John Snow

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Le Docteur John Snow

John Snow (1813-1858) est un médecin britannique et un chef de file dans le domaine de l'anesthésie et de l'hygiène médicale. Il est considéré comme l'un des fondateurs de l'épidémiologie moderne.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Né le 15 mars 1813, à York en Angleterre, il est l’aîné d'une famille pauvre comptant neuf enfants. Son père était alors journalier dans un entrepôt de charbon, un emploi qu'il occupera pendant toute la jeunesse de John, mais qu'il quittera ensuite : il finira par devenir fermier et propriétaire terrien, suffisamment riche en tous cas pour avoir le droit de voter d'après le First Reform Bill de 1832.

Baptisé à l'Église anglicane, John étudie à York jusqu'à ses quatorze ans. Il commence alors son apprentissage auprès du chirurgien-apothicaire (médecin généraliste) William Hardcastle à Newcastle upon Tyne, qui fut notamment le médecin de la famille de George Stephenson. À 17 ans, suite à la lecture d'un livre de John Frank Newton, Return to Nature, qui insistait notamment sur la pureté de l'eau)[1], il devient végétarien. Il s'abstiendra également de toute consommation de boisson alcoolique. C'est pendant sa quatrième année d'apprentissage auprès du Docteur Hardcastle qu'il eut à faire face seul à une épidémie de choléra à Kellingworth, d'octobre 1831 à février 1832.

Un temps chirurgien dans une houillère, il compléta à compter d'avril 1833 son apprentissage pendant un an chez le docteur Watson, un apothicaire rural à Burnopfield, County Durham. Entre 1832 et 1834, il aura en outre trouvé le temps et les moyens pour assister à un cycle de conférences organisé par des médecins de Newcastle upon Tyne. Enfin, il finira son apprentissage auprès de Joseph Warburton, un apothicaire diplômé, pendant dix-huit mois à Pateley Bridge.

À la fin de cette période, pendant l'été 1836, Snow rentre chez lui : c'est à ce moment qu'il rejoint la York Temperance Society, qu'il a contribué à créer avec son frère Thomas, et dont il sera membre sa vie entière. En octobre 1836 il gagne Londres à pied, après avoir fait un détour pour visiter son oncle Charles Empson, dont on suppose qu'il fut pour Snow un soutien financier, et qui lui fera rencontrer Napoléon III en 1853 [2] : il s'inscrit alors à « the Hunterian school of medicine ». Un an plus tard, il commence à travailler au Westminster Hospital puis se présente à l'examen du Royal College of Surgeons of England. L'examen réussi, le 2 mai 1838, il a le droit d'exercer comme médecin généraliste. En octobre de cette même année, il est diplômé de la Society of Apothecaries : il peut préparer et vendre des remèdes. Il ouvre alors son cabinet de généraliste au 54 Frith Street dans le quartier de Soho.

Pour exercer, il aurait pu s'en tenir là ; néanmoins, en décembre 1844, il obtient encore son titre de Docteur en Médecine (MD) de l'Université de Londres. Peu après, souffrant d'une tuberculose pulmonaire, il part à la campagne où il se rétablit. En 1845, il devient Secrétaire Honoraire de la Medical Temperance Society de Londres. Enfin, en 1850, il est diplômé du Royal College of Physicians qui formait alors l'élite de la profession médicale[3],[4].

Ses apports en anesthésie[modifier | modifier le code]

En octobre 1846, William Thomas Green Morton, un dentiste américain, conduit la première anesthésie générale avec de l'éther qui eut un grand écho dans la presse. John Snow assista dès le 28 décembre 1846 à une démonstration conduite par le dentiste James Robinson à Londres. Préparé par ses recherches sur l'asphyxie dans ses effets sur l'appareil circulatoire il s'intéressa immédiatement au procédé qu'il améliora à tel point qu'en peu de temps, cette technique dédaignée car jugée d'abord peu fiable, fut adoptée par les plus grands chirurgiens de Londres. En 1847, Snow publie On the Inhalation of the Vapor of Ether.

La même année il commence à s'intéresser à l'usage anesthésique du chloroforme découvert alors par James Young Simpson à Edinburgh. Il administra lui-même du chloroforme à la reine Victoria à l'occasion de la naissance de Leopold en 1853, puis de Beatrice en 1857.

Ses travaux concernant le choléra[modifier | modifier le code]

Snow, notamment de par son expérience clinique, n'arrivait plus à adhérer à la théorie des miasmes pour expliquer les épidémies de choléra. Il pensait que le choléra devait se développer suite à l'ingestion — et non plus à l'inhalation — d'une sorte de poison, suspectant le rôle de l'eau dans sa propagation. En 1849, il fait connaître son opinion dans la première édition de son ouvrage intitulé On the Mode of Communication of Cholera. Ces premiers écrits rencontrent le scepticisme de ses contemporains. On a pu écrire qu'il fut honoré d'un prix d'une valeur de 30 000 francs par l'Institut de France[5] mais les archives de l'Institut n'en ont pas gardé la trace[6].

John Snow fait paraître Continuous Molecular Change,more particularly in their relation to Epidemic Disease en 1853[7],[8]

Carte des cas de choléra
Choleramaplondon1830.gif

Le docteur Snow est célèbre pour avoir étudié la propagation de l'épidémie de choléra de 1854 et avoir émis l'hypothèse d'une dissémination par l'intermédiaire de la distribution d'eau. Pour rechercher la source de l’épidémie il a utilisé une carte de Londres avec la densité des cas sur plusieurs périodes. Cette méthode lui a permis de remarquer que les cas se concentraient autour d'une pompe à eau de la Broad Street, dans le district de Soho.

Snow, qui ignorait très probablement l'article de 1854 où Pacini avait prouvé l'origine microbienne du choléra, publie ses recherches en 1855 dans la deuxième édition remaniée de On the Mode of Communication of Cholera[9]. C'est dans cette deuxième édition que, s'appuyant sur l'exemple de la variole et de la syphilis, il émet l'hypothèse d'une sorte d'animalcule qui ingéré se développerait dans les intestins avant d'être évacué par les selles [10]. Ces écrits, largement commentés, sont appréciés de manière très critique par ses contemporains, notamment dans The Lancet, revue médicale faisant autorité[11]. Les médecins préféreront aux thèses de Snow, jugées certes ingénieuses, celles de William Farr qui était alors une autorité dans le domaine de l'épidémiologie. Snow n'avait aucune expérience de l'épidémiologie ; il a résolu d'y recourir après avoir constaté l'échec essuyé par William Budd, qui, dans un ouvrage paru très peu de temps après le sien, professait des thèses assez semblables aux siennes[10].

Le principal reproche fait alors aux thèses de Snow — outre certains défauts de méthode et d'argumentation — fut l'exclusivité qu'il réservait à la responsabilité de l'eau dans la propagation de la maladie.

Le 5 mars 1855 la commission chargée de préparer la loi Nuisances Removal and Diseases Prevention Act entend le témoignage de Snow[12]

En 1857, il publie un article dans la revue The Lancet sur le rachitisme qu'il explique par l'altération du pain avec de l'alun[13].

Toujours célibataire, Snow meurt brutalement le 16 juin 1858 à l'âge de 45 ans. Il était alors beaucoup plus connu pour ses travaux sur l'anesthésie que pour ses découvertes en épidémiologie. Il fut enterré à Londres au cimetière Brompton. Les nombreuses expériences que Snow a menées sa vie durant sur différents gaz ont pu occasionner chez lui des lésions rénales ayant précipité son trépas[14]

Postérité[modifier | modifier le code]

Mémorial (sous forme de pompe sans poignée) et Pub dédié à John Snow à Londres

En 1868 William Farr finit par adopter les vues de Snow[15]. Les enquêtes postérieures prouvèrent que son hypothèse sur la transmission du choléra était juste. L'hypothèse bactérienne a été démontrée par Filippo Pacini en 1854, puis de nouveau, après l'oubli quasi total de la découverte de Pacini, par Robert Koch en 1883. En 1890, John Simon, faisant fonction de premier officier de la santé (équivalent d'un ministre de la santé), reconnait l'apport fondamental de Snow. Cependant un épidémiologiste allemand — et historien de la médecine — Georg Sticker, s'appuyant sur les travaux de Wolter et d'Emmerich, trouvera encore à s'opposer aux découvertes de Snow en 1912 ; Arnold Klebs sera encore un fervent partisan de Pettenkoffer en 1917 [16].

Cependant Snow demeura peu connu des spécialistes de l'épidémiologie et de la santé publique. Son travail regagna d'abord de la visibilité grâce à William Thompson Sedgwick qui le cita à des fins pédagogiques dans son manuel paru en 1901 Sanitary science. Ce n'est que dans les années 1930, toutefois, avec la nouvelle publication de son livre, On the Mode of Communication of Cholera par Wade Hampton Frost que son travail acquit la notoriété qu'on lui connait aujourd'hui. C'est à la suite de cette initiative de Frost, qui avait besoin alors de consolider l'épidémiologie comme discipline en la dotant d'une histoire, que la figure de Snow, comme héros de l'épidémiologie, s'édifia.

Dernièrement[Quand ?], l'apport de Snow a été réévalué pour enlever à l'histoire de cet homme et de son travail les aspects par trop hagiographiques qu'elle avait pu revêtir[10],[17],[18],[19],[20].

Une « Société John Snow » a été fondée en 1993[21] pour promouvoir sa vie et son œuvre.

Une grande partie des éléments biographiques sur lesquels s'appuient les historiens est issue de la biographie établie par Benjamin Ward Richardson, qui se présente comme un ami de Snow[22].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Arsenic as a preservative of dead bodies,1838,The Lancet 1 (10 November 1838): 264.
  • Action of recti muscles. LMG 23 (29 December 1838): 559–60.
  • Mechanism of respiration. Lancet 1 (5 January 1839): 653–55.
  • On the bands in the recti muscles. LMG 23 (28 January 1839): 719–20.
  • On distortions of the chest and spine in children, from enlargement of the abdomen. LMG 28 (1841): 112-16
  • On Asphyxia and on the Resuscitation of Still-Born Children , LMG 29 (1841–42): 222–27.
  • On paracentesis of the thorax. LMG 29 (1841–42): 705–07.
  • Uterine hemorrhage, with retention of the placenta. LMG 31 (3 November 1842): 224–25.
  • On the circulation in the capillary blood–vessels, and on some of its connections with pathology & therapeutics ,LMG 31 (1842–43): 810–16.
  • A new kind of pessary. LMG 32 (7 April 1843): 100
  • Case of acute poisoning by carbonate of lead LMG 35 (22 November 1844): 248–50.
  • Case of malignant hemorrhagic small–pox. LMG 35 (31 January 1845): 585–86.
  • Pericarditis after scarlet–fever. LMG 35 (7 March 1845): 728–29.
  • On the pathological effects of atmospheres vitiated by carbonic acid gas, and by a diminution of the due proportion of oxygen. Edinburgh Medical and Surgical Journal 65 (1846): 49–56.
  • On the use of the term 'Allopathy.' Lancet 1 (21 February1846): 229.
  • Some remarks on alkalescent urine and phosphatic calculi. LMG 38 (20 November 1846): 877–81.
  • Case of strangulation of the ileum in an aperture of the mesentery. LMG 38 (18 December 1846): 1049–52.
  • Table of the quantity of the vapour of ether in one hundred cubic inches of air. MT 15 (23 January 1847): 325.
  • Table for calculating the strength of ether vapour. LMG 39 (29 January 1847): 219–20.
  • Table of the quantity of the vapour of ether in one hundred cubic inches of air. PharJ 6 (1 February 1847): 361
  • On the inhalation of the vapour of ether. LMG 39 (19 March 1847): 498–502, (26 March 1847): 539–42.
  • On the Inhalation of the Vapour of Ether in Surgical Operations ,1847

Entre 1848 et 1851 John Snow a écrit 19 articles On Narcotism by the inhalation of Vapours pour the London Medical Gazette ; ces articles furent ensuite réunis en trois pamphlets.

  • On the Mode of Communication of Cholera. , London: Churchill, 1849(1re édition)[23]
  • The cholera at Albion Terrace. LMG 44 (1849): 504–05.
  • On the pathology and mode of communication of cholera. ,LMG 44 (1849): 745–52, 923–29
  • On Continuous Molecular Changes, More Particularly in Their Relation to Epidemic Diseases. London: Churchill, 1853.
  • On the comparative mortality of large towns and rural districts, and the causes by which it is influenced. Transactions of the Epidemiological Society. In JPH&SR 1 (1855): 16–24. Paper delivered in May 1853.
  • On the prevention of cholera. MTG 7 (1853): 367–69. Reprint, London: William Tyler, 1853.
  • The principles on which the treatment of cholera should be based. MTG 9 (1854): 180–82.
  • Cholera in the Baltic Fleet. MTG 9 (12 August 1854): 170.
  • Communication of cholera by Thames water. MTG 9 (1854): 247–48.
  • The cholera near Golden–square, and at Deptford. MTG 9 (1854): 321–22.
  • On the communication of cholera by impure Thames water. MTG 9 (1854): 365–66.
  • On the Mode of Communication of Cholera. 2nd ed. London: Churchill, 1855.
  • On the chief cause of the recent sickness and mortality in the Crimea. MTG 10 (1855): 457–58.
  • Further remarks on the mode of communication of cholera; including some comments on the recent reports on cholera by the General Board of Health. MTG 11 (1855): 31–35, 84–88.
  • "Dr. Snow's report." In Report on the Cholera Outbreak in the Parish of St. James, Westminster during the Autumn of 1854, by the Cholera Inquiry Committee, 97–120. London: Churchill, 1855.
  • On the mode of communication of cholera. Edinburgh Medical Journal 1 (1855–56): 668–70.
  • The mode of propagation of cholera. AMJ 4 (1856): 135.
  • On the adulteration of bread as a cause of rickets. Lancet 1857;ii:4–5. (Réédité dans : Int J Epidemiol 2003;32:336–37.)[24]
  • On the outbreak of cholera at Abbey–Row, West Ham. MTG 15 (1857): 417–19[25].
  • On (the mechanism of )Chloroform and Other Anaesthetics ,1858 édition posthume sous la direction de B.W. Richardson ; y était jointe une biographie intitulée The life of John Snow[20].
  • Doctor's teetotal address, discours sur la tempérance tenu en 1836, édité Parson frère, Rev. Thomas Snow dans le British Temperance Advocate (Novembre 1888): 182; (Janvier 1889): 20–21[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]