Foule

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The Porteous Mob, James Drummond, 1855
Une foule attendant le métro. La foule se comporte comme un fluide granuleux ; comme ils ont tous le même but, les gens y subissent une promiscuité bien supérieure à la normale, ce qui induit frustration et oubli de la politesse, pouvant aller jusqu'à mettre certains individus en danger.
Cette rue de Hong Kong comprend à la fois une foule de personnes et une foule d'annonces.
Une foule à un carrefour à Tokyo
Mortalité due à des mouvements de foule en panique à Chongqing le 5 juin 1941 ; lors d'un bombardement japonais, 4000 personnes furent étouffées ou piétinées alors qu'elles cherchaient à rejoindre les abris.
Foule lors de Das Fest à Karlsruhe.

La foule est une forme particulière de groupe de personnes.

Attributs[modifier | modifier le code]

La foule partage avec le groupe l'idée de proximité géographique et de quantité de personnes, mais possède en plus les attributs suivants :

  • conscience collective : les pensées et actions de chaque membre d'une foule sont toutes orientées vers le même but. C'est la caractéristique première d'une foule, en opposition à un groupe (ou masse humaine) où des motivations différentes circulent en son sein.
  • intelligence : le niveau global d'intelligence d'une foule est généralement inférieur à celui d'un seul de ses membres. Les réactions sont plus guidées par des émotions primaires (peur, colère, désir, joie) que des réflexions évoluées face aux évènements.

Caractéristiques des éléments[modifier | modifier le code]

À partir du moment où il appartient à une foule, un individu pourra adopter les comportements suivants :

  • courage : de par son intégration à une masse de personne ayant les mêmes buts que lui, l'individu peut entreprendre certains actes dont il n'aurait pas eu le courage s'il avait été isolé
  • irresponsabilité : l'appartenance à une foule provoque une dissolution du sentiment de responsabilité de l'individu. Cela provient à la fois de l'anonymat apporté par la foule et du sentiment d'impunité dû au grand nombre.

Modélisation[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, une importante communauté scientifique s’intéresse à la modélisation des mouvements de foule[1]. Ces recherches sont pluridisciplinaires par essence, et intègrent aussi bien des notions issues des sciences sociales, des sciences cognitives que des concepts de biologie et surtout de physiques. L’intérêt de ces travaux de modélisation est double:

  • D'une part, un modèle fiable permet de mieux comprendre les mécanismes qui régissent le comportement d'une foule. Une fois le modèle en place, il est possible de décomposer la succession d'événements individuels qui a conduit à l’émergence d'un comportement collectif, et de tester l'effet de différentes variables sur ce comportement.
  • D'autre part, le modèle possède un important intérêt appliqué. La simulation numérique d'un modèle fiable permet aux urbanistes, architectes, et organisateurs d'événements de prédire à l'avance le comportement d'une foule dans un environnement donné, d'évaluer la qualité du flux piétonnier, d'identifier des zones à risque, et d'anticiper d'éventuelles bousculades.

Les premières pistes de modélisation sont apparues au début des années 70 lorsque le physicien Leroy Henderson proposa d’assimiler le mouvement d’une foule à celui d'une rivière et de le modéliser à l’aide de concepts issus de la mécanique des fluides[2]. Cette idée suscita un certain intérêt chez une large communauté de physiciens et contribua à développer l'essor de modèles de foule basés sur des analogies avec les systèmes physiques. Ce courant de pensée atteignit son apogée en 1995, lorsque le physicien Dirk Helbing formula le modèle des forces sociales, qui reste encore aujourd’hui un des plus utilisé dans la littérature scientifique [3]. Ce modèle assimile le comportement d'un piéton dans une foule à celui d’une particule dans un gaz. Malgré son apparente simplicité, cette approche a permis de prédire pour la première fois certains phénomènes d'auto-organisation observés dans les foules, comme la structuration spontanée du trafic en files dans une rue[4].

En parallèle, certains travaux issus de la biologie ou de l'infographie ont contribué au développement de la modélisation des foules. Par exemple le Boids est un programme informatique de vie artificielle, développé par Craig W. Reynolds en 1986, pour simuler le comportement d'une nuée d'oiseaux en vol. On peut également citer les modèles de banc de poissons de Demetri Terzopoulos en 1994.

Aujourd'hui, les modèles basées sur des analogies avec les systèmes physiques sont les plus courants. Toutefois, cette méthode a tendance aujourd'hui à se combiner avec d'autres concepts de sciences cognitives, tel que l'intégration du champ visuel des individus.

Émotions d'une foule[modifier | modifier le code]

De par son absence de réflexion, une foule est guidée par les émotions primaires de l'être humain. Cependant, les réactions descendent rarement au niveau de l'instinct. Celui-ci servant à combler des besoins premiers (soif, faim, reproduction), les individus auront plus tendance à constituer des groupes (où l'intérêt de chacun subsiste) que des foules (où l'intérêt individuel est dilué et disparaît).

On peut considérer trois grandes émotions de foules :

Joie[modifier | modifier le code]

La foule manifeste de manière collective le bonheur de chacun de ses membres. Les mouvements ont tendance à être ordonnés, lents et sans but précis. Ses membres sont volontaires.

Exemples :

  • victoires sportives
  • jour de fête
  • libération

Peur[modifier | modifier le code]

Un groupe est confronté à un évènement dangereux et inattendu. Les motivations de plusieurs personnes se retrouvent alors identiques, fuir et se protéger, et ceux-ci forment une foule pris de peur panique. Les mouvements sont alors désordonnés, rapides et à l'opposé de la source du danger et peuvent provoquer des bousculades. Ses membres sont là contre leur gré.

Exemples :

  • attentats
  • catastrophes naturelles
  • présence d'un groupe ennemi plus fort

Colère[modifier | modifier le code]

Pour plusieurs raisons propres à chaque individu, le désir de détruire un même objectif crée une foule. Les mouvements sont orientés vers l'objet de la vindicte et sont très ordonnés. Chacun est là de son plein gré.

Exemples :

  • présence d'un groupe ennemi plus faible
  • défaite sportive

Il existe un quatrième levier d'action sur une foule : l'individu leader

Contrôle d'une foule[modifier | modifier le code]

Par définition, une foule ne peut être dirigée ou contrôlée par le discours et la réflexion. Elle réagit à des stimuli simples émotionnels. Mais ces stimuli peuvent très bien avoir pour origine un individu isolé. Même s’il y a une apparence de discours construit et rationnel, un leader utilise en fait l'un des leviers suivants :

  • charisme : Étant donné sa personnalité agréable ou ses compétences particulières, les idées et ordres du leader sont naturellement acceptés par la foule.
  • autorité : La foule est persuadée (à tort ou à raison) que le leader possède un moyen de sanction/récompense sur elle. Elle va donc avoir une tendance à le suivre même contre son intérêt.
  • démagogie : Le leader exprime exactement ce que la foule ressent, montrant qu'il partage ses intérêts avec ceux de la foule. Celle-ci lui fait donc plutôt confiance dans le choix des buts et actions à entreprendre puisqu'elle pense que le leader sert les intérêts de la foule.
  • sapience : face aux questions qu'elle se pose et dont elle ne connait pas la réponse, la foule suit avec plaisir un individu qui est ou lui semble initié.

Les motivations de ce leader peuvent être :

  • identiques à celles de la foule qu'il contrôle,
  • différentes mais compatibles,
  • incompatibles avec celles de la foule.

Du rapport entre les motivations de l'individu et de la foule dépend souvent le levier utilisé.

Les foules non physiques[modifier | modifier le code]

Les comportements de foule peuvent se retrouver dans des ensembles de personnes sans qu'elles soient physiquement groupées dans le même lieu. Ce peut être le cas des comportements de masse en matière politique, ou de certains comportements boursiers collectifs (voir finance comportementale).

Foules artificielles[modifier | modifier le code]

Gustave Le Bon est d'accord avec Gabriel Tarde pour dire que la foule dite « artificielle » est plus créative que la foule naturelle, qui n'est autre qu'un rassemblement d'individus physiques à un endroit donné et sous le commandement d'un leader. La foule artificielle se distingue de la naturelle du fait qu'elle est organisée et disciplinée mais que ses membres ne sont pas forcément présents entre eux : tel est le cas de l'armée, comme foule « créative ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thèse de doctorat, Université de Toulouse 3, Mehdi Moussaïd
  2. L.F. Henderson, The Statistics of Crowd Fluids, Nature, 1971
  3. D. Helbing, Social force model for pedestrian dynamics, Physical Review E., 1995
  4. Le comportement des foules, paru dans le journal Le Monde

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Conserveries mémorielles : n°8 , 2010 - Foules, événements, affects, sous la direction de Van Tran Troi [1].