Perspectivisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher


Le perspectivisme signifie que toute manifestation de la réalité ou de la vérité est conditionnée par un point de vue, ou perspective particulière. On trouve des développements significatifs de cette philosophie chez Montaigne, Leibniz, Nietzsche, Ortega y Gasset, entre autres.

Le perspectivisme rejette l'idée que l'homme pourrait avoir accès à une réalité objective, indépendamment d'une situation, d'un contexte culturel ou d'une appréciation subjective. Il n'y a pas de faits objectifs ou en soi, pas plus qu'il n'y a de connaissance d'une chose sans la perspective d'un sujet connaissant. Par conséquent, il n'y a pas d'absolu métaphysique, épistémologique ou moral.

Développements philosophiques[modifier | modifier le code]

Montaigne accepte la variation des points de vue dans l'espace ou dans le temps, et l'applique à l'étude de soi : « Je donne à mon ame tantost un visage, tantost un autre, selon le costé où je la couche. Si je parle diversement de moy, c'est que je me regarde diversement[1]."

L'univers de Leibniz est composé de substances qui sont autant de points de vue individuels différents. "Toute substance est comme un monde entier et comme un miroir de Dieu ou bien de tout l’univers, qu’elle exprime chacune à sa façon, à peu près comme une même ville est représentée diversement selon les différentes situations de celui qui regarde. Ainsi l’univers est en quelque façon multiplié autant de fois qu’il y a de substances, et la gloire de Dieu est redoublée de même par autant de représentations toutes différentes de son ouvrage[2]". La notion de perspectivisme est utilisée par la critique pour désigner " la multiplication des points de vue individuels[3] " sur la réalité.

Selon Ortega y Gasset, le perspectivisme apparaît comme une solution philosophique équilibrée entre le rationalisme et le relativisme. Entre la vérité du rationalisme, qui est une vérité universelle mais sans vie, et la vérité du relativisme, qui est une vérité singulière mais qui ne vaut que pour l'individu, le perspectivisme pose que la vérité dépend d'une perspective déterminée, valide depuis un point de vue particulier, mais complémentaire des autres points de vue. C'est sur cette base philosophique que le philosophe espagnol peut affirmer que "chaque génération a une vocation historique[4]". Une perspective n'est pas une fiction, mais une dimension de la réalité, son "organisation[5]" même.


Bibliographie[modifier | modifier le code]


Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. Montaigne, Les Essais, livre I, "De l'inconstance de nos actions", éd. P. Villey, Paris, Puf, 1924, p. 335
  2. Leibniz, Discours de Métaphysique, 1686, art. IX.
  3. Martine de Gaudemar, "Relativisme et perspectivisme chez Leibniz", Dix-septième siècle2005/1 (n° 226), pp. 111-134 : "À titre indicatif, j’appelle perspectivisme chez Leibniz sa multiplication des points de vue individuels, et méthode perspective son appel à varier ces points de vue. J’appelle en revanche relativisme la conséquence erronée qui pourrait en être tirée selon laquelle tous ces points de vue seraient équivalents, auraient même valeur."
  4. Ortega y Gasset, "Cada generación tiene vocación histórica", dans "El tema de nuestro tiempo", Obras Completas. Revista de Occidente, Madrid, 1955, p. 151
  5. "La perspectiva es uno de los componentes de la realidad. Lejos de ser su deformación, es su organización" (ibid.).