Jean-Christophe Rufin

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Jean-Christophe Rufin en octobre 2013.

Jean-Christophe Rufin, né à Bourges dans le Cher le 28 juin 1952[1], est un médecin, historien, écrivain, et diplomate français. Il a été élu en 2008 à l'Académie française, dont il devient alors le plus jeune membre. Ancien président d'Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Après le départ de son père, vétérinaire, la mère de Jean-Christophe Rufin part travailler à Paris comme publicitaire. Elle ne peut l'éduquer seule ; il est alors élevé par ses grands-parents[2]. Son grand-père, médecin[2], qui avait soigné des combattants lors de la Première Guerre mondiale, fut, pendant la Seconde, déporté deux ans à Buchenwald pour faits de résistance — il avait caché des résistants en 1940 dans sa maison de Bourges[3].

À 15 ans, la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Christiaan Barnard en 1967 fait entrer selon Jean-Christophe Rufin la médecine dans la modernité et décide de sa vocation[4],[3].

À 18 ans, il revoit son père par hasard. « J'avais choisi, à Bourges, le premier dispensaire venu pour faire un vaccin. Une jeune femme qui y travaillait m'a demandé mon nom et a blêmi. C'était ma demi-sœur, elle m'a conduit auprès de notre père. Nos rapports ne furent jamais très bons[5]. »

Après avoir fréquenté les lycées parisiens (Janson-de-Sailly et Claude-Bernard), Jean-Christophe Rufin entre à la faculté de médecine de La Pitié-Salpêtrière et à l'Institut d'études politiques de Paris[6]. Il a affirmé[7] avoir dérobé, durant cette période, avec un ami étudiant en médecine la moitié de tête de Ravachol, conservée dans du formol à l'École de médecine de Paris, pour la déposer au pied du Panthéon[8][réf. insuffisante]. En 1975, il est reçu au concours d'internat à Paris – et choisi la neurologie comme spécialité – puis travaille à l'hôpital Rothschild, en salle commune. Pour son service militaire, il part en 1976 comme coopérant à Sousse en Tunisie où il exerce en obstétrique dans une maternité[2],[3].

Carrière médicale[modifier | modifier le code]

Interne de médecine en neurologie (1975-1981) principalement à La Salpêtrière[3], chef de clinique et assistant des hôpitaux de Paris (1981-1983) puis attaché (1983-1985) des hôpitaux de Paris, Jean-Christophe Rufin pratique la médecine à l'hôpital de Nanterre (1994-1995) puis à l'hôpital Saint-Antoine à Paris (1995-1996). En 1997, il rentre en France pour diriger un pavillon de psychiatrie à l'hôpital Saint-Antoine.

Carrière dans l'humanitaire[modifier | modifier le code]

Comme médecin, Jean-Christophe Rufin est l'un des pionniers du mouvement humanitaire Médecins sans frontières[2] où il a été attiré par la personnalité de Bernard Kouchner et où il fréquentera Claude Malhuret. Pour MSF, il a dirigé de nombreuses missions en Afrique de l'Est et en Amérique latine[9]. Sa première mission humanitaire est menée en 1976 en Érythrée, alors ravagé par la guerre. Il y pénètre incognito avec les forces rebelles érythréennes au sein des bataillons humanitaires. Il y rencontre Azeb, qui deviendra sa deuxième femme.

En 1985, Jean-Christophe Rufin devient le directeur médical d'ACF en Éthiopie. Entre 1991 et 1993, il est vice-président de Médecins sans frontières mais son conseil d'administration lui demande de quitter l'association en 1993, au moment où il entre au cabinet de François Léotard, alors ministre de la Défense.

Entre 1994 et 1996, il est administrateur de la Croix-Rouge française[6].

En 1999, il est en poste au Kosovo comme administrateur de l’association Première Urgence, et dirige à l'École de guerre un séminaire intitulé « ONU et maintien de la paix ». Président d'Action contre la faim (ACF) à partir de 2002, il quitte ses fonctions en juin 2006 pour se consacrer davantage à l'écriture. Il reste cependant président d'honneur de cette organisation non gouvernementale (ONG).

Carrière dans les ministères et la diplomatie[modifier | modifier le code]

Diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris en 1980, Jean-Christophe Rufin devient, de 1986 à 1988, conseiller du secrétaire d'État aux Droits de l'homme, Claude Malhuret. En 1989-1990, il s'expatrie au Brésil comme attaché culturel et de coopération auprès de l'ambassade de France[6]. En 1993, il entre au cabinet de François Léotard, ministre de la Défense, comme conseiller spécialisé dans la réflexion stratégique sur les relations Nord-Sud, et le restera deux ans.

Directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques entre 1996 et 1999, il conduit la mission humanitaire française en Bosnie-Herzégovine. Il fait libérer onze otages français de l'association Première Urgence détenus par les Serbes de Bosnie, « en sympathisant avec les geôliers et en s'obligeant à boire avec eux »[9]. Cette mission lui vaudra l'inimitié de Dominique de Villepin, alors au cabinet d'Alain Juppé au ministère des Affaires étrangères.

En 1995, après la naissance de Valentine, son troisième enfant, née le 3 février, il quitte le ministère de la Défense et devient attaché culturel au Nordeste brésilien.

Dans le « rapport Rufin » (Chantier sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme), sorti le 19 octobre 2004, il attire l'attention sur l'antisémitisme, qui n'a pas, selon lui, à être fondu dans le racisme ou la xénophobie en général.

Le 3 août 2007, il est nommé ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie, s'inscrivant ainsi dans la tradition des écrivains-diplomates[10].

Au premier semestre 2008, il participe avec les agents de la DGSE à la traque des fuyards d'Al-Qaïda après l'assassinat de touristes français en Mauritanie[11].

En décembre 2008, il déclare lors d'une conférence de presse : « Au Sénégal, il est très difficile de garder des secrets. Tout le monde sait tout, ou tout le monde croit tout savoir, donc dit n’importe quoi, et donc nous préférions dire les choses comme elles sont, le dire de façon transparente. » Cette remarque ne passe pas inaperçue, tant et si bien que la vice-présidente du Sénat du Sénégal, Sokhna Dieng Mbacké, lui demande des excuses publiques pour ces propos « choquants, voire méprisants et insultants ». L'ambassadeur publie aussitôt un communiqué dans lequel il insiste sur « le caractère ironique et affectueux » de ces paroles « tenues sur le ton de la plaisanterie »[12]. Il quitte ses fonctions d'ambassadeur au Sénégal le 30 juin 2010.

En juillet 2011, il intègre l'équipe de campagne de Martine Aubry pour l'élection présidentielle de 2012, chargé avec Jean-Michel Severino de la thématique « Nord-Sud, Coopération, Rayonnement[13] ».

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Jean-Christophe Rufin a consacré plus de vingt ans de sa vie à travailler dans des ONG au Nicaragua, en Afghanistan, aux Philippines, au Rwanda et dans les Balkans. Cette expérience du terrain l'a conduit à examiner le rôle des ONG dans les situations de conflit, notamment dans son premier essai, Le Piège humanitaire (1986), un essai sur les enjeux politiques de l'action humanitaire et les paradoxes des mouvements « sans frontières » qui, en aidant les populations, font le jeu des dictateurs, et dans son troisième roman, Les Causes perdues (1999).

Ses romans d'aventures, historiques, politiques, s'apparentent à des récits de voyage, la plupart du temps de nature d'historique, ainsi qu'à des romans d'anticipation.

« J'ai été déformé dans le sens du visuel. [...] Comme le disait Kundera, il y a deux sortes d'écrivains : l'écrivain musicien et l'écrivain peintre. Moi je suis peintre. [...] Quand on écrit, soit on écoute, soit on voit. On ne peut pas faire les deux en même temps[14]. »

Pour son œuvre littéraire Jean-Christophe Rufin reçoit de nombreux prix dont le prix Goncourt en 2001 pour Rouge Brésil. Il est élu à l'Académie française le 19 juin 2008 par 14 voix, contre 12 à l'écrivain et producteur Olivier Germain-Thomas, deux bulletins blancs, une croix[15], au fauteuil de l'écrivain Henri Troyat.

Autres fonctions[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, Jean-Christophe Rufin a été maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris entre 1991 et 2002, puis à l'université Paris 13 (1993-1995) et à l'École de guerre (ancien Collège Interarmées de Défense)[6].

Depuis 2005, il est aussi membre du conseil de surveillance du groupe Express-Expansion, et membre des conseils d'administration de l'Institut Pasteur, de France Télévisions et de l'OFPRA[6].

Il est par ailleurs membre du jury du prix Joseph-Kessel et a été en 2007 membre du jury du Festival du film documentaire de Monaco.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Jean-Christophe Rufin est père de trois enfants, dont Maurice, le fils aîné, d'une première union. Puis, il rencontre l'Éthiopienne Azeb[16] en Érythrée[17], qu'il épouse le 25 août 2007 à Saint-Gervais-les-Bains. De cette deuxième union naîtront deux filles : Gabrielle (en 1992) et Valentine (en 1995).

Jusqu'à sa nomination comme ambassadeur de France au Sénégal, il résidait une grande partie de l'année à Saint-Nicolas-de-Véroce[2] dans le massif du Mont-Blanc.

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

  • Le Piège humanitaire – Quand l'humanitaire remplace la guerre,  éd. Jean-Claude Lattès, 1986.
  • L'Empire et les Nouveaux Barbares,  éd. Jean-Claude Lattès, 1991 ; nouvelle édition revue et augmentée Jean-Claude Lattès, 2001 (un essai de politique internationale qui compare l’Occident à l’Empire romain menacé par les barbares : « Aujourd’hui, c’est l’Est qui demande des aides pour son développement. Quant au Sud, il s’arme maintenant contre le Nord. »)
  • La Dictature libérale,  éd. Jean-Claude Lattès, 1994, prix Jean-Jacques-Rousseau 1994.
  • L'Aventure humanitaire,  éd. Gallimard, 1994.
  • Géopolitique de la faim – Faim et responsabilité,  éd. PUF, 2004.

Romans, récits et nouvelles[modifier | modifier le code]

En collaboration[modifier | modifier le code]

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. d'après ses propres indications dans l'émission sur RTL "A la Bonne heure" de Stephane Bern le 9 mai 2012
  2. a, b, c, d, e et f Pascale Frey , « Jean-Christophe Rufin, la tête ailleurs », sur le site lexpress.fr, 1er février 2004, consulté le 19 avril 2010.
  3. a, b, c et d Jean-Christophe Rufin dans l'émission À voix nue de Jean-Michel Djian sur France Culture le 8 décembre 2014.
  4. « La première greffe du cœur avec Jean-Christophe Rufin », sur France Info,‎ 22 avril 2013
  5. Philippe Perrier, « Jean-Christophe Rufin, romancier sans frontières », L'Express, 1er octobre 2001.
  6. a, b, c, d et e Notice biographique, Who's Who in France.
  7. Émission La Parenthèse inattendue sur France 2 le 5 mars 2014.
  8. Un léopard sur le garrot, (ISBN 9782070359912), chapitre 10.
  9. a et b Un léopard sur le garrot, éditions Gallimard, 2008, p. ?.
  10. « L'écrivain-médecin Jean-Christophe Rufin ambassadeur de France à Dakar », sur Latribune.fr.
  11. « Rufin, si peu académique », Le Figaro du 20 juin 2008, page 22.
  12. « Jean-Christophe Rufin, ambassadeur trop bavard », sur le site Libération.fr, 26 décembre 2008, consulté le 23 mars 2010.
  13. L'équipe de campagne de Martine Aubry sur le site officiel martineaubry.fr
  14. Le Figaro du 10 août 2007.
  15. « Jean-Christophe Rufin, l'ambassadeur immortel », sur le site Le Figaro.fr, 19 juin 2008.
  16. Émission Katiba de Jean-Christophe Rufin, France Culture
  17. Un léopard sur le garrot, éditions Gallimard, 2008, page 5.
  18. Page « PRIX NOMAD'S 2013 - Le lauréat ! », 4 avril 2013, sur le site nomadsparis.com, consultée le 28 avril 2014.
  19. Décret du 12 juillet 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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