Blockbuster

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Blockbuster (en anglais, littéralement « qui fait exploser le quartier ») était à l'origine un terme du jargon théâtral américain qui qualifiait une pièce remportant un succès important. Un blockbuster serait donc une pièce qui mènerait tous les autres théâtres du voisinage à la banqueroute. Le terme blockbuster a probablement été tiré du vocabulaire militaire : blockbuster étant le nom de la plus puissante bombe utilisée par l'armée anglaise et américaine durant la Seconde Guerre mondiale. Le terme blockbuster est réutilisé au cinéma pour qualifier les films à gros budgets et à gros revenus, ce sont des productions exceptionnelles sur le plan financier, matériel et humain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans les années 1950, le cinéma américain est en difficulté à cause de la télévision qui gagne du terrain et la fréquentation des salles commençant à chuter. Hollywood répond à ce problème par des spectacles toujours plus incroyables, une esthétique toujours plus spectaculaire, utilisant les nouvelles technologies de l’époque. On réinvestit le Technicolor (qui nait en 1916), la stéréophonie (à partir de 1958), les formats géants Cinérama, la Vistavision, le Technirama, le SuperPanavision 70, le Dynarama, le Warnerscope ou le Cinémascope. Ces nouveaux formats et procédés sont fortement utilisés et développés pour faire revenir les foules dans les salles. Ce sont des écrans larges aux effets spéciaux, toutes sortes d’innovations techniques qui servent à faire vivre « physiquement » au spectateur ce qui se passe sur l’écran. Cette façon d'opérer est très efficace. Les opérations de marketing sont de plus en plus grandes et inventives. Cette pénurie de spectateurs donne un élan de créativité au monde du cinéma, notamment en ce qui concerne la communication autour des films. Les affiches sont plus travaillées, on mentionne en lettres capitales en quel format il est diffusé entre autres. Cette rivalité entre studios de production et télévision s'est perpétuée au fil des années et la culture du blockbuster s'est développée.

Dans le milieu du cinéma, le terme blockbuster s'appliquait d'abord à des films réalisant de gros succès au box office (Quo vadis, Autant en emporte le vent, Ben-Hur) puis a désigné par extension une super-production à gros budget qui, par sa distribution, ses effets spéciaux ou la campagne de publicité accompagnant sa sortie, attire l'attention des médias et du public, même si le film s'avère être un échec financier.

Le Parrain de Francis Ford Coppola marque un tournant en 1972 en révolutionnant la distribution des films en salle. La Paramount Pictures propose à tous les exploitants tous réseaux confondus de préacheter son film et de l'exploiter au même moment alors qu'auparavant la sortie d'un film aux États-Unis s'échelonnait en trois temps sur trois réseaux de salles de cinéma différents, des grandes villes aux campagnes. Outre l'intérêt financier de la démarche (les producteurs n'ont plus à attendre que le film soit retiré de l'affiche pour percevoir les recettes), cette démarche a pour conséquence de réduire la durée de vie du film et l'influence du critique de cinéma[1].

Le premier blockbuster cinématographique communément admis en tant que genre cinématographique est Les Dents de la mer de Steven Spielberg : sorti en 1975 avec la Universal Pictures qui investit des dizaines de millions de dollars dans la promotion de films à travers des spots télévisés[2], il lance « l'ère des blockbusters » qui inaugure l'ère du marketing et des produits dérivés avec le lancement de Star Wars en 1977[3].

Le nom du réalisateur ou des acteurs présents dans le casting suffit parfois à qualifier le film de blockbuster. C'est une façon d'indiquer à quelle échelle le coût peut être estimé. Dans ces genres de films, la qualité du scénario est relativement peu élevée, conformément au principe du « high concept » inventé par le producteur américain Don Simpson, selon lequel le succès du blockbuster repose sur un pitch d'une ou deux phrases ou sur une idée de base accrocheuse, passant même avant le scénario ou le choix du réalisateur[4]. Ce sont des films populaires qui attirent les foules par leur casting ou le format de diffusion.

Leur réalisation présente des risques supérieurs, compte tenu de la faiblesse du contenu mais rapporte en général plus car le public suit quand même : de gros studios ont déjà fait faillite en raison de l'échec d'un blockbuster, d'autres ont été sauvés. L'un des exemples d'un tel sauvetage est la réalisation d'Un Américain à Paris par MGM. La scène de danse finale a coûté un million de dollars, une fortune à l'époque, mais le film a sauvé le studio de la banqueroute. En revanche, l'échec au box-office du film L'Île aux pirates a causé la faillite du studio Carolco. Les studios d'Hollywood produisent la plus grande partie des blockbusters.

Dans cet ordre d'idée, Georges Lucas et Steven Spielberg ont prédit que le crash de plusieurs de ces blockbusters à la suite provoquera la chute d'Hollywood, ouvrant sur une ère cinématographique différente  : salles de cinéma moins nombreuses, plus grandes, aux tickets plus chers (de l'ordre d'idée d'un gros concert ou d'un spectacle de Broadway) à côté d'un avenir plus ouvert aux VOD[5].

Codes[modifier | modifier le code]

Au cours du temps les codes du genre des blockbusters d'action se sont modifiés pour se transformer en "cinéma du chaos". Cette évolution serait intervenue à la fin du XXème siècle, avec une multiplication des coupes et une déstructuration globale des scènes d'action[6].

Dérivés[modifier | modifier le code]

Concernant les jeux vidéo, les blockbusters sont les suites ou extensions des jeux vidéo, par exemple Call of Duty: Modern Warfare 2 qui n'est autre que la suite de Call of Duty 4: Modern Warfare. Les blockbusters sont censés faire carton plein et donc rapporter un maximum de bénéfices. Beaucoup de joueurs sont contre les blockbusters et trouvent cette stratégie, qui est celle de vendre le plus possible, non-originale et manquant de créativité. D'autres sont très impatients de voir les blockbusters des jeux sur lesquels ils ont passé plusieurs heures et veulent connaître la suite de l'histoire. Il y a d'ailleurs de nombreux débats entre les joueurs à propos des blockbusters.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste Thoret et Stéphane Bou, « Les blockbusters savent-ils penser ? », émission Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert sur France Inter, 15 août 2012
  2. Cette technique avait déjà fait ses preuves mais avec deux films modestes, Le Voyage fantastique de Sinbad et L'Évadé.
  3. Tom Shone, Blockbuster, Ed. Simon & Shuster UK., 2004, ps 27-40.
  4. (en) Charles Fleming, High Concept : Don Simpson and the Hollywood Cultures of Excess, Main Street Books, 304 p. (ISBN 385486952)
  5. George Lucas & Steven Spielberg: Studios Will Implode; VOD Is the Future, Variety, 12 juin 2013.
  6. Comment les blockbusters ont troqué les codes de l’action pour le chaos, Rue89, 14 juillet 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dictionnaire général du Cinéma. Du cinémascope à internet, André Roy, 2007, Fides éditions.
  • Le cinéma hollywoodien, Pierre Berthomieu, Armand Colin, Paris, 2005
  • Les clés des plus grands succès cinématographiques, Richard Michaels Stefanik, Dixit, Paris, 2003
  • La fin du siècle du cinéma Américain, Thibault Isabel, La Méduse, Lille, 2006
  • Le cinéma des années Reagan : un modèle hollywoodien, Frdéric Gimello-Mesplomb, Nouveau monde éditions, 2007 (préface de Michel Cieutat)
  • Histoire du cinéma hollywoodien, Brigitte Gauthier, Hachette, 1995

Références[modifier | modifier le code]