Bruno Latour

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Bruno Latour

Description de l'image  BrunoLatour.jpg.
Naissance (66 ans)
Beaune, France
Nationalité Drapeau de la France France
Profession Sociologue des sciences
Autres activités
Formation
Distinctions

Bruno Latour est un sociologue, anthropologue et philosophe des sciences français né en 1947 à Beaune, en France. Après avoir été assistant de Jean-Jacques Salomon au CNAM, puis avoir enseigné à l'École des mines de Paris, il est depuis septembre 2006 professeur à l'Institut d'études politiques de Paris. En septembre 2007, Bruno Latour devient directeur scientifique et directeur adjoint de Sciences Po.

Connu pour ses travaux en sociologie des sciences, il a mené des enquêtes de terrain où il observe des scientifiques au travail et décrit le processus de recherche scientifique d'abord comme une construction sociale[1]. Il a également mis en cause l'exclusivité des matériaux « sociaux » dans la « construction » des faits scientifiques, abandonnant le constructivisme social pour une théorie plus large de l'acteur-réseau[2]. En 2007 Bruno Latour est classé parmi les dix chercheurs les plus cités en sciences humaines[3]. Il jouit d'une très forte notoriété dans le monde académique anglophone.

Ses ouvrages les plus connus sont La Vie de laboratoire (1979), La Science en action (1987), Nous n'avons jamais été modernes (1991) et Politiques de la nature (1999). Parmi ses principales influences, on peut mentionner William James, Ludwik Fleck, Alfred North Whitehead, Michel Serres, Harold Garfinkel (ethnométhodologie), David Bloor, Gilles Deleuze et Gabriel Tarde. Bruno Latour est membre du comité d'orientation de la revue Cosmopolitiques.

Il a reçu le prix Holberg 2013 pour ses travaux sur la notion de modernité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières recherches[modifier | modifier le code]

Agrégé de philosophie[4], Latour a été profondément influencé par la pensée de Michel Serres. Il s'intéresse à l'anthropologie et entreprend une enquête de terrain dans un laboratoire de l'ORSTOM en Côte d'Ivoire à Abidjan[4] dont le résultat est une brève monographie sur la décolonisation, la notion de race et les relations industrielles. Parallèlement, il mène une recherche sur l'exégèse biblique des textes portant sur la résurrection pour une thèse de troisième cycle[4].

Ses travaux se concentrent ensuite sur le travail des scientifiques dans leur laboratoire. En 1979, il publie avec Steve Woolgar Laboratory Life: the Social Construction of Scientific Facts (traduit en français en 1988 sous le titre La Vie de laboratoire : la Production des faits scientifiques). Dans cet ouvrage, les deux auteurs entreprennent une étude ethnologique d'un laboratoire de recherche spécialisé en neuroendocrinologie au Salk Institute. Ils montrent que la description naïve de la méthode scientifique selon laquelle la réussite ou l'échec d'une théorie dépendent du résultat d'une seule expérience ne correspond pas à la pratique réelle des laboratoires. Généralement, une expérience produit seulement des données peu concluantes, attribuées à un défaut du dispositif expérimental ou de la procédure. Ainsi, une grande partie de l'éducation scientifique consiste à apprendre comment trier les données qui doivent être gardées et celles qui doivent être rejetées, un processus qui, pour un regard extérieur « non-éduqué », peut être perçu comme une manière d'ignorer les données qui contredisent l'orthodoxie scientifique.

Latour et Woolgar proposent une vision hétérodoxe et controversée des sciences. Ils défendent l'idée que les objets d'étude scientifiques sont « socialement construits » dans les laboratoires, qu'ils n'ont pas d'existence en dehors des instruments de mesure et des spécialistes qui les interprètent. Plus largement, ils considèrent l'activité scientifique comme un système de croyances, de traditions orales et de pratiques culturelles spécifiques.

Autres études de cas[modifier | modifier le code]

Après un projet de recherche sur la sociologie des primatologues, Latour poursuit ses recherches entreprises dans La Vie de laboratoire avec Les Microbes : Guerre et paix (1984). Il y raconte la vie et la carrière de Louis Pasteur et sa découverte des micro-organismes à la manière d'une biographie politique. Il met en lumière les forces sociales qui interviennent dans la carrière de Pasteur et la façon dont ses théories sont finalement acceptées par la société. En donnant des raisons d'ordre idéologique pour expliquer l'accueil plus ou moins favorable du travail de Pasteur selon les milieux, Latour cherche à saper l'idée selon laquelle l'acceptation ou le rejet des théories scientifiques est essentiellement, ou même habituellement, de l'ordre de l'expérience, de la preuve ou de la raison, ce qui lui vaut régulièrement des accusations de « relativisme »[5].

Un autre ouvrage, Aramis ou l'amour des techniques (1992) se concentre sur l'histoire du projet raté de métro Aramis.

Latour applique également sa méthode au monde du droit en rendant compte des travaux du Conseil d'État dans La Fabrique du droit (2002), qu'il met en perspective avec ses précédentes études sur les modes concrets de production des théories scientifiques.

Travaux théoriques[modifier | modifier le code]

Latour se tourne ensuite vers des travaux plus théoriques et programmatiques. À la fin des années 1980, il devient un des principaux défenseurs de la théorie de l'acteur-réseau aux côtés notamment de Michel Callon et de John Law. Ses ouvrages plus théoriques comprennent La Science en action, Pandora's Hope, et Nous n'avons jamais été modernes.

Latour s'inscrit dans une tradition philosophique qu'il qualifie de « non-moderne », par opposition aux modernes et aux postmodernes. Il s'intéresse à l'opposition entre les objets (ultimes, qu'on peut lancer à la tête du conférencier) et les choses (qui s'imposent à nous - les États, par exemple). Il se demande pourquoi nous ne maîtrisons pas ce dont nous sommes les auteurs.

Ses conceptions sur les « non-humains » l'amènent à élaborer un véritable programme d'écologie politique. Notant l'impact des découvertes scientifiques sur l'organisation de la société, il souhaite que la Constitution du pays prenne en compte non seulement les humains mais aussi les « non-humains ». À cette fin, il propose la création d'un « parlement des choses », dans lequel les choses seraient représentées par des scientifiques ou des personnes reconnues pour leur compétence dans un champ particulier, au même titre que les députés traditionnels représentent aujourd'hui les citoyens[6].

Dans un texte intitulé « Le « pédofil » de Boa Vista. Montage photo-philosophique » (dans Petites leçons de sociologie des sciences), Latour propose une caractérisation de la démarche scientifique qui produit et entretient une chaîne réversible d'opérateurs, traversant la distance de la réalité à sa représentation. La justification – le référent – est donc intérieure et transversale, et non pas comme dans les modèles traditionnels « à deux pôles », extérieure et latérale.

Latour a fait partie des intellectuels mis en cause dans le livre d'Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostures intellectuelles aux côtés de Jacques Lacan, Julia Kristeva, Luce Irigaray, Jean Baudrillard, Gilles Deleuze, Félix Guattari et Paul Virilio. Les deux auteurs critiquent son utilisation de la théorie de la relativité[7]. Latour répliqua en accusant Sokal d'arrière-pensées politiques dans sa démarche[réf. nécessaire].

Sa rencontre avec l'œuvre de Peter Sloterdijk a ouvert une autre période de la production intellectuelle de Bruno Latour[réf. nécessaire].

Prises de position dans le débat public[modifier | modifier le code]

En novembre 2012, au moment du renouvellement de l'équipe dirigeante de l'Institut d'études politiques de Paris, Bruno Latour défend dans le quotidien Le Monde le bilan et l'ambition de Richard Descoings et de son successeur Hervé Crès au moment où celui-ci est fortement remis en cause par un rapport de la Cour des comptes dénonçant la gestion de l'institut[8].

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Bruno Latour et Woolgar, Laboratory Life : The Social Construction of Scientific Facts, Beverly Hills, Sage Publications,‎ 1979, 1e éd. (ISBN 0803909934) ; rééd. Princeton, Princeton University Press, 1986. (ISBN 0-691-02832-X) ; trad. française, La Vie de laboratoire. La Production des faits scientifiques, traduit de l'anglais par Michel Biezunski, Paris, La Découverte, « Sciences et société », 1988. (ISBN 2-7071-1772-2)
  • Les Microbes. Guerre et paix, suivi de Irréductions, Paris, Métailié, « Pandore », 1984.
  • Pasteur. Bataille contre les microbes, Paris, Nathan, « Poche-Nathan. Monde en poche », 1985.
  • La Science en action, traduit de l'anglais par Michel Biezunski ; texte révisé par l'auteur, Paris, La Découverte, « Textes à l'appui. Série Anthropologie des sciences et des techniques », 1989. (ISBN 2-7071-1889-3)
  • avec Michel Callon (dir.), La science telle qu'elle se fait. Anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise, Paris, La Découverte, « Textes à l'appui. Anthropologie des sciences et des techniques », 1991. (ISBN 2-7071-1998-9)
  • Nous n'avons jamais été modernes. Essai d'anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, « L'armillaire », 1991. (ISBN 2-7071-2083-9) ; nouvelle éd. 1997. (ISBN 2-7071-2692-6)
  • Aramis ou L'amour des techniques, Paris, La Découverte, « Textes à l'appui. Anthropologie des sciences et des techniques », 1992. (ISBN 2-7071-2120-7)
  • Éclaircissements. Cinq entretiens avec Bruno Latour, entretiens avec Michel Serres, Paris, F. Bourin, 1992. (ISBN 2-87686-078-3) ; rééd. Flammarion, « Champs », 1994. (ISBN 2-08-081271-8)
  • La clef de Berlin et autres leçons d'un amateur de sciences, Paris, La Découverte, 1993 (première version de Petites leçons de sociologie des sciences, 1996) (ISBN 2-7071-2274-2)
  • Pasteur, une science, un style, un siècle, Éditions Perrin, 1994. (ISBN 2-262-01059-5)
  • avec Pierre Lemonnier (dir.), De la préhistoire aux missiles balistiques. L'intelligence sociale des techniques, Paris, La Découverte, « Recherches », 1994. (ISBN 2-7071-2387-0)
  • Le métier de chercheur. Regard d'un anthropologue, une conférence-débat à l'INRA, Paris, le 22 septembre 1994, Paris, Institut national de la recherche agronomique, « Sciences en questions », 1995. (ISBN 2-7380-0646-9)
  • Petite réflexion sur le culte moderne des dieux faitiches, Les empêcheurs de penser en rond, 1996. (ISBN 2-908602-76-8)
  • Petites leçons de sociologie des sciences, Paris, Le Seuil, « Points. Sciences », 1996. (ISBN 2-02-029503-2)
  • avec Émilie Hermant, Paris, ville invisible, design, Susanna Shannon, Les empêcheurs de penser en rond ; Paris, La Découverte, 1998. (ISBN 2-84324-057-3)
  • Pandora's Hope: An Essay on the Reality of Science Studies, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1999. (ISBN 0-674-65335-1); trad. L'Espoir de Pandore, Paris, La Découverte, « Armillaire », 2001.
  • Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie, Paris, La Découverte, « Armillaire », 1999. (ISBN 2-7071-3078-8) ; 2004.
  • Jubiler ou Les tourments de la parole religieuse, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond ; Le Seuil, 2002. (ISBN 2-84671-009-0)
  • La Fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d'État, Paris, La Découverte, 2002. (ISBN 2-7071-3581-X)
  • Un monde pluriel mais commun, entretiens avec François Ewald, La Tour-d'Aigues, Éditions de l'Aube ; Paris, Radio France, « Monde en cours. Intervention », 2003. Texte des entretiens diffusés par France Culture au cours de l'émission « À voix nue ».(ISBN 2-87678-821-7)
  • Reassembling the social. An introduction to Actor-Network Theory, Oxford, OUP, 2005 ; trad. Changer de société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, « Armillaire », 2005. (ISBN 2-7071-4632-3)
  • avec Pasquale Gagliardi (dir.), Les atmosphères de la politique. Dialogue pour un monde commun, (avec Philippe Descola, François Jullien, Gilles Kepel et al.), Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 2006. (ISBN 2-84671-161-5)
  • avec Madeleine Akrich et Michel Callon (éd.), Sociologie de la traduction : textes fondateurs, Paris, Mines Paris, les Presses, « Sciences sociales », 2006. Textes rassemblés par le Centre de sociologie de l'innovation, laboratoire de sociologie de l'École des mines. (ISBN 2-911762-75-4)
  • Chroniques d'un amateur de sciences, Paris, Mines Paris, les Presses, « Sciences sociales », 2006. Chroniques précédemment parues dans La Recherche, 1995-2001. (ISBN 2-911762-76-2)
  • (dir.), Le dialogue des cultures, actes des rencontres inaugurales du Musée du quai Branly, 21 juin 2006, Arles, Actes Sud ; Paris, Musée du quai Branly, « Babel », 2007. (ISBN 978-2-7427-6861-5)
  • avec Vincent Antonin Lépinay, L'Économie, science des intérêts passionnés. Introduction à l'anthropologie économique de Gabriel Tarde, Paris, La Découverte, 2008. (ISBN 978-2-7071-5644-0)
  • présentation de Le Public fantôme de Walter Lippmann, DEMOPOLIS, ESSAI, 2008. (ISBN 978-2354570132)
  • avec Isabelle Stengers, présentation de Les différents modes d'existence suivi de De l'œuvre à faire d'Etienne Souriau, Paris, PUF, « Métaphysiques », 2009. (ISBN 978-2-13-057487-3)
  • Cogitamus : Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, La Découverte, 2010. (ISBN 978-2707166883)
  • (en) Peter Erdélyi, Graham Harman et Bruno Latour, The Prince and the Wolf : Latour and Harman at the LSE, John Hunt Publishing,‎ 2011 (ISBN 978-1846944222)
  • Bruno Latour, Enquêtes sur les modes d'existence : Une anthropologie des modernes, La Découverte,‎ 2012, 504 p. (ISBN 978-2707173478)

Distinctions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Graham Harman, Prince of Networks: Bruno Latour and Metaphysics, Melbourne, re.press, coll. « Anamnesis »,‎ 2009, 258 p.
  • Patrice Maniglier, « Qui a peur de Bruno Latour ? », Le Monde,‎ 21 septembre 2012 (lire en ligne)
  • Dossier « Bruno Latour ou la pluralité des mondes » dans la revue Critique, novembre 2012, no 786, lire en ligne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Notamment dans Latour et Woolgar 1979
  2. Voir à ce propos son ouvrage intitulé Changer de société. Refaire de la sociologie, Paris, La Découverte, 2006 (1re éd. en anglais, 2005.
  3. http://www.timeshighereducation.co.uk/405956.article
  4. a, b et c Pascal Ragouet, « Bruno Latour », dans Encyclopædia Universalis, en ligne.
  5. Il existe des références critiques plus anciennes sur Latour - antérieures à l'affaire Sokal, chercher article de F-A. Isambert sur le programme fort en sociologie des sciences, 1985
  6. Voir une présentation concrète de ce « Parlement des choses » dans un article de Bruno Latour, publié dans Le Monde en 2003.
  7. Voir par exemple la référence d'Alan Sokal à l'interprétation de Bruno Latour dans l'article parodique qui est à l'origine de cette affaire : (en) « Transgressing the Boundaries: Towards a Transformative Hermeneutics of Quantum Gravity », note 30.
  8. Bruno Latour, « Science Po : "Richard Descoings est mort pour la seconde fois" », Le Monde,‎ 28 novembre 2012 (lire en ligne)
  9. « Légion d’honneur, les promus du Nouvel An », Le Journal des arts,‎ 3 janvier 2012 (lire en ligne)
  10. a et b « L'anthropologue français Bruno Latour reçoit le prix Holberg en Norvège », Le Monde,‎ 13 mars 2013 (lire en ligne)

Voir également[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]