Argumentum ad hominem

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La locution latine ad hominem (à l'homme) ou argumentum ad hominem sert à désigner un argument de rhétorique qui fut au départ défini comme consistant à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actes[note 1]. De nos jours, fréquemment considéré comme une manœuvre malhonnête, il consiste à discréditer des arguments adverses, sans les discuter eux-mêmes, mais en s'attaquant à la crédibilité de la personne qui les présente.

Typiquement un argument ad hominem est construit comme suit :

  1. A affirme la proposition B.
  2. Opposer que A n'est pas crédible pour des raisons liées à ses paroles, à ses actes.
  3. Donc la proposition B est fausse.

Schopenhauer[modifier | modifier le code]

L'argument ad hominem, ou ex concessis, est le 16e stratagème recensé par Arthur Schopenhauer dans son opuscule L'Art d'avoir toujours raison[1] :

« Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas d’une certaine façon, et ne serait-ce qu’en apparence, en contradiction avec quelque chose qu’il a dit ou admis auparavant, ou avec les principes d’une école ou d’une secte dont il a fait l’éloge, ou avec les actes des adeptes de cette secte, qu’ils soient sincères ou non, ou avec ses propres faits et gestes. Si par exemple il prend parti en faveur du suicide, il faut s’écrier aussitôt : “Pourquoi ne te pends-tu pas ?” Ou bien s’il affirme par exemple que Berlin est une ville désagréable, on s’écrie aussitôt : “Pourquoi ne prends-tu pas la première diligence ?” »

Validité du procédé[modifier | modifier le code]

Un argument ad hominem est a priori valable, mettant l'adversaire face à une contradiction entre ses actes et ses paroles d'une part et son argumentation d'autre part. Un exemple de preuve ad hominen est la réfutation du relativisme de Protagoras par Aristote dans la Métaphysique, IV, 4-5. Cette réfutation est au service de la démonstration indirecte du principe de contradiction. En effet, le relativiste n'accepte pas ce principe, c'est-à-dire qu'il admet la possibilité qu'une chose soit en même temps et sous le même rapport A et non-A. Par conséquent, pour Protagoras, tous les hommes sont également dans l'erreur et la vérité puisque rien ne peut être affirmé absolument de rien. En résumé, tout est relatif, à chacun ses opinions. On ne formulera pas de proposition universelle et nécessaire. On ne peut pas atteindre la vérité. Toute entreprise de connaissance est vaine. Or, répond Aristote, « Pourquoi si, au point du jour, il rencontre un puits ou un précipice, ne s'y dirige-t-il pas, mais pourquoi le voyons-nous au contraire, se tenir sur ses gardes [...] ». Pour résumer en une formule, le discours du relativiste est en contradiction avec l'attitude naturelle de tous les hommes. [réf. nécessaire]

Pour le distinguer de l'attaque personnelle illégitime, Schopenhauer appelle attaques ad personam celles qui portent directement sur l'adversaire en tant que personne, et non pas sur la cohérence de sa thèse ou sur la conformité de ses paroles avec ses actes[note 2].

Sous-catégories[modifier | modifier le code]

Circumstantiæ[modifier | modifier le code]

Les arguments ad hominem circumstantiæ sont ceux consistant à mettre en avant des faits relatifs au passé ou aux convictions d'une personne pour discréditer son point de vue. Il consiste souvent à affirmer que la personnalité du locuteur biaise l'argument :

« Fred a tort quand il prétend que Dieu n'existe pas car c'est un ancien prisonnier. »

Tout argument ad hominem n'est pas toujours une attaque personnelle comme le montrent les exemples suivants :

« Jean prétend que l'on peut tuer sous le coup de la colère, mais ce n'est pas possible : il ne perd jamais son sang-froid. »
« Le président a annoncé qu'il était important que le président de la République ne puisse être poursuivi dans l'exercice de ses fonctions, car il est lui-même potentiellement inculpable. Il faut donc modifier la loi pour pouvoir poursuivre le président. »

Qu'on soutienne ou non la proposition de ce dernier exemple, il faut bien voir qu'ici, elle part d'un argument ad hominem qui constitue un sophisme (voir aussi Post hoc, ergo propter hoc).

Tu quoque[modifier | modifier le code]

Illustration satirique du tu quoque montrant un membre du 93e régiment d'infanterie portant une énorme toque de plumes et disant à la dame : « Sapristi ! vous les femmes avez d'extraordinaires coiffures ![trad 1]. »

Tu quoque signifie « toi aussi ». Il s'agit de jeter l'opprobre sur la personne en raison de choses qu'elle a faites ou dites par le passé, en révélant une incohérence de ses actes ou propositions antérieures avec les arguments qu'elle défend :

Exemples
« Comment Voltaire peut-il prétendre parler de l'égalité des Hommes alors qu'il avait investi dans le commerce des esclaves ? »[note 3]
« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l'éducation des enfants alors qu'il a abandonné les siens ? »[note 4]
« Hannah Arendt n'est pas une philosophe à laquelle on puisse faire référence parce qu'elle a eu une relation avec un nazi en la personne de Martin Heidegger »
« Ce conférencier prône la mobilisation individuelle pour lutter contre le réchauffement climatique ; or il est venu à moto au centre de conférence, alors que celui-ci est desservi par les transports en commun.  »

Utilisation prudente de l'argument ad hominem[modifier | modifier le code]

L'argument ad hominem tel qu'il a été défini n'est un sophisme que s'il sert à démontrer la fausseté de la proposition présentée. Il est un outil utilisé quotidiennement à bon escient s'il sert à juger de la crédibilité de cette proposition. Il est bien sûr difficile de distinguer ces deux utilisations.

Supposons qu'un juge ait devant lui deux témoins.

Le premier (ayant fait l'objet d'une condamnation par le passé) affirme A.
Le second (sans casier judiciaire) affirme B, incompatible avec A.

En l'absence de preuves irréfutables dans un sens ou dans l'autre (ce qui est le cas le plus fréquent), lequel croira-t-il ? Probablement le second. Est-ce suffisant pour condamner ou relâcher l'accusé ?

Notes et références[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Tu quoque » (voir la liste des auteurs)

  1. (en) « By Jove, what extraordinary headgear you women do wear! »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'encyclopédie Larousse du XXe siècle, 1928, donne : « L'argument ad hominem consiste à opposer à l'adversaire sa propre conduite ou ses propres paroles. »
  2. L'argumentum ad hominem « s'écarte de l'objet purement objectif pour s'attacher à ce que l'adversaire en a dit ou concédé », alors que dans l'attaque ad personam « on délaisse complètement l'objet et on dirige ses attaques sur la personne de l'adversaire. »
  3. Voltaire n'était pas impliqué dans l'esclavage. Cependant, il défendit Jean Calas, qui négociait entre autres des esclaves.
  4. Cet argument a été énoncé par un pamphlet de Voltaire, auquel Rousseau répondit par son ouvrage les Confessions.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Schopenhauer, l'Art d'avoir toujours raison — La dialectique éristique, traduit de l'allemand par Dominique Miermont, éditions Mille et une nuit, février 1998, ISBN 2-84205-301-X

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]