Le Corniaud

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Le Corniaud

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Une Cadillac DeVille convertible de 1964, semblable à celle utilisée dans le film

Réalisation Gérard Oury
Scénario Gérard Oury
Acteurs principaux
Sociétés de production Les Films Corona
Pays d’origine Drapeau de la France France
Drapeau de l'Italie Italie
Drapeau de l'Espagne Espagne
Genre Comédie, Aventure
Sortie 1965
Durée 105 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le poste de douane de Menton rendu célèbre par le film dans lequel Antoine Maréchal (Bourvil) croise Léopold Saroyan (Louis de Funès) et ses sbires lors du désossement de la Jaguar de Saroyan par les douaniers.

Le Corniaud est un film franco-italo-espagnol réalisé par Gérard Oury, sorti le 24 mars 1965. Le tournage eut lieu du 31 août au 7 décembre 1964.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Alors qu'elle n'a parcouru que quelques dizaines de mètres sur le chemin de ses vacances estivales vers l'Italie, la 2CV bleue d'Antoine Maréchal se disloque, percutée par la Bentley de Léopold Saroyan, directeur d'une maison d'import-export. D'abord de mauvaise foi, celui-ci reconnaît ses torts et offre à Maréchal la possibilité de poursuivre, tous frais compris, son voyage au volant de la superbe Cadillac décapotable d'un de ses clients américains. Il devra ainsi conduire le véhicule de Naples (arrivant depuis Beyrouth) à Bordeaux (où il doit embarquer pour les États-Unis).

Séduit par la proposition, Maréchal ne se doute pas que Saroyan est en réalité le parrain d'un syndicat de gangsters, et qu'il a truffé la Cadillac de produits illégaux : drogue (héroïne), pierres précieuses (dont le « Youkounkoun », le plus gros diamant du monde) et or, dont il espère bien que sa « mule » pourra assurer le transport, y compris devant les douanes. Voici donc le pauvre Maréchal sur les routes d'Italie, ignorant tout de sa précieuse cargaison, et ne remarquant pas que le malfaiteur le suit à distance pour veiller sur la marchandise, qui est également convoitée par une bande rivale menée par Mickey dit « le bègue »…

Commentaire[modifier | modifier le code]

Le Corniaud est un road movie comique, un voyage en Italie qui conduit les protagonistes de Paris à Naples, puis Rome, Pise, la Côte d'Azur, la Cité de Carcassonne et Bordeaux, en passant par des sites magnifiques comme la Villa d'Este, le château Saint-Ange et la Toscane. Loin des comédies « réalisées à l'économie », le film entièrement tourné en extérieur bénéficie de conditions assez exceptionnelles pour un film comique français de cette époque : un budget important[1], ainsi que la couleur, le son direct et quinze semaines de tournage. Même si les deux acteurs principaux ont peu de scènes communes[2], leurs emplois sont complémentaires : Bourvil joue le corniaud, le naïf émouvant qui effectue innocemment un extraordinaire périple et joue le joli cœur, tandis que de Funès incarne la mauvaise foi « montée sur ressort » cherchant à exploiter son acolyte, un chef de bande colérique et fébrile qui voit tous ses plans malhonnêtes s'effondrer au fur et à mesure du chemin.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Après la projection des épreuves (rushes) des deux premières semaines de tournage, de de Funès trouvant qu'il n'était pas assez présent à l'écran[3] fera une « grève du masque[4]» pendant près de 24 heures. Gérard Oury indique dans ses mémoires qu'il reconnait dans le film l'endroit où de Funès effectue cette « grève », mais le réalisateur reste muet sur l'instant précis dans le film. Oury imagine alors la célèbre scène de douche, où l'acteur compare sa musculature avec celle d'un « grand balèze », l'ex-catcheur Robert Duranton. L'idée lui est inspirée par une rencontre étonnante faite lors d'un voyage en Italie « ... J'avais rencontré à Capri un couple étrange, lui : un homo maigrichon américain, ridaillé mais milliardaire, elle : un colossal biquet français culturiste ! L'opposition physique entre ces deux êtres dépassait les limites de la bouffonnerie[5] ».
  • Bourvil demandera que Louis de Funès soit nommé en haut de l'affiche, à ses côtés. Louis de Funès fera le même geste à l'égard de Coluche pour L'Aile ou la Cuisse.
  • L'aventure de La Grande Vadrouille commence sur le tournage du Corniaud où Gérard Oury raconte aux deux comédiens le scénario du film à venir.
  • La 2CV était équipée de 250 boulons électriques afin qu'elle se disloque au moment voulu. Cette scène, la dernière tournée, le 7 décembre 1964 sur la place Sainte-Geneviève à Paris[6], fut peut-être inspirée à Oury par sa « rencontre » cinématographique avec Bourvil sur le tournage du Miroir à deux faces. Dans ce film dramatique d'André Cayatte réalisé en 1958, Bourvil au volant de sa 2CV est percuté par Gérard Oury, acteur mais aussi coscénariste du film, au volant d'une grosse américaine. Le plan est particulièrement complexe, puisque la 2CV maintenue par 250 boulons doit se désintégrer sous le choc d'avec la Bentley, ce qui ne peut être filmé qu'une fois. De Funès, pris de fou rire lorsque Bourvil improvise la remarque « Elle va marcher beaucoup moins bien forcément » doit tourner la tête pour le cacher.
  • Le scénario du Corniaud s'inspire de la mésaventure d'un présentateur de la télévision française, Jacques Angelvin, qui fut arrêté aux États-Unis en 1962 au volant d'une Buick provenant de France et dans laquelle plus de cinquante kilogrammes d'héroïne pure avaient été dissimulés[7]. Lors de son arrestation, la voiture ne contenait plus la drogue et Angelvin clama d'abord son innocence en prétendant avoir été dupé, d'une manière semblable au héros du Corniaud. Il fut pourtant prouvé que la voiture du Français avait bien servi à transporter la drogue depuis Marseille jusqu'aux États-Unis et qu'il avait touché dix mille dollars pour cela. Plaidant coupable lors de son procès, le présentateur de Paris-Club fut incarcéré pendant cinq ans[8]. Cette arrestation est un des épisodes du démantèlement de la « French Connection » qui a inspiré les films du même nom (French Connection et French Connection 2).
  • Le cachet de Bourvil pour ce film est trois fois plus important que celui octroyé à de Funès[9].
  • no 1 au box-office en 1965 en France et énorme succès : 11 739 783 entrées. Il fit également 1 545 858 entrées en Espagne[10] ainsi que 30,9 millions d'entrées en URSS[11].
  • Lors du Festival de Cannes 1965, Oury et son producteur se voient proposer par des Américains de réaliser et produire un remake avec Dean Martin et Jack Lemmon. Malgré une offre importante (« Budget doublé, salaires versés en Suisse, promesses de deux autres films dans les cinq ans. Énorme »[12]), les Français ne donneront pas suite.

Hommage à Chaplin[modifier | modifier le code]

Louis de Funès rend hommage à Charlie Chaplin qu'il admirait, dans la scène où il « emprunte » en pleine nuit l'atelier d'un garagiste (Jean-Marie Bon) pour réparer la Cadillac (à la 54e minute du film) sous les yeux médusés de celui-ci et de son fils. Il s'agit d'un clin d'œil évident aux Temps modernes et plus encore au Dictateur :

  • La musique est très proche de celle d'une scène du film de Chaplin : la pause déjeuner (1 h 1 min). Il s'agit ici de la Tarantelle extraite de La Boutique fantasque de Gioachino Rossini (arrangée par Ottorino Respighi).
  • De Funès est toujours en mouvement dans la scène, son bras ne peut s'empêcher de faire des gestes circulaires ce qui parodie bien sûr le travail à la chaine critiqué dans le film de Chaplin.
  • On peut remarquer à la fin de la scène (lorsque de Funès est debout sur la voiture) des rouages sur le côté : le plan est très proche de l'affiche des Temps modernes.

Cette scène du garage est encore plus proche de celle de la séance de rasage dans Le Dictateur où Chaplin rase un client au son de la cinquième des Danses hongroises de l'allemand Brahms. Les deux « chorégraphies » sont très similaires par la coordination des gestes et de la musique.

Lieux de tournage[13][modifier | modifier le code]

  • Italie :
    • Naples. Bourvil prend en charge la Cadillac sur le lieu de la Gare maritime du port ; il rejoint le centre historique depuis la Via Nuova Marina. Le garagiste vole un pare-chocs dans le Borgo Marinari (it) où l'on vient profiter des restaurants d'un petit port de pêche situé au pied de Castel dell'Ovo. Tout près de là, dans le très huppé Hotel Vesuvio, loge Maréchal, qui reprendra la route le lendemain en empruntant la route de bord de mer : la via Caracciolo et puis les hauteurs du Pausilippe.
    • Aire d'autoroute Teano-est, dans le sens Rome-Naples (actuelle autoroute A1) près de laquelle la voiture de Saroyan tombe en panne.
    • La « via Flacca » ou « strada statale 213 » dans le sud du Latium entre Sperlonga et Gaeta, où se trouve actuellement la discothèque « Il sombrero ». Il y a, sur ce tronçon, quatre tunnels. La scène de la batterie remplie de bijoux jetée à la mer a été tournée sur un parking situé entre les 2e et 3e tunnels.
    • Rome (à proximité du Colisée, du Vatican, du Château Saint-Ange...). Maréchal loge à l'hôtel Résidence Palace (actuel The Duke Hotel), au 69 via Archimede. Extérieurs devant le restaurant La Casina Valadier sur le Pincio.
    • Les jardins et les fontaines de la villa d'Este à Tivoli pour la scène de combats et d'échanges de tirs entre les hommes du bègue et ceux de Saroyan.
    • Sutri : scène où Lino, le coiffeur sicilien jaloux, poursuit avec sa voiture Autobianchi Bianchina, son amie Gina partie en compagnie Maréchal, qui finalement prend en stop Ursulla
    • Pise
    • Toscane
  • France :

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • Prix du meilleur scénario du Festival de Moscou 1965[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. 530 millions de centimes pour un budget initial de 350, ce qui représente 6,3 millions d'€ en 2005 si l'on se réfère au tableau de conversion établi par l'INSEE (Voir [1]). Le dépassement, en grande partie dû au mauvais temps en Italie, faillit causer la faillite du producteur Robert Dorfmann.
  2. Les deux acteurs ne jouent ensemble qu'au début et à la fin du film. Entretemps, de Funès/Saroyan suit à distance Bourvil/Maréchal en évitant d'être repéré.
  3. Cette impression fut sans doute renforcée par le fait que deux jours avant le premier tour de manivelle, le fils de 16 ans du premier assistant « emprunte » la Jaguar verte que de Funès devait utiliser et la détruit dans un accident. En conséquence, beaucoup des scènes de l'acteur ne pourront être filmées qu'après l'arrivée d'une voiture de rechange, des jours plus tard (voir Mémoires d'éléphant, p. 223).
  4. Mémoires d'éléphant, p. 225. Patrick de Funès revient sur cet incident dans le livre Ne parlez pas trop de moi, les enfants !. Il écrit p. 144 : « J'ai lu plus tard que mon père, un temps, se serait livré à une sorte de grève sur le tournage [...]. C'est inexact : il avait bien trop de conscience professionnelle pour cela. [...] En réalité, durant cette très courte période de froid, il ne joua plus que ce qui était écrit [...] sans plus chercher à inventer ni improviser »
  5. a et b Mémoires d'éléphant, p. 225.
  6. Le Corniaud - Tournage de la scène de l'accident (1964)
  7. « Influencé par l'affaire Angelvin, j'en ai rêvé de cette histoire. Ce présentateur croupit en prison à N.Y pour avoir emmené par bateau sa voiture américaine en Amérique. Cela a paru louche [...] Ou alors le type ne savait rien. C'est ce qu'il prétend, ce corniaud ! » Gérard Oury, Mémoire d'éléphant, Presses Pocket, 1989, Paris, p. 221.
  8. Il raconte son histoire dans Jacques Angelvin, Mes prisons américaines, Plon, 1968.
  9. Mémoires d'éléphant, p. 230.
  10. http://www.imdb.com/title/tt0057967/business
  11. http://www.kinopoisk.ru/film/80775/
  12. Sur la route de la grande vadrouille : les coulisses du tournage, p. 9.
  13. Le Corniaud sur L2TC.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Lieux de tournage[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Olivier de Funès et Patrick de Funès, Louis de Funès : Ne parlez pas trop de moi, les enfants !, Le Cherche midi, 2005, (ISBN 274910372X)
  • Gérard Oury, Mémoire d'éléphant, Presses Pocket, Paris, 1989.