Crédibilité

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le terme de crédibilité renvoie à la situation où une partie s'interroge sur la véracité d'un document, d'une donnée ou d'une affirmation auquel il a ou non accès.

Une information, une donnée, un « dire », un document, une statistique, une expertise, etc. sera jugé plus ou moins crédible selon l'idée que le récepteur se fait du niveau de véracité et/ou de vérifiabilité, de preuves de sa source et de son vecteur, et par extension, du niveau général de confiance qu'il place dans la personne, l'institution ou l'entité source ou vecteur de l'information.

La crédibilité d'un acteur, d'un certificat ou d'un label, d'une évaluation ou de toute assertion dépend de la valeur de ses informations, affirmations, avis et conseils qui y sont associés. Elle est en partie le résultat d'une perception et dans certains cas d'incertitudes inévitables (dans le domaine de la prospective par exemple).

Crédibilité des évaluations et assertions[modifier | modifier le code]

L'émergence du besoin de qualification de systèmes complexes (dont récemment pour l'évaluation environnementale, du climat ou concernant la biodiversité) a induit une demande de critères rigoureux, qui respectent les normes traditionnelles de la recherche, tout en admettant des marges d'incertitudes importantes (nul ne peut prétendre pouvoir mesurer ou connaitre toute la biodiversité dans les délais nécessaires aux prises de décisions la concernant).
Outre les classiques critères de fiabilité, apparaissent des critères plus complexes d'« authenticité » relatifs aux hypothèses posées par les nouveaux paradigmes de biosphère, interactions Homme-Climat, etc[1]. S'y ajoutent des critères sociaux et éthiques, particulièrement importants dans le champ de la gouvernance (locale à mondiale) et de la moralisation du commerce et des échanges. Dans ce contexte, la transparence apparait importante, et l'Open data, l'open source et les approches collaboratives permettent d'améliorer la qualité et la rapidité des vérifications ou corrections indépendantes.

Cependant, si les calculs de marges d'incertitudes peuvent a priori être réduites par des systèmes statistiques affinées, ces derniers doivent être crédibles, notamment quand ils émanent des collectivités et autorités administratives. À titre d'exemple, dès les années 1990, l'ONU alertait sur le fait que dans le domaine des métaux « La compression des dépenses publiques, la déréglementation, la privatisation et la tendance générale à limiter l'intervention de l'État ont, dans bien des cas, amoindri l'efficacité des organismes publics chargés d'établir et de publier des statistiques »[2] et que de plus, « la concurrence internationale s'avivant, les producteurs sont de plus en plus soucieux de préserver le secret commercial et ne veulent pas que soient divulgués des renseignements top précis sur leurs activités. pour certains pays où il n'y a que quelques entreprises, on ne possède pas de données détaillées »[2].

Crédibilité et certification[modifier | modifier le code]

La crédibilité est essentielle à tout système de certification volontaire, car celui-ci repose toujours sur la confiance entre les acteurs (acheteurs, vendeurs, donneurs d'ordre, etc.).

Dans les systèmes complexes ou mondialisés où les acteurs situés aux extrémités des chaines commerciales (producteurs, consommateur final) ne se connaissent pas et se rencontrent jamais ou très peu souvent, ou lorsque le client ne peut juger le système et tous ses enjeux et conséquences, la crédibilité repose sur un « système de preuves » et sur la validation et le contrôle de ce système tout au long de la chaine par un tiers « certificateur » indépendant.

Ce certificateur doit vérifier - pour le compte du client - que les acteurs d'une chaine (producteur, vendeur, transformateurs et autres intermédiaires) font ce qui est dit (dans un référentiel, qui doit donc être clair et disponible) et disent ce qu'ils font (dans ce même référentiel, ou dans d'autres documents contractuels tels que le cahier des charges de la certification ou du produit ou service. Un ou plusieurs indicateurs d'évaluation doivent être associés à chaque item, pour permettre au certificateur d'évaluer si chaque cible et atteinte. Dans les domaines techniques et environnementaux, des « critères de scientificité » apparaissent aussi[3], ainsi que des critères éthiques par exemple validés par des comités éthiques consultatifs ou des éthiciens sollicités pour la circonstance, en particulier dans les domaines de la santé, de l'environnement, du commerce et de la commande publique éthique.

Dans certains domaines (la certification forestière par exemple), l'industrie, de grandes ONG et/ou certains gouvernements ont défini les bases minimales de la crédibilité d'une certification. « Les textes officiels, comme les Propositions d’action du Groupe intergouvernemental spécial sur les forêts (IPF) et la Politique forestière de la Banque mondiale[4] ainsi que les critères des ONG (FERN, 2001), mentionnent tous les éléments indiqués ci-dessous, à savoir les normes fondées sur des performances minimales, la participation équilibrée, la transparence, la cohérence et la réplicabilité ». L'IPF [5] distingue nettement les critères et indicateurs destinés à aider les États à suivre la gestion des forêts, et ceux qui peuvent être utilisés pour la certification des forêts. Pour l'IPF les critères et indicateurs visaient initialement à promouvoir et de suivre la gestion forestière durable et non pas à imposer des systèmes de certification des produits forestiers. Ce n'étaient pas des normes de performance, telles qu'il en faut pour certifier la gestion à un niveau quelconque[6].
Le Comité des forêts de la FAO[7], l’Union européenne[8] et la Banque mondiale[4] ou encore le réseau d'ONG FERN[9] se sont fait l'écho de cette déclaration, estimant tous que de nombreux critères et indicateurs peuvent faciliter le suivi d'aspects pertinents de la gestion forestière, mais que les normes de certification pour être crédibles doivent toujours être fondées sur les performances.

Dans le domaine de la recherche[modifier | modifier le code]

L'efficacité, la signifiance et la pertinence de la Recherche fondamentale, interprétative et appliquée passent par la rigueur et la crédibilité des sources et des résultats, ce qui n'exclut pas une approche éthique et de vulgarisation[3].
On parle notamment de transférabilité, constante interne et fiabilité[3]; Pour cela de nombreux dispositifs d'évaluation et de certification des chercheurs et enseignants-chercheurs, des laboratoires, des protocoles expérimentaux ou des systèmes de saisie ou de mesure existent. La triangulation des sources[3], la relecture et la critique par des pairs est un des moyens d'améliorer la fiabilité d'un travail. L'énonciation du contexte, des présupposés facilite la détection d'éventuels biais dans les résultats[3].

Crédibilité relative à la nature des assertions[modifier | modifier le code]

La crédibilité concerne tant des affirmations et preuves quantitatives, que qualitatives, juridiques, sanitaires, sociales, et plus récemment, avec le développement du commerce éthique et de la responsabilité sociale et environnementale, environnementale et éthique.

Elle porte de plus en plus sur tout ou partie d'aspects juridiques (commerce équitable), économiques et sociaux (responsabilité sociale, socio-certification) ou environnementale (écocertification).

Enjeux[modifier | modifier le code]

Tout défaut de crédibilité ou erreur de gestion dans ces domaines peut affecter l'image de marque d'une entreprise, et comporter un risque de réputation préjudiciable à la crédibilité de l'organisation et à la confiance des clients.

Critères de confiance[modifier | modifier le code]

On remarque que de nombreux sondages ont montré une crédibilité décroissante des médias, des pouvoirs publics, élus et gouvernements ou de la plupart de leurs représentants (même le ministre de l'environnement n'est pas jugé une source fiable en matière d'environnement) dans le domaine de l'environnement, de la sécurité alimentaire et sanitaire, voire de l'économique (cf. scandales financiers et boursiers impliquant des délits d'initiés et certains cabinets conseils et d'évaluation..).
C'est aussi le cas de l'industrie, de l'agriculture, de la foresterie..

C'est pourquoi la certification crédible repose généralement sur un « tiers » qu'on veut le plus indépendant et libre possible, gage de confiance.
Des organismes d'accréditation sélectionnent des certificateurs présentant des garanties minimales, de compétence notamment.

L'idée de crédibilité autrefois associée au sérieux de l'acteur est de plus en plus associée à celle d'indépendance mais aussi de transparence (dans le fonctionnement, dans les rémunérations..)

À titre d'exemple, Wikipédia se veut être un projet encyclopédique libre mais crédible, avec les limites indiquées par le projet lui-même (via le lien "avertissement" présent en bas de chaque page. Cette crédibilité est notamment assurée par le sourçage des informations, leur vérifiabilité et les demandes de références, et la vérification par un grand nombre de personnes. Un projet dit Aide:WikiTrust vise à rendre plus directement "visibles" au lecteur le niveau de crédibilité des ajouts ou retraits faits dans les articles.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yvonna S. Lincoln, Egon G. Guba ; "But is it rigorous? Trustworthiness and authenticity in naturalistic evaluation " ; Special Issue: Naturalistic Evaluation ; résumé ; New Directions for Program Evaluation ; Volume 1986 Issue 30, Pages 73 - 84 ; Online: 4 Nov 2004
  2. a et b ONU Examen de l'exactitude et de l'exhaustivité des statistiques disponibles sur la bauxite, l'alumine et l'aluminium, et éventuelles mesures à prendre en la matière, Rapport du secrétariat de la CNUCED (Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement), 1994-02-04, PDF, 17 pages
  3. a, b, c, d et e De la démarcation entre critères d'ordre scientifique et d'ordre éthique en recherche interprétative  ; Recherches qualitatives, vol 24, 2004, Pp 3-17
  4. a et b Banque mondiale ; 2002. The World Bank Operational Manual. Operational Policies. Forests. OP 4.36.Washington, États-Unis, Banque mondiale. Disponible à l’adresse suivante: wbln0018.worldbank.org/Institutional/Manuals/OpManual.nsf/tocall/C972D5438F4D1FB78525672C007D077A?OpenDocument
  5. ECOSOC. 2004. United Nations Forum on Forests. Report on the fourth session. New York, États-Unis, 6 juin 2003 et 3-14 mai 2004. E/2004/42, E/CN.18/2004/17. [http://www.un.org/esa/forests/documents-unff.html#4 télécharger le document)
  6. Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). 1997. Report of the Ad Hoc Intergovernmental Panel on Forests on its fourth session. Document pour la cinquième session de la Commission du développement durable, New York, États-Unis, 7-25 avril 1997. E/CN.17/1997/12. (Télécharger)
  7. FAO. 2001. Critères et indicateurs de gestion forestière durable pour tous les types de forêts et incidence sur la certification et le commerce. Note du Secrétariat. 15e session du Comité des forêts, 12-16 mars 2001. Rome.
  8. Union europeenne. 2001. Déclaration concernant le point 6 de l’ordre du jour de la 15e session du Comité des forets de la Fao, 12-16 mars 2001: critères et indicateurs de gestion forestière durable pour tous les types de forêts et incidence sur la certification. 7 mars.
  9. Forests and the European Union Resource Network (FERN). 2001. Why the PEFC, SFI and CSA are not credible forest certification schemes. Joint NGO statement. Voir