Innéisme

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L'innéisme est une doctrine philosophique selon laquelle certaines idées ou structures mentales sont innées, c'est-à-dire présentes dès la naissance. Doctrine philosophique émanant de Platon d'où "l'innéisme platonicien", elle s'oppose en particulier à l'empirisme de Locke, qui affirme que l'âme (ou esprit, mind) est une tabula rasa, et que toute idée dérive par conséquent de l'expérience sensible.

Innéisme philosophique[modifier | modifier le code]

La version la plus ancienne de cette doctrine philosophique est attribuée à Platon. Selon cet innéisme platonicien toute vérité est connue dès la naissance, l'âme ayant visité le « ciel des idées » avant de s'incarner dans un corps. De notre vivant, on se doit de pratiquer la réminiscence pour se souvenir à nouveau des vérités que nous avons observées. Le commentateur Jean Philopon relève ceci à propos de l'âme : « Aristote la représente par une tablette non écrite [empirisme] et la nomme au sens propre faculté d'apprendre. Platon, cependant, la représente par une tablette écrite [innéisme] et la nomme faculté de s'instruire par remémoration »[1].

Descartes défend de même une position similaire, par sa doctrine des notions communes[2]. Refusée par Locke, l'existence des idées innées a été ré-affirmée par Leibniz dans les Nouveaux Essais sur l'entendement humain.

Innéisme psychologique[modifier | modifier le code]

En psychologie, selon la doctrine innéiste, certaines des facultés mentales seraient innées (voir instinct), c'est-à-dire « préspécifiées » dans le cerveau à la naissance. Cette position s'oppose à la perspective de la tabula rasa (ou blank slate, ardoise vierge en anglais) selon laquelle le cerveau ne dispose que de très peu de capacités à la naissance mais que l'essentiel de nos facultés se développent au cours de la vie par interaction avec l'environnement.

L'innéisme se distingue toutefois du nativisme stricto sensu avec lequel il est parfois confondu. Dans le nativisme, les facultés mentales seraient « précâblées » à la naissance. Or les progrès de la psychologie du développement ont permis de raffiner cette conception : en effet, comme tout autre trait phénotypique, une faculté mentale innée peut n'apparaitre que bien après la naissance alors même qu'elle est spécifiée dès la naissance. Ainsi la capacité physiologique des femelles mammifères à produire du lait est innée mais elle ne s'observe que bien plus tard au cours de la vie, au moment de l'allaitement. Il peut donc en être de même avec les facultés mentales.

Devant le constat que l'individu adulte est le résultat d'une interaction complexe entre le matériel génétique et l'environnement, la psychologie du développement (parallèlement à la biologie du développement) a donc abandonné l'idée d'une opposition stricte entre inné et acquis au profit de notions plus riches comme celle d'héritabilité qui permettrait de quantifier la part des facteurs environnementaux et des facteurs génétiques mais aussi congénitaux et épigénétiques dans la constitution des traits biologiques et des facultés mentales.

Innéisme linguistique[modifier | modifier le code]

La grammaire universelle de Chomsky est une reprise de cette position philosophique[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Commentaire sur le traité de l'âme d'Aristote, III, 4, 429a27, éd. Hayduck p. 524
  2. Principes de la philosophie, I, 49
  3. Pratiques discursives et acquisition des langues étrangères: Colloque international "Acquisition d'une langue étrangère : perspectives et recherches", Besançon, 19-21 sept. 1996; Presses Univ. Franche-Comté, 1998, Bettina Derville et Henri Portine p.38