Jean-Pierre Dupuy

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Jean-Pierre Dupuy

Philosophe

Époque Contemporaine

Naissance 20 février 1941
Nationalité Drapeau de la France France
Principaux intérêts Cybernétique, Prospective, Épistémologie, Sacré
Idées remarquables Auto-extériorisation du social, catastrophisme éclairé, temps du projet
Œuvres principales Le Sacrifice et l'envie (1992), Pour un catastrophisme éclairé (2004), La Marque du sacré (2009)
Influencé par Günther Anders, Henri Bergson, Louis Dumont, Émile Durkheim, René Girard, Ivan Illich, Hans Jonas, Claude Lefort, Adam Smith, Friedrich Hayek

Jean-Pierre Dupuy (né le 20 février 1941) est un ingénieur, épistémologue et philosophe français.

Polytechnicien et ingénieur des mines, il est professeur de français et chercheur au Centre d'Étude du Langage et de l'Information (C.S.L.I.) de l'université Stanford, en Californie[1]. Il a aussi enseigné la philosophie sociale et politique et l'éthique des sciences et techniques jusqu'en 2006 à l'École polytechnique.

Il est membre de l'Académie des technologies et de l'Académie catholique de France (il admire les valeurs du christianisme, mais n'est cependant pas croyant[2]).

Biographie[modifier | modifier le code]

Ancien élève de l'École polytechnique, Jean-Pierre Dupuy a fondé le centre de sciences cognitives et d'épistémologie de l'École polytechnique (CREA) en 1982 avec Jean-Marie Domenach sur la base de réflexions préliminaires de Jean Ullmo. Ce centre est devenu une unité mixte de recherche (UMR) en 1987. Dès l'origine, sa vocation a été double et a concerné aussi bien la modélisation en sciences humaines (modèles d'auto-organisation de systèmes complexes tant cognitifs, qu'économiques et sociaux) que la philosophie des sciences et, en particulier, l'épistémologie des sciences cognitives. En 2001, l'UMR s'est réorganisée et a décidé de se constituer en un laboratoire polyscientifique de sciences cognitives théoriques.

Jean-Pierre Dupuy a contribué à introduire et diffuser en France la pensée d'Ivan Illich, qu'il a rencontré chaque année de 1974 à 1979 au Mexique au CIDOC de Cuernavaca, mais aussi celles de René Girard, de John Rawls et de Günther Anders. Une partie de son travail porte sur les nanotechnologies, un possible « tsunami » technologique à venir, dont il étudie les effets pervers. Jean-Pierre Dupuy compte également parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique, association qui souhaite « apporter des réponses intelligentes et appropriées qu'attendent les peuples du monde face aux nouveaux défis de notre temps. »

Il reçoit le prix Roger Caillois de l'essai 2011.

Sa pensée[modifier | modifier le code]

Le Sacrifice et l'envie (1992) fait référence aux deux obsessions de toute théorie moderne de la justice. Dans une société libérale, c'est-à-dire sans transcendance, l'homme doit être préservé du nombre : la perspective d'un sacrifice de l'individu à la collectivité, qui assurait autrefois la pérennité de l'ordre social, est désormais rejetée. Mais cette absence de transcendance, et l'individualisme qui en découle, libèrent l'envie, qui menace l'ordre social en permanence. Les grands théoriciens du libéralisme – au premier chef Adam Smith, John Rawls et Friedrich Hayek – ont parfaitement conscience de ce risque et chacun tente de le minimiser dans ses travaux. Rejet du sacrifice, et rejet de l'envie que ce premier rejet engendre : voilà ce qui constitue selon Dupuy la trame avec laquelle il faut lire toute théorie moderne de la justice.

Dans Pour un catastrophisme éclairé (2002), Jean-Pierre Dupuy part d'un constat : le seuil a été franchi. L'humanité est désormais capable de s'anéantir elle-même, par les armes de destruction massive ou simplement en continuant d'altérer ses conditions de survie. Nous savons cela, mais au fond de nous, nous ne le croyons pas. Quelle est la raison de cet aveuglement ? Le livre mène, à la suite de Bergson et de Hans Jonas, une réflexion sur le temps. Dupuy distingue le "temps de l’histoire", auquel nous sommes habitués, et le "temps du projet", qu'il propose comme paradigme pour penser la catastrophe et agir face à elle. Dans le "temps de l’histoire", le temps est envisagé rétrospectivement et les possibles jamais actualisés n'ont aucun intérêt. C'est parce que nous concevons uniquement le temps de cette façon que nous n’agissons contre les catastrophes qu’une fois celles-ci réalisées. Le "temps du projet", lui, unit passé et futur : la catastrophe est déjà présente aujourd’hui, ce qui peut nous faire agir pour que, paradoxalement, elle ne se soit jamais produite.

Dans La Marque du sacré (2009), sur une suggestion de son éditeur Benoît Chantre, Jean-Pierre Dupuy synthétise ses ouvrages antérieurs, qui « ont pu donner l'impression [...] d'une certaine dispersion »[2], en mettant en exergue le fil conducteur qui les unit : la question du sacré.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.stanford.edu/dept/MTL/cgi-bin/modthought/mtl-people/faculty/
  2. a et b J.P. Dupuy, La marque du sacré, Ed. Flammarion, Coll. “Champs essais”, 2010, ISBN 978-2-08-123170-2, p. 30.

Ouvrages publiés[modifier | modifier le code]

  • Avec Hubert Lévy-Lambert, Les Choix économiques dans l'entreprise et dans l'administration, Dunod, 1973 — Réédition 1975
  • Avec Serge Karsenty, L'Invasion pharmaceutique, Seuil, 1974 - Réédition coll. « Points » 1977.
  • « À la recherche du temps gagné », dans Bulletin interministeriel pour la RCB, no 20, mars 1975
– Republié en 1975 en annexe de l'édition française de Énergie et Équité (1974) d'Ivan Illich.
  • Valeur sociale et encombrement du temps, éditions du CNRS, 1975.
  • Avec Jean Robert, La Trahison de l'opulence, PUF, 1976. ISBN 2-13-034946-3.
  • Avec Paul Dumouchel, L'Enfer des choses, Seuil, 1979. ISBN 2-02-005320-9.
  • Introduction à la critique de l'écologie politique, Civilizaçao Brasileira, Rio de Janeiro, 1980.
  • Ordres et Désordres, enquête sur un nouveau paradigme, Seuil, 1982. ISBN 978-2-02-010923-9.
  • Avec Michel Deguy (dir.), René Girard et le Problème du mal, Grasset, 1982. ISBN 978-2-246-24971-9.
  • La Panique, Les Empêcheurs de Penser en Rond, 1991 – Réédition 2003. ISBN 978-2-84671-062-6.
  • Le Sacrifice et l'Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale, Paris, Calmann-Lévy, 1992
– Réédition sous le titre Libéralisme et justice sociale, Hachette Pluriel. ISBN 978-2-01-270516-6.

Articles[modifier | modifier le code]

  • « L'individu libéral, cet inconnu : d'Adam Smith à Friedrich Hayek », dans Catherine Audard, Jean-Pierre Dupuy et René Sève (éd.), Individu et Justice sociale. Autour de John Rawls, Paris, Seuil, 1988, p. 73-125.
  • « Friedrich Hayek ou la justice noyée dans la complexité sociale », dans Le Sacrifice et l'Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale, Paris, Calmann-Lévy, 1992, chap. VIII (p. 241-292).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]