Serge Moscovici

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Serge Moscovici (de son nom de naissance Srul Herş Moscovici), né le 14 juin 1925 à Brăila (Roumanie) et mort le 15 novembre 2014[1],[2], est un psychologue social, historien des sciences et l'un des principaux théoriciens de l'écologie politique.

Ancien directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales de Paris, il fut l'un des fondateurs de la psychologie sociale[3]. Il a été directeur du Laboratoire de psychologie sociale à l'Ehess et fondateur du Laboratoire européen de psychologie sociale à la Maison des sciences de l'homme à Paris (1976-2006), premier président de la l’Association européenne de psychologie sociale expérimentale et, de 1974 à 1980, du Committee on Transnational Social Psychology du Social Research Council. Il fut jusqu'à sa mort président honoraire du « Réseau Mondial Serge Moscovici », fondé en 2014 à la Fondation Maison des sciences de l'homme à Paris.

Il est le père de l'homme politique Pierre Moscovici.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille juive roumaine, il fut exclu en 1938 du lycée de Bucarest par les lois antisémites. Après avoir subi le pogrom de Bucarest en janvier 1941, il fut mis au « travail obligatoire » jusqu’au 23 août 1944, jusqu'à l'entrée de l’armée soviétique en Roumanie. C’est durant ces quatre années de guerre qu’il prit goût à la lecture et apprit à parler le français au contact, notamment, d’Isidor Goldstein, futur Isidore Isou (fondateur du lettrisme), et avec lequel il fonda la revue Da, revue d’art et de littérature éditée fin 1944. Da fut rapidement interdite par la censure en vigueur.

En 1947, il quitta la Roumanie et, comme beaucoup, utilisant la filière des « camps de personnes déplacées » passant par la Hongrie, l’Autriche et l’Italie, entra en France un an plus tard.

Le psychologue social[modifier | modifier le code]

En 1949, il obtint sa licence de psychologie et en 1950 le diplôme de l’Institut de psychologie, Paris. À partir de 1950, il obtint une « bourse de réfugié »[réf. souhaitée] pour poursuivre ses études à la Sorbonne et fit, en 1961 sa thèse, sous la direction de Daniel Lagache, sur la représentation sociale de la psychanalyse. Par la suite, ces travaux de psychologue social porteront principalement sur les processus de passage de la science dans le sens commun et sur le pouvoir des minorités.

Il a créé en 1965, le Groupe d'études de psychologie sociale à la VIe section de l'École pratique des hautes études. C'est en ce lieu, devenu par la suite le Laboratoire de psychologie sociale de l'Ehess, qu'une discipline en mouvement s'est véritablement constituée et où toute une génération de psychologues sociaux a été formée (Jean-Claude Abric, J.-L. Beauvois, Willem Doise, R. Ghiglione, Claudine Herzlich, Denise Jodelet, Michel-Louis Rouquette, pour ne mentionner qu'eux).

Plus tard, c’est à la New School for Social Research New York qu’il sera convié comme professeur et où il enseignera, parallèlement à ses séminaires à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. En 1976, à la Fondation Maison des sciences de l'homme, il crée le Laboratoire européen de psychologie sociale, un des premiers réseaux européens de recherche. Il a été professeur invité à l’Institut Jean-Jacques Rousseau de l’université de Genève, à l’université de Louvain ainsi qu’à l’université de Cambridge, et fait partie de nombreuses académies et sociétés savantes françaises et étrangères.

Il a été coéditeur du European Journal of Social Psychology (1969-1974), du Journal for the Theory of Social Behaviour (1985) et de la collection Psychologie sociale éditée aux Presses universitaires de France, ainsi qu'éditeur de European Studies in Social Psychology (1982). Il a dirigé de nombreux ouvrages, contribué par une quarantaine de chapitres à différents ouvrages et publié plus d'une centaine d’articles dans des revues scientifiques.

Dans La Machine à faire des dieux, il pointera les limites de la sociologie, discipline qui s'est coupée des analyses psychologiques et psychiques des comportements collectifs. Selon Moscovici, cette coupure conduit à vouloir expliquer les phénomènes sociaux par la rationalité économique. Cette critique résulte d'une analyse de longue date sur la consubstantialité de la psychologie, de la psychanalyse et de la sociologie, comme l'atteste sa défense de l'"Oeuvre au noir" de Sigmund Freud. Ce terme couvre ses ouvrages sur la "psychologie des masses" (La psychologie des masses et l'analyse du moi, L'Avenir d'une illusion, Malaise dans la civilisation) où il reprend les analyses de Le Bon et Tarde pour les compléter avec ses propres outils analytiques, comme les tropismes psychiques ou les complexes[4].

Dans ces deux récents livres en français, il revient sur l'histoire, l'actualité et l'utilité de l'approche des représentations sociales.

Le mouvement écologique[modifier | modifier le code]

Parallèlement à ses études en psychologie, il se forme en épistémologie et histoire des sciences auprès d'Alexandre Koyré. Il obtient une invitation, dans les années 1960, aux États-Unis, à l’Institute for Advanced Studies de Princeton et à Stanford.

Ces premiers travaux d'histoire des sciences ont porté sur Jean-Baptiste Baliani et Galilée. Puis son intérêt se porte sur la question naturelle : comment la nature devient un enjeu politique. Il théorise une politisation de la nature, l'écologie politique, dans une série d'ouvrages : Histoire humaine de la nature en 1968, La Société contre nature en 1972 et Hommes domestiques, hommes sauvages en 1974.

Il s'engagera politiquement et sera compagnon de route de René Dumont puis de Brice Lalonde. Moscovici est l'un des fondateurs de Génération écologie[5].

Honneurs[modifier | modifier le code]

De nombreux titres et distinctions lui ont été accordés parmi lesquels : commandeur de la Légion d’honneur, docteur honoris causa de la London School of Economics, de l’université nationale autonome du Mexique, ainsi que des universités de Bologne, Bruxelles, Genève, Glasgow, Pécs, Sussex, ISCTE, Rome, Séville, Jönköping, Iași, Brasilia, Evora.

En 2003, il est devenu lauréat du prix Balzan pour son œuvre en psychologie sociale. Selon le communiqué de presse de la Fondation Balzan, « Les travaux de Serge Moscovici dans le domaine des sciences de l'homme et de la société se caractérisent par une grande nouveauté: ils ont bouleversé les paradigmes canoniques de la discipline, renouvelé ses méthodes de recherche et ses orientations, créé une école européenne de psychologie sociale dont l'originalité est universellement reconnue. Dans ce domaine Serge Moscovici occupe désormais la place éminente qui fut, jusqu'à la fin des années 60, celle de Jean Piaget. »

En 2007, l'American Psychological Association et l'European Federation of Psychologists' Associations ont attribué à Serge Moscovici le prestigieux prix Wundt-James pour son œuvre exceptionnelle en psychologie sociale.

En 2010, le prix Nonino, Master of His Time, lui a été attribué pour son œuvre par un prestigieux jury présidé par V.S. Naipaul, prix Nobel de Littérature (2001) et composé par Peter Brook, John Banville, Ulrich Bernardi, Luca Cendali, Antonio R. Damasio, Emmanuel Le Roy Ladurie, James Lovelock, Claudio Magris, Norman Manea, Morando Morandini, Edgar Morin et Ermanno Olmi.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Liste non exhaustive d'ouvrages de Moscovici[6] :

  • La Psychanalyse, son image et son public, PUF, 1961/1976
  • Reconversion industrielle et changements sociaux. Un exemple: la chapellerie dans l’Aude, Armand Colin, 1961
  • L'Expérience du mouvement : Jean-Baptiste Baliani, disciple et critique de Galilée, Hermann, 1967
  • Essai sur l’histoire humaine de la nature, Flammarion, 1968/1977
  • La Société contre nature, Union générale d’éditions, 1972 /Seuil, 1994
  • Hommes domestiques et hommes sauvages, Union Générale d’éditions, 1974
  • Pourquoi la mathématique, Union Générale d’éditions, 1974 (avec Alexander Grothendieck, Anders Kock, Jan Waszkiewick, Lawrence D. Gasman, René Thom, J.L. Bell, Ross Skelton, Daniel Sibony, Jean Coulardeau, Pierre Samuel, Alan Slomson, Georges Wilmers, Aldo Ursini).
  • Social influence and social change, Academic Press, 1976.
  • Pourquoi les écologistes font-ils de la politique ? : entretiens de Jean-Paul Ribes avec Brice Lalonde, Serge Moscovici et René Dumont, volume 49 de Combats (Paris), Éditeur Seuil, 1978, (ISBN 2020047942)
  • Psychologie des minorités actives, PUF, 1979
  • L'Âge des foules : un traité historique de psychologie des masses, Fayard, 1981
  • La Machine à faire les dieux, Fayard, 1988
  • Chronique des années égarées : récit autobiographique, Stock, 1997
  • Social Representations: Explorations in Social Psychology (édité par Gérard Duveen), Polity Press, 2000
  • De la nature : pour penser l’écologie, Métailié, 2002
  • Réenchanter la nature : entretiens avec Pascal Dibie, Aube, 2002.
  • The Making of Modern Social Psychology (avec Ivana Markova). Cambridge, Polity Press, 2006.
  • Raison et cultures (édité par Nikos Kalampalikis). Paris, Éditions de l'Ehess, 2012.
  • Le scandale de la pensée sociale (édité par Nikos Kalampalikis). Paris, Éditions de l'Ehess, 2013.

Sur Serge Moscovici[modifier | modifier le code]

  • Penser la vie, le social, la nature. Mélanges en l'honneur de Serge Moscovici, sous la direction de Fabrice Buschini et Nikos Kalampalikis, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2001
  • Florence Allard Poesi & Olivier Meier, Une analyse Moscovicienne des processus d'innovation et de changement: apports et illustrations, Revue Gestion des Ressources Humaines, n°36, 2000, p.48-69.
  • Le Journal des psychologues, hors-série, « Serge Moscovici. Le père des représentations sociales. Seize contributions pour mieux comprendre », octobre 2003
  • Annick Ohayon & Claude Tapia : Où va la psychologie sociale française ? A propos de Scandale de la pensée sociale de S. Moscovici, in Journal des Psychologues, avril 2014, /n0 316
  • (it) Moscovici. La Vita, il percorso intellettuale, i temi, le opere, sous la direction de Mirilia Bonnes, Milano, Franco Angeli, 1999

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serge Moscovici, figure de la psychologie sociale, est mort, Le Monde.
  2. « Communiqué de presse du Premier Ministre à propos du décès de Serge Moscovici », sur Gouvernement.fr,‎ 17/11/2014 (consulté le 17/11/2014)
  3. La théorie des représentations sociales, profondément ancrée dans les sciences sociales, est théorisée pour la première fois dans son ouvrage La Psychanalyse, son image et son public (PUF, 1961/1976)
  4. L’âge des foules, de Serge Moscovici, chez Fayard, publié en 1981, pages 163-164 et pages 240-241.
  5. Jean Jacob, Histoire de l'écologie politique. Comment la Gauche a redécouvert la nature, Albin Michel, 1999. et Pierre Serne, Des Verts à EELV, Les Petits matins, 2014.
  6. Sa bibliographie complète se retrouve, pour la première fois, dans l’ouvrage de F. Buschini et N. Kalampalikis, op. cit.

Liens externes[modifier | modifier le code]