Jeremy Bentham

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Jeremy Bentham

Philosophe occidental

Époque contemporaine

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Portrait de Jeremy Bentham par Henry William Pickersgill

Naissance 15 février 1748 (Londres)
Décès 6 juin 1832 (Londres)
École/tradition Utilitarisme
Principaux intérêts Politique, Morale, Droit
Idées remarquables Utilitarisme hédoniste, Calcul des plaisirs et des peines
Influencé par Épicure, David Hume, Claude-Adrien Helvétius,René Descartes
A influencé James Mill, John Stuart Mill

Jeremy Bentham né le 15 février 1748 à Londres et mort dans cette même ville le 6 juin 1832 est un philosophe, jurisconsulte et réformateur britannique. Théoricien majeur de la philosophie du droit, radicaliste dont les idées ont grandement influencé le développement du conséquentialisme, il est surtout reconnu comme étant le père de l'utilitarisme avec John Stuart Mill.

Précurseur du libéralisme, il s'exprime en faveur de la liberté individuelle, de la liberté d'expression, de la liberté économique, de l'usure, de la séparation de l’Église et de l'État, du droit des animaux, l'égalité des sexes[réf. nécessaire], du droit au divorce, de la décriminalisation des rapports homosexuels, de l'abolition de l'esclavage, de l'abolition de la peine de mort, et de l'abolition des peines physiques, y compris celle des enfants.

Bien que très clairement favorable à l'extension des droits individuels, il s'oppose à l’idée de lois ou de droits naturels, des "non-sens sur des échasses", et à l’idée de contrat social.

Il est un des théoriciens les plus influents de par son œuvre et sa pensée novatrice, mais aussi par celle de ses disciples, dont son secrétaire et collaborateur James Mill, père de John Stuart Mill, le jurisconsulte John Austin, et Robert Owen, père du socialisme utopique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeremy Bentham naquit à Londres le 15 février 1748, d’un père avocat réputé. Le jeune Bentham montra rapidement des aptitudes importantes pour l’étude : il étudiait le latin à trois ans et maîtrisait le français à sept. Il mena ses études au Collège de Westminster, puis, à partir de 1760, au Queen’s College d’Oxford où il reçut un Bachelor (1763) et un Master of Arts (1766) à respectivement quinze et dix-huit ans. Bentham y suivit les cours du célèbre professeur de droit naturel de l’époque, le jurisconsulte William Blackstone. Sa vie active débuta en 1769 ; il devint avocat. Cependant, Bentham se détourne rapidement du droit, reposant par trop selon lui sur les failles de la législation, les lourdeurs de la procédure et la mauvaise foi des avocats (le « Démon de la Chicane »). Il est révolté des vices des lois britanniques et par les abus de toute espèce qui règnent dans les tribunaux. Il aime mieux consacrer sa vie à les réformer, et s'efforce de constituer sur de nouvelles bases la législation et la politique. Imbu des doctrines de Claude-Adrien Helvétius, il pose comme principe fondamental qu'en législation et en morale on ne doit admettre d'autre règle que l'utilité : ce qui lui fit donner à son école le nom d'Utilitarisme.

La parution de son premier ouvrage – anonyme – A Fragment on government (1776) lui assure la bienveillance du comte Shelburne, William Petty FitzMaurice. Elle constitue une attaque violente des conceptions de William Blackstone, et étonne les contemporains par la radicalité du projet. Contrairement à Jean-Jacques Rousseau ou d’autres philosophes, Bentham y rejette la notion de contrat social, et justifie l’existence de l’État par sa seule utilité.

Entre 1785 et 1788, Bentham voyage à travers l’EuropeFrance, Italie, Constantinople, Russie, où son frère est au service de la tsarine, Pologne, Allemagne, Hollande. Il en profite pour se lier aux philosophes, tels Jean le Rond D'Alembert. Defense of Usury (1788) rencontre un grand succès ; il y démontre l’absurdité du contrôle des taux d’intérêt recommandé par Adam Smith dans la Richesse des nations. Il publie encore en 1789 une œuvre majeure Introduction to the Principles of Morals.

Le corps momifié de Jeremy Bentham est conservé dans la bibliothèque universitaire de l’University College de Londres.

Bien que farouchement opposé aux notions de droit naturel qui soutiennent la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, Bentham accueille avec bienveillance la Révolution française. Il était fort lié avec le conventionnel Jacques Pierre Brissot. Il fut d’ailleurs proclamé citoyen français par la jeune République française le 26 août 1792[1]. Cette même année, son père décède ; l’héritage lui permettra de vivre dignement à Westminster pour le restant de ses jours. Mais en cette période de troubles, c’est en France que Bentham déploie sa grande activité : il y fait plusieurs propositions concernant l’établissement du droit, le système judiciaire, pénitentiaire, l’organisation politique de l’État, et la politique vis-à-vis des colonies (Emancipate your Colonies).

Bentham écrivit nombre de ses œuvres en français. Un de ses disciples, le Suisse Étienne Dumont, ministre calviniste à Genève, se consacra à leur publication. Quelques-unes même n'ont été publiées qu'en français.

De retour au Royaume-Uni, après l’avènement du Premier Consul, Bentham continue son œuvre et propose au gouvernement un projet pénitentiaire novateur, le Panopticon, qui inspirera l'architecture de nombreux ouvrages par la suite.

À partir de 1822, il débute, à titre personnel, la rédaction d’un code constitutionnel qu’il veut donner en modèle.

Après sa mort à Westminster le 6 juin 1832, Bentham, conformément à son souhait testamentaire, fut disséqué (pratique contraire aux mœurs du temps, mais utile d’un point de vue scientifique) et embaumé. Son corps repose à l"University College London.

Son neveu est George Bentham, éminent botaniste.

Sa doctrine : l'utilitarisme[modifier | modifier le code]

Dès son retrait du barreau, Bentham choisit de consacrer son existence à la conception d’un système juridique et politique ayant d’autres fondements que l’usage, la coutume, les mœurs ou les croyances. Le fondement de ce système peut être résumé par une formule de Joseph Priestley, lue par Bentham en 1768 : « le plus grand bonheur du plus grand nombre ». Séduit par cette idée, Bentham se plonge dans les écrits de Priestley, David Hume, Cesare Beccaria, et Claude-Adrien Helvétius.

La pensée de Bentham part du principe suivant : les individus ne conçoivent leurs intérêts que sous le rapport du plaisir et la peine. Ils cherchent à « maximiser » leur plaisir, exprimé par le surplus de plaisir sur la peine. Il s’agit pour chaque individu de procéder à un calcul hédoniste. Chaque action possède des effets négatifs et des effets positifs, et ce, pour un temps plus ou moins long avec divers degrés d’intensité ; il s’agit donc pour l’individu de réaliser celles qui lui apportent le plus de plaisir. Il donnera le nom d'Utilitarisme à cette doctrine dès 1781.

Bentham avait mis au point une méthode, le « calcul du bonheur et des peines », qui vise à déterminer scientifiquement – c'est-à-dire en usant de règles précises – la quantité de plaisir et de peine générée par nos diverses actions.

Ces critères sont au nombre de sept :

  • Durée : Un plaisir long et durable est plus utile qu'un plaisir passager ;
  • Intensité : Un plaisir intense est plus utile qu'un plaisir de faible intensité ;
  • Certitude : Un plaisir est plus utile si on est sûr qu'il se réalisera ;
  • Proximité : Un plaisir immédiat est plus utile qu'un plaisir qui se réalisera à long terme ;
  • Étendue : Un plaisir vécu à plusieurs est plus utile qu'un plaisir vécu seul ;
  • Fécondité : Un plaisir qui en entraîne d'autres est plus utile qu'un plaisir simple ;
  • Pureté : Un plaisir qui n'entraîne pas de souffrance ultérieure est plus utile qu'un plaisir qui risque d'en amener.

Théoriquement, l'action la plus morale sera celle qui réunit le plus grand nombre de critères.

Afin d’assurer le bonheur de la population dans son entier, l’État est nécessaire, car lui seul est légitime pour garantir le respect des libertés individuelles et pour promouvoir le bonheur collectif. Il se doit de prendre les mesures législatives et sociales permettant de maximiser le bonheur total. Ainsi une loi ne doit être jugée « bonne » ou « mauvaise » que sous le rapport de sa capacité à augmenter le plaisir de tous. Il propose donc que l’État :

  • garantisse un revenu minimum pour tous, protège les biens et les personnes, défende les citoyens des agressions extérieures ;
  • encourage la croissance économique (augmentation du bonheur collectif) et démographique (pour une meilleure défense nationale, facteur de bonheur collectif) ;
  • assure une redistribution des richesses propre à augmenter le bonheur collectif (il est partisan d’une taxe progressive sur les héritages).

La nature de cet État ne peut être que démocratique, une démocratie cependant élitiste : Bentham souhaite le suffrage censitaire (seuls les gens acquittant le cens peuvent voter). En effet, un monarque ou une dictature n’auraient tendance qu’à maximiser leur propre bonheur ; un régime oligarchique, qu’à maximiser le bonheur des gouvernants. Pour défendre l’intérêt du plus grand nombre, il faut nécessairement que l’État procède du plus grand nombre ; il doit donc être purement plouto-démocratique.

Il a aussi défendu le droit des personnes homosexuelles et son œuvre Offenses contre soi-même[2] est considérée comme le premier livre documenté écrit en anglais sur ce sujet.

De nombreux philosophes ont développé et enrichi la pensée utilitariste, parmi lesquels John Stuart Mill, John Austin, Herbert Spencer, Henry Sidgwick ou James Mill.

Son influence[modifier | modifier le code]

Plan suivant le principe du panoptique
Plan suivant le principe du panoptique

Bien qu’il ne soit pas le plus connu des philosophes, Jeremy Bentham a eu une influence considérable sur les sociétés occidentales. L’économie politique lui doit la popularisation de la notion d’utilité, qu’il a étendue au droit (v. notamment la notion d’arithmétique morale) et aux sciences sociales. Adam Smith, Jean-Baptiste Say et Charles Comte comptaient parmi ses amis ; John Stuart Mill fut son disciple. Les travaux de Bentham sur l'autorité ont notamment influencé Max Weber. Ce dernier ayant conceptualisé sa théorie de la domination en partie grâce à une interprétation des travaux de Bentham. Sa théorie de la justice sociale est restée dominante aux États-Unis jusqu'aux travaux de John Rawls.

Il créa le concept de panoptique, sorte de prison modèle, permettant l’observation permanente des faits et gestes des détenus grâce à un principe de vision totale applicable également aux hôpitaux, ateliers, ou écoles. Il s’impliqua d’ailleurs directement dans sa réalisation, même s’il échoua pour des raisons de financements. Michel Foucault, dans Surveiller et punir, attirera l'attention sur ce principe.

L'influence de Jeremy Bentham est considérable chez ses contemporains russes et latino-américains, en particulier à l'époque de l'indépendance des anciennes colonies hispano-américaines. Jeremy Bentham a ainsi entretenu des correspondances avec l'homme d’État centraméricain José Cecilio del Valle, mais aussi avec le Colombien Miranda ou l'Argentin Rivadavia.

Publications[modifier | modifier le code]

  • 1776 : A Fragment on Government
  • 1789 : une introduction au principe de morale et de législation
  • 1785 : Essay on Pæderasty (première édition en 1931 par C. K. Ogden. Ce texte est le premier essai érudit connu en langue anglaise sur l’homosexualité.)
    (Traduction : Jeremy Bentham, Essai sur la pédérastie, 1785. Première traduction française.)
  • 1786 : rédaction du panoptique qui ne sera édité qu’en 1791 : Panoptique ou Maison d'inspection
  • 1787 : Défense de l'usure, en forme de lettres
  • 1802 : Traité de législation civile et pénale
  • 1811 : Théorie des peines et des récompenses
  • 1816 : Tactique des assemblées délibérantes
  • 1816 : Des sophismes politiques
  • 1830 : Code constitutionnel
  • 1834 : Déontologie ou Science de la morale (posthume) établi par John Bowring, son exécuteur testamentaire

Ses Œuvres complètes ont été publiées à Bruxelles en 1845.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Source[modifier | modifier le code]

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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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