Hominisation

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L'hominisation est le processus qui a progressivement transformé une lignée de primates en humains. Ce processus évolutif a concerné la lignée des Hominidés, à partir de la divergence entre le dernier ancêtre commun des grands singes et les Hommes, il y a plus de 6 millions d'années. L'étude de l'hominisation repose sur tous les changements structuraux et comportementaux qui ont eu lieu dans la lignée des hominidés qui a conduit ensuite à l'homme anatomiquement moderne ou Homo sapiens[1].

Le terme « hominisation » et la notion à laquelle il renvoie ont été utilisés pour la première fois par Édouard Le Roy dans Les origines humaines et l'évolution de l'intelligence, publication d'un cours présenté au Collège de France entre 1927 et 1928. Cependant, le terme était déjà employé dans un texte écrit par Pierre Teilhard de Chardin en 1923 mais demeuré inédit.

L'hominisation aux XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Les premiers scénarii évolutifs[modifier | modifier le code]

Les premiers scénarios évolutifs ont été proposés vers la moitié du XIXe siècle. Ils avaient pour but de mettre en scène l'histoire biologique d'un taxon : son origine, son développement et son extinction ultime. C'est pour des raisons historiques et philosophiques que la plupart des scénarios évolutifs ont tenté de décrire les différences entre l'homme et les grands singes africains. Pourtant, à cette époque, les preuves les plus tangibles concernant l'évolution humaine, telles que les fossiles d'Hominidés, faisaient défauts ainsi que les connaissances sur les mutations qui étaient restreintes voire absentes[2]. Les quelques restes humains découverts à cette époque, notamment ceux de l'homme de Néandertal du site éponyme, étaient soit jugés comme appartenant aux ancêtres de l'homme, comme ils le sont aujourd'hui, soit appartenant à des individus atteints d'une quelconque maladie [3].

La comparaison de l'homme avec les grands singes africains fut choisie plus par raisons de politique coloniale que par intuition scientifique. La connaissance de ces grands singes était significative à cette époque car les grandes puissances coloniales et intellectuelles qu'étaient la France et l'Angleterre possédaient des territoires africains où ces grands singes étaient particulièrement abondants. Par ailleurs, la découverte de l'Homo erectus amena Adolf Schultz à mettre en évidence l'antériorité phylogénétique des grands singes, soit un important fondement scientifique encore utilisé aujourd'hui. Cependant, ce fondement scientifique établi dans un contexte de colonialisme africain, n'était jusqu'alors considéré comme une prédiction nationaliste.

Le scénario évolutif de Charles Darwin[modifier | modifier le code]

Au milieu du XIXe siècle, l'unique comparaison possible et pertinente à l'étude de l'hominisation était celle entre les grands singes africains et les hommes modernes. Les différences que l'on croyait spécifiques à l'homme étaient alors les petites canines, une posture bipède, un cerveau bien développé et de volume élevé, une dépendance envers les outils.

Pour expliquer ces différences, Charles Darwin se propose d'établir un scénario évolutif. Il explique ainsi l'évolution humaine, à l'aide de processus évolutifs d'ordre mécaniste, les pressions sélectives décrites dans une des théories de Darwin (la sélection naturelle). Ces pressions qui se sont alors exercées, au cours du temps, sont le résultat de variations climatiques, de la répartition et de la disponibilité des aliments, du stress lié aux maladies ou même de la prédation s'exerçant dans le milieu. Ainsi, l'évolution morphologique et comportementale de deux taxons biologiques, depuis les grands singes africains jusqu'à l'homme d'aujourd'hui, est due à l'exercice de ces pressions sélectives, selon Darwin.

Darwin construit alors son scénario évolutif représenté par de grands singes marchant au sol et soumis à de nombreuses pressions sélectives, parmi lesquelles on retrouve la prédation. Ainsi, selon Darwin, les grands singes se seraient retrouvés sans défense, au cours de l'évolution lorsqu'ils se trouvaient face à de redoutables prédateurs carnivores. La sélection naturelle serait alors intervenue : cette situation entraînerait la sélection d'individus capables de fabriquer des outils afin de se protéger et de se défendre de la prédation. Une autre sélection interviendrait également, auprès des individus développant des stratégies afin de transporter leurs outils, qui seraient à leur disposition, à chaque fois qu'un prédateur serait à proximité. Pour accomplir cela, les grands singes sélectionnés positivement libèreraient leurs mains de leur rôle locomoteur, pour fabriquer leurs outils. La bipédie serait alors apparue car les mains étaient sollicitées pour fabriquer les outils. Les individus utilisant régulièrement les outils auraient ensuite su inventer de nouveaux outils ou inventer des fonctions secondaires pour les outils déjà existants : ces individus performants seraient favorisés par la sélection naturelle afin de transmettre ces compétences à leur descendance. Cette capacité à inventer de nouveaux outils seraient à l'origine de l'augmentation de volume du cerveau. Une fois que l'efficacité des outils a été optimale, les canines n'avaient plus leur utilité et elles reprirent leur taille dite naturelle.

Le scénario évolutif de Darwin se révélait être la meilleure explication qui soit pour décrire l'évolution entre les grands singes et l'homme d'aujourd'hui, à cette époque. De nombreux scientifiques s'inspirèrent de ce scénario, par la suite, pour décrire l'évolution humaine. Cependant, vers la fin de la vie de Darwin, la découverte de fossiles (1856) représentant des ancêtres de l'homme allait bouleverser son scénario, considéré alors comme le plus vraisemblable.

La découverte des fossiles d'Hominidés, témoignage de notre évolution[modifier | modifier le code]

À l'époque où Charles Darwin a érigé son scénario évolutif, la morphologie de l'ancêtre commun aux grands singes et à l'homme ne pouvait qu'être suggérée. La découverte de fossiles d'Australopithèques en Afrique, à partir de 1924[4] et les données tirées de leur étude allaient apporter une mine d'informations sur notre évolution. Elles allaient aussi constituer le test le plus sévère vis-à-vis du scénario évolutif de Darwin, qui n'était alors qu'une hypothèse dont la vraisemblance était contestée.

La découverte de fossiles d'Hominidés a pour effet de :

  1. Augmenter le nombre d'étapes évolutives dans le processus d'hominisation
  2. Étirer le processus d'hominisation sur plusieurs millions d'années
  3. Expliquer chaque étape additionnelle par un scénario adéquat
  4. Réfuter la relation de cause à effets entre certains caractères évolutifs (exemple : la bipédie et l'usage d'outils)
  5. Attribuer une origine plus ancienne à certains caractères qui étaient alors considérés comme typiquement humains (exemple : l'usage d'outils)
  6. Découvrir de nouveaux caractères humains auparavant ignorés

L'étude des fossiles d'Hominidés vient expliquer ce que les scénarios ont cherché à décrire, depuis le XIXe siècle.

L'évolution de la famille des Hominidés[modifier | modifier le code]

Le XXe siècle (notamment la fin du siècle) et les années 2000-2010 ont été les périodes les plus riches en découvertes de fossiles d'hominidés. Les données tirées de chaque découverte viennent compléter les données déjà existantes ; elles apportent également de nouvelles pistes de réflexion sur notre évolution en réfutant parfois certaines théories jusqu'alors acceptées (notamment l'East Side Story).

En effet, la découverte du fossile surnommé Toumaï a apporté de nouvelles données. Le crâne de Toumaï, en mauvais état, est découvert en juillet 2001 en Afrique centrale par un jeune étudiant tchadien[5]. Il a ensuite été révélé que ce fossile appartenait à la lignée des hominidés et qu'il était âgé de sept millions d'années. Il est donc le plus ancien hominidé jamais découvert et il apporte une nouvelle information sur le moment où la divergence entre les hominidés et l'espèce humaine a eu lieu, soit antérieurement aux six millions d'années qui avaient été alors supposés. De plus, le fait d'être découvert en Afrique centrale et d'être bipède réfute la théorie de l'East Side Story, mise en avant par Yves Coppens, qui suggère que les hominidés étaient apparus à l'Est car la bipédie était plus adaptée pour se déplacer dans la savane qui s'y développait.

Les découvertes de fossiles ont également permis d'élargir la famille d'hominidés connue au moment de chaque découverte. Un nombre important d'ancêtres de l'homme actuel sont connus, ainsi que la période où certains caractères évolutifs sont apparus. D'après les fossiles trouvés, Homo erectus serait le premier ancêtre de l'homme à avoir maîtrisé le feu et Australopithecus afarensis serait un des premiers ancêtres de l'homme à avoir maîtrisé la bipédie, il y a plus de 3,5 millions années. L'étude des fossiles a également permis de mettre en évidence dans l'arbre évolutif des hominidés une branche végétarienne apparentée aux Australopithèques, les Paranthropes, apparus il y a 2,7 millions d'années.

Les étapes du processus d'hominisation[modifier | modifier le code]

L'hominisation correspond à toutes les étapes évolutives qui se sont déroulées depuis environ six millions d'années.

La bipédie[modifier | modifier le code]

Comparaison d'empreintes.
Gauche : Australopithecus (3,6 Ma)
Milieu : Homo erectus (1,5 Ma)
Droite : Homme moderne

L'étude des fossiles d'Australopithecus afarensis, d'Australopithecus africanus, d'Ardipithecus ramidus et d'Australopithecus anamensis a permis de démontrer que la bipédie était l'une des plus anciennes caractéristiques des hominidés. Ardipithecus ramidus a un âge estimé de 4,4 millions d'années, soit plus d'un million d'années après la divergence entre les grands singes et l'homme. A. ramidus était bipède et sa petite taille était adaptée à la marche au sol mais cela ne l'a pas empêché de grimper aux arbres pour chercher son alimentation (les fruits) ou encore pour s'abriter durant la nuit[réf. nécessaire]. De même, les fossiles d'empreintes de pied de Laetoli attribuées à A. afarensis datant d'il y a 3,77 millions d'années sont des preuves soutenant une apparition de la bipédie, il y a près de 4 millions d'années. Ces empreintes mettent bien en évidence la présence d'un gros orteil convergent, d'une voûte sous le pied, similaires à ceux observés chez l'homme moderne. Cependant, la longueur des pieds et des orteils reste importante, ce qui suggère que la bipédie exercée par les australopithèques était différente de celle pratiquée par l'homme moderne. Ainsi, les australopithèques auraient alterné marche au sol et déplacements dans les arbres.

La découverte d'Orrorin tugenensis en 2000 a montré que la bipédie était déjà présente il y a six millions d'années. Le fémur d'Orrorin est long et avec une tête très développée, ce qui indique qu'Orrorin avait des aptitudes à la marche. Bien que l'hypothèse selon laquelle l'environnement pourrait être à l'origine de l'acquisition de la bipédie chez nos ancêtres, cette nouvelle découverte a montré que la bipédie a été acquise bien avant l'apparition des australopithèques et qu'elle pourrait être un trait commun à tous les hominidés. La bipédie ne serait plus exclusivement une étape de l'hominisation, au vu de ces données et de l'observation de certains grands singes capables de la pratiquer [6]. Il est possible d'enseigner à un chimpanzé à se déplacer uniquement sur ses membres postérieurs, même si sa démarche aura un dandinement plus important. L'aptitude à marcher quasi-exclusivement debout reste un caractère spécifique à l'évolution humaine, depuis l'ancêtre commun à l'homme et aux grands singes. Celle-ci s'est amplifiée depuis nos ancêtres jusqu'à aujourd'hui pour devenir le principal moyen de locomotion chez l'homme moderne. Seul le moment d'apparition de ce caractère reste encore à clarifier.

L'origine de la bipédie a donné lieu à différentes hypothèses [7]. Une des premières hypothèses suggère que l'environnement et le type d'habitat dans lequel évoluaient nos prédécesseurs en Afrique de l'est serait à l'origine de la bipédie. Le paysage forestier d'Afrique de l'est se transformant progressivement en milieu parsemé de zones arides a entraîné une baisse de ressources alimentaires, forçant nos ancêtres à descendre des arbres pour aller chercher leur alimentation plus loin. Étant donné qu'à proximité de leur habitat, la découverte d'aliments se faisait rare, nos ancêtres auraient parcouru de longues distances pour apporter de grandes quantités de nourriture, ce qui aurait progressivement transformé l'ancêtre de l'homme en une espèce bipède. De nombreux anthropologues suggèrent que la bipédie est un processus évolutif qui s'est déroulé en plusieurs étapes et non en une unique étape. Parmi ces étapes, le changement d'habitudes alimentaires qui consiste à cueillir les aliments tels que les fruits sur les arbres en se redressant aurait favorisé la position bipède. Le climat aurait également eu une répercussion sur ce caractère évolutif. Selon le biologiste Peter Wheeler, les individus bipèdes étaient moins exposés à la lumière directe du soleil que les individus quadrupèdes de même taille, ce qui entraîne une baisse de 60 % de réception de chaleur par le corps, chez les individus bipèdes. La bipédie aurait été ainsi favorisée, pour se protéger de la lumière directe du soleil et également favoriser le contact du corps avec les vents et permettre une meilleure dissipation de la chaleur reçue par le corps. Une autre hypothèse suggère que le développement de la bipédie serait directement lié au besoin de développer des outils, alors que d'autres anthropologues penchent pour le contraire : le développement des outils aurait entraîné la position bipède chez nos ancêtres, comme le prédisait Charles Darwin dans son scénario évolutif.

L'utilisation des mains et la fabrication d'outils[modifier | modifier le code]

Les premiers indices de dextérité manuelle, à la fois différente de celle des grands singes et suffisamment similaire à celle des Homo sapiens, ont été discutées à partir des fossiles d'A. afarensis. Leurs mains étaient approximativement similaires à celles des Homo sapiens en proportions et structure. Les doigts des mains d'A. afarensis étaient en revanche plus courbés. Les australopithèques n'étaient sans doute pas encore aptes à travailler la pierre ou à effectuer des tressages.

Les plus anciens outils taillés datent d'environ -2,7 millions d'années. Il s'agit de galets taillés présentant un bord tranchant. Homo habilis a probablement eu l'aptitude de le produire. Certains anthropologues suggèrent que les représentants du genre Paranthropus auraient également eu l'aptitude de produire ces outils pour dépecer des animaux afin de s'alimenter[réf. nécessaire].

À partir de -1,7 million d'années, le biface est créé. Son invention a été attribuée à Homo ergaster. Avec Homo habilis, les outils continuent à se perfectionner. À l'époque où vivaient les hommes de Néandertal et les Homo sapiens, des outils composés de plusieurs matériaux tels que pointes ou racloirs emmanchés sont créés. Les Homo sapiens vont encore plus loin dans la conception d'outils : arcs, harpons, couteaux sont créés pour faciliter les activités de la vie quotidienne, telles que la chasse et la pêche. Au cours de l'évolution des hominidés, la fabrication et l'utilisation d'outils auraient progressé lentement.

Pour expliquer l'apparition de ce caractère évolutif, certains anthropologues pensent que l'influence environnementale et que l'adaptation à des habitats non arborés seraient déclencheurs de l'utilisation des outils[réf. nécessaire].

D'après les dernières découvertes, la fabrication d'outils serait apparue au moins 1,5 million d'années avant le début de l'élargissement cérébral, chez les ancêtres de l'homme[réf. nécessaire]. Cela suggère que la fabrication d'outils par nos prédécesseurs aurait été un facteur principal du développement cérébral. Il y aurait eu ainsi un mécanisme neurologique impliqué dans le développement d'outils favorisé par de fortes pressions sélectives. L'idée ancienne qui suggérait que l'élargissement cérébral associé à une grande intelligence étaient des prérequis de la fabrication d'outils se révèle fausse. D'autant plus soutenu qu'il a été observé chez nos proches parents des comportements qui consistent à utiliser des outils pour effectuer certaines tâches : les chimpanzés ont la capacité d'utiliser des pierres pour casser des noix ; les macaques utilisent des feuilles pour débarrasser les aliments de leurs saletés. Ainsi, l'utilisation d'outils ne serait pas un caractère évolutif spécifique aux ancêtres de l'homme, contrairement à la fabrication d'outils sophistiqués, qui constitue une étape importante dans le processus d'hominisation.

Les modifications morphologiques de la mâchoire et des dents[modifier | modifier le code]

Les grands singes sont caractérisés par de larges dents émaillées, de larges canines, de grandes mâchoires rectangulaires. La découverte des fossiles d' A. ramidus et d' A. afarensis a montré que leurs dents et leurs canines étaient plus petites avec une fine couche d'émail par-dessus. Ce type de dentition ressemblerait plus à celle du chimpanzé, sur plusieurs aspects et plus à l' Homo sapiens sur d'autres aspects. En effet, les incisives ressemblaient plus à celles du chimpanzé alors que la petite taille observée, en général, sur les dents des Australopithèques s'assimile plus à celles des Homo sapiens. Par ailleurs, les dents de devant des Paranthropes étaient également petites (même plus petites que celles d' A. ramidus et d' A. afarensis), leurs mâchoires étaient plus développées. Les dents de l' Homo habilis ainsi que ses mâchoires deviennent plus petites que celles du Paranthrope. Les mâchoires d' Homo sapiens étaient plus graciles et moins grandes, d'après les fossiles retrouvés d' Homo sapiens.

Ainsi, la taille des dents (notamment les dents labiales et les canines) et la taille des mâchoires auraient progressivement diminué, au cours de l'évolution des Hominidés alors que les molaires sont devenues plus larges. Au cours du temps, les dents auraient commencé à s'émailler ; cependant, il a été découvert que l'orang-outan possédait également des dents avec un émail épais, ce qui réfute l'idée que l'apparition et l'épaississement de l'émail soit un caractère spécifique aux Hominidés. L'émail serait apparu de façon indépendante, au cours de l'évolution.

Quant à la modification des mâchoires et des dents, au cours de l'évolution, elle serait étroitement liée aux changements d'habitudes alimentaires. L'évolution de la dentition aurait évolué avec les changements de régimes alimentaires. Nos origines alimentaires étaient principalement herbivores puisqu'il y a 7 millions d'années, nos ancêtres se nourrissaient de végétaux, de racines ou encore d'insectes; ce n'est que vers le Pliocène, que l'alimentation à partir de viandes apparaît. Ainsi, l'élargissement des molaires aurait favorisé la mastication de la viande, l'épaississement de l'émail serait dû à l'introduction d'aliments durs dans les habitudes alimentaires ainsi l'émail protégeait les dents du broyage de ces aliments. Par exemple, Toumaï, l'ancêtre le plus proche de notre ancêtre commun avec le chimpanzé, possédait déjà un émail intermédiaire entre les grands singes et l'homme actuel, ce qui lui a permis d'introduire dans son régime alimentaire, des aliments coriaces tels que les noix.
Le lien entre l'évolution de la dentition de nos ancêtres avec l'évolution du régime alimentaire a pu être déterminé grâce aux analyses effectuées sur les fossiles de mâchoires de nos ancêtres. En effet, une alimentation à base de végétaux a pu s'observer par des stries horizontales au niveau des dents et par des stries verticales, lorsque l'alimentation était à base de viande.

L'élargissement du cerveau[modifier | modifier le code]

L'élargissement du cerveau semble avoir débuté qu'à partir du genre Homo. En effet, les Australopithèques, qui ont vécu avant le genre Homo, présentaient un volume crânien de l'ordre de 400 cm3, soit un volume crânien plus ou moins équivalent à celui des grands singes africains. D'après les fossiles de l' Homo habilis, son volume cérébral est plus important comparé à celui des Australopithèques. Ainsi, il est indéniable qu'au cours de l'évolution, la taille relative (à la taille du corps) et absolue du cerveau ont augmenté. Cependant, l'élargissement du cerveau ne se serait pas fait progressivement au cours du temps mais il se serait fait par étapes. Effectivement, entre -4 et -2 millions d'années, on observe que le volume cérébral d' A.afarensis est de 450 cm3 alors que celui de l' Homo habilis varie entre 650 et 700 cm3, à -2 et -1,5 million d'années. Le processus d'élargissement du cerveau, caractéristique de l'hominisation, aurait connu une importante évolution, au cours de cette période, soit entre -2 et -1,5 million d'années. L'élargissement du cerveau aurait également connu une importante augmentation entre -500 000 et -100 000 ans, à l'époque où vivait Homo sapiens. Ainsi, le volume crânien aurait doublé, durant cette période pour atteindre 1 400 cm3, chez l' Homo sapiens. Cette importante augmentation du volume crânien a connu des variations puisque l'homme de Néandertal présentait un volume crânien supérieur à celui de l' Homo sapiens, soit 1 700 cm3. Aujourd'hui, l'homme actuel présente un volume crânien de 1 350 cm3.

En moins de 4 millions d'années, la taille du cerveau aurait triplé, soit trois fois la taille du cerveau d'un primate dont l'évolution cérébrale aurait duré 60 millions d'années. De récentes études indiquent que l'élargissement du cerveau aurait évolué en simultané avec d'autres caractères spécifiques aux Hominidés. Par ailleurs, vers les dernières étapes de l'hominisation, l'évolution du cerveau consistait plus en une croissance allométrique (croissance du cerveau relative à la taille du corps) qu'à une réorganisation cérébrale.

Une des explications de l'élargissement cérébral serait l'apparition du langage. En effet, il y aurait un lien étroit entre l'augmentation du volume cérébral et le développement du langage articulé puisqu'il a été vu précédemment que le langage était associé à plusieurs zones cérébrales telles que les zones de Broca et de Wernicke. Ainsi, leur présence dans le cerveau entraînerait l'augmentation du volume cérébral. Par ailleurs, la socialisation et l'apparition des traditions culturelles auraient également entraîné une augmentation du volume cérébral afin d'assimiler, entre autres, les règles complexes de la société. Par ailleurs, bien que le moment où les outils seraient apparus, par rapport au début de l'élargissement cérébral fait débat, il y aurait un lien entre l'élargissement du cerveau et la fabrication d'outils. En effet, un développement au niveau du cerveau de nos ancêtres aurait un lien avec le développement et l'organisation des compétences impliquées dans la fabrication des outils.

L'acquisition du langage[modifier | modifier le code]

Le langage articulé est un caractère fondamental dans le processus d'hominisation, dans la lignée des Hominidés. En effet, l'homme est seul à pouvoir maîtriser l'art du langage articulé, contrairement à ses plus proches parents, les primates. Ainsi, l'acquisition du langage est une nouvelle étape qui renforce la divergence entre l'homme moderne et ses plus proches parents. Cependant, ce caractère ne peut pas se fossiliser, il est donc difficile pour les scientifiques d'estimer à partir de quand celui-ci est apparu, au cours de l'évolution.

C'est en 1861 que le médecin Paul Broca découvre que l'aire de Broca est impliquée dans le traitement et l'élaboration du langage, qui est un des principaux caractères distinguant l'homme moderne de nos proches parents, les grands singes. Dix ans plus tard, le neurologue Carl Wernicke décrit la zone de Wernicke comme également impliquée dans le traitement du langage. Ainsi, l'observation de ces zones, grâce aux moulages effectués sur les crânes fossilisés de nos ancêtres, a permis à certains anthropologues d'émettre des théories quant à l'apparition du langage articulé mais également le positionnement du larynx et du palais, qui ont une incidence sur l'acquisition du langage. Un larynx en position basse et un palais en position haute caractérisant l'homme d'aujourd'hui sont propices à la maîtrise du langage. Ainsi, d'après Phillip Tobias, les aires de Broca et de Wernicke sont représentées sur des moulages endocrâniens effectués sur les crânes retrouvés d' homo habilis, ce qui permettrait d'attribuer à homo habilis la maîtrise d'un langage articulé. Cependant, il a été démontré que son larynx n'était pas descendu suffisamment, physiquement parlant, pour pouvoir bien articuler. Quant à homo erectus, certains scientifiques pensent que sa technique visant à tailler le silex ne pouvait se transmettre que par un moyen de communication élaboré. Enfin, l'homme de Néandertal, disparu il y a seulement trente mille ans, avait un larynx dont le positionnement n'aurait pas permis de maîtriser le langage articulé [8]. Bref, cela ne reste que des théories qui se suivent et se contredisent.

Plus généralement, un groupe de scientifiques affirme que l'origine du langage daterait de l'époque à laquelle vivait Homo habilis, lorsque les premiers outils ont été conçus et au début de l'élargissement du cerveau, chez les Hominidés. À l'aide de restes de fossiles, un autre groupe de scientifiques pense que l'appareil phonatoire nécessaire à la parole ne serait apparu que tardivement chez les hominidés et que l'espèce humaine aurait été la première à acquérir la parole. En effet, le développement d'outils perfectionnés et la naissance des premières traditions culturelles, vers la fin du paléolithique coïncideraient avec le développement du langage et de la communication. Cette dernière théorie est même étayée par le fait que le langage aurait émergé progressivement, d'abord sous la forme de gestes, pour ensuite ne devenir verbal que très récemment, au moment de l'apparition d' homo sapiens. Le langage aurait débuté par le langage gestuel, qui serait apparu après la libération des mains, soit lors de l'apparition de la bipédie. Une des preuves à l'appui de cette hypothèse est le fait que nous continuons, pour la plupart, à parler en gesticulant. La réciprocité des gestes, apparue chez nos ancêtres, il y a environ vingt-cinq millions d'années, aurait également annoncé l'apparition du langage.

La domestication du feu, un grand pas vers la socialisation[modifier | modifier le code]

L' Homo erectus est le premier ancêtre de l'homme moderne qui ait appris à contrôler et à utiliser le feu, il y a de cela environ quatre cent mille ans [9]. L'homme, du moins son ancêtre, est donc bien le premier à avoir maîtrisé le feu au sein du règne animal. Les premières traces de feu ont été découvertes en Chine, à Zoukhoudian, et celles-ci datent d'il y a quatre cent mille ans. Des traces de feu ont également été découvertes en Europe (en Hongrie, en France) : l'utilisation du feu se serait également répandue en Europe à cette époque. Avec la maîtrise du feu, les ancêtres de l'homme ont pu cuire la nourriture qu'ils chassaient ou qu'ils cueillaient. La cuisson des aliments est une coutume qui se serait très vite répandue étant donné qu'autour des foyers de feu retrouvés, de nombreux os d'animaux ont également été découverts. Nos ancêtres ont pu se réchauffer lorsque les températures baissaient, grâce à la chaleur émanant du feu. Le fait de maîtriser le feu aurait par ailleurs permis d'envahir les zones froides de la planète : c'est la naissance de l'homme voyageur. L' Homo erectus est en effet le premier ancêtre de l'homme à voyager en dehors d'Afrique. Le feu est aussi utilisé pour perfectionner les outils produits par l' homo erectus, notamment les pointes des épieux durcies à la chaleur du feu.

Le feu a également permis d'imiter la lumière du soleil, lorsque la nuit tombait pour allonger les journées et se réfugier dans les grottes sombres. L'allongement des journées a entraîné le développement de nouvelles activités culturelles et sociales chez nos ancêtres. Incontestablement, l'utilisation du feu a permis de développer l'organisation de la vie en société et aurait été une étape fondamentale au début de la communication et notamment au langage parlé. Le feu devient un élément qui rapproche les individus, l'esprit de groupe se renforce, des réseaux sociaux se créent : les premiers mythes racontés autour du feu seraient alors apparus.

L' homo erectus a connu deux façons de produire du feu. La première méthode aurait consisté à utiliser un silex, un minerai de fer ainsi qu'un initiateur qui peut facilement s'embraser à l'aide d'étincelles. Le frottement du silex sur le minerai de fer crée des étincelles ; ces étincelles doivent être orientées vers l'initiateur (qui peut-être un végétal) pour produire du feu. La seconde méthode consiste à prendre deux bouts de bois. Le frottement d'un bout de bois sur un autre crée de la sciure échauffée : des braises sont alors apparentes. Des brindilles sèches positionnées sur ces braises provoqueront le départ du foyer.

L'hominisation et la génétique[modifier | modifier le code]

Grâce au développement du séquençage génomique dans les années 2000 et au séquençage du génome humain, en 2001, les données issues des génomes étudiés apportent des informations sur les rapports génétiques que nous avons avec nos ancêtres. Ainsi, des scientifiques ont présenté leurs résultats sur la comparaison du génome humain avec celui des singes, en décembre 2003. Ils ont ainsi séquencé quelque sept mille gènes chez les primates. Ils ont révélé que les gènes impliqués dans l'ouïe et l'odorat auraient connu une évolution plus rapide chez l'homme que chez les grands singes [10]. En conséquence, l'apprentissage du langage, caractère essentiel distinguant l'homme des grands singes, résulterait d'une mise au point de l'acuité auditive chez l'homme. Au-delà de cette différence, les analyses génomiques ont tout de même révélé que les génomes de l'homme et du chimpanzé étaient identiques à 99,4 %, malgré les différences morphologiques et adaptatives existant entre eux.

Par ailleurs, en mai 2010, une équipe allemande a étudié les génomes de l'homme de Néandertal (disparu il y a trente mille ans) et de l'homme actuel [11]. Il a été constaté que nous possédions 1 à 4 % de gènes néandertaliens dans l'ensemble de notre génome et que ces deux espèces auraient divergé il y a 315 000 ans. Ces études ont également montré que sur deux cent douze régions du génome, vingt ont rapidement évolué et auraient subi une sélection très forte chez les humains. Parmi ces régions qui auraient conféré des avantages à l'homme moderne plusieurs sont impliquées dans l'apprentissage, la relation aux autres, ainsi que le métabolisme. Grâce à cette étude, les caractères qui ont persisté au cours de l'évolution depuis l'homme de Néandertal jusqu'à l' homo sapiens, ont été déterminés ainsi que les caractères qui ont évolué, apportant ainsi de nouvelles informations sur le processus d'hominisation.

Des études génomiques ont montré que l'ADN mitochondrial (ADNm), parmi de nombreux individus, présentait de très faibles variations au niveau des séquences nucléotidiques. D'après ce résultat, il a été suggéré que les hommes actuels auraient évolué récemment d'une population ancestrale de faible densité. De plus, il a été constaté que les variations d'ADNm, en Afrique, sont plus importantes qu'ailleurs, ce qui suggère que ces individus évoluent, depuis longtemps, sur le même territoire. De plus, selon des experts [réf. nécessaire], nous descendrions d'une unique femme, provenant d'Afrique, depuis deux cent mille ans et le chromosome Y, chromosome caractéristique de l'individu mâle, proviendrait d'un unique ancêtre mâle.

L'hominisation, une évolution linéaire dans le temps ?[modifier | modifier le code]

Les origines de l'homme et son évolution est décrite selon deux théories[12]. Le modèle "linéaire" (ou "ordonné") suggère que l'anatomie caractéristique de l'Hominidé serait apparue une seule fois et aurait donné lieu à un enchaînement en ligne droite d'une série unique de descendants. Ce modèle est directement inspiré de notre imaginaire puisqu'il est fréquent de présenter l'évolution en démarrant d'un singe qui se redresse peu à peu, pour adopter une allure humaine (illustration évidente de la bipédie). Cette image fait passer le message que l'espèce humaine a évolué et qu'elle n'a plus rien à voir avec nos ancêtres, les grands singes, au-delà des caractères qu'ils partagent.

Le modèle en "buisson" (ou "désordonné") admet l'acquisition indépendante de caractères évolutifs et considère donc que les adaptations telles que la bipédie, l'élargissement du cerveau ou encore la dextérité manuelle seraient apparues plusieurs fois, au cours de l'évolution. Ainsi, cela suggère que le partage d'un caractère évolutif des Hominidés avec une nouvelle espèce apparue dans la lignée ne suffit plus à mettre en évidence un lien de parenté entre cette nouvelle espèce et les Hominidés, ou même à faire de cette espèce, un ancêtre direct de l'homme d'aujourd'hui.

Ce dernier modèle est de plus en plus approuvé par les scientifiques. Ce modèle s'illustrerait ainsi par un arbre avec des branches mortes, des embranchements (encore) inconnus ou encore des branches éloignées qui viendraient se rejoindre, de par le partage de caractéristiques anatomiques communes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ajeet Jaiswal, The hominization process of Homo Sapiens, University of Delhi, India, 2007, p.43, consultable sur le site http://eaa.elte.hu/Jaiswal2.pdf
  2. Kenneth Jacobs, « L'hominisation : un concept en évolution », Anthropologies et Sociétés, vol.12, n°3, 1988, p.109-129
  3. Kennedy, 1975[réf. incomplète]
  4. John Pickrell, « Introduction : Human Evolution », The New Scientist, septembre 2006, consultable sur le site New Scientist
  5. Nicolas Constans, « La famille des hominidés s'agrandit », La Recherche, n° 441, mai 2010, consultable sur le site http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=27564
  6. Pascal Picq, « La bipédie est-elle spécifique à l'homme ? », Dossiers pour la science, n° 57, octobre-décembre 2007, consultable sur le site http://www.dossierpourlascience.fr/ewb_pages/f/fiche-article-la-bipedie-est-elle-specifique-a-l-homme-20222.php
  7. Rima Chaddha, « Origins of bipedalism », NovaScience, janvier 2006, consultable sur le site http://www.pbs.org/wgbh/nova/evolution/origins-bipedalism.html
  8. Michael C. Corballis, "L'origine gestuelle du langage", La Recherche, n° 341, avril 2001
  9. Henry de Lumley, Il y a 400 000 ans : la domestication du feu, un formidable moteur d'hominisation, département de préhistoire, Muséum national d'histoire naturelle, 2006
  10. O. F., "Le langage : une affaire de divergence génétique", Sciences et Avenir, décembre 2003, consultable sur le site http://www.sciencesetavenir.fr
  11. Cécile Dumas, "Il y a un peu de Néandertal en nous", Sciences et Avenir, mai 2010, consultable sur le site http://www.sciencesetavenir.fr/actualite/archeo-paleo/20100506.OBS3562/il-y-a-un-peu-de-neandertal-en-nous.html
  12. M.N., "Toumaï : un ancêtre encombrant", La Recherche, n°356, septembre 2002, consultable sur le site http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=6128

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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