartie aux engagements des banques auprès des déposants, comme cela apparaît dans le bilan comptable de ces établissements.

De la monnaie scripturale bancaire[modifier | modifier le code]

La monnaie banque centrale déposée sur un compte bancaire reste utilisable aussi facilement que si elle était en poche : lorsqu'un client A, disposant d'un compte dans un établissement financier F, souhaite verser de l'argent à un autre client B, il lui suffit d'informer la banque (par un chèque, une communication électronique par carte bancaire, ou tout autre moyen) qu'elle doit diminuer le compte de A et augmenter le compte de B de la même somme. La compensation permet au mécanisme de fonctionner aussi si B est client d'un autre établissement financier G[11].

Tout se passe comme si le droit de tirage que l'établissement F accorde à son client A était une monnaie distincte, mais de même valeur, que la monnaie banque centrale.

À partir de là, on voit que la création de monnaie scripturale est très simple : c'est un simple jeu d'écriture comptable d'augmentation des sommes au crédit du client A, légitime dès lors que les règles comptables sont respectées. La destruction de cette monnaie est tout aussi facile.

Création de monnaie scripturale par les dépôts, destruction par les retraits[modifier | modifier le code]

Un simple dépôt de billets dans une banque crée de la monnaie scripturale, pour le montant ajouté au crédit du client[10].

Or, dans ce cas, les billets de banque de la banque centrale qui ont été déposés n'ont pas disparu pour autant. La quantité de monnaie totale en circulation a doublé. La banque peut utiliser comme elle l'entend les billets qui sont en dépôt chez elle, pour autant qu'elle respecte la possibilité pour le client de retirer son argent dans le délai convenu (à tout moment et immédiatement pour un dépôt à vue, notamment).

Inversement, chaque évènement qui réduit le montant du compte d'un client sans augmenter celui d'un autre (un retrait d'argent par exemple) détruit la monnaie scripturale pour le montant correspondant.

Création de monnaie scripturale par les crédits, destruction par les remboursements[modifier | modifier le code]

Lorsqu'une banque reçoit d'un client un dépôt de monnaie de la banque centrale, elle inscrit le montant à l'actif de son bilan et parallèlement elle augmente son passif par augmentation du compte courant du déposant, les deux opérations signifiant d'un point de vue comptable que la banque a une dette envers le client et les moyens de la rembourser.

Mais le mécanisme fonctionne toujours si le client, au lieu de faire un dépôt de monnaie banque centrale, dépose en garantie n'importe quel autre bien de valeur : actions, compte d'assurance-vie, compte bloqué dans un autre établissement financier, titre de propriété foncière, or, bijoux, stock commercial, etc. tout bien peut convenir[10]. Il suffit à la banque de compter la somme au crédit et d'inscrire le bien déposé en garantie à son passif. Moyennant certaines précautions, la banque peut même accepter en garantie un bien qui n'existe pas encore, par exemple une maison à construire, une créance sur une opération commerciale encore non dénouée ou une récolte future ou encore le simple engagement de la part d'une personne qu'elle estime fiable (caution). Les banques disposent du droit de monétiser des actifs non monétaires ; la double inscription simultanée d'un même montant à l'actif (actif non monétaire) et au passif (compte à vue du client bénéficiaire du crédit) du bilan d'une banque constitue l'acte par lequel elle crée de la monnaie : ce sont donc les crédits qui font les dépôts et non l'inverse.

La monétisation augmente la masse monétaire, le remboursement d'un crédit à la banque correspond à une démonétisation ayant pour effet de diminuer la masse monétaire. Ainsi en zone euro 93 %[12]de la masse monétaire est créée par l'émission de crédits ouverts par les banques commerciales.

La monnaie correspondante disparaît au fur et à mesure que le compte du client diminue suivant l'échéancier de remboursement prévu, tandis que parallèlement le montant inscrit au passif de la banque diminue.

Création monétaire par achat de devises[modifier | modifier le code]

Toute entrée de devises, du moment qu'elle transite par une banque, est à l'origine d'une création monétaire domestique, et inversement toute sortie engendre une destruction.

Limites[modifier | modifier le code]

La création monétaire par ce procédé reste soumise à des contraintes pratiques ou réglementaires qui la maintiennent dans certaines limites :

  • Les clients d'une banque réclament régulièrement de la monnaie banque centrale (retrait via un distributeur automatique de billets par exemple), une banque a donc besoin de pouvoir acheter (par cession d'obligations éligibles) à la banque centrale une quantité de billets généralement liée à la quantité de monnaie scripturale qu'elle accorde ; cette quantité est variable suivant le lieu et la période mais peut être estimée en moyenne à 13 % des crédits.
  • Des règles prudentielles sont imposées aux banques afin que les crédits qu’elles accordent ne dépassent pas différents ratios (déterminés actuellement par les règles dites de Bâle II) et représentent sensiblement une obligation de 8 % de fonds propres, des crédits accordés.
  • La politique monétaire permet de jouer sur la quantité de crédit que les banques peuvent offrir avec profit (donc la quantité de monnaie scripturale dans leurs comptes).
    • La banque centrale exige des banques des réserves obligatoires : plus le total des dépôts (dépôts à vue et dépôts à terme) de leurs clients est élevé, et plus il leur faut déposer de fonds à la banque centrale. En faisant varier le ratio de réserves obligatoires des établissements de crédit, la banque centrale fait varier la quantité maximale de crédits (donc de monnaie) qui peuvent être octroyés. Le ratio actuel de réserves obligatoires dans la zone euro est de 1 % des dépôts[1].
    • Les taux directeurs sont le principal outil de la politique monétaire : les établissements de crédit empruntent sur le marché interbancaire ou empruntent aux banques centrales à un taux d'intérêt défini par la banque centrale, le taux de refinancement, la monnaie banque centrale dont elles ont besoin[13]. En augmentant (respectivement en baissant) ses taux d'intérêt, la banque centrale rend plus difficile (respectivement plus facile) l'accès au refinancement pour les banques commerciales et induit un renchérissement du coût d'un crédit pour l'emprunteur (ménage ou entreprise). De ce fait, une hausse du taux d'intérêt entraîne (toutes choses égales par ailleurs) une baisse de demande de crédit. Une diminution du taux de refinancement a évidemment un effet contraire.
  • Dans certains cas les autorités peuvent aussi agir sur la quantité de crédit offerte par les banques : en exerçant une pression plus ou moins amicale, en édictant des impératifs légaux (c’était par exemple le cas en France dans le cadre des lois Debré dans les années soixante), etc.

La planche à billets du secteur privé[modifier | modifier le code]

L’État n'a pas le monopole de créations monétaires excessives. Elles peuvent être pratiquées aussi bien par le secteur privé et aboutir aux mêmes dysfonctionnements. Par les crédits qu'elles accordent au delà de la base monétaire (monnaie de banque centrale) dont elles disposent les banques commerciales créent de la monnaie. Cette création peut être excessive et source d'inflation et de surendettement. La crise des subprimes en est une illustration. Les banques américaines ont multiplié les crédits immobiliers qu'elles accordaient à des emprunteurs. Entre 2000 et 2006 leurs encours ont plus que doublé[14]. Les prix de l'immobilier ont alors augmenté de 171 % entre 1997 et 2007 créant de ce fait une bulle immobilière[15]. L'éclatement de cette bulle et l'insolvabilité des endettés ont déclenché une crise financière entraînant une crise économique mondiale. La responsabilité de la banque centrale américaine (Fed) ne saurait être éludée puisqu'elle est responsable de la gestion quantitative des crédits, notamment par la fixation des taux d'intérêt (banque centrale).

La création monétaire par le secteur privé peut également être dommageable si l'utilisation de la monnaie créée est source d'instabilité. Il en est ainsi lorsque les banques privées procurent des fonds qui servent aux opérateurs financiers à spéculer avec effet de levier. Cette pratique peut être à l'origine de gains ou de pertes très importants. En cas de pertes des retombées et des effets de contagion peuvent se transmettre aux banques et porter atteinte à la sphère économique réelle[16].


Le marché monétaire[modifier | modifier le code]

Lorsqu’une banque prête de l'épargne pré-existante ou crée de la nouvelle monnaie scripturale à la suite d'un crédit accordé, elle crédite le compte à vue de son client qui va dépenser cette monnaie, c'est-à-dire la virer aux comptes à vue de ses fournisseurs et salariés, une fraction seulement des comptes des bénéficiaires étant tenus par cette banque. À l'inverse, la banque peut recevoir, dans les comptes de dépôts de ses clients, les montants correspondant aux achats effectués par les clients d’autres banques.

Les banques doivent faire face aux fuites correspondantes aux besoins de monnaie banque centrale : réserves obligatoires (1 % dans la zone euro[1]) et demande de monnaie fiduciaire (estimé en moyenne à 15 % des dépôts à vue, mais variable suivant les périodes et les lieux). Si chaque banque accorde des crédits en fonction de ses parts de marché de dépôts, les fuites se compensent et le marché bancaire est équilibré. Mais si ce n'est pas le cas, pour ajuster leur trésorerie en monnaie banque centrale, les banques vont se tourner vers le marché monétaire (Euribor, par exemple) qui leur permettra de placer, auprès des autres banques et établissements financiers, leurs excédents ou d’obtenir d'eux le financement de leurs besoins de monnaie centrale, après compensation journalière des mouvements entre banques.

Les interventions de la banque centrale sur ce marché correspondent au « refinancement ».

Les opérations de la banque centrale sur les taux d’escompte et les opérations d’open market, conjointement avec les règles de mises en pension de certains actifs monétaires, sont censées réguler ce marché. Du fait d’une abondance excessive de liquidité des établissements financiers, les taux du marché peuvent devenir inférieurs aux taux de refinancement de la banque centrale. En cas de tension sur le marché monétaire, une mise à disposition de liquidité (refinancement) par la banque centrale est de nature à réguler la situation.

Lorsque (comme ce fut le cas en 2008) aucune banque ne fait plus confiance aux autres, il advient un blocage des prêts inter bancaires ou un taux de prêt trop élevé. Cette situation bloque le marché monétaire et impose des refinancements massifs par les banques centrales pour permettre aux banques commerciales d'assurer leurs besoins de monnaie centrale.

Autres émetteurs de monnaie[modifier | modifier le code]

Les établissements de crédit ne sont pas les seuls à émettre de la monnaie fiduciaire. De la monnaie ou quasi-monnaie, en quantité proportionnellement infime et quasiment négligeable, est également émise par d'autres agents économiques.

Cette monnaie peut prendre un grand nombre de formes, scripturales ou matérialisée par un objet représentatif : bons d'achat, chèques-cadeaux, titres restaurant, « points » comme les Nintendo Points ou les miles, l'argent Canadian Tire[17], tickets de kermesse ou jetons de casinos, crédit d'heures, crédit mutuel ...

Les émetteurs sont tout aussi divers : entreprises, associations, Système d'Echange Locaux, etc..

En période de crise ou de troubles (ce fut par exemple le cas dans de nombreux pays, dont la France, après la première guerre mondiale), des collectivités ou des privés émettent des pièces et des billets appelés monnaie de nécessité.

L'émetteur contrôle sa monnaie et lui applique les règles qui lui semblent adaptées ; il peut en contrôler le taux de change et la convertibilité, lui donner les caractères d'une monnaie fondante, donner des droits de tirage fixe ou progressifs aux participants (capital initial "offert" aux participants de jeux en ligne, ...).

Lorsque la quantité de monnaie ainsi émise devient significative, les autorités exigent que l'émetteur se soumette aux régulations ordinaires des établissement de crédits, alors qu'elles peuvent être assez tolérantes pour la même activité exercée plus modestement (ce qui par exemple conduisit PayPal à s'adapter).

Les droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds monétaire international constituent également la monnaie qui lui sert d'unité de compte.

Critiques des méthodes actuelles de création monétaire[modifier | modifier le code]

Murray Rothbard, élève de Ludwig von Mises et également membre de l'école autrichienne d'économie a dénoncé le système de réserves fractionnaires, en visant particulièrement Milton Friedman, comme dans Milton Friedman unraveled en 1971[18]. Il critique le processus de création de monnaie par le système de réserves fractionnaires pour ses effets inflationnistes et assimile la création de monnaie ainsi faite à de la « magie »[19].

Plus récemment, Maurice Allais considérait en 1999, dans La Crise mondiale aujourd'hui, comme « inappropriée » la structure de création monétaire actuelle[20]. Il considère le système actuel comme instable et risqué, les engagements et les créances n'étant pas nécessairement au même horizon et le risque d'un retrait massif de liquidités par les épargnants étant toujours possible. Ainsi, selon Allais, « L'économie mondiale tout entière repose aujourd'hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile ». Il appelle de ses vœux un système où la création monétaire ne relève que de l'État, dans un cadre de régime de change fixe.

James Robertson et d'autres auteurs altermondialistes souhaitent ramener le processus de création monétaire sous le contrôle de l'État et jugent que le système actuel n'est pas aligné « sur des principes de justice économique et sur les réalités de l’ère de l’information, à tel point que la confiance dans la démocratie même en est sérieusement ébranlée »[21]. Et d'ajouter : « Le fait que ces banques commerciales créent toujours ces fonds libellés en devises officielles et que cette création de monnaie génère des bénéfices revenant au privé constitue un anachronisme flagrant ». Il préconise également que les banques centrales soient seules créatrices de monnaie et que la monnaie créée soit affectée aux dépenses publiques. Les banques de second rang n'auraient plus la possibilité de créer de la monnaie par l'emprunt, le tout dans un système contrôlé par une banque centrale mondiale qui « devrait rendre compte aux gouvernements membres ».

D'autres économistes (Gabriel Galand, André Grjébine, Philippe Derudder) préconisent dans certains cas la création de monnaie permanente sous l'égide de l’État.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c baisse du ratio de réserves obligatoires de 2 % à 1 % Banque de France, janvier 2012
  2. expression où effet est à comprendre au sens de commercial, comme un effet de commerce, c'est-à-dire une créance.
  3. Situation financière consolidée de l’Eurosystème au 20 août 2010
  4. Alternatives économiques, juillet 2000
  5. Art. 88 Grundgesetz
  6. Économie internationale, 4e trimestre 2000
  7. Gabriel Galand et Alain Grandjean, La monnaie dévoilée, L'Harmattan, 1996
  8. Paul Krugman, End this depression now!, W. W. Norton & Company, 2012.
  9. François Desjardins, « La Fed sort la planche à billets », Le Devoir,‎ 4 novembre 2010 (lire en ligne)
  10. a, b et c Économie monétaire et financière - 2° édition - Collection Grand Amphi - éd Bréal - p.58 et 59
  11. dans ce cas l'opération est décomposée en trois temps, d'abord réduction du crédit de A et augmentation du crédit de G dans les comptes de F, compensation entre les soldes respectifs de G chez F et de F chez G avec si nécessaire transfert de fonds de F vers G, enfin augmentation du crédit de B chez G
  12. "sociétal création monétaire"
  13. L’écart entre le taux d'emprunt sur le marché interbancaire (l’Eonia par exemple) et le taux de la banque centrale est généralement faible (exceptions faites des périodes de crise de liquidité), mais il est légèrement positif
  14. André Orléan, De l'euphorie à la panique, Éditions rue d'Ulm, 2009
  15. André Orléan, ouvrage cité
  16. François Chesnais (sous la coordination de), La mondialisation financière, Syros, 1996, p. 80, 81 et 84
  17. L'argent Canadian Tire est là pour rester
  18. (en) Milton Friedman unraveled, 1971, paru dans The individualist et repris sur le site de Lew Rockwell
  19. Fractional Reserve Banking, Murray Rothbard in The Freeman, 1995
  20. Maurice Allais, La crise mondiale d’aujourd’hui - Pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Éditions Clément Juglar
  21. James Robertson & John Bunzl, en anglais Monetary Reform - Making it Happen, et traduction française La réforme monétaire – Bientôt une réalité !