Science ouverte

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La notion de science ouverte (open science ou open research pour les anglophones) recouvre un ensemble de pratiques, fondées sur le recours à l'Internet et aux outils du web social, qui touchent l'ensemble de la démarche savante, de la formulation de questions et d'hypothèses à la diffusion des résultats de recherche.

Principes généraux[modifier | modifier le code]

De même que les régimes open source sont construits autour de l'idée de base d'un code source rendu public (noyau linux) librement utilisable par tous et chacun, le thème central de la science ouverte est de produire des hypothèses, méthodes et protocoles clairs et partagés, soumis à des analyses critiques et des discussions visant leur amélioration. De la même manière, les données et résultats ne sont pas confidentiels ni payants (au moins sous leur forme numérique), mais généralement mis à disposition gratuitement via l'Internet.

Les données primaires de la recherche étant affichées, elles peuvent être corroborées, critiquées ou interprétées par quiconque possédant l'expertise ou la compétence nécessaire, qui peut alors participer à l'effort de collaboration. Ainsi le produit final (des publications, le plus souvent) d'un projet relevant de la science ouverte découle généralement de nombreuses contributions plutôt que de l'effort d'un petit groupe.

Histoire[modifier | modifier le code]

Entendue en son sens le plus large, la science ouverte est un phénomène ancien, remontant au début du XVIIe siècle.

Avant le XVIIe siècle : une science secrète[modifier | modifier le code]

Avant l'apparition des revues académiques, les scientifiques ne tentent pas de faire connaître leur recherches[1]. Ils dépendent de patronages aristocratiques : leurs mécènes cherchent avant tout à exploiter leur travail à des fins commerciales ou ludiques[2]. Le savant ne vient ainsi que conforter le prestige et la notoriété de son patron, au même titre qu'un artiste ou qu'un intellectuel attaché à sa cour.

Dans ce contexte, la circulation des nouvelles scientifiques était limitée à un petit cercle de connaissances. Aussi bien Galilée que Newton recourraient couramment à des techniques de cryptographies pour s'assurer que leurs écrits ne soient pas publicisés. Les découvertes étaient ainsi tenues secrètes jusqu'à ce qu'il soit envisageable d'en tirer profit[2].

L'absence de toute publicité s'est avérée progressivement nuisible. Les découvertes se propagent lentement et, dans certains cas, donnent lieu à des conflits d'attribution. La controverse Newton-Leibniz est emblématique des limites de ce système clos. Newton prétend avec été le premier à poser les bases du calcul intégral, dès la décennie 1660, mais il n'a rien publié à ce sujet avant 1693. La première publication de Leibniz remonte à 1684. La publication systématique des découvertes scientifiques permet de régler la plupart de ces conflits : le découvreur a désormais une preuve tangible de sa priorité[1].

L'avènement des revues et de la collaboration scientifique moderne[modifier | modifier le code]

Les multiples déficiences du patronage aristocratique entraînent vers le milieu du XVIIe siècle l'émergence de nouveaux modèles de financement[2]. Les premières académies se constituent au cours de la décennie 1660 : la Royal Society est créée en 1660, l'Académie des sciences voit le jour en 1666. Jusqu'en 1793, plus de 70 institutions similaires se mettent en place dans toute l'Europe[3].

Les revues scientifiques découlent directement des académies. En 1665, Henry Oldenburg édite les Philosophical Transactions of the Royal Society. En 1699, il existe une trentaine de revues ; en 1790, on en dénombre plus d'un millier[4].

Aspects juridiques[modifier | modifier le code]

Le caractère ouvert d'une recherche ne signifie cependant pas qu'il y ait abandon de la propriété intellectuelle[5], mais simplement son partage.

Dans ce contexte, le droit d'auteur n'est pas employé pour utiliser le monopole qu'il confère pour limiter l'accès ou l'usage, mais simplement pour préciser ceux-ci, par exemple au moyen des licences dites libres telles que

De même, les données ne sont pas toutes rendues accessibles, ni pour toujours. Certaines, par exemple relatives à la vie privée, risquant de mettre en péril des populations ou individus, des habitats ou espèces menacées, ou encore susceptibles d'usages mafieux ou terroriste, peuvent être exclues de la diffusion par une démarche éthique volontaire des auteurs et contributeurs, et/ou à la demande du commanditaire de l'étude quand il existe.

Depuis les années 2000, le droit administratif de plusieurs pays et de l'Union européenne a cherché à s'adapter aux NTIC en demandant aux administrations de mettre à disposition de tous les données publiques, via l'internet et le Web 2.0 notamment.

Avantages, intérêts[modifier | modifier le code]

  • Ceci permet un travail collaboratif et participatif massivement distribué, facilitant la transdisciplinarité et l'association de compétences variées dans des pays différents. Une approche ouverte permet une meilleure réactivité (par exemple pour l'étude et l'alerte concernant les maladies émergentes, virales notamment.
  • Des disciplines peuvent bénéficier d'outils mis au point par et pour d'autres disciplines, par exemple des wikis et des outils sémantiques de recherche ou de classification[7].
  • Les étudiants peuvent rendre accessibles sans frais les textes requis pour leur programme d'études (thèses, mémoires, essais).
  • C'est une approche qui semble également intéressante et prometteuse pour les sciences citoyennes. Par exemple Tela-botanica regroupait fin 2009 environ 11 000 botanistes francophones vivant dans 35 pays différents, leur permettant de mutualiser moyens et connaissances.

Limites[modifier | modifier le code]

  • Bien que des approches ouvertes soient utilisées pour des travaux d'épidémiologie à grande échelle (ex : cartographie de Mycobacterium tuberculosis[8], elles ne sont pas appropriées à des études épidémiologiques locales demandant d'avoir accès à des données personnelles, confidentielles ou ayant un impact potentiel pour la vie privée des sujets étudiés.
  • Dans certains cas ou domaines, par exemple les recherches effectuées ou commanditées par des entreprises privées soucieuses de préserver le secret industriel, les règles entourant la gestion des données peuvent rendre la recherche ouverte juridiquement difficile, coûteuse, voire impossible ou illégale.

Les acteurs[modifier | modifier le code]

Actuellement, l'essentiel de la recherche ouverte semble produite par des groupes de recherche existants, issus du secteur public ou associatif / ONG. Des collectivités peuvent la soutenir ou soutenir les processus d'innovation la permettant.

Phénomène émergent et en cours d'organisation[modifier | modifier le code]

Dans les années 1990-2000 surtout, avec l'avènement et la démocratisation de l'informatique, des réseaux se sont organisés, sous forme non gouvernementale (ONG), avec par exemple The Open Research Society[9]. Certains réseaux de scientifiques dits open scientists (savants ouverts) chez les Anglo-Saxons s'appuient sur une ONG OpenScientists.org se construisant autour de wikiversity.

Une branche de Creative Commons s'est spécialisée dans la science et la recherche « ouvertes »[10] alors que certains groupes se spécialisent dans la création d'outils collaboratifs[11] ou Zyrist[12] qui promeut la recherche ouverte et la cocréation.

Parallèlement aux premiers exercices thématiques et ciblés de recherche ouverte, un effort semblable a porté sur les méthodologies scientifiques, les logiciels et les publications des artefacts ou de constats et d'analyse d'échecs (publier les analyses d'erreurs ou d'études sans réponse permet à d'autres de ne pas refaire les mêmes erreurs ; ceci demande d'accepter de publier ses erreurs ou échecs dans le choix d'une hypothèse, d'un protocole ou de l'interprétation d'un résultat, ce qui n'est pas toujours facile).

Des échelles plus larges sont maintenant abordées, telles que celles des méta-données scientifiques[13] ou des sources de financement[14].

La science ouverte a ainsi généré des communautés « virtuelles » nouvelles, dont certaines s'organisent autour de portails généraux[15], d'outils de promotion de l'open science (ex : OpenScience.org[16], ou plus spécifiquement autour d'intérêts financiers mutuels, par exemple en mettant en relation via une plate-forme sécurisée des mécènes (bailleurs de fonds et de subvention se disant « philanthropes » qui « offrent » de l'argent sur la base d'une éthique solidaire) avec des scientifiques (jeunes talents éventuellement) et des groupes recherchant une aide scientifique pour répondre à des défis communautaires en matière d'environnement, d'éducation, de santé environnementale, santé, sécurité publique, gestion de fondations, surveillance[17]

Exemples de domaines où la science ouverte se développe (liste non limitative)[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Nielsen 2012, p. 172-175
  2. a, b et c DOI:10.1093/icc/dth023
  3. (en) Science reorganized : scientific societies in the eighteenth century, New York, Columbia University Press,‎ 1985 (ISBN 978-0-231-05996-1)
  4. Price 1986
  5. Rishab Aiyer Ghosh ; CODE : Collaborative Ownership and the Digital Economy. MIT Press 2005, (345 pp, . Index inclus ; ISBN 0-262-07260-2
  6. The GNU Free Documentation License or GFDL is the licence used for the open-research content associated with Meta Collab
  7. http://OpenResearch.org OpenResearch.org] - a semantic Wiki aiming to collect scientific meta-data such as about calls for papers, tools, journals etc.
  8. TBrowse Integrative Map of Mycobacterium tuberculosis
  9. The Open Research Society ONG indépendante, qui promeut des sciences et une recherche "ouvertes"
  10. Science Commons ; branche de Creative Commons spécifiquement consacrée à la science ouverte et à une recherche ouverte.
  11. Outils-réseaux créé par les informaticiens et animateurs qui ont accompagné la naissance et la croissance de Tela-botanica
  12. Organisme consacré à la recherche ouverte et à la cocréation
  13. OpenResearch.org
  14. Auer, S.; Braun-Thürmann, H.: Towards Bottom-Up, Stakeholder-Driven Research Funding - Open Source Funding, Open Peer Review. In Peer Review Reviewed: The International Career of a Quality-control Instrument and New Challenges 24-25 avril 2008, Social Science Research Center Berlin (WZB), Berlin.
  15. Exemple de portail général de recherche collaborative SysBorg TB Portal for Collaborative Research
  16. OpenScience.org - une organisation qui crée des logiciels scientifiques libres et ouverts et qui milite pour la Science ouverte
  17. ex : Philoptima.org - Open Research Marketplace & Community.
  18. Universal platform for statistical and mathematical computing
  19. Collective Tuning - open collaborative wiki-based project to develop intelligent self-tuning adaptive computing systems based on statistical and machine learning techniques
  20. SCRIBE - an interdisciplinary and open research group on computer-aided searches by similarity of handwritings in digitized music manuscripts.
  21. Ex : Programme Vigie-Nature (MNHN) et sa page consacrée au programme STOC
  22. MIT's open source research community
  23. Open Source Drug Discovery (OSDD) Network
  24. Open Source Drug Discovery Blog ; Blog officiel du Indian Open Source Drug Discovery Initiative
  25. Usefulchem
  26. Le pari Synaptique ; organisme de recherche ouverte dans les domaine des sciences biomédicales, actuellement centré sur les maladies tropicales négligées
  27. [Article http://pubs.acs.org/cen/science/84/8430sci1.html Revue de l'American Chemical Society C & E Nouvelles sur Open Research]
  28. Article de l'Australian Journal of Chemistry sur le pari synaptique
  29. UsefulChem exemple de Open Notebook Science principalement centré sur la synthèse et les tests d'antipaludéens
  30. designbreak Organisation de recherche ouverte et interdisciplinaire ciblant les inégalités de santé induites par la pauvreté

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Nielsen, Reinventing discovery, Princeton University Press,‎ 2012 (ISBN 978-0-691-14890-8)
  • (en) Derek Price, Little science, big science-- and beyond, Columbia University Press,‎ 1986 (ISBN 978-0231049566)